- Échec et mat, annonça-t-il d'une voix complètement atone.

Et comme à chaque fin de partie, il ne put s'empêcher d'esquisser un léger sourire face à la mine complètement déconfite de Peter, retournant à l'une de ses nombreuses lectures. James et Sirius émirent un ricanement un peu moqueur, replongeant cependant bien vite leurs nez sur leurs parchemins lorsque Remus les réprimanda d'un regard sévère.

Vraiment, faire la nounou de ces deux imbéciles pouvait être épuisant.

Il ne comprenait même pas pourquoi il les surveillait toujours, sachant qu'ils n'attendaient qu'une faille dans sa surveillance pour filer. Enfin plutôt si, il comprenait tout à fait pourquoi. Parce qu'ils avaient suffisamment de retenues comme ça et qu'il n'avait pas envie de subir une énième fois les longues réprimandes des professeurs par rapport à ses mauvaises fréquentations.

Sans compter que leur fameuse fête était prévue pour ce soir. Si par malchance, ils étaient pris sur le fait comme ça arrivait souvent, l'inauguration de cette nouvelle salle du quatrième étage risquait bien de leur ajouter de nouveaux tête-à-tête avec les murs grisâtres des cachots. Malgré le mot de passe "Bricabrac" qui la sécurisait, n'importe quel professeur ou membre du personnel pouvait l'avoir découverte avant eux.

Mais c'était trop tard pour les faire changer d'avis à ce sujet de toute façon...

- On a terminé nos devoirs, professeur Moony. Alors maintenant, il faut qu'on parle de ce soir !

- Ouais, Jamesie a raison ! Fit Sirius, sautant sur l'occasion pour ranger ses affaires en vitesse et discuter d'un sujet plus amusant que les cours. On a toujours pas trouvé de défense valable contre l'esprit tordu de ces saletés de serpents !

En voilà la preuve.

Déjà Sirius brandissait la carte du "insultons les Serpentards tous en chœur" tant appréciée par le petit groupe, les rendant tous très enthousiastes.

Sauf Remus évidemment. Parce qu'il fallait bien que quelqu'un calme ces deux énergumènes et que Peter était trop effacé pour leur résister dans ces cas-là. Et si le loup-garou n'appréciait pas non plus les Serpentards en règle générale, il comprenait au moins que clamer qu'il fallait les anéantir ne les rendrait probablement pas plus sympathiques...

Et encore une fois, ce fut à lui d'être le plus pragmatique du groupe. Il reposa son bouquin sur la table, soupirant avant de parler d'une voix calme et maîtrisée.

- De toute façon, on ne sait toujours pas ce qu'ils préparent. Alors on va forcément devoir improviser. Et garder notre calme. Ou cette soirée sera une catastrophe. Déjà que je ne suis pas franchement pour...

- Oh allez, Remus. Ca va être une chouette fête. Et on les aura ces Serpentards, comme d'habitude !

- Oui, oui. On va les avoir. Mais n'oubliez pas la cape de James et la carte des Maraudeurs, juste au cas où.

- Il y a des portes de sortie au moins ? Demanda timidement Peter.

- Des tas, Wormtail ! On aura le choix niveau issues de secours si ça tourne mal. Et puis les placards à balais dans le couloir qu'on a découvert juste à côté peuvent aussi servir. On ne sait jamais, si l'occasion d'enfermer mes adorables cousines se présente... Ou même Malefoy d'ailleurs... On va pas se priver !

Remus poussa un soupir à fendre l'âme en voyant les mines conspiratrices de ses meilleurs amis, se décidant finalement en les voyant ainsi à les laisser entre farceurs invétérés.

Il jeta néanmoins un dernier regard au petit trio avant de réellement quitter leur dortoir commun, ne pouvant s'empêcher de sourire en voyant Sirius ricaner avec James alors que Peter continuait de les écouter avec la plus grande attention. Le spectacle que formaient ses trois amis l'attendrirait toujours... même si son regard se posait bien trop souvent sur Sirius.

