Voilà la suite, Tasha fait son apparition, et j'espère qu'elle va vous plaire, mais moi je l'adore déjà ! On la reverra assez souvent et elle va plutôt jouer un grand rôle dans la vie de Lucy, ça va être sympa ! Bonne lecture :) !
Bien sûr qu'ils n'étaient plus là. Alors pourquoi en entrant dans la maison, elle s'était encore attendue à les voir tourner la tête vers elle, sa mère ayant un petit sourire, et son père en haussant un sourcil ?
Elle ne sentait plus la présence du professeur McGonagall dans son dos, et ne savait pas du tout où elle pouvait être. Mais pour l'instant, elle s'en fichait.
Elle fit un pas dans le salon. Puis un deuxième. Passa sa main sur le cuir du canapé, regarda la télé qui avait pris la poussière, observa à travers la fenêtre la maison des voisins, une vue habituelle. Ensuite, elle posa les yeux sur ce qui n'étais pas habituel.
Un tsunami était passé dans la pièce. Les chaises gisaient sur le sol, cassées, des papiers traînaient partout, recouvrant le parquet, les tableaux pendaient tristement, penchés. Lucy avala difficilement. Et doucement elle monta les marches.
Première porte, sa chambre. Elle était dans l'état dans lequel elle l'avait laissée, personne n'était entré ici apparemment. Une douce odeur de cannelle flottait dans l'air, parfumant la pièce aux tons bruns et beiges. Une boule se forma dans sa gorge. Ça devait probablement être la dernière fois qu'elle viendrait dans cet endroit, dans son repère, sa chambre. Elle toucha du bout des doigts la plume qu'elle avait un jour ramassé, accrochée au-dessus de son bureau, regarda les deux trois photos placées sur le meuble, d'elle et Lily, se laissant une dernière fois gagner par cette vue qu'elle ne reverrait plus. Quand les battements de son cœur semblèrent se calmer, elle sortit et referma délicatement la porte derrière elle, faisant ses adieux à tous les moments qu'elle avait vécu ici.
Elle inspira profondément, fermant brièvement les yeux, et se dirigea vers la porte au fond du couloir. La chambre de ses parents. Elle posa sa main sur la poignée et après un temps d'hésitation, baissa la poignée. La fraîche odeur de lavande l'assaillit, et elle vacilla. Elle fit quelque pas dans la pièce, tout lui rappelant la présence de ses parents, et des longues heures qu'elle avait passé à s'ennuyer dans cet endroit. Elle regrettait maintenant, et ces regrets lui tordaient le ventre. Le sourire fatigué de sa mère, qui ne se lassait jamais d'essayer de passer du temps avec elle, même si souvent elle la repoussait. Les lunettes de son père étaient posées sur la table de chevet. Elle ne sut pas pourquoi, mais en voyant ça, quelque chose craqua en elle. Elle se rendait vraiment compte maintenant. Ils n'étaient plus là.
Et les larmes chaudes commencèrent à couler, tombant sans bruit sur le sol alors qu'elle se laissait tomber à genoux, déchirée.
Après ce qui sembla une éternité, quelque chose de doux frôla son bras, et une seconde plus tard, McGonagall se trouvait à côté d'elle. Elle posa sa main sur son épaule avec tendresse, posant son regard, qui à ce moment était fatigué, sur l'ensemble de la pièce, semblant détailler chaque meuble.
Un sanglot agita encore le corps de Lucy, perturbant le silence.
-Vous savez, Lucy...
La blonde redressa légèrement la tête. Jamais cette femme ne l'avait appelée par son prénom. Jamais elle n'appelait les élèves par leur prénom. Elle se concentra sur les paroles à qui le silence avait cédé sa place.
-Parfois, pour avancer, il faut savoir accepter pleinement les événements qui tombent sur nous, et les intégrer pour en faire une force.
-Comment ? … Ça fait trop mal, murmura-t-elle.
McGonagall eut un sourire que Lucy ne vit pas.
