Lorsqu'Arthur avait vu le dragon apparaître dans la clairière, littéralement tombé du ciel, il avait aussitôt voulu aller aider son ami dans la clairière. Il avait reconnu le dragon : c'était celui qui avait attaqué Camelot, celui qui était censé être mort. Il était dangereux, il allait massacrer tout le monde !
Le dragon avait atterri pile devant lui et les chevaliers, leur bouchant la vue avec son corps imposant. Arthur avait grogné et décidé de se déplacer de façon à pouvoir voir Merlin, agenouillé devant Morgane. Il avait d'abord été stupéfait de voir que c'était Morgane qui avait fait enlever Merlin, elle connaissait aussi bien les points forts et faibles du château que le serviteur. Le roi n'avait pas entendu ce qu'ils disaient, trop loin pour qu'un seul mot lui parvienne, la seule chose qu'il avait entendue était le cri de Merlin vers le ciel, sans qu'il en comprenne quoi que ce soit.
Une fois caché à l'opposé de la clairière, Arthur avait vu Merlin debout, sans trop savoir comment il s'y était pris, et la tête du dragon affreusement près de lui. Et puis il avait vu son ami lever une main. Repousser Morgane d'un simple geste, ses yeux brûlant d'or. Arthur en était resté bouche bée pendant un moment. Merlin était sorcier ? Merlin, son serviteur, incroyablement loyal et maladroit ?
Perdu dans son état de choc, il ne vit pas Morgane disparaître. Tout ce qu'il vit, ce fut Merlin qui se retournait vers le dragon, apparemment pour marcher vers lui. Mais à quoi pensait-il ? Il allait à la mort !
- Merlin !
Arthur courut hors du bois pour empêcher son ami d'aller plus loin. Ils avaient tellement traversé pour le sauver, ce n'était certainement pas pour le regarder marcher stupidement vers la mort en s'approchant encore plus d'un dragon aussi dangereux ! Mais il s'arrêta lorsque Merlin se retourna, à cause de son expression.
Merlin avait l'air coupable, et semblait également un peu effrayé. Effrayé par ce qu'il voyait devant lui, pas par ce qui se trouvait maintenant derrière lui. Il fallut un moment à Arthur pour comprendre que c'était lui qui l'effrayait et pas autre chose. Merlin avait peur que le roi n'accepte pas qu'il ait des pouvoirs magiques, et si c'était le cas alors son destin était terminé. Il devrait quitter Camelot, et laisser derrière lui Arthur, sans rien pouvoir faire pour le protéger. Il commença à trembler, rattrapé par la situation et par la peur, ses yeux exprimant toute sa culpabilité.
Cela rendit Arthur perplexe. Depuis le moment où il avait vu que Merlin avait des pouvoirs, il réfléchissait énormément, pour savoir s'il devait condamner son ami ou pas. Une part de lui le voulait, on lui avait toujours enseigné que la magie était mauvaise, utilisée pour détruire le bien. Les événements passés ne lui avaient pas permis de changer son opinion : Morgane était une sorcière, et elle cherchait à détruire Camelot. Elle s'était tournée vers le mal, tout comme tant de pratiquants de la magie qui avaient attaqué Camelot. La magie avait été utilisée à chaque fois pour tenter de le tuer, ou tenter d'affaiblir le royaume.
Pas une seule fois, il n'avait vu la magie utilisée à des fins bénéfiques. Mais ce qu'il venait de voir, en revanche, donnait matière à réflexion. Merlin avait utilisé ses pouvoirs pour combattre Morgane, une ennemie de Camelot. Et avoir réussi à la mettre en fuite signifiait qu'il était d'un talent considérable. Et par défaut, cette action faisait de lui un allié. Mais pouvait-il vraiment lui faire confiance ? Merlin lui avait menti pendant tout ce temps, se faisant passer pour un idiot alors qu'il était bien plus que cela. Du temps de son père, le magicien aurait été conduit au bûcher sans hésitations. Mais Arthur n'était pas son père. Il ne pouvait se résoudre à condamner un ami, du moins pas tant que celui-ci ne prouvait pas qu'il était un traître à Camelot. La simple idée de traîner son ami en justice le révoltait, tant il repensait aux moments passés en sa compagnie, aux confidences qu'il lui faisait et à la confiance qu'il lui portait.
Merlin, pendant ce temps, prit une inspiration tremblante. Il pouvait voir les réflexions d'Arthur, quiconque le connaissait bien pouvait le voir. Et cela ne faisait qu'ajouter à son calvaire, l'attente se faisait interminable même si elle ne dura que quelques secondes. Son cœur battait la chamade, le trop-plein d'émotions amenant des larmes aux coins de ses yeux, larmes qu'il s'empressa d'essayer de cacher.