Sirius et ses yeux qui brillaient toujours de cette lueur amusée lorsqu'ils étaient tous ensemble. Sirius et ses cheveux bruns qui chatouillaient son visage lorsque son rire faisait tressauter légèrement ses épaules. Tous ces détails qu'il ne devrait pas noter étaient clairement en train de le tuer. Et le clin d'œil qu'il lui adressa en le voyant sortir lui fit redoubler ses battements de cœur.

Une véritable midinette mais il ne pouvait pas s'en empêcher. Même si Sirius était hétéro et le considérait uniquement comme son meilleur ami. Même si le loup-garou qu'il était ne méritait pas d'aimer... Il garderait précieusement ses sentiments pour lui.

Bon. Alors elle était où déjà cette salle, qu'il puisse tout vérifier avant l'arrivée des invités pour les beaux yeux de ses amis indignes ?


Dire que la fête battait son plein aurait été une insulte pour leurs organisateurs. Les sixièmes et septièmes années avaient répondu à l'appel en masse et, l'alcool aidant, l'ambiance endiablée entraînait de nombreuses personnes sur la piste de danse.

Et Remus était bien un verre à la main, même si celui-ci ne contenait que du simple jus d'orange. Évidemment. S'il s'amusait beaucoup à observer sur les autres les effets de l'alcool, parfois pourtant au limite du dramatique, il n'était pas vraiment tenté de finir aussi torché que James qui ne cessait de déclarer son amour à une Lily complètement désemparée de devoir courir aux quatre coins de la salle pour l'éviter au mieux.

Il évitait cependant de tourner la tête vers le coin où Sirius dansait avec plusieurs jolies filles, et ça, depuis le tout début de la soirée. Autrement dit même lorsqu'il était encore sobre. Sa copine du moment ne tarderait d'ailleurs pas à lui faire une crise. Du moins, Remus l'espérait, très égoïstement... Parce qu'il n'était pas certain de pouvoir endurer ce spectacle éternellement.

- Tiens, tiens. Je vois qu'on s'amuse sans nous ici. Et que tout le monde... copule avec n'importe qui.

Remus faillit recracher l'intégralité de son verre en voyant Bellatrix adresser un regard dégoûté à son cousin, effectivement très occupé jusqu'à présent, tout en entrant dans la pièce de cette démarche noble et fière qu'elle seule était en mesure de maîtriser avec autant d'assurance.

La fête était déjà bien lancée mais l'arrivée de la Serpentard sembla tout remettre en question. La musique venait de s'éteindre brutalement, sans doute par un sort lancé par la jeune femme, chacun fixant l'apparition comme un moldu observerait un fantôme. La nouvelle arrivée, elle, souriait largement, faisant rouler sa baguette entre ses doigts tout en jetant des regards prédateurs autour d'elle.

Peut-être cherchait-elle une victime parmi toute cette foule...

Mais elle n'eut pas à réfléchir longtemps puisque Sirius se décida s'avancer vers elle, toute son attention sur les pauvres filles qui dansaient à ses côtés auparavant complètement envolée. Si bien que même Remus eut un regard compatissant pour elles...

- Bellatrix, ma chère cousine... Je vois que finalement, tu daignes enfin nous faire l'honneur de ta présence. Narcissa et Malefoy ne t'ont pas suivi ? Est-ce qu'ils auraient peur de se montrer, par hasard ?

- Mais les personnes importantes savent se faire attendre, Sirius. Même si toi, tu ne peux évidemment pas le comprendre...

Elle poussa un soupir exagéré, faisant des ronds de baguette dans le vide, comme si le moment avait besoin d'un geste pour en démontrer tout l'aspect dramatique.

Remus fronça les sourcils en réalisant tout ce que l'absence des deux autres Serpentards pouvait impliquer. Instinctivement, il sentait que ce n'était pas une bonne chose. Bellatrix était assez folle pour se jeter toute seule dans la fosse aux lions en attendant que sa sœur et son beau-frère se débrouillent à deux pour mettre un piège en place.

Il était donc grand temps de laisser les Black se jeter des horreurs à la figure et de disparaître par une sortie de secours. Et... emporter de force un allié ne pouvait pas faire de mal non plus.

S'emparant donc fermement du bras d'un James un peu trop saoul à son goût, il s'éclipsa aussi discrètement de possible, le traînant derrière lui sans délicatesse. Sirius avait parlé d'un couloir donnant accès sur plusieurs placards à balais et il se félicita d'avoir vérifié son existence quelques heures plutôt. Mais il n'était sans doute pas le seul, après tout.