-Il faut savoir accepter les changements, et parfois même les provoquer. Vous n'êtes pas consciente de la force que vous avez. Elle ne demande qu'à être libérée.
Elle s'abaissa, et chercha le regard de Lucy, avant de l'accrocher, au point que la blonde ne pouvait plus détourner les yeux.
-Comment ? Laissa-t-elle échapper. Je suis loin d'être forte.
-La force ne se résume pas à la puissance physique, jeune femme. Il faut certes avoir un corps entraîné, mais le plus important est votre esprit. Vous devez atteindre un équilibre entre les deux. Vos muscles ne fonctionneront uniquement s'ils sont commandés par votre mental. Parfois, la magie n'est justement qu'une question de mental.
Elle laissa dériver ses yeux à l'horizon, puis la femme les ramena sur Lucy.
-Trouvez un point d'ancrage, trouvez une chose qui maintiendra votre équilibre. Et cette chose ne peut se trouver qu'en vous, Lucy. Libérez tout ce qui est enfoui en vous, entourez-vous en, faites en une armure. Votre propre armure. Et vous verrez que vous aurez trouvé la vraie force.
McGonagall se leva, faisant fi du regard troublé que lui lança Lucy. Elle lança quelques mots encore, qui s'ancrèrent en Lucy.
-Il faut dépasser les limites de son corps et de son esprit pour avancer, rappelez-vous en.
Lucy se demanda un instant si cette femme était folle, au vu de ses paroles. Elles étaient incompréhensibles, n'est-ce-pas ? Et puis, elle y réfléchit, alors qu'elle essuyait ses larmes sur ses joues, et qu'elle observait son professeur regarder distraitement par la fenêtre. McGonagall était loin d'être folle, elle était la personne la plus sensée que Lucy connaissait, peut-être après Dumbledore. Elle ne devait pas laisser s'échapper les précieux conseils que son professeur lui donnait, en ôtant pendant un moment son masque de dureté. Elle savait que cette femme avait toujours été exceptionnelle, et lui vouait depuis toujours un grand respect. Alors elle reconsidéra ses paroles avec objectivité.
Elle commençait à sentir ses jambes s'engourdir alors qu'elle relevait la tête, repoussant ses cheveux en arrière pour fixer la femme près de la fenêtre, et essuyant une dernière fois ses joues.
-Vous saviez que Sirius, James et Peter étaient des Animagus, n'est-ce-pas ?
McGonagall se retourna, drapant sa robe de sorcière autour d'elle. Elle ne dit rien pendant un long moment, mais sembla apprécier la nouvelle flamme qui brûlait dans les yeux de son élève. Elle avait changé d'attitude, et cela lui plut. Elle savait qu'elle ne s'était pas trompée sur cette fille.
-Oui.
Elle savait aussi qu'elle avait sûrement compris le message derrière ses paroles. Elle était intelligente, cette petite.
-Vous saviez et vous ne leur avez rien fait ? Alors qu'ils ne sont pas déclarés, j'imagine ?
McGonagall pinça les lèvres, puis un infime sourire les étira.
-Ils n'ont rien fait de mal à proprement parler, n'ont enfreint aucune règle, sinon celle du Ministère, mais cela n'est pas notre affaire. De plus, il était nécessaire qu'ils agissent d'une manière ou d'une autre, sinon...
-Sinon Rémus aurait blessé quelqu'un, continua sans sourciller Lucy. Mais que ferez-vous le jour où il perdra vraiment le contrôle et que les Maraudeurs ne seront plus assez pour l'arrêter ?
La partie de son esprit qui voulait toujours défendre les autres refit surface. Rémus, malgré que ce ne soit pas sa faute, et Lucy le comprenait maintenant, pouvait blesser quelqu'un. Pas intentionnellement, bien sûr, mais le risque existait tout de même.
