YOOOOOOOOOOOOOOOOOOO !

Salut à vous tous ! La pêche, la banana ? J'espère que oui et sinon, que ce chapitre vous apporte un peu de peps ! :D YOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOSSSSSHHHHH !

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2 - Amène-toi !

Petra s'étira longuement, sollicitant dans ce simple mouvement tous les muscles contusionnés de son dos. Elle grimaça un peu en se massant les épaules, sans cesser de marcher. La journée d'entraînement avait été rude. Les soldats en étaient sortis rincés, mais satisfaits de l'accomplissement des exercices préservant leurs époustouflantes facultés physiques. Rien de tel qu'une éprouvante journée d'entraînement pour se sentir vivant : les soldats sentaient leurs moindres muscles comme si chacun d'entre eux clamait son existence à grands renforts de crampes, courbatures et tensions nerveuses. Un régal !

Et bien que la jeune femme avait suffisamment travaillé, elle avait encore un peu de temps libre avant le repas. Autant le mettre à profit et continuer de s'exercer, cela ne lui ferait pas de mal.

Se dirigeant vers le petit gymnase appartenant aux troupes du bataillon, elle fut soudain interpellée.

- Tiens, Petra !

- Hanji-san, salua Petra en croisant la capitaine d'escouade.

La femme brune s'approcha d'elle, souriante. Petra n'avait pas souvent eu l'occasion de combattre à ses côtés mais lorsque l'occasion se présentait, elle avait pu constater que les rumeurs concernant l'approche singulière d'Hanji face aux Titans… étaient désespérément vraies. Cette femme avait une personnalité absolument loufoque, mais l'attention qu'elle portait à ses camarades lorsqu'aucun Titan n'était en vue avait fini par classer cette personne dans l'esprit de Petra comme un mystère pas si désagréable à fréquenter. Bien que l'appréciant, la jeune femme préférait tout de même en général ne pas trop rester dans les parages. Au cas où.

- Tu n'es pas avec les autres ? demanda Hanji.

- Non, j'aimerais aller m'entraîner encore un peu.

- Et après la dure journée d'entraînement, en plus. Tu es bien vaillante, plus que ces hommes qui vont glander une fois leurs exercices achevés, plaisanta Hanji avec un clin d'œil.

Petra sourit avec amusement en repensant à la manière dont, en effet, ses camarades masculins avaient fini par s'affaler sur les bancs, harassés par la rudesse des exercices.

- Je file au gymnase ! lança la jeune femme en saluant respectueusement Hanji.

- À bient-… Ah ! Petra ! s'exclama-t-elle comme si elle se rappelait quelque chose. Attends, au gymnase il y a Er…

- Capitaine Hanji !

Interpellée par Moblit, qui lui faisait de grands signes et indiquait frénétiquement quelque chose qui fumait par la fenêtre d'un local d'expérience, Hanji sembla parcourue d'un grand frisson surexcité et planta Petra en bondissant vers son subordonné.

- AH ! J'arrive tout de suite ! Salut, Petra !

Cette dernière se retrouva seule en deux secondes chrono.

- Quel est le problème avec le gymnase ? marmonna-t-elle, perplexe, ne comprenant pas la mise en garde d'Hanji.

Elle haussa les épaules et reprit son chemin. Lorsqu'elle arriva devant les portes du bâtiment, elle porta la main à la poignée mais s'immobilisa soudain.

Depuis l'intérieur du gymnase émanait un son étrange. La jeune femme reconnut des bruits d'impacts, des respirations hachées et quelques éclats de voix qu'elle ne parvint à identifier. Intriguée, elle tourna prudemment la poignée et entrebâilla la porte sans un bruit. La scène se déroulant sous ses yeux était inédite.

Au milieu du gymnase, Rivaï et Erwin, vêtus des tenues de sport militaires, se combattaient avec virulence et une telle fougue que la jeune femme crut un instant que la lutte était sérieuse. Bien vite, elle remarqua que les coups, toujours portés avec puissance, étaient parés avec une attention experte typique d'un combat éducatif : les deux hommes s'entraînaient.