Est-ce que Malefoy et Narcissa se trouvaient eux aussi dans les parages ?

- Luuuuuuu'... On va où ? Et puis elle est où, Lily de mon cœur ?

- Elle s'est enfuie entre ta dixième demande en mariage et la chanson débile que tu lui as composée après plusieurs verres de whisky pure feu.

- C'est ma Lily joliiiiie... Et elle est trop joliiiiiie... Parce que c'est une jolie fiiiille... Et je veux l'épouseeeer... Pour qu'elle soit ma mariéééééée ! Recommença-t-il à chantonner, la main sur le cœur et les larmes aux yeux comme s'il s'agissait d'un discours particulièrement émouvant.

- Mon Dieu. Elle a vraiment du courage pour avoir tenu si longtemps. Il faudra que je lui remette une médaille un jour, elle mérite au moins ça.

D'ailleurs, pour réussir à le maintenir encore debout avec tout ce qu'il avait bu et sa manière disgracieuse de s'affaler contre lui, Remus aussi en méritait une.

Finalement il aurait largement préféré être accompagné par Peter mais le jeune homme s'était plaint de maux d'estomac pour échapper à la fête. Il tenait encore moins l'alcool que James, ce qui n'était pas peu dire, et détester tout autant que Remus les fêtes trop arrosées et trop risquées. Alors le loup-garou avait fait semblant de le croire lorsqu'il avait prétendu être malade et l'avait excusé auprès des autres, comme ça arrivait si souvent.

Maintenant il regrettait un peu de ne pas avoir utilisé la même technique pour s'absenter lui-même... Mais si ça ne le dérangeait pas que Peter évite de les accompagner, lui n'était pas capable de leur mentir sans ressentir une terrible culpabilité. Et la peur qu'ils le considèrent comme ennuyant et un peu trop coincé pour pouvoir continuer de traîner avec eux par la suite...

- Rem'... Envie de vomir... Ça tangue... Je me sens... pas bien du tout... du tout...

En vérité, il eut à peine le temps d'ouvrir la porte et de faire apparaître une bassine que James vida tout le contenu de son estomac. Aerk.

Préférant éviter les détails de cette scène plus ou moins dégoûtante, il referma la porte pour laisser James dessaouler tranquillement. Il lança tout de même quelques sorts pour éviter que qui que ce soit ne l'attaque dans son état, allant même jusqu'à verrouiller la porte avec plusieurs formules plus ou moins complexes. L'avantage d'être en septième année, assidu en cours de sortilèges et surtout très proches d'aimants à ennuis...

Avançant beaucoup plus vite dans le long couloir sans devoir traîner le corps de son meilleur ami, Remus se recouvrit de la cape d'invisibilité qu'il venait de subtiliser de la bourse en peau de Moke de James.

Il risquait d'en avoir besoin s'il venait à surprendre les Serpentards en plein méfait après tout...


- Eh bien, personne pour nous accueillir comme il se doit ? J'ai cru entendre quelques cris familiers... Tu devrais arrêter de t'opposer autant à ta famille, Siri.

- Narcissa...

L'apparition eut au moins le mérite de couper la dispute des deux cousins.

Aussi quand Bellatrix tourna la tête vers sa sœur, son regard se gorgea d'une fierté et d'une élégance digne de son statut d'aînée adulée. Si bien que celui de Narcissa s'illumina au point que Lucius dut même se mordre les joues pour se retenir de lever les yeux au ciel.

C'était ainsi à chaque fois qu'elles avaient le malheur de se retrouver ensemble...

Cependant il préféra se taire en voyant les deux femmes échanger un sourire complice, Bellatrix leur faisant élégamment signe d'entrer dans la pièce. Narcissa ne se priva pas de lui obéir, tirant cependant presque de force le bras de son fiancé pour que celui-ci la suive. Il évita néanmoins de montrer son manque d'entrain, pourtant terriblement évident, fixant l'assistance de son regard indifférent où une lueur hautaine dansait tout de même par mesure de précaution.

