La suite, peut-être un peu plus lente, mais je vous promets plus d'action dans le prochain chapitre !

En espérant que vous aimerez, et bonne fin de week-end de Pâques !


-Encore une fois !

Un concert de soupirs s'éleva alors que les quelques balais reprenèrent de la hauteur. Lily fronça les sourcils de concentration, repoussant ses cheveux derrière ses oreilles pour éviter qu'ils ne la gênent pas. Elle tapa un coup dans le sol et son Nimbus 1500, prêté par l'attrapeur blessé, s'éloigna dans sol en vibrant légèrement entre ses mains gantées.

Lucy sourit, alors qu'elle avait le menton posé dans sa main, les coudes sur les genoux. Elle ne venait pas à chaque entraînement mais comme elle n'avait rien d'autre à faire ce soir-là, elle avait saisi l'occasion. Elle était profondément amusée devant James, qui tenait bien sa réputation de coach impartial durant les entraînements de l'équipe des rouge et or. Elle se dit que sa transformation avec la personne qu'il était d'habitude, joueur et désinvolte, était spectaculaire, et valait son pesant de Gallions.

-Jordan, je t'ai dit de plus surveiller ta gauche, c'est là que tu laisses passer tous les Souafle ! Tyler, mets un peu plus de conviction dans ta batte, et Sirius, par Merlin, bouge un peu tes fesses ! Le match ne va pas se faire tout seul !

A ce moment-là, Sirius passa devant Lucy, assise dans les gradins, et se releva sur son balai avant de ralentir et de faire quelques grimaces pour imiter James. Ce dernier le remarqua et commença à le poursuivre sur tout le terrain en lui hurlant de se concentrer et « d'arrêter de faire le paon ». La blonde rit devant cet échange. La seule personne qui ne subissait pas les foudres du célèbre Potter était bien sûr Lily. Elle cherchait frénétiquement le Vif d'Or en occultant les autres joueurs, et elle était même plutôt douée. Après quelques minutes, elle le repéra et se mit à foncer, se penchant plus avant sur le manche de son balai. Il tremblait légèrement sous ses doigts à cause de la vitesse, mais elle n'avait pas de quoi se plaindre, par rapport aux balais de l'école. Elle commençait même à aimer cette sensation, le vent qui traversait ses cheveux, l'ivresse de la vitesse et le sol qui paraissait bouger si vite et si loin sous elle.

Elle slalomait entre les joueurs, toujours à la poursuite de la petite boule dorée qui, elle l'espérait, mettrait fin à l'entraînement, quand Lucy vit que James et Sirius avait arrêté leur cirque avant de se regarder et d'acquiescer en même temps. Parfois elle se surprenait à envier le lien qui les unissait et la facilité avec laquelle ils avaient de communiquer, même sans avoir besoin de mots. Ils étaient tellement proches qu'on aurait dit qu'ils étaient frères.

Elle sentit quelque chose frôler sa joue, puis des petites griffes enserrer son épaule, et sursauta avant de voir un éclair argenté du coin de l'œil. Sa chouette Syl venait de se poser sur son épaule et lui donna un petit coup de bec dans sa chevelure.

-Tu peux jamais rester tranquille toi…

Elle sourit et prit l'animal avant de la poser sur ses jambes et de commencer à la caresser doucement. Avec cette intervention, elle avait raté le moment où les deux garçons s'étaient mis en mouvement, mais les retrouva rapidement du regard. Ils s'étaient positionnés de chaque côté du terrain et volaient parallèlement à Lily, mais assez loin d'elle pour qu'elle ne les remarque pas. Lucy ne savait pas quand, mais James s'était muni d'une batte, malgré le fait qu'il soit poursuiveur, et Sirius faisait tranquillement tourner la sienne avec de lents mouvements de poignet de l'autre côté du terrain. Après un signal invisible aux yeux de la blonde, ils se déplacèrent rapidement, James se rapprochant de Lily, allant jusqu'à la coller presque, et Sirius remonta pour intercepter souplement un Cognard. Prenant son temps et un sourire plaqué aux lèvres, il frappa avec agilité la balle lancée à toute vitesse en direction de la tête de Lily.