Voyant cela, Arthur fit la seule chose à laquelle il put penser : il se remit à courir, cette fois pour aller serrer son ami dans ses bras, soupirant et souriant de soulagement. Merlin mit un moment à réagir, totalement abasourdi par la réaction du roi. Arthur le relâcha et se campa devant lui, bien décidé à ne pas bouger tant que Merlin ne lui aurait pas tout dit. Le magicien, quant à lui, était encore sous le choc, et peinait à trouver quoi dire.
- Arthur… fit-il, ne sachant pas par où commencer.
Le roi en aurait ri, si la situation n'avait pas été aussi grave. Le sorcier qui venait d'affronter Morgane, probablement avec toute sa puissance, avait peur de ce que lui pensait. Arthur n'en croyait pas ses oreilles ni ses yeux.
- Merlin, ne me refais plus jamais ça ! s'exclama-t-il.
C'était la seule chose qu'il trouvait à dire et qui pourrait rassurer son ami. Il avait le sentiment que s'il n'était pas clair, Merlin allait exploser. La tension dans l'air était presque palpable.
- Vous… vous avez vu ? demanda Merlin.
Il se doutait de la réponse, mais tenait à en être sûr. Commençant à se remettre de son choc, Merlin eut les idées plus claires. Si Arthur l'avait vu et réagissait ainsi, alors cela signifiait qu'il acceptait que son serviteur était un sorcier. Sans vouloir se donner de faux espoirs, il pensait déjà à tout ce que cela impliquait. En voyant un de ses amis les plus proches utiliser la magie, Arthur l'accepterait en général, et pourrait unifier Albion.
- Bien sûr que j'ai vu, je ne suis pas aveugle Merlin !
A ce moment, Merlin poussa un immense soupir de soulagement. Désormais, il n'avait plus à s'inquiéter ni à avoir peur qu'Arthur découvre la vérité et le rejette. Les chevaliers, qui étaient restés tacitement en dehors des retrouvailles entre les deux amis, s'approchèrent alors. Gauvain le serra à son tour dans ses bras, étreinte que Merlin lui rendit volontiers. Les trois autres se contentèrent de lui donner une tape sur l'épaule et de la serrer, mais leurs sourires exprimaient leur soulagement. Aucun ne semblait avoir de problèmes avec les pouvoirs de Merlin.
- Jeune magicien, fit une voix caverneuse.
Arthur se figea. Le Grand Dragon, qu'il avait complètement oublié dans sa joie, avait redressé la tête et regardé attentivement ce qui venait de se dérouler. Autant que le roi pouvait en juger, il semblait heureux, ce qui était tout à fait contre-nature. Pourquoi un dragon qui avait cherché à démolir Camelot était-il satisfait de voir le roi de Camelot et son serviteur se retrouver ?
Merlin, quant à lui, vit le changement dans l'attitude d'Arthur, mais se retourna vers Kilgharrah. Le dragon tenait évidemment à lui parler, et il aurait probablement des conseils à lui donner concernant les changements qui allaient forcément se produire. Le magicien avança vers le dragon, à l'aise, conscient du regard effrayé d'Arthur posé sur lui. Lorsqu'il fut à distance raisonnable de la tête du dragon, il inclina la tête en signe de remerciements.
- Merci, déclara-t-il, reconnaissant. Vous m'avez sauvé la vie.
- Je n'aurais pu agir autrement.
Arthur n'hésita pas longtemps avant de se lancer derrière Merlin, bien décidé à ne plus le quitter d'une semelle maintenant qu'il l'avait retrouvé. Et puis, il avait des questions à poser. Il fut pris de court, ayant à peine le temps d'ouvrir la bouche pour parler avant que le dragon parle lui-même.
- Bonjour, jeune Pendragon, dit-il, amusé.
Arthur en resta coi : non seulement il découvrait que les dragons parlaient – il n'avait jamais cherché à se renseigner sur eux auparavant, tout ce qui lui importait était qu'il avait tué le dernier d'entre eux – mais en plus, ce dragon semblait content, il avait une conscience et éprouvait des sentiments.
- Comment avez-vous survécu ? demanda-t-il.
Beaucoup d'autres questions se bousculaient dans sa tête, mais c'était celle qui lui paraissait le plus important. Ce faisant, il regarda aussi Merlin, qui était celui qui lui avait dit que le dragon était mort. Son ami ne lui avait visiblement pas menti que sur ses pouvoirs. Que cachait-il d'autre encore ?