Tous les Gryffondors se tassaient dans les coins, marmonnant entre eux à propos de leur venue visiblement très peu désirée. Seul Sirius se tenait immobile face à eux, comme s'il tentait ainsi de dresser une muraille entre les Gryffondors et les Serpentards par sa seule présence, se rendant complètement ridicule. Par chance, il ne semblait pas avoir assez d'intelligence pour s'en rendre compte... Et à en juger par son regard furieux, sa dispute avec Bellatrix durait déjà depuis un certain temps...

Étrange cependant que sa bande de petits toutous ne soit pas à ses côtés pour le défendre bec et ongles. Les Gryffondors et leur loyauté, à toujours croire aux beaux discours sur l'amour et l'amitié, auraient dû au moins être dans les parages pour se battre à ses côtés si besoin.

Mais ils avaient peut-être fini par l'abandonner à son sort... ?

Ou alors... Ils pensaient pouvoir les surprendre en train d'installer leur piège... Trop tard pour ces imbéciles.

- Bellatrix, veux-tu bien remettre un peu de musique ? Cette fête manque cruellement d'ambiance... Autant que d'invités respectables d'ailleurs...

Sa satisfaction disparut aussitôt, non pas à cause de la critique de sa fiancée qui n'était pas une grande surprise en soi, mais de son attitude qu'il savait toujours exagérée près de sa grande sœur adorée.

Comme à chaque fois que Bellatrix était présente, Narcissa ne la quittait pratiquement pas du regard, sa moue se voulant aussi désapprobatrice que son modèle. Heureusement, si elle imitait parfaitement son attitude en public, il n'avait à endurer toute cette haine et toute cette folie que lorsqu'elle se trouvait près de son aînée. Hors de question qu'il se marie un jour avec une deuxième Bellatrix !

Néanmoins, le regard dédaigneux qu'elle coula vers les lions ne fut visiblement pas aussi bien accepté par tous, devenant même devenir la goutte d'eau qui fit déborder le vase. De nombreux invités se positionnèrent ainsi auprès de Sirius Black, annonçant une bataille évidente entre les deux maisons.

Sauf que cette fois, elle ne durerait probablement pas bien longtemps... Et que comme toujours, Serpentard avait une longueur d'avance sur Gryffondor.

Un petit sourire joua sur ses lèvres en voyant que tous se levaient, baguette en main, leur adressant des regards qui ne laissaient aucun doute sur leurs intentions. Auraient-ils eu ce courage si les plus insensés d'entre eux ne s'étaient pas levés en premier lieu pour les affronter et donner l'exemple ? Eh bien en fait, que ce soit étonnant ou non, Lucius en était tout à fait persuadé.

Ils faisaient après tout partie de la maison la plus irréfléchie et irresponsable de tout Poudlard. Ce ne devait pas être pour rien.

- Ooooooh mais les minous se rebellent, on dirait... Minauda Narcissa d'une voix innocente qui ne trompa personne. D'ailleurs où sont les tiens, cher cousin ?

- Lupin, Potter et Pettigrow... Trois traîtres à leur sang et un sang mêlé, amis des moldus et des sangs-de-bourbe... On dirait bien qu'ils t'abandonnent ! Mais ne t'inquiète pas Sirius, nous avons tous les trois un petit cadeau qui devrait te réconforter...

A peine Bellatrix commença cette dernière phrase sous le regard adorateur de sa petite sœur que les trois Serpentards avaient déjà sorti leur baguette magique pour les pointer sur trois points bien particuliers de la pièce. Et c'est avec un soupir intérieur que Lucius s'efforça d'hurler, avec un enthousiasme plus ou moins forcé, un sort identique que celui des deux jeunes femmes.

- Alohomora !

Les portes claquèrent aussi violemment que les cris de panique fusèrent.

Trois épouvantards venaient d'envahir la salle.


- Moony ! Moony ! MOONY !

- Sirius ?

Remus venait à peine de terminer d'explorer le couloir qu'il voyait déjà son ami débouler comme une furie, hurlant son nom tout en remuant frénétiquement les bras comme s'il cherchait à s'envoler.