La rousse parut se rendre compte de la présence de James à ses côtés et sentit venir la balle dans son dos. Elle ne pouvait pas aller à droite parce que le poursuiveur la repoussait, et si elle décidait d'aller à gauche ou de remonter afin d'esquiver le Cognard, elle perdrait la trace du Vif d'Or, repoussant encore la fin de cet entraînement rude. Alors elle fit la première chose qui lui vint en tête, naturellement, et sans se poser de questions. Elle fit remonter légèrement son balai pour ne pas perdre trop de hauteur, et se retourna gracieusement sur son balai, se retenant principalement par les cuisses. Ses cheveux pendant au-dessous de sa tête, elle accéléra encore pour enfin agripper entre ses doigts la petite boule ailée. Elle sentit en même temps le Cognard passer au-dessus d'elle, dévié aisément par James, qui semblait être là pour le faire au cas où elle ne l'aurait pas remarqué.

Lâchant un petit cri de victoire, elle se remit droite et frappa dans la main du garçon à côté d'elle.

-Bien joué, Lily ! Impressionnant, vraiment !

Elle ne fit que lui sourire en retour, appréciant encore les sensations qui s'agitaient en elle. Elle aimait de plus en plus le Quidditch, et ce serait dur de renoncer à ça une fois que l'attrapeur serait à nouveau sur pied.

-Allez, l'entraînement est terminé, allez tous vous doucher, bon travail ! lança James par-dessus son épaule, alors que tous les autres commençaient à ralentir.

Une fois au sol, la rousse sentit quelqu'un lui frapper gentiment l'épaule et entendit Sirius derrière elle rire.

-Pas mal, dis donc ! On pourrait facilement faire de toi une championne !

-Elle l'est déjà, arrête, sourit James à pleines dents.

Elle rougit devant tous ces compliments. Elle n'avait pas réfléchi, honnêtement.

-T'es la meilleure, Lilyyyy ! cria Lucy, qui arrivait rapidement depuis les gradins. Maintenant, il te reste plus qu'à refaire ça au match.

Elle lui fit un clin d'œil puis partit un peu timidement rejoindre Sirius.

-Et alors, moi je suis pas le meilleur ? entendit Lily dire Sirius.

-A part me faire des têtes bizarres, et carrément moches en passant, on ne peut pas dire que tu aies fait grand-chose aujourd'hui, lui répondit-elle avec espièglerie.

Sirius fit mine de s'offusquer, mais ils commencèrent à s'éloigner alors elle reporta son attention sur son balai. Elle le ramassa et enleva ses gants, en se demandant si elle allait réussir à répondre aux attentes de tous le jour du match. Elle se pinça légèrement les lèvres et fronça les sourcils, se stressant déjà alors que le match était dans moins d'une semaine. Plutôt quelque chose comme trois jours après, à vrai dire.

-Ne t'inquiètes pas, t'es une naturelle, lui souffla James en passant, avec un soupçon d'amusement dans la voix.

Elle ne voulait pas savoir s'il avait délibérément mis un sous-entendu dans sa phrase ou non, mais elle posa les yeux sur ses lèvres, qu'il laissa près de sa joue pendant un court instant, puis partit en sifflant, la boîte avec les balles sous le bras. Il portait cela comme si de rien n'était, mais Lily savait que si elle avait voulu la soulever, elle aurait eu bien du mal.

Elle regarda sa silhouette se diriger vers les dortoirs en soupirant. Au bal, il avait été charmant et elle avait bien senti qu'il avait hésité à l'embrasser, pour au final ne pas le faire, avant que tout ne dégénère. Elle ne se l'avouait pas, mais elle avait quand même ressenti une pointe de déception.

Et c'est en regardant ses cheveux virevolter dans le vent qu'elle se rendit compte qu'il était trop tard, qu'elle était déjà trop attirée pour se défaire de ce sentiment. Elle soupira, mais un sourire fleurit tout de même sur ses lèvres. Dans quel pétrin elle s'était mise… ?


Mon fils,

J'espère que tu ne perds pas de vue ton objectif et que tu sauras te tenir prêt. Nous comptons tous sur toi pour défendre cette belle cause. La menace pourrait arriver à n'importe quel moment.

Ne nous déçois pas.

Avery plia le petit bout de parchemin et le jeta négligemment au feu. Il sentait ses mains trembler, mais ne voulait pas regarder, se répétant inlassablement que ce n'était qu'un mauvais tour de son esprit.