-Ne croyez pas que nous n'avons pas pris nos mesures, jeune fille, répondit le professeur avec un brin d'irritation dans la voix. Nous connaissons les risques, mais ils ne sont pas assez grands pour priver un élève de son éducation et de son adolescence. De plus, comme vous l'avez sûrement entendu je pense – elle dit cela d'une voix plus sèche qu'avant – une amie du directeur va bientôt arriver dans Poudlard. Vous n'avez pas besoin d'en savoir plus, mais je pense que vous avez assez étudié les vampires pour être au courant qu'ils sont dotés d'une très grande force et vitesse. Tasha sera donc amplement suffisante pour maîtriser M. Lupin.
Lucy savait quand s'arrêter, aussi ne répondit-elle rien.
-Pourquoi votre Animagus est-il un chat ? demanda-t-elle finalement, cherchant des excuses pour rester encore un peu plus dans la pièce et s'imprégner de l'odeur.
McGonagall l'étudia d'un regard perçant, la lueur d'approbation à nouveau dans ses yeux. Si seulement elle savait faire de ce qui lui arrivait une force, cette jeune fille irait loin, vu les capacités dont elle disposait en magie. Elle devait presque être du même niveau que Sirius Black, qui lui était vraiment brillant. Il avait ça dans le sang.
-N'aviez-vous pas écouté mon cours en cinquième année, mademoiselle ? La forme que prend l'Animagus est un reflet de la véritable personnalité de la personne. On a beau cacher sa personnalité à tout le monde et jouer un rôle, elle rejaillira toujours lorsque l'on se transforme en Animagus.
Elle ne dit plus rien. Lucy en déduit donc que McGonagall avait quelques caractéristiques ressemblant à celles des chats. Elle l'observa et se dit qu'en tout cas, son professeur n'avait pas l'air d'avoir la même paresse que les chats. Elle avait de toute évidence la puissance et la connaissance de ces animaux. En tout cas, une chose était sûre pour Lucy, son Animagus ne serait jamais un chat, vu comme elle les détestait. Pourtant, elle n'éprouvait rien d'autre que de l'admiration pour cette femme-chat.
-Pourquoi êtes-vous devenu un Animagus ?
Cette fois, le regard changea de perçant à fermé et dur. Un peu triste aussi. Cependant, le professeur ne sourcilla pas et lui répondit sans détourner les yeux.
-Vous n'avez aucune raison de le savoir, jeune fille. Les raisons qui poussent quelqu'un à changer à ce point sont très personnelles, et sont surtout très fortes. Il faut avoir de bonnes raisons de devenir Animagus, mademoiselle, ce n'est pas quelque chose que l'on acquiert si facilement. Sinon, tout le monde serait déjà Animagus, vu les avantages que cela représente.
Le ton de sa voix était ferme, mais pas dissuasif. Elle replaça son chapeau sur sa tête, jeta un dernier regard sur la pièce, et avança d'un pas.
-Pouvons-nous y aller, maintenant ?
Lucy se remit debout et vacilla légèrement, sentant qu'elle n'avait plus de forces dans les jambes après être restée assise aussi longtemps. Elle s'approcha du bureau, contempla la photo déposée sur la commode, représentant son père, sa mère et elle, par une après-midi ensoleillée.
Elle avait changé. Cette constatation ne frappa même pas Lucy comme elle aurait du. Elle eut juste un goût amer dans la bouche, mais aucun regret. Elle attrapa d'une main le bracelet tressé que sa mère adorait mettre, et de l'autre s'empara de la photo. Elle mit les deux objets dans la poche de son jean.
-Pouvons-nous faire un détour par le cimetière avant d'y aller, s'il vous plaît ? Demanda-t-elle d'une voix douce.
McGonagall se contenta d'acquiescer, le temps des confessions étant fini. En passant le pas de la porte, Lucy résista à la tentation de regarder derrière elle. Elle jeta plutôt tous les regrets qu'il lui restait dans cette maison, espérant les laisser ici pour toujours. Elle replaça une mèche de ses cheveux blonds derrière son oreille et regarda la rue. Les regrets étaient inutiles. Ils ne la feraient pas avancer, et avancer était uniquement ce dont elle avait besoin à présent. Elle vengerait ses parents, elle vengerait le mal qui leur avait été fait, et elle avait besoin d'être forte pour cela. Elle ne serait que alourdie par le poids des regrets sur ses épaules. Alors elle les laissa de côté.