Pour mettre Sirius dans cet état, quelque chose de grave devait s'être produit. Plus grave qu'une dispute avec sa cousine en tout cas. Ou alors... Ou alors il l'avait tué. Malencontreusement. En l'étranglant ou en la poussant sans le vouloir un peu trop fort ou sur un coin de table. Sirius n'était pas un meurtrier... même si Bellatrix lui avait peut-être donner envie de le devenir.

Enlevant la cape de James pour permettre à Sirius de le localiser, celui-ci lui bondit littéralement dessus à la seconde où il entra dans son champ de vision, agrippant ses épaules pour l'obliger à le regarder droit dans les yeux.

Définitivement, la situation devait être alarmante.

- Les Serpentards ont déplacé les épouvantards du cours de DCFM ! Tout le monde court dans tous les sens pour les éviter... C'est l'horreur, Monny !

Oh. Effectivement. Point pour Serpentard...

Il grimaça vaguement en sentant Sirius le secouer comme un prunier, espérant probablement une réponse de sa part mais l'empêchant paradoxalement de réfléchir convenablement à la situation. Par Merlin mais comment Malefoy et les Black avaient-ils réussi à changer les épouvantards de place à l'insu de leur professeur ? Un sort inversant la position des placards peut être ?

Ce type de sort était d'un très haut niveau, surtout lorsque les dits placards contenaient une créature magique comme celle-ci, mais leurs trois puissances magiques réunies étaient probablement largement suffisantes pour l'exécuter. Parce qu'il fallait reconnaître que les trois Serpentards étaient doués dans le domaine des sortilèges. Pour leur plus grand malheur.

- Moony, arrête de réfléchir à comment ils s'y sont pris.

- ...Depuis quand t'es devenu Legilimens ?

- Inutile, c'est inscrit sur ton visage. Moony, faut vraiment que tu te caches. Tu peux pas te permettre qu'on voit l'apparence de ton épouvantard ou tout le monde se demandera pourquoi la pleine lune est ta pire frayeur !

Pour une fois, la panique semblait rendre Sirius plein de bon sens.

Un long frisson le secoua en imaginant cette lune ronde et pleine, se cachant derrière de brumeux nuages mais étincelant par sa couleur blanchâtre, apparaître au milieu de la foule des Gryffondors pour démontrer à chacun sa... nature. Il ne supporterait jamais les regards méfiants ou dégoûtés qu'on lui adresserait si tout Poudlard apprenait qu'il était un loup-garou.

Il s'obligea à ignorer ses sueurs froides et ses craintes, se concentrant sur l'inquiétude visible de Sirius pour lui. Il eut un sourire doux, à la fois parce qu'il était touché mais aussi parce qu'il voulait rassurer le jeune homme, enlevant tout de même ses mains de ses épaules pour qu'il cesse de le secouer. Étrangement, ce geste sembla apaiser un peu son ami.

- Tu n'as qu'à te cacher dans un placard. Regarde, y en a un juste là. Je vais aller aider les autres mais je te rejoindrai ensuite, d'accord ?

- Merci, Paddy. C'est... c'est vraiment gentil de ta part, tu sais.

- Mais non, c'est normal ! Maraudeur un jour, maraudeur toujours ! On te laissera jamais tomber, Lunard. Au fait, il est où, Prongs ?

- Dans un placard lui aussi, ironisa le loup-garou avec un petit sourire. Ne t'en fais pas trop pour lui. Va aider les autres et surtout ne t'occupe pas de moi, je vais sagement t'attendre. Bonne chance pour nous sauver de ces épouvantards !

- Yep ! Merci mon loup !

Il s'autorisa à sourire un peu plus tendrement en voyant la silhouette s'éloigner en courant, lui tournant complètement le dos. "Mon loup"...

Soupirant contre sa niaiserie d'amoureux transi, il s'engouffra dans le placard à balais en grimaçant. Petit, entièrement noir et sans aucun doute très peu confortable. Mais puisque ça lui évitait tant d'ennuis et que c'était pour attendre Sirius... Il pouvait bien s'en contenter pour quelques minutes.


- Allez, Narcissa. On ne va pas s'éterniser ici.