Ce n'était pas comme si il avait peur. Il était honoré d'être investi d'une telle mission. Vraiment. S'il réussissait, avec les autres, il serait couronné d'honneur et accueilli comme un roi quand tout serait fini. Alors pourquoi hésitait-il ?

Il recula dans son fauteuil et leva les yeux au plafond légèrement argenté. Le Serpentard se gratta rêveusement l'avant-bras gauche, se disant que c'était pour bientôt. Bientôt. Bientôt il aurait la Marque, bientôt il ne serait plus traité comme un chien mais plutôt reconnu à sa vraie valeur.

-De quoi tu rêves, Avery ? susurra une voix féminine à son oreille. De moi ?

Il tourna la tête pour découvrir Bellatrix Black, perchée sur l'accoudoir et reposant son bras sur le dossier nonchalamment. Sa chevelure noire bouclée et légèrement hirsute encadrait son visage aux traits fins. La marque des Black. Sa bouche aux lèvres pleines formait un sourire sardonique. Elle se rapprocha encore plus de lui, alors qu'une lueur folle dansait dans ses yeux bruns.

-Du Maître ? murmura-t-elle encore plus bas.

Son air empreint d'adoration lui attribuait une sorte de folie, soulignée par ses cheveux et sa posture.

Il ne répondit rien. De toute façon, il ne pouvait pas en parler. La plupart des Serpentards avait de la famille liée au Maître, et eux aussi étaient en voie de devenir des disciples du mage noir, mais il y avait toujours quelques exceptions qui traînaient. Quelques déchets.

Il y en avait toujours. Et c'était à eux que leur incombait la tâche de nettoyer cette vermine qui entachait le nom de sorcier.

Il savait que Bellatrix avait la Marque. Ce n'était un secret pour personne. Elle éprouvait une telle passion et affinité pour la magie noire et surtout pour son Maître lui-même, qu'elle se retenait avec peine d'en parler. Elle en était tellement fière qu'elle allait parfois jusqu'à se balader les manches remontées, dans la salle commune. Personne n'osait rien dire de peur de s'attirer ses foudres, mais les bouches ne restaient pas bridées très longtemps. Malgré tout, d'après ce qu'il savait, elle et Rosier étaient les seuls à porter la Marque. Ils étaient des sortes de privilégiés. Après tout, il fallait bien quelqu'un pour guider les autres en l'absence du Maître, n'est-ce-pas ?

Il sentit un regard lourd sur ses épaules et vit du coin de l'œil quelqu'un l'épier, alors qu'une fille était assise sur ses genoux. Rosier, justement. Il le regardait les sourcils froncés, avec un air désapprobateur. Rosier n'était pas aussi fanatique de Bellatrix, mais il accomplissait ce qu'il devait avec froideur et fermeté. A vrai dire, Avery avait plus peur de lui que de Bellatrix. Il ne constituait qu'un être cruel et dénué d'émotions.

Or, ce qu'il ne savait pas, c'était que Rosier tremblait autant que lui intérieurement à l'idée de l'acte qu'ils allaient faire. Ou plutôt refaire et perfectionner. Il ne laissait rien transparaître, mais lui aussi était agité par des émotions mitigées. Mais Rosier était celui qui avait le plus conscience de son absence de choix. S'il refusait d'accomplir sa mission, ou s'il échouait, la faute ne reviendrait pas seulement sur lui, mais également sur toute sa famille. Et le sort qui leur serait réservé serait sûrement pire que la mort.


-Vous avez vu la nouvelle collection de Witch Magazine ? Elle est su-blime, lança soudainement Sarah, le nez dans les pages de son magazine coloré.

Elle tourna une page puis s'extasia à nouveau sur les habits proposés, portés par des filles filiformes tenant avec un faux-air malicieux une baguette pour rappeler qu'elles étaient sorcières et pas seulement de simples filles moldues.

Lily se pencha vers elle, elle aussi plutôt intéressée par la mode, qu'elle soit moldue ou non. Elle aimait comparer les deux, même si elle trouvait au final qu'il n'y avait pas tellement de différences, et les sorciers copiaient même parfois des vêtements des grands tailleurs moldus. Elle trouvait cela injuste, puisque les moldus ne pouvaient pas faire de même, mais au final, c'était tout le temps la même chose avec la mode. Des cycles se formaient, mettant un jour un vêtement à la tendance pour ensuite l'oublier.