Stupéfaite, la jeune femme sortit de sa léthargie et resta indécise elle était venue ici s'entraîner, mais l'espace était occupé (elle comprenait maintenant de quoi Hanji avait voulu la prévenir) : que faire ? Certainement pas entrer pour s'entraîner dans un coin : elle aurait honte de ses maigres performances face au déploiement de force de ses deux supérieurs, et surtout elle craignait de les interrompre. Alors quoi, fermer la porte et rebrousser chemin ?... Ou entrer en catimini et se mettre dans un petit coin ? Le règlement ne stipulait aucunement qu'il était interdit de regarder ses supérieurs s'entraîner. Tant qu'ils ne la remarquaient pas et qu'elle ne dérangeait pas, elle pouvait bien rester juste deux minutes ! Et puis elle était venue s'entraîner après tout, rien ne l'empêchait de le faire une fois que les deux hommes auraient fini.

La curiosité – et plus que ça, l'étrange attraction émanant de la scène – l'emporta et, aussi silencieuse qu'une souris, la jeune femme se faxa par l'entrebâillement et se glissa sans un bruit jusqu'à un recoin discret, se dissimulant derrière un énorme sac de frappe sans se faire repérer par les deux combattants complètement dont l'entière la concentration était fixée sur l'adversaire.

Son regard s'accrocha à Rivaï. Elle ne l'avait jamais vu combattre – un être humain, évidemment. Les bataillons d'exploration n'étant pas censés être professionnellement au contact de civils, ils n'avaient pas à maîtriser l'art du combat au corps-à-corps et cet aspect de la formation militaire était naturellement délaissé au profit de l'approfondissement de la tridimensionnalité dès l'entrée d'un soldat dans la division des éclaireurs. Aussi, elle n'avait pas le moindre souvenir d'avoir jamais vu Rivaï – et encore moins le Commandant Smith – se battre à mains nues. Et elle réalisa qu'elle était loin d'être surprise par ce que ses yeux lui montraient.

Les gestes d'Erwin étaient fluides, d'une incroyable professionnalité et leur portée était puissante et précise. Mais il s'agissait du résultat d'un long entraînement sérieux, studieux, protégé par des règles. La loi du combat de Rivaï n'en avait aucune, et la différence, infime à remarquer, se faisait pourtant ressentir dans sa manière de se dérober, de crocheter, de toujours sembler rebondir pour atteindre sa cible.

Elle avait l'impression de discerner dans ce spectacle le Rivaï d'autrefois, qu'elle n'avait jamais connu mais que les rumeurs laissaient imaginer. Un homme forgé dans la rudesse, la souffrance, le besoin vital de manier sa hargne comme une arme létale.

Les adversaires finirent par se repousser et rester immobiles, se jaugeant comme deux fauves. Leur concentration était telle que le mouvement intense de leur cage thoracique, malmenée par leur respiration haletante, semblait s'être synchronisée dans la lutte.

Une expression étrange, semblable à un mince sourire carnassier, étira les traits de Rivaï qui déclara avec une vois empreinte de consternation et de déception insolente.

- Tu rouilles, Erwin.

- Et toi donc, tu ne me sembles pas avoir la moitié de ta vigueur d'autrefois, répliqua le Commandant avec un sourire moqueur.

La provocation fit mouche, plus qu'Erwin ne l'aurait cru. Ni lui ni Petra, toujours spectatrice clandestine, n'eurent le temps d'anticiper l'élan foudroyant du brun lorsqu'il bondit sur Erwin.

Les cuisses de Rivaï se refermèrent comme un piège à loup autour du cou de son adversaire et il lui suffit d'une torsion brutale du bassin pour déséquilibrer le Commandant. Erwin à terre, le brun roula sur le côté et se repositionna aussitôt, prêt à bondir de nouveau. Le Commandant n'avait pas perdu de temps pour sauter sur ses pieds et faire de nouveau face à son soldat… qui était déjà sur lui, relançant les hostilités. Si leurs échanges précédents avaient été passionnants à voir, le combat qui débuta à cet instant était un spectacle. Petra ne savait plus où donner de la tête : les deux corps formaient un embrouillamini de mouvements fulgurants, s'enchaînant avec une précision terrifiante et une puissance inattendue.

Petra se sentait tétanisée les coups n'étaient plus retenus le moins du monde et les impacts résonnaient contre les corps. Les vitres filtraient la clarté orangée du soir, baignant le gymnase poussiéreux d'une lueur irréelle, intemporelle. Les pupilles de Petra se dilatèrent. C'était exaltant.

Rivaï semblait inarrêtable. Explosif. Le Commandant avait beau ne pas être en reste et il aurait pu user des plus superbes techniques, toute la concentration de la jeune femme était focalisée sur le Caporal. Elle n'arrivait même plus à suivre ses mouvements. Que se passait-il dans sa tête à ce moment-là ? Y voyait-il malgré la vivacité de ses gestes ? Sentait-il les coups qui l'atteignaient ?