- Mais regarde, Lucius, c'est tellement drôle ! Ils courent dans tous les sens, les épouvantards n'arrêtent pas de prendre des apparences plus horrifiantes les unes que les autres ! Ils sont tellement... tellement pathétiques, misérables ! Regarde-les Lucius... C'est ça, leur véritable nature à tous ces traîtres. Et ils osent ensuite nous insulter de couards, de fiers...

- Narcissa, on doit y aller.

- Oh allez ! Ce ne sont que trois petits épouvantards... Tu ne me feras pas croire qu'ils te font peur.

Non. Les épouvantards ne l'effrayaient pas le moins du monde. Il suffisait de lancer un sort pour les voir ridiculisés.

Mais le regard de Narcissa le mettait mal à l'aise.

Lui aussi était amusé de voir tous ces Gryffondors hypocrites s'enfuir en courant et se disperser aussi rapidement qu'une traînée de poudre. Bien sûr que l'ironie de la situation le faisait sourire, qu'il était fier de sa maison dans une telle situation et qu'il n'en haïssait que davantage leurs ennemis. Les Serpentards immobiles comme la pierre et les Gryffondors en fuite. C'était beau à voir.

Mais Narcissa n'était pas juste fière ou satisfaite du fonctionnement de son plan. Son regard bleu scintillait de haine. Chaque fois qu'un épouvantard changeait de forme, chaque fois qu'un gryffon hurlait de peur, elle ne cachait rien de sa satisfaction qui en devenait alors presque... cruelle. Il la voyait sursauter et retenir un cri de joie à chaque fois, s'agrippant à sa manche comme pour tenter de l'amener à profiter lui aussi du spectacle.

Il n'osait même pas regarder Bellatrix qui devait probablement atteindre un niveau d'extase effrayant, préférant tout stopper avant que Narcissa n'en réussisse la parfaite imitation.

- On s'en va, maintenant. Le spectacle est terminé.

Sa voix glaciale réussit au moins à la sortir de son état . Alors son regard se planta durement dans le sien.

Il sentit facilement qu'elle lui reprochait mentalement son manque d'entrain, de passion, envers toute cette comédie pour ridiculiser la maison adverse. Mais elle ne dit rien. Après tout, elle savait qu'il les détestait au moins autant qu'elle. Alors elle n'avait pas à faire de commentaire là-dessus. C'est ainsi qu'il la traîna vers la sortie qu'il avait repérée, celle qui menait à un couloir qui leur permettrait de quitter les lieux en toute discrétion.

Seulement Narcissa ne semblait pas du même avis. Alors qu'elle se laissait traîner au départ, elle le plaqua soudainement contre le mur, écrasant ses lèvres contre les siennes.

Il la laissa se pendre à son cou, se coller à lui, embrasser ses lèvres avec acharnement, répondant vaguement à toute cette passion forcée. Narcissa était assez douée pour faire succomber n'importe quel homme et le contact n'était pas assez désagréable pour qu'il la repousse. Après tout, c'était sa fiancée. Et quand elle se décolla de lui, caressant tendrement sa joue, il tenta un sourire. Bien qu'il n'ait jamais été très doué pour sourire en vérité.

- Je t'avais promis un petit moment juste entre nous deux si tu m'accompagnais jusqu'ici, hm ? Ronronna-t-elle avec un regard équivoque. Alors suis-moi et je suis tout à toi...

Elle lui vola un dernier baiser, ignorant littéralement son regard interrogateur pour s'enfuir à toute vitesse dans le couloir.

Par Merlin, elle n'avait tout de même pas prévu de... de le faire dans un placard ? Parce que tout ce qui se trouvait ici, mis à part la porte de sortie, c'était... ça. Des placards à balais. Ça manquait tellement de classe et de... Par Merlin, quelle idée !

Mais il se doutait bien qu'il n'avait pas vraiment le choix. Il ne pouvait pas aller la chercher pour la rejeter ou même l'abandonner comme ça. Ca ne semblait tout simplement pas correct. Et puis, n'importe quel mec serait enchanté d'entendre ce genre de propositions venant d'une femme si séduisante. Il n'allait tout de même pas se plaindre !

D'un pas presque robotique, il s'avança en serrant le poing, soufflant un bon coup avant de se persuader que tout allait bien dans le meilleur des mondes.

C'était l'évidence même...


- Merde !