Le dragon regarda Merlin, lui signifiant que c'était au magicien de répondre et pas à lui. Il était temps qu'Arthur apprenne toute la vérité de la bouche de son serviteur. Merlin soupira avant de baisser les yeux.
- Quand Kilgharrah s'est libéré, commença-t-il en jetant un œil au dragon, Gaius m'a parlé de l'homme que nous devions aller chercher, le Seigneur des Dragons.
- Balinor, compléta Arthur, bien que ne comprenant pas ce que ça avait à voir avec la situation présente.
- Oui… Il m'a révélé que Balinor était mon père.
Arthur se stupéfia. Balinor était le père de Merlin ? Cela expliquait le chagrin de son ami alors qu'ils venaient à peine de le rencontrer, et l'humeur morose dont il avait fait preuve pendant plusieurs jours après.
- Le pouvoir de Seigneur des Dragons se transmet de père en fils, continua Merlin. Lorsque mon père est mort, je suis devenu Seigneur des Dragons. Le dernier d'entre eux. J'ai ordonné à Kilgharrah de cesser d'attaquer Camelot, et l'ai laissé s'en aller.
- Tu as bien fait, jeune magicien, dit le dragon. Sans cet acte, les dragons auraient été éteints pour toujours. Tu m'as permis de redevenir celui que j'étais autrefois, avant le commencement de la Grande Purge.
Il y avait quelque chose dans le ton du dragon, qui fit frissonner Arthur, sans qu'il comprenne pourquoi. Mais le dragon se redressa soudainement, avant de pencher à nouveau la tête et de souffler sur Merlin. Arthur assista alors à une des plus grandes métamorphoses : le visage tuméfié du magicien, qui était une des raisons pour laquelle il avait été le serrer dans ses bras spontanément, guérit jusqu'à redevenir tout à fait intact, sans aucune cicatrice ni aucun bleu restants.
Merlin resta un instant hébété, sentant la magie de Kilgharrah faire effet non seulement sur sa figure, mais aussi sur tout son être, allant jusqu'à guérir son mal de tête et chaque petite courbature existante – et compte tenu du nombre d'entre elles, ce n'était pas rien. Il se sentit en pleine forme, comme si rien de ce qui s'était passé ces derniers jours n'était réel. Il était surprenant que le dragon prenne cette initiative de lui-même, mais il n'allait pas s'en plaindre.
- Merci, dit-il encore une fois, plein de reconnaissance.
Arthur fronça les sourcils. Merlin était visiblement habitué à se faire souffler dessus de cette façon, il ne semblait qu'à moitié surpris. Il n'eut pas le temps de s'appesantir sur le sujet, ni de questionner le magicien, car un raclement de gorge gêné se fit entendre. Le roi se tourna vers la source du bruit, découvrant que le jeune homme qui était avec Merlin s'était rapproché. Il fut surpris de reconnaître le combattant qui avait perdu face à son père lors d'un tournoi, presque deux ans auparavant. Que faisait-il là ?
Merlin, se souvenant de la présence de Gilli, qu'il avait oublié, se retourna et alla lui poser une main sur l'épaule.
- J'ai une dette envers toi, Gilli. Tu m'as sauvé la vie.
- Je n'ai rien fait, répliqua Gilli en baissant les yeux. C'est toi qui as combattu Morgane. Et maintenant, tu n'as plus besoin de te cacher aux yeux de tous, continua-t-il en regardant brièvement Arthur et en baissant la tête en signe de respect.
- Ça n'aurait pas été possible sans toi.
Et Merlin croyait sincèrement ce qu'il disait. Sans l'intervention de Gilli qui avait tenté de le libérer, Arthur et les chevaliers ne seraient pas arrivés à temps pour le voir combattre Morgane. Bien sûr, il aurait tout de même appelé Kilgharrah, mais il aurait sans doute prétendu qu'il avait été enlevé par des ennemis de Camelot qui voulaient des informations sur la citadelle, sans révéler qu'il avait des pouvoirs. Grâce à Gilli, Arthur le reconnaissait et acceptait ses pouvoirs. C'était un pas en avant dans son destin. Un grand pas en avant.
- Je dois m'en aller, avant que ma famille commence à s'inquiéter. Tu es en sécurité maintenant, et j'espère qu'un jour, nos chemins se recroiserons, déclara Gilli.
- J'en suis sûr, répondit Merlin. Au revoir, mon frère, fit-il en lui serrant la main.
Gilli baissa une dernière fois la tête devant Arthur, regarda Kilgharrah, une lueur dans les yeux, et s'en alla. Il disparut rapidement dans les arbres. Merlin le regarda partir, une pointe de tristesse dans le cœur. Gilli était un sorcier comme lui, il ne se le pardonnerait pas s'il lui arrivait malheur alors qu'il venait de le secourir. Mais il ne pouvait pas se permettre de l'accompagner jusqu'à sa destination, il devait rentrer à Camelot.