XxX
Elle déposa une fleur sur la tombe de ses parents, ainsi qu'une larme solitaire. Elle espérait qu'ils veilleraient sur elle, parce qu'elle avait l'impression que sa vie allait devenir plus mouvementée.
McGonagall avait disparu à un moment ou à un autre, mais en poussant la grille du cimetière, elle vit un chat sauter du muret et venir se placer à un mètre d'elle.
Elle respira profondément, laissa l'air envahir ses poumons. Elle avait pris sa décision. Elle voulait devenir forte, capable de se défendre, capable de défendre ceux qu'elle aimait.
Alors elle allait devenir un Animagus.
XxX
-Lily ? Je peux te parler ?
La rousse, sur le point de sortir du dortoir, se retourna, les sourcils froncés. Lucy s'avança vers elle, les lèvres légèrement pincées, ne sachant comment commencer quand Lily acquiesça. Elle joua un peu avec le bas de son pull, puis inspira.
-Lily... Je voulais te dire que... Je suis désolée pour ce que j'ai dit. Vraiment. J'ai été tellement stupide...
Un petit temps se passa, où elle n'osa pas relever les yeux pour croiser ceux de la rousse. En n'entendant pas de réponse, son cœur sombra dans sa poitrine et sa gorge se serra.
-J'espère que... J'espère que tu sauras me pa-
Elle fut coupée lorsque la rousse se jeta sur elle dans un éclat de rire, et elles atterrirent sur le lit.
-Oh, ma Lucy, ma Lucy, tu m'as manqué ! J'étais tellement en colère contre toi après ce que tu as dit sur Rémus et Sirius, mais je peux pas te faire la tête très longtemps !
Lucy eut un faible sourire.
-Je vais aller leur parler. J'ai des choses à me faire pardonner, non ?
Lily la contempla un instant, puis lui ébouriffa les cheveux en souriant.
-Ne t'inquiète pas, va. Quand Sirius verra que tu ne lui en veux plus, ça ira beaucoup mieux. Il faut dire qu'il n'était pas comme d'habitude...
-Comment ça ? Demanda Lucy, qui avait été absente la journée entière, chez ses parents.
Lily recula sa tête et plissa les yeux.
-Je crois qu'il n'a pas bien pris... ta réaction.
Une boule se forma dans l'estomac de la blonde. Si elle pouvait remonter le temps et tout réparer, elle le ferait.
-Mais bon, il n'a plus de raison d'aller mal, maintenant que tu vas aller lui dire que tu ne lui en veux plus et que tu l'aimes, pas vrai ?
La rousse fixa son amie avec ses yeux plissés, qui ne laissaient pas de place à la discussion. Elle exigeait de Lucy qu'elle aille faire ce qu'elle disait.
-Euh...
-Lucy.
Un avertissement.
-Peut-être.
-Lucy.
Deuxième avertissement.
-Mais...
-Lucy, la coupa Lily en soupirant. Tu attends quoi ? Tu sais très bien qu'il ressent a même chose que toi ! Et si tu ne le sais pas encore, de un, tu as un problème de vue, et de deux, moi je te le confirme, parce que ça crève les yeux !
-Je... Je ne sais pas.
Elle s'aperçut que Lily résistait fortement à la tentation de se prendre la tête dans les mains.
-D'accord, dit-elle finalement. J'irai le voir et... Je lui dirai.
La rousse releva la tête, avec un grand sourire plein d'expectative.
-Dès que tu le vois, t'as intérêt ma vieille.
Lucy hocha la tête, et sourit finalement, heureuse d'avoir retrouvé sa meilleure amie. Elle se dit que oui, dès qu'elle verrait Sirius, elle s'excuserait.