La cape d'invisibilité de James venait de lui glisser entre les doigts. Ce qui risquait de poser problème si quelqu'un ouvrait le placard dans lequel il se trouvait. Il n'avait pas très envie d'être questionné alors que tous les Gryffondors devaient en ce moment même s'organiser pour enfermer de nouveau les épouvantards dans leurs placards respectifs.

On le trouverait probablement froussard de ne pas aller aider les autres. Et ça même s'il ne pouvait pas se le permettre...

Remus s'agenouilla donc pour tâtonner dans le noir, espérant vite retrouver cette fichue cape, se tournant et retournant dans ce but. Son stress monta d'un cran en entendant la porte derrière lui s'ouvrir dans un grincement. Mais sa main trouva en même temps ce qu'elle recherchait, lui permettant tout juste de se dissimuler comme prévu sous la relique.

Sauf que la personne qui venait d'entrer le percuta, le placard étant trop étroit pour contenir deux personnes sans qu'elles puissent éviter un contact.

Merde. Invisible ne voulait pas dire qu'il était également intangible.

Il pria silencieusement pour qu'il s'agisse de Sirius qui venait simplement le chercher, se retournant aussi lentement que possible, bien que ce soit un geste assez inutile puisque la porte refermée ne lui permit pas de voir de qui il s'agissait. Il souffla un instant, retirant finalement la cape puisqu'elle n'était plus d'aucune utilité dans ce noir complet.

Mais lorsque la personne face à lui ouvrit la bouche, Remus sut au son de sa voix qu'il ne s'agissait pas de Sirius. Même s'il était difficile de la reconnaître puisque l'homme murmurait très bas.

- Trouvé.

Ses mains se posèrent sur le mur pour encadrer les deux côtés de sa tête, laissant un sourire satisfait apparaître sur son visage. Au moins, Lucius l'avait trouvée sans devoir courir à travers tout le couloir. A peine le troisième placard ouvert qu'il avait vu cette silhouette disparaître subitement, ce qui pour lui, était un acte clairement signé.

Probablement Narcissa avait-elle utilisé un sortilège de désillusion ou même un maléfice d'aveuglement. Sa terrible manie de compliquer les choses. Vraiment, qui d'autre aurait l'idée d'amener son fiancé dans un placard alors même qu'ils avaient l'occasion de sortir pour rejoindre une chambre confortable ? Mais si cette idée lui paraissait ridicule à la base, le souffle chaud qui balaya son visage le détendit un peu.

Il glissa l'une de ses mains sur sa joue pour la caresser du pouce, s'étonnant de son léger sursaut mais décidant finalement de ne pas s'en formaliser. Narcissa avait toujours eu la peau douce mais la sensation lui sembla particulière cette fois. Cette impression aurait pu être presque dérangeante mais la douceur sous ses doigts le troubla, lui donnant même envie de se pencher vers elle pour l'embrasser.

Leurs lèvres s'effleurèrent avec la plus grande délicatesse, les chatouillant comme une plume.

Le souffle de Remus se coupa aussitôt, la surprise le paralysant complètement. Le contact était aérien, si fragile qu'il se demanda un instant s'il n'avait pas rêvé, mais les lèvres inconnues se déposèrent de nouveau sur les siennes pour venir contredire cette idée stupide. La pression était légère mais indéniablement présente, étonnamment douce pour quelqu'un voulant embrasser par surprise un inconnu.

En faisant un petit mouvement de tête pour être plus à l'aise, leurs lèvres glissèrent délicatement l'une contre l'autre, donnant à Remus l'irrépressible envie de gémir contre la bouche de son "attaquant". Sa joue chauffait un peu sous la paume de main qui caressait doucement son visage. Mais peut-être que s'il rougissait autant, c'était parce qu'il réalisait avec une gêne certaine que tous ces gestes tendres... lui donnaient envie d'être encore un peu plus captif.

Et finalement, il décida qu'il serait toujours temps de se questionner plus tard, passant ses bras autour du cou de Lucius pour l'amener un peu plus contre lui. Son geste fut aussitôt récompensé par la caresse d'une langue mutine sur ses lèvres, passant entre elles pour tenter de les entrouvrir, ce qu'il laissa faire sans aucune hésitation mais sans pour autant s'empêcher de rougir furieusement.