-Regarde ce haut, il t'irait bien, tu trouves pas Sarah ? répondit la rousse.

-J'a-dore ! Je le trouve fan-ta-stique !

Lucy sourit en haussant légèrement les sourcils en direction de sa meilleure amie, qui secoua la tête pour s'empêcher de rigoler. Leur amie Sarah avait la vieille habitude de décomposer les mots en syllabes lorsqu'elle était excitée, et ça les faisait toujours bien rire.

-Je crois que je vais me commander des petites choses…

-Oh, Lucy, regarde, cette jupe t'irait tellement bien !

La blonde se pencha par-dessus la table pour regarder le magazine à l'envers et inclina la tête.

-Laquelle ?

Lily pointa du doigt une jupe noire taille haute, qui tombait jusqu'à mi-cuisses et dont seul le bas était orné d'un fil rouge qui virevoltait près de la bordure pour finir en une fleur discrète.

-Celle-là. Elle mettrait en valeur ta taille de guêpe !

Elle finit mine de la juger et observa son corps, pour revenir à la jupe.

-Tu devrais la prendre, renchérit-elle, et Sarah acquiesça à côté d'elle.

-J'ai hâte de te voir dedans, ajouta une voix grave.

Lucy sentit quelque chose lui pincer doucement les côtes et sursauta en laissant échapper un petit cri. Elle était très chatouilleuse, et alors ?

-On aime bien les chatouilles ? dit Sirius, moqueur, que Lucy avait rapidement identifié.

Et il repartit à l'attaque, la faisant se trémousser comme une folle pour échapper aux doigts maudits.

-Stop, stop, stop, arrête !

Mais il ne fit que rire, accompagné de Lily et des autres, qui étaient arrivés derrière lui. Enfin, il s'arrêta alors qu'elle avait les larmes aux yeux et le souffle court, mais un énorme sourire sur les lèvres.

-T'es vraiment trop bête, rigola-t-elle.

Il se baissa et déposa un léger baiser sur ses lèvres en guise d'excuses. Elle rougit faiblement, en partie parce qu'elle était gênée de sentir que tout le monde les observait, même ces cruches de Poufsouffle qui semblaient avoir enfin compris qu'ils étaient ensembles. Elles devaient même déjà avoir fabriqué quelques poupées vaudous à son effigie, mais elle ne s'en préoccupait guère. Elle était simplement heureuse d'être là où elle était.

-Trop tentant, désolé ! lança-t-il alors qu'il attrapa une part de quiche et l'enfourna presque en entier dans sa bouche.

Lucy le regarda, abasourdie, peinant à croire que ce garçon était un véritable estomac sur pattes alors qu'il était aussi fin. Il la regarda, lui fit un grand sourire, puis se remit à manger, mort de faim après les cours du matin. Les exercices de Transfiguration que la vieille chouette de McGo leur faisait faire le laissait toujours affamé, étrangement.

Les garçons s'asseyèrent tous à la table et commencèrent à manger bruyamment, attirant fréquemment l'attention des autres tables en hurlant à travers toute la Grande Salle diverses âneries. Enfin, surtout James et Sirius, comme à leur habitude. Lucy et Lily se jetaient de petits regards désolants.

Les filles papotaient entre elle, Sarah et Lily faisant le gros de la conversation, quand Rémus se leva sans aucune souplesse et avec un air las.

-J'y vais déjà, je dois juste passer chercher mon livre.

-Attends, Rémus, je viens avec toi, dit rapidement Peter, et en haussant les épaules, il ajouta : de toute façon, j'ai pas cours après, moi, donc je vais rester à la salle commune en vous attendant.

James et Sirius hochèrent la tête et ce dernier donna une tape dans le dos de Rémus. Lucy regarda les deux adolescents s'éloigner et nota le pas pesant du loup-garou. Elle tourna un regard interrogateur vers Sirius, qui s'arrêta subitement de manger pour l'observer.

-Tu remarques tout, n'est-ce-pas ?

Elle haussa négligemment les épaules et divertit à nouveau son regard vers la grande porte en bois.

-Je suis assez observatrice.