XxX
Lucy tourna une page, puis lâcha un soupir défaitiste. Il n'y avait rien. Vraiment rien. Elle ne savait pas comment ils avaient pu faire, et bien que tout était écrit dans le carnet, elle aurait au moins voulu avoir une confirmation. Histoire de ne pas faire d'erreur qu'elle pourrait regretter.
Elle ferma le gros livre qui émit un bruit sourd et se leva pour le ranger. Sur la couverture, on pouvait lire « Farfadets et autres fées ». Un titre farfelu, pour un livre tout aussi farfelu, traitant des différents créatures peuplant le monde magique. Elle avait cherché quelque chose à propos des Animagi, mais n'avait rien trouvé. En revanche, elle avait pu lire deux trois petites choses sur les vampires, ce qui pourrait lui être utile quand cette Tasha viendrait au château.
Exaspérée, elle sortit de la bibliothèque sous le regard méfiant de Mme Pince, et erra un peu dans le château. C'était dimanche, et elle ne savait pas trop quoi faire. Lily était partie à un entraînement de Quidditch, parce que la semaine d'après, elle jouerait son premier match contre Poufsouffle. James avait encore une fois prouvé qu'il était une toute autre personne quand on parlait de son sport préféré, parce qu'il paraît qu'il avait concocté à l'équipe un programme exténuant, ne leur laissant aucun répit. Elle sourit en pensant que d'habitude, Potter était si insouciant, mais quand on en venait au Quidditch, il changeait du tout au tout.
Elle avait décidé de chercher des renseignements sur les Animagi, mais n'avait rien trouvé du tout. C'était étrange, quand elle y pensait. Elle avait l'impression que McGonagall, en lui disant tout ce qu'elle avait dit la veille, l'avait presque... poussé à considérer devenir un Animagus. Elle ne lui aurait pas raconté tout cela sinon, parce que cette femme n'était pas assez bête pour dire autant d'informations à ce sujet sans qu'elle n'ait un but précis. Et puis même si elle s'imaginait toutes ces choses, elle sentait au plus profond d'elle-même qu'elle avait pris la bonne décision. Elle en avait besoin. C'était son rêve depuis toujours, de courir avec les animaux, mais ce n'était pas seulement pour ça. Elle savait qu'en devenant un Animagus, elle acquerrait un équilibre, comme avait dit McGonagall, et serait soutenue par une force nouvelle et pure, puisqu'elle serait en accord avec elle-même. Elle avait envie de connaître toute les facettes d'elle-même, pour que plus rien ne puisse l'affecter, pour qu'elle n'ait plus à revivre la même chose qu'avec la mort de ses parents. Elle ne se relèverait pas une deuxième fois.
Haussant les épaules, elle se dit qu'elle n'utiliserait que le carnet, et que tout de même, elle gagnerait beaucoup de temps, puisque presque tout y était. Mais elle n'avait pas envie de faire ça maintenant, et se dirigea plutôt vers la volière, parce que ça faisait longtemps qu'elle n'avait pas vu Syl.
Elle avait vraiment une chance versatile. Ou alors un très mauvais timing. Toujours est-il qu'en rentrant, elle tomba nez-à-nez avec Rémus qui sortait. Ils eurent tout deux un mouvement de recul, surpris, puis Rémus fronça les sourcils et fit un pas en arrière, pour s'écarter d'elle ou pour la laisser passer, elle ne savait pas.
-Salut, dit-elle après un long moment de silence, qui commençait à devenir gênant.
-Salut.
Indécise, elle rentra pour être aussitôt assaillit par sa chouette, qui tourna autour d'elle, lui faisant la fête. Rémus haussa un sourcil à cette vue.
-Elle a toujours été folle, ne t'inquiète pas.
Il hocha simplement la tête et croisa les bras, se demandant sûrement s'il ferait mieux de partir sur le champ, ou de rester.
-Je sais, tu sais, commença Lucy. Enfin, j'imagine que tu sais déjà que je sais que... Wow, je m'exprime tellement bien c'est fou. Enfin, voilà, je crois que tu m'as compris.