Petra avait l'impression qu'il n'existait plus rien d'autre au monde que ce spectacle et il lui semblait alors être prête à tout pour être capable de bouger comme cela.

Soudain, comme si une décharge les avait foudroyé, les deux adversaires s'immobilisèrent, empoignés l'un à l'autre. Le gymnase était plongé dans un silence perçant et Petra réalisa qu'elle avait suspendu son souffle. Les deux hommes se toisèrent, comme prêts à s'arracher la gorge ou se faire exploser la cervelle d'un seul regard… et se repoussèrent tranquillement.

Puis, comme s'ils venaient de faire un simple petit concours, Erwin se redressa et déclara en se faisant craquer l'épaule :

- Ouf ! Ça fait du bien de se décrasser un peu.

- À qui le dis-tu.

Petra resta béate, tapie dans son recoin. Après s'être flanqué une telle dérouillée (amicale, certes, mais tout de même violente), haletants et trempés de sueur, ils se serraient presque la pince en se faisant des politesses. Ces hommes étaient des monstres. Erwin attrapa une serviette posée sur le cheval d'arçon et déclara :

- Je vais me doucher.

- Et moi je reste encore un peu.

- Ne reste pas là toute la nuit quand même, lança le Commandant en disparaissant dans le couloir menant aux douches.

Rivaï attendit que le Commandant quitte les lieux pour passer une main sur son front moite et inspirer profondément.

Petra se tassa derrière son bouclier, tournant le dos à la scène. Le Commandant Smith s'était retiré, le Caporal allait s'entraîner seul. Il était temps : se tirer en vitesse et le laisser tranquille, de toute évidence elle aurait du mal à sortir d'ici pour s'entraîner en sa présence.

Cependant, quelque chose la retint et l'empêcha de se faufiler en sens inverse d'à son arrivée et prendre discrètement la porte. Le Caporal était seul. Et après ce qu'elle venait de voir, les pulsations dans les veines de Petra étaient trop fortes pour lui permettre de faire comme si de rien n'était et partir. Elle avait l'impression délicieuse et un brin dangereuse d'avoir été témoin de quelque chose de mystique – chose absurde vu qu'il ne s'agissait que d'un entraînement entre soldats… bien que ce n'était pas n'importe lesquels.

Elle avait envie de demander une faveur à Rivaï. Une envie plus grande que l'embarras de la situation. Elle prit son courage à deux mains : au pire, si elle dérangeait – ce qui était sûr à plus de 110% – Rivaï ne prendrait pas de pincettes pour le lui dire et la virerait sans formalités. Mais si l'armée lui avait appris quelque chose, c'était bien que qui ne tente rien n'a rien ! Alors elle s'apprêta à sortir de sa cachette, lorsque la voix de Rivaï la pétrifia.

- Tu comptes camper derrière ce sac de frappe ?

La jeune femme resta interdite quelques instants. Elle inspira profondément et osa jeter un œil de derrière sa cachette, rencontrant le regard consterné de Rivaï. Évidemment. Il avait dû la repérer depuis longtemps, peut-être même dès son entrée. Elle avait encore des choses à apprendre.

Elle sentit un pauvre sourire navré crisper ses lèvres et, piteuse, elle se glissa de derrière le sac.

Rivaï la fixait tranquillement, sans animosité, mais ses lèvres semblaient prêtes à déverser quelque remarque piquante. Il resta cependant silencieux, et Petra comprit que c'était à elle de s'exprimer. Elle ne formula cependant pas la moindre excuse et déclara, l'œil brillant d'intérêt.

- On ne nous apprend pas ce genre de coups. C'était incroyable à voir !

Rivaï fronça légèrement un sourcil mais avant qu'il ne réponde quoi que ce soit Petra, emportée dans sa lancée audacieuse, assena :

- Caporal, vous pourriez m'apprendre à me battre comme ça ?

La requête résonna dans l'atmosphère moite, semblant rebondir comme un écho vide sur la personne figée de Rivaï. Ce dernier semblait surpris mais ne l'exprimait que par une immobilité totale, fixant ses yeux impénétrables sur Petra. La jeune femme sentit son entrain décroître.

- Un soldat n'a pas besoin de savoir donner les coups, lâcha-t-il finalement. Tout ce que tu as à savoir maîtriser t'a été enseigné durant tes classes.

- Oui, maîtriser un forcené