Il la jaugea rapidement du regard, puis inspecta rapidement les alentours. Il se rapprocha d'elle, comme pour lui faire une confidence.

-C'est bientôt la pleine lune.

-Oh.

Elle ne savait pas quoi dire. Sirius remua légèrement sur son banc, se remettant à manger.

-Il est stressé. Il l'est toujours. Il essaie de le cacher, mais depuis le temps, on le connait.

La blonde ne répondit plus rien pendant un moment, puis leva les yeux au ciel enchanté, qui était à ce moment-là ensoleillé.

-Ça doit être dur, quand même.

-C'est pour ça qu'on est là pour le soutenir.

A ces mots, une vague de culpabilité frappa Lucy. Elle qui avait pensé tellement de choses méchantes de Rémus, qui croyait qu'il allait blesser quelqu'un, qu'il était dangereux. Enfin bon, il l'était quand même, mais contre son gré.

-Qu'est-ce que vous faites si ça tourne mal ? souffla-t-elle.

Il semblait tout de même l'avoir entendu. De l'autre côté de la table, James et Lily se chamaillaient sans leur prêter aucune attention, Lily s'amusant à faire l'indifférente et à réprimander le joueur de Quidditch. Sirius soupira.

-C'est rare. Mais ça arrive parfois. Quand il a oublié de prendre une de ses potions Tue-Loup, ou qu'il est très fatigué, démoralisé, c'est là que le loup est le plus fort. C'est pas très beau à voir.

-…Et ? l'encouragea-t-elle.

Il se passa la main dans ses cheveux, presque ailleurs.

-Généralement, c'est moi qui intervient avec le chien pour le contenir et si ça ne suffit pas, James aussi. Mais honnêtement, ce n'est arrivé que deux fois je crois, qu'on ait eu autant de mal à le retenir.

Il la regarda à nouveau.

-Rémus aussi le combat, tu sais. S'il lâchait prise… S'il lâchait totalement prise, qui sait ce qu'il arriverait.

Le silence s'étira, jusqu'à ce que soudainement, il ne frappe des mains.

-Bon ! jeta-t-il en direction de James et Lily. Hop les amoureux, c'est l'heure ! DCFM avancé, parce qu'on est les meilleurs !

Il se leva en emportant avec lui la main de Lucy, qui se retrouva obligée de le suivre. Lily rougit avant de se lever aussi, et James regarda bêtement Sirius, avant d'éclater de rire.

Ils faisaient tous les quatre, ainsi que Rémus également, partie du fameux cours spécial dont Dumbledore avait parlé à Lucy quelques temps auparavant, le cours de Défenses Contre les Forces du Mal pour les élèves se débrouillant bien, afin qu'ils soient plus de taille à défendre l'école si besoin était. Seul Peter, assez médiocre dans l'usage de la magie, n'était pas inscrit. Le cours avait lieu une fois par semaine à raison de deux heures, et regroupait les Gryffondor avec les Serdaigle, et les Poufsouffle avec les Serpentard à un autre horaire, de sorte que les groupes soient assez petits pour pratiquer rapidement les sorts enseignés.

Alice, l'amie de Lucy et Lily, intégrait aussi le cours. Lucy ne connaissait pratiquement que de vue les élèves de Serdaigle, vu qu'elle ne parlait presque jamais aux autres Maisons. Cependant, ce cours était très agréable étant donné qu'il ne regroupait que des élèves capables d'enchaîner plusieurs sorts d'affilée. C'était plutôt plaisant, de s'exercer avec des personnes de même niveau.

Ils avaient déjà eu quelques fois ces heures spéciales, et ils avaient constaté qu'ils ne faisaient jamais la même chose. Un jour, ils s'étaient entraînés aux duels, une autre fois, ils avaient étudié les sorts les plus efficaces suivant la créature que l'on affrontait. Lucy, qui suivait toujours Sirius, ne savait donc pas à quoi s'attendre.

Le petit groupe d'élèves qui s'était formé devant la lourde porte en bois de la salle de DCFM pénétra dans la salle lorsque la cloche retentit. Leur professeur les attendait, à demi assis sur son bureau, inspectant un objet noir de forme grossièrement ronde, qui tenait dans la paume de sa main et avait d'étranges reflets irisés. Lucy n'eut que le temps de l'apercevoir avant que M. Durart ne se relève et aille ranger l'intriguant artefact dans son bureau. La blonde constata que les tables et chaises qui formaient d'habitude la salle de classe avaient été repoussées sur le côté, de sorte que la pièce était vide en son centre. Les élèves étaient perplexes et ne savaient pas vraiment où se mettre.