Elle reporta son regard sur Syl, parce qu'à ce moment-là, elle avait vraiment honte d'elle-même. Pour sa conduite, pour ces phrases qui sortaient de sa bouche et qui ne voulaient rien dire, pour tout. Elle entendit Rémus soupirer, et vit du coin de l'oeil qu'il se passa la main dans ses cheveux. Un fin sourire étira les lèvres de Lucy, parce qu'elle savait que ce tic-là était la faute de Sirius et James.
-Je sais ce que tu dois penser. ...Que je suis un monstre c'est ça ?
Elle se retourna vivement vers lui, arrêtant de caresser sa chouette qui lui donna un coup de bec pour manifester son mécontentement.
-Non ! Enfin, peut-être à un moment donné, mais c'est parce que j'étais sous le choc ! Non, je sais maintenant que ce n'est pas de ta faute, que tu ne veux pas ça.
Il la regardait attentivement, avec une expression sur le visage qu'elle ne parvint pas à identifier.
-... J'ai peur comme toi, tu sais, commença-t-il.
Lucy avait l'impression que même les hiboux l'écoutaient, parce qu'elle avait soudainement la nette impression qu'il n'y avait plus aucun bruit dans la volière. Elle ne comprit pas tout de suite ce que voulait dire Rémus.
-J'ai peur de faire du mal aux autres. J'ai peur de perdre le contrôle, tout le temps, même si ce n'est pas la pleine lune. J'ai peur de faire des choses... Des choses que je regretterait toute ma vie. Je ne sais pas si tu comprends, et je ne pense pas que tu puisses comprendre, d'ailleurs, mais c'est la vérité.
Il mit sa main sur la poitrine et ses yeux se perdirent dans le vague.
-Il est tout le temps là, à m'observer, à attendre que je me relâche pour prendre le dessus. Il attend son heure, et il sait à chaque fois qu'elle viendra, parce que je ne peux rien faire à la pleine lune. Je... Je n'y arrive pas...
-Qui? Demanda Lucy dans un murmure, qui résonna pourtant entre les murs de pierre.
Rémus fixa à nouveau ses yeux sur Lucy, mais elle avait l'impression qu'il voyait à travers elle. C'était une impression très désagréable.
-Le loup.
Alors qu'elle avait envie de faire quelque chose, le prendre dans ses bras, s'approcher de lui, lui dire que c'était normal, que ce n'était pas de sa faute, n'importe quoi, elle resta pétrifiée. Elle ouvrit finalement la bouche, mais aucun son ne sortit. Rémus lâcha un profond soupir en regardant ses pieds.
-Ne t'inquiètes pas, je comprend. C'est normal.
Le sourire qu'il lui adressa lui fendit le cœur, et elle sortit de sa stupeur alors qu'il tournait les talons.
-Attends ! Attends, Rémus, tu te trompes, ce n'est pas comme si... Comme si j'avais peur de toi, ou que j'étais repoussée par toi. C'est juste que... C'est effrayant. Pour moi. Alors je n'ose même pas imaginer ce que tu dois ressentir...
Il haussa les épaules avec un pauvre sourire.
-On s'habitue, tu sais.
Elle grimaça, parce qu'elle avait mal pour lui. Elle se rendait compte maintenant à quel point elle avait été égoïste et n'avait pensé qu'à elle quand elle croyait qu'il était mauvais. En fait, il souffrait, mais n'osait pas le montrer, parce qu'elle comprenait qu'il ne voulait pas voir la pitié dans le regard des gens. Elle savait ce que c'était, et à quel point elle détestait ça aussi. Elle fit un pas vers lui, et se retrouva assez proche pour lui poser la main sur son épaule.
-Je suis désolée, Rémus. Sincèrement. J'ai été vraiment stupide de penser... ce que j'ai pensé. Si jamais tu as besoin d'aide, tu peux venir me voir.
Il acquiesça et se détourna.
-Une dernière chose, lança Lucy.
Il la regarda avec interrogation.
-Pourquoi ?