Bien malgré lui, Lucius se sentit sourire en sentant cette peau brûlante sous ses doigts, exhalant même un soupir satisfait qu'il ne s'était jamais entendu pousser jusque là. Ses bras descendirent enlacer la taille de "sa" partenaire, collant un peu plus Remus entre le mur et son propre corps. Une initiative qui le surprit un peu plus lui-même, lui qui ne tentait jamais rien sur ce domaine, préférant se laisser faire au contraire.

Et Lucius eut une certitude que son esprit refoula immédiatement. La certitude que ce n'était pas Narcissa, même s'il fallait que ce soit elle.

Et pourtant, malgré cette pensée qui aurait du tout arrêter, rien ne semblait déjà avoir plus d'importance que cette langue timide presque maladroite dansant contre la sienne, ces bras solidement attachés à son cou et cette douce chaleur entourant leurs deux corps enlacés. Peut-être parce que c'était la première fois qu'il éprouvait ces sensations. Peut-être parce que Narcissa n'était jamais tendre ou timide et exigeait simplement les choses, comme si elles lui étaient dues.

Ou peut-être qu'il avait simplement perdu la tête...

Cette option sembla être celle qui l'emporta sur toutes les autres au final. Surtout lorsque le grincement de la porte les fit tous deux redescendre brutalement sur terre. Ses mains attrapèrent les épaules de... de l'inconnue pour la repousser sans délicatesse, reculant même d'un bon pas lorsque la porte s'ouvrit.

Laissant ainsi filtrer la lumière. Et faisant donc apparaître le visage l'inconnue.

Enfin l'inconnu plutôt. Parce que c'était un homme.

Et même pire. Un Gryffondor.

Un sang-mêlé.

Lupin.

- Malefoy... On peut savoir ce que tu fiches ici ? Remus ! Ca va ? Il t'a rien fait au moins ?

Perdu, le dit Remus se contenta de cligner des yeux, ne parvenant même pas à sourire au Sirius sauvage qui venait d'apparaître dans la lumière aveuglante jusque-là extérieure au placard.

Malefoy ? Lui faire quelque chose ?

Non. Il l'avait juste embrassé. Et comme un Dieu. Un moment encore trop présent dans son esprit pour son bien d'ailleurs.

- Je... Euh... Non... Il... On... Tu...

Vive les onomatopées et les pronoms personnels. Et voilà qu'il était totalement incompréhensible. Déjà Sirius fronçait les sourcils.

Et par Merlin, sa voix n'avait jamais été aussi rauque !

- Ca va. Les... épouvantards. On les a fuis tous les deux.

L'excuse était plutôt bancale. Après tout, Malefoy ne serait jamais resté dans le même placard que lui, épouvantards ou non, si... enfin si... en d'autres circonstances disons. Il tenta un regard en biais vers lui mais ne put rien déceler dans son expression. Son regard avait retrouvé la teinte hautaine qu'il arborait toujours en leur présence, ne le quittant même pas lorsqu'il sortit du placard sans un mot.

Il aurait peut-être dû le poursuivre et lui demander des explications. Mais devant Sirius ? Aucune excuse valable ne lui venait en tête pour ça.

- Hey, Moony... T'es tout rouge. T'es sûr que ça va ?

- Oui, oui. J'ai juste eu... peur en fait. Rien ne s'est passé, heureusement, mais l'épouvantard était après lui. J'ai cru qu'il allait m'attaquer.

- Hm... L'épouvantard ou Malefoy ? Releva malicieusement son ami, ne croyant pas si bien dire.

Remus rougit d'autant plus à cette plaisanterie mais, ne voulant pas que Sirius soupçonne quoi que ce soit sur ce qui aurait pu se passer, répliqua de façon très mature en tirant la langue à son meilleur ami.

Mission accomplie puisque celui-ci sourit.

- Idiot. C'est pas drôle !

- Rien que ta tête est drôle ! Allez, viens, on doit récupérer Prongs avant de rentrer au dortoir. T'as la cape ? Et la carte ?

- J'ai tout. Faut qu'on file vite, j'ai tout sauf envie d'aller en retenue pour avoir dépassé le couvre-feu alors que je suis préfet...