Le professeur regarda le groupe et sembla pendant un instant les jauger du regard.

-Bonjour à tous. Aujourd'hui, comme vous pouvez le constater, ne va pas être une séance que l'on pourrait appeler habituelle. Tout d'abord, prenez tous une chaise et asseyez-vous le temps que je vous explique ce que nous allons faire aujourd'hui.

Tous s'exécutèrent. Qu'ils soient perplexes ou plutôt excités, ils se regroupèrent avec leur chaise au milieu de la salle. Plus personne ne parlait, comme d'habitude dans ce cours. Il était si intéressant et souvent dense, que personne ne ressentait le besoin de papoter avec son voisin, préférant se concentrer.

Lucy était assise entre Lily et Sirius et observa un moment la salle. Elle remarqua dans un coin un lourd fauteuil en cuir qui d'habitude n'était pas là. Son professeur ne semblait pas être le genre à se prélasser dans une salle de classe, préférant sûrement son bureau ou la salle commune des professeurs. Elle se demanda à quoi il pouvait bien servir, et se focalisa à nouveau sur les paroles de l'aîné, qui s'était rassis sur son bureau, plus décontracté que dans son cours habituel.

-Si il y a une chose que les mages noirs adorent, c'est la peur qu'ils provoquent chez leurs opposants.

Lucy tourna les yeux vers Sirius, qui la regarda aussi, avec peine et douleur dans ses yeux. Sans se parler, tous les deux savaient très bien qu'ils pensaient à la même chose. La fois où ils s'étaient retrouvés face aux Mangemorts, avec cette peur devant leur puissance et leur assurance et ce sournois sentiment de ne rien pouvoir faire contre eux. En y repensant, ils y avaient échappé belle. Heureusement que les serviteurs du Mage noir n'étaient pas venus pour tuer, mais seulement pour semer souffrance et terreur, sinon Lucy ne savait s'ils auraient encore été en vie. Sirius effleura les doigts de la blonde pour lui faire chasser ce mauvais souvenir.

-Cela leur confirme la puissance qu'ils ont acquis en maîtrisant la magie noire, et les fait jubiler, continua M. Durart avec une voix ferme. Si vous vous retrouvez face à l'un d'entre eux, et peut-être que vous serez dans cette situation un jour, ou peut-être que non…

Il fit une pause et les observa avec un regard appuyé. Tous constatèrent qu'il pesait ses mots, et tous se tendirent sans vraiment le vouloir.

-La première chose qu'ils voudront faire, c'est faire sortir et exploiter cette peur qu'ils auront instillée en vous. Cela peut être très dangereux. Un esprit gouverné par la terreur perd le contrôle et réagit à l'opposé de ce qu'il devrait faire. Au lieu de vous enfuir, il vous fera rester sur place, laissant le danger approcher. Au lieu de répliquer par la magie, vous serez à court de sorts efficaces. L'esprit est une chose dangereuse, et pourtant terriblement facilement exploitable.

Il se leva et fit quelques pas devant les élèves en faisant tourner sa baguette entre ses doigts.

-Il existe un sort. Un sort très ancien et que peu connaissent encore de nos jours. Mais la plupart des mages noirs en ont la connaissance, et n'hésitent pas à l'employer pour embraser cette terreur et vous rendre fou. Ce sort agit un peu comme de la légilimencie.

Il s'arrêta et les regarda tous un par un. Quand ses yeux se posèrent sur Lucy, elle se figea, captivée mais en même réticente à entendre la suite.