Comme il fronça les sourcils, ne comprenant pas, elle reprit :
-Pourquoi m'avoir dit tout ça ? A moi ? Tu ne m'as jamais vraiment aimé, et moi non plus au début.
Après quelques secondes où Lucy se mordit les lèvres pour ce qu'elle avait dit, parce qu'elle s'imaginait déjà tout avoir gâché, il sourit.
-Parce que tu fais partie de notre groupe, maintenant, Lucy. Tu es notre amie.
Et cette fois, il partit pour de bon, laissant Lucy seule au milieu des hiboux, hébétée. Elle ne sentit même pas quand Syl se percha sur son épaule. Au bout d'un long moment, quelque chose s'infiltra pourtant dans son corps et diffusa une douce chaleur. Elle sourit sans s'en rendre compte. Elle savait qu'elle avait fait ce qu'il fallait. Et la dernière phrase de Rémus la combla au plus haut point. Elle n'aurait pu rêver de mieux. Parce que pour elle, c'était ça le bonheur. Avoir des amis qui comptent sur vous.
XxX
Sa rencontre avec Rémus motiva encore plus Lucy à trouver Sirius. Elle l'avait cherché, mais il n'était nulle part. Lily lui avait qu'il était là à l'entraînement, mais qu'il était parti tout de suite après, et elle ne savait pas où. Ennuyée, elle sortit dans le parc. Elle vit le lac et repensa au bal, une semaine plus tôt, au bon moment qu'elle avait passé avec lui, jusqu'à ce que tout soit gâché. Elle laissa ses yeux dériver sur la surface du lac où se reflétait le soleil qui serait bientôt caché derrière les montagnes, et resserra sa veste autour d'elle. Il commençait à faire froid, et ça se voyait, puisque de moins en moins d'élèves se trouvaient dans le parc.
Le seul endroit où elle pensait encore trouver Sirius était la Forêt Interdite. Cachée derrière une statue, elle se jeta un sort de Désillusion, et rit en se disant que ce geste et le fait d'aller dans la Forêt étaient presque habituels maintenant. Elle marcha entre les arbres, et la sensation de peur qu'elle avait au début n'était plus aussi forte, le bien-être avait pris le pas sur cette peur. Elle avait parfois vu les créatures qui peuplaient la Forêt, et qui n'avaient pas l'air très amicales, mais rien ne lui était jamais arrivé.
Elle arriva au petit lac où elle rencontré les Maraudeurs quand elle cherchait Sirius en début d'année. Un sentiment de mélancolie l'envahit. Bien des choses avaient changé, non ? Mais elle ne voulait pas revenir en arrière. Elle ne voulait plus.
-Eh bien, on enfreint les règles ? Lança une voix suave et moqueuse à sa gauche.
Interloquée, Lucy tourna vivement la tête en direction du son, mais ne vit rien ni personne. Un rire résonna à sa droite, cette fois. Pourtant, la voix était la même.
-Qui êtes-vous ? Hésita Lucy.
-Ton pire cauchemar, susurra la voix à son oreille.
La blonde sursauta, effrayée, et se retourna, pour poser les yeux sur une femme aux traits fins. Elle avait de longs cheveux noirs qui formaient une cascade de boucles dans son dos, des yeux sombres avec de longs cils, un petit nez droit et des lèvres pleines, d'un rouge envoûtant. Ses longues jambes affinaient encore plus sa taille de guêpe, cintrée par un petit chemisier noir. Elle était magnifique, mais sa beauté était en plus renforcée par une aura très forte, qui verrouillait le regard sur elle.
-J'ai toujours voulu dire ça, sourit la femme.
Quelque chose dérangea Lucy. Ses canines. Elle – oh.
-Vous êtes Tasha ?
Ses yeux se teintèrent légèrement de surprise, mais elle reprit vite son sourire carnassier.
-Bien vu, petite. Ça m'étonne que des élèves soient au courant de ma venue... Dumbledore devient vieux, je pense.