Détournant la tête, le regard de Merlin se posa alors sur le loup, qui s'était assis pour assister tranquillement aux événements. Le magicien fronça les sourcils, décidément cet animal était de plus en plus surprenant ! D'abord, il avait attaqué un dragon – certes, petit, mais un dragon tout de même – ensuite il n'avait pas paru surpris ni effrayé le moins du monde par Kilgharrah, et enfin il ne semblait toujours pas vouloir partir où que ce soit.
Merlin étudia plus attentivement le loup, cherchant à comprendre ses raisons. Kilgharrah souriait, ce qui signifiait qu'il connaissait la réponse. Mais à moins que le magicien le lui ordonne, il ne se résoudrait pas à la lui donner. Et il ne souhaitait pas ordonner au dragon de faire quelque chose qu'il ne voulait pas, c'était contre-nature.
Soudain, il se raidit. Sans en avoir conscience, sa magie répondait à ses questions, et il avait projeté son esprit pour atteindre celui du loup. Ou plus exactement, celui du loup atteignait le sien. Ça n'aurait pas dû être possible avec un animal, ce n'était possible qu'avec d'autres sorciers qui avaient la capacité de communiquer par pensées. Ce loup, quel qu'il soit, semblait avoir cette capacité.
« Bonjour, Emrys, entendit-il soudain dans sa tête. »
Cette phrase coïncida parfaitement avec le moment où le loup le regarda dans les yeux. Et cette voix, bien qu'elle fit écho dans son esprit, Merlin la reconnut. Au même moment, un flot d'images défilèrent dans sa tête, sans qu'il sut trop comment c'était possible. Il se revit discuter avec Alator, dans la grotte de la vallée de Chemary, il revit le bracelet de Morgane que le Catha posait près de sa propriétaire, scène à laquelle seuls eux deux avaient assisté, et qui prouvait que c'était bien Alator devant lui.
Arthur vit son ami se raidir, puis ses yeux se voiler. Pour une raison ou pour une autre, Merlin venait de perdre pied avec la réalité, ce qui poussa le roi à se positionner devant lui et à le secouer frénétiquement.
« Alator ? articula Merlin, abasourdi. Mais comment… »
Il répondait par la pensée sans trop s'en apercevoir, perdu dans les souvenirs qui refaisaient surface. Ils ne dataient pas de si longtemps, mais c'étaient des souvenirs douloureux qu'il avait préféré mettre de côté pour laisser la place à des souvenirs plus joyeux.
Le loup – enfin, Alator – se leva tranquillement et s'approcha en marchant de Merlin et d'Arthur, qui le secouait toujours en l'appelant. Merlin suivit son mouvement, et sursauta lorsque l'animal émit un petit grognement, ce sursaut le ramenant dans la réalité. Ses yeux tombèrent dans ceux d'Arthur, qui cessa enfin de le remuer comme un prunier, l'expression pas moins inquiète.
- Merlin, qu'est-ce qu'il vient de se passer ? demanda le roi.
Pendant un moment, il avait cru que son ami n'allait pas revenir dans le moment présent, qu'il se perdait dans un endroit que lui seul connaissait. Merlin, quant à lui, réfléchit rapidement. Arthur ne savait pas que Gaius avait été torturé par Alator à cause de la magie, la version officielle était que Gaius avait été enlevé pour des informations sur Camelot. Il ne pouvait pas révéler comment il connaissait Alator sans devoir expliquer tout cela, et il n'en avait pas du tout envie pour l'instant. Kilgharrah l'avait peut-être guéri de toutes blessures physiques, mais il restait tout de même épuisé moralement. Il avait besoin de plusieurs journées de récupération au moins, et l'idée de tenir un discours pour expliquer à Arthur les trois quart des événements – ce qu'il expliquerait entraînerait forcément des questions, il le savait – ne lui plaisait guère pour l'instant. Peut-être qu'Arthur accepterait qu'il lui explique tout plus tard.
- Ce loup que vous voyez, dit-il en désignant Alator, est un ami.
- Tu es ami avec un loup ? s'étonna Arthur.
- Pas exactement… Quand je l'ai connu, il était humain. Je ne sais pas comment il est devenu un loup, mais je lui dois la vie.
« Je vous expliquerai tout plus tard, Merlin, fit en même temps Alator. Vous devez rentrer à Camelot, où vous serez en sécurité. »
- Vous avez raison, dit Merlin à voix haute, en s'adressant apparemment à personne en particulier. Arthur, nous devons rentrer. Morgane pourrait revenir à n'importe quel moment.
- Très bien, mais cette fois-ci nous aurions de quoi l'affronter, répondit Arthur en tapant Merlin sur l'épaule.
Merlin sourit et Arthur lui coinça la tête sous le bras pour lui ébouriffer les cheveux tout en l'entraînant vers le reste des chevaliers, Merlin riant de bon cœur. La complicité entre eux était toujours présente, malgré les révélations faites et celles qui restaient encore à faire.
- Merlin, Arthur, appela Kilgharrah.
Les deux amis se retournèrent, toujours souriants. Merlin se libéra de l'emprise d'Arthur pour pouvoir regarder le dragon dans le bon sens. Kilgharrah baissa la tête vers sa patte, où ils découvrirent Bard, bloqué sous la patte massive du dragon. Le Southron, après être tombé à cause d'Alator, avait été maintenu là par le Grand Dragon, et n'osait pas dire un mot ou bouger un cil.
- Il pourra vous aider à inventer une histoire pour l'enlèvement de Merlin, dit Kilgharrah. Car même si tu acceptes la magie de ton ami, jeune Pendragon, nombreux sont ceux dans Camelot qui la voient toujours sous un mauvais œil. Le peuple a besoin de voir que la magie n'est pas exclusivement mauvaise. Tout retour de la magie dans ses droits doit se faire en douceur, continua-t-il, solennel. Bonne chance à vous deux.
Sur ces paroles pleines de sagesse, le dragon déploya ses ailes. Arthur, après avoir regardé cette créature majestueuse s'envoler, se tourna aussitôt vers ses chevaliers.
- Léon, Gauvain, pourriez-vous vous occuper de notre « invité » ? demanda-t-il.
- Avec plaisir, Sire ! répondit Gauvain.
Les deux chevaliers allèrent aussitôt redresser Bard, qui n'osait toujours pas bouger, n'ayant pas récupéré de son choc. Ils utilisèrent les cordes que Kilgharrah avait coupé pour lui attacher les poignets devant, reliés à une corde assez longue. A défaut d'une chaîne, ce serait amplement suffisant pour forcer le Southrons à les suivre. Merlin s'approcha de Bard, l'air menaçant.
- Tu vas nous suivre jusqu'à Camelot. Si tu tentes quoi que ce soit pour t'enfuir, je te le ferai regretter. Et crois-moi, ce sera bien pire que ce que tu m'as fait subir pendant tout le voyage, déclara-t-il, une lueur dans les yeux.
Bard baissa les yeux, et Arthur haussa les sourcils. C'était la première fois qu'il voyait Merlin autant en colère, et il n'osait penser à ce que subirait le Southron s'il tentait quelque chose.
- Elyan, fit Arthur, pourriez-vous partir en éclaireur, afin de prévenir Camelot que nous revenons avec Merlin ? Le prisonnier nous ralentira. Je sais que nous sommes dans les terres d'Odin, et que voyager dans ces conditions, seul, est dangereux. Mais sans cela, nous ne rentrerons pas à Camelot avant plusieurs jours, et le château s'inquiétera d'ici là.
- Vous pouvez compter sur moi, Sire, répondit Elyan en baissant la tête.
Il comprenait pourquoi Arthur lui demandait ça : ils devraient avancer au rythme de la marche d'un homme, soit encore moins rapidement que le temps qu'il leur avait fallu pour arriver ici. Ils mettraient facilement une semaine à rentrer. Si aucun message ne parvenait à Camelot avant, Gwen, Gaius, et tous les autres se rongeraient les sangs.
- Nous suivrons le même chemin que vous, assura Arthur. Si vous avez un quelconque problème, revenez en arrière, et vous nous trouverez.
Elyan hocha la tête avant de s'enfoncer dans la forêt. Peu après, les bruits d'un cheval s'éloignant au galop se firent entendre, s'estompant rapidement avec la distance.
Arthur, Merlin, Léon, Gauvain, Perceval et leur prisonnier allèrent à leur tour jusqu'aux chevaux, où Arthur tendit sa cape à Merlin pour lui permettre de s'emmitoufler dedans. Il avait remarqué que le magicien continuait à trembler doucement, et ne tenait pas à ce qu'il attrape froid sur le chemin du retour. D'autant que Merlin n'avait pas de bottes.
Le magicien vit qu'Alator les suivait lorsqu'il tourna la tête. Le Catha avait apparemment décidé de le coller aux basques. Arthur prit Merlin en croupe derrière lui, et le groupe s'ébranla doucement vers Camelot.