-L'utilisateur de cette magie ouvre une brèche dans votre esprit, mais au lieu d'y chercher une quelconque information dans vos souvenirs, elle ouvre la porte de toutes vos peurs enfouies et cachées si profondément en vous que vous n'avez même pas idée qu'elles existent. Elles déferlent sur vous pour vous envahir. L'agresseur peut ainsi facilement faire ce qu'il veut de vous, si vous vous perdez dans ce flot de terreur. C'est un sort difficile à maîtriser mais efficace, et que les mages noirs affectionnent particulièrement. Professeur Dumbledore et moi-même avons alors pensé qu'il serait utile de vous familiariser avec lui, mais pas en apprenant à jeter ce sort. Cela, je ne le ferai pas, parce que quand vous verrez son effet, vous comprendrez qu'entre de mauvaises mains, ce sort peut rendre les gens fous. Je vais plutôt vous apprendre à découvrir et contrôler vos peurs. Si vous réussissez, cette magie n'aura plus d'effet sur vous et vous en ressortirez avec une connaissance de vous-même nouvelle.

Devant les regards plus que réticents de la plupart des élèves, il rajouta :

-Faites-moi confiance. Si je ne vous estimais pas chacun d'entre vous capable d'y résister, je ne vous ferais pas subir cette épreuve. Croyez-moi, vous découvrirez des choses sur vous, et cela ne peut être que bénéfique.

Une main se leva timidement, appartenant à une Serdaigle.

-Oui, Miss Burnett ?

-Est-ce que vous avez déjà subi ce sort ?

Le regard du professeur se perdit dans le vide pendant un bref instant, puis il sourit gentiment.

-Oui. C'était il y a très longtemps, mais je me rappelle encore de ce que j'ai vu, de ce que mon esprit m'a fait voir.

-Dans quel contexte y avez-vous été confronté ? Face à un mage noir ? J'ai du mal à croire qu'à l'époque ils attaquaient déjà les gens…

-Là où il y a de la lumière, l'ombre existe. Depuis toujours la magie noire est présente, et bon nombres de sorciers l'ont déjà utilisée. Ne faites pas d'assomptions sans y réfléchir au préalable, Miss Burnett, répondit-il d'un ton dur.

Puis, perdant à nouveau son air sévère, il secoua la tête en souriant.

-Me croyez-vous si vieux déjà ? Je pensais que je ne les faisais pas, dit-il allègrement.

Il se releva à nouveau, et d'un Accio, amena le fauteuil près de lui. Lucy se dit que le nombre de petites choses qu'elle pouvait remarquer était quand même fou.

-Bon. Qui veut passer en premier ? reprit le professeur.

Le silence régna. Chacun regardait les autres avec gêne dans l'espoir que quelqu'un ait le courage de se désigner, en espérant au final ne pas passer. Cet enseignement ne donnait vraiment pas envie d'être testé.

Sirius jeta comme à son habitude un regard à James, assis de l'autre côté de Lily. Une conversation silencieuse s'échangea entre eux. Sirius soupira, semblant prendre son courage en main. Il serra brièvement les doigts de Lucy, lui fit un clin d'œil et lui chuchota :

-Je sais de toute façon que s'il arrive quelque chose, tu seras là pour me sauver.

La blonde, anxieuse, comprit qu'il avait l'intention de passer. Le premier en plus. Personne ne savait ce qui les attendait et ça allait sûrement être différent pour tout le monde, mais lui, il saisissait l'occasion de s'entraîner sans trop d'hésitation. Un mélange de fierté et de tension pour lui s'échafaudait dans son corps.

-Attends. Pourquoi tu veux passer en premier, pourquoi tu es si pressé de le faire ? se raccrocha-t-elle à lui.

Il la regarda mais elle ne savait pas s'il la voyait vraiment, à vrai dire.

-Tout ce que je sais à propos de moi, c'est que mon esprit peut être terriblement vicieux parfois. Si je peux en avoir le contrôle, alors je ferais tout pour l'avoir.

Il inclina la tête.

-Pas toi ?

Il n'attendit passa réponse, lui planta un baiser sur sa joue et se leva.

-Moi. Je veux le faire.

Le professeur acquiesça avec assentiment.

-Viens par ici, place-toi sur le fauteuil.

Sirius fit comme il dit, alors qu'il laissa Lucy à réfléchir à ses derniers mots. Elle repensa à toutes ces fois où elle n'avait pas eu le contrôle et elle avait détesté. Elle se rendit compte qu'il avait raison. Et elle savait que Sirius en avait terriblement besoin, dans sa vie rendue difficile avec ses parents, son nom, son statut d'Animagus…

-Vous allez vous retrouver dans plusieurs situations où vous serez effrayé. Pour réussir à se détacher du sort, vous devez combattre votre peur. Je ne dis pas forcément la vaincre, mais la combattre et trouver une façon de vous échapper de cette simulation de votre esprit et de passer à autre chose.