Elle avait accentué le mot « élèves » d'une façon qui n'était pas innocente. Elle avait rencontré cette femme depuis même pas une minute et déjà elle démontrait sa supériorité sur elle. Lucy résista à la tentation de reculer d'un pas. Elle ne l'aimait déjà pas. Sans même y penser, elle se frotta machinalement le cou. Devant ce geste, Tasha rit et dit :
-Ne t'inquiètes pas. Je ne bois pas de sang humain.
En une fraction de seconde, elle se trouva à quelques centimètres de Lucy, emplissant ses narines de son aura parfumée.
-Je dois pourtant dire que le tien sent plutôt bon.
Lucy se recula précipitamment et sortit sa baguette avec réflexe pour la pointer sur le vampire.
-Ne m'approchez pas.
Tasha ne bougea pas et regarda ses ongles, puis posa à nouveau ses yeux sur Lucy, dans un geste plein de dédain.
-Tu as peur que je te fasse mal, petite chose ? Rassure-toi, si je l'avais voulu, tu serais déjà morte entre mes doigts.
Lucy ne flancha pas et garda sa position défensive.
-Oh, je vois qu'on est plutôt courageuse, sourit la femme. Tu me plais, parce que de ce que j'ai vu, les élèves de cette école sont mous et ne savent pas faire grand chose.
-Depuis quand êtes-vous là ?
-Oh, depuis quelques jours, quelques heures, ça ne fait pas grande différence pour moi, lança-t-elle en regardant les arbres autour d'elle. J'ai déjà vécu assez longtemps pour que les jours et les heures se ressemblent.
Lucy ne répondit rien, d'une part pare qu'elle ne savait pas quoi dire, et d'autre part, parce que ce n'était pas comme si elle appréciait cette femme et comptait lui faire la conversation.
-Et toi, que fais-tu là ? Demanda Tasha en reposant son regard paresseux sur Lucy.
-... Je cherche quelqu'un.
Le vampire rit.
-Eh bien, il doit lui aussi être plutôt courageux pour venir dans cette Forêt. Il faut dire que vous êtes assez... vulnérables face aux créatures, dit-elle avec condescendance.
-Il l'est.
Elle haussa un sourcil.
-Oh ? Alors c'est ça ?
Lucy plissa les yeux.
-C'est quoi ?
Tasha sourit, avec l'air de savoir.
-C'est bien d'être jeune, n'est-ce-pas ? Insouciant. Frivole. Libre.
A chaque mot, elle se rapprochait de Lucy. Au dernier, elle bougea si rapidement que la blonde ne put rien faire. Sa tête fut penchée en arrière par le doigt de Tasha, situé sous son menton. Elle avala difficilement, ne lâchant pas des yeux le vampire, parce que ce serait avouer sa faiblesse. La femme l'observa longuement, puis la relâcha, se retourna et s'étira, comme si rien ne s'était passé. Elle commença à s'en aller d'une démarche chaloupée.
-Il est dans la clairière près d'ici, mais j'imagine que tu dois plutôt bien connaître cet endroit, donc tu dois savoir où c'est.
Jetant un regard par-dessus son épaule en direction de la blonde, elle continua avec un sourire.
-Ne t'inquiètes pas, je ne parlerai pas de ta petite excursion à cette vieille chouette de McGonagall. Je ne suis pas venu pour faire la police, ça m'ennuierait, et honnêtement, je m'ennuie déjà assez pour me priver en plus du spectacle de tes petites aventures.
Elle rit et se dit quelque chose à elle-même que Lucy n'entendit pas. Levant son bras, elle agita sa main.
-Allez, petite chose, on se reverra ! Et n'oublie pas, tu me plais alors essaie de bien me divertir.
Lucy cligna des yeux et lorsqu'elle les rouvrit, il n'y avait plus aucune trace du vampire.
Alors, vous en avez pensé quoi de ce chapitre :) ? Ah oui, et puis la petite nouveauté, c'est que je propose mes services en tant que bêta-lectrice, donc si vous en avez besoin d'une, je suis très gentille, vous inquiétez pas, alors je serais ravie de vous aider :D !