Il se pencha et continua de parler brièvement à Sirius, qui trahissait une légère tension. Le garçon hocha la tête et se détendit dans le fauteuil. Le professeur se redressa.

-Vous ne saurez pas ce qu'il se passe dans sa tête. Pour chacun, se sera différent.

Il brandit ensuite sa baguette et la pointa sur le front de Sirius, qui avait fermé les yeux. Avec de lents mouvements de poignet, il murmurait une formule qui personne n'était capable d'entendre, afin qu'ils ne puissent pas la reproduire. La formule était plutôt longue et avait l'air compliqué, mais au bout d'un moment, il s'arrêta.

Au début, il ne se passa rien et Lucy crut que Sirius s'était simplement endormi, puis il se tendit soudainement. Ses poings se serrèrent et il fronça les sourcils, les yeux toujours fermés.

-Ne vous inquiétez pas, c'est normal.

Lucy se redressa sur sa chaise, nerveuse. Elle avait envie de faire quelque chose. La tête de Sirius dodelinait légèrement et à un moment ou à un autre, il lâcha même un grognement. La blonde entendit James étouffer un gloussement. Elle ne comprenait pas comment il arrivait à ne pas être inquiet pour son ami. Mais James savait qu'il y arriverait, tout simplement parce que c'était Sirius.

Quelques minutes passèrent dans un silence chargé de sentiments divers et de murmures qui n'osaient être prononcés, quelques minutes durant lesquelles Sirius continuait de se battre avec ses démons intérieurs. Il serra soudainement les bras du fauteuil et se redressa, ouvrant subitement les yeux, où Lucy y lut de la peur mais une certaine assurance nouvelle néanmoins.

M. Durart, qui regardait par la fenêtre, il semblait, retourna son attention vers l'Animagus. Il s'approcha de lui, l'aida à se relever sur des jambes un peu chancelantes et lui dit quelques paroles tout bas. Il semblait vraiment impressionné.

Sirius vint se rasseoir à côté de Lucy et se perdit immédiatement dans ses pensées. Il lui prit seulement la main, qu'il serra fort, presque avec désespoir. Lucy l'observa et se leva à son tour, déterminée après l'avoir vu faire preuve d'autant de courage. Le professeur acquiesça avec un sourire qui trahissait qu'il s'y attendait quelque peu. Il aurait pu parier sur elle ou Potter, vu qu'il avait remarqué que là où un allait, les autres suivaient forcément.

La blonde alla s'asseoir dans la fauteuil alors que les autres élèves ne disaient rien. Lily n'avait même pas eu le temps de la retenir, mais Lucy ne savait pas si elle l'aurait fait. La rousse la connaissait mieux qu'elle-même, elle semblait toujours savoir des choses qu'elle-même ne connaissait pas.

Son professeur s'approcha d'elle, et comme avec Sirius, il se pencha pour lui murmurer des paroles.

-Tu dois te combattre toi-même avant d'espérer combattre les autres. Rappelle-toi que ce n'est que ton esprit. Rien de tout ça n'est réel. Tu arriveras à trouver la sortie, peu importe le temps que ça te prendra.

Ces paroles firent étrangement écho à celles que McGonagall lui avait dit lorsqu'elle était de retour dans sa maison natale.

L'homme se redressa mais Lucy pensa à quelque chose.

-Vous avez dit que l'utilisateur de ce sort s'en servait pour exploiter les peurs des gens, le regarda-t-elle. Ça veut dire que même si les autres ne peuvent pas savoir ce qu'il se passe, vous seul verrez dans ma tête, n'est-ce-pas ?

Il brandit sa baguette en souriant.

-Ne perdez pas cette intuition et cette intelligence dont vous faites preuve, Miss Garrisson. Elles vous emmèneront loin.

Puis il démarra le sort, la laissant à fermer les yeux. Ce fut comme si un baume était appliqué sur tout son corps, la faisant se détendre. Le cuir était confortable, elle était bien.

Et puis la peur frappa.


Alors, que pensez-vous que les peurs de notre héroïne seront ? Et comment y fera-t-elle face ? Dites-moi tout dans les commentaires :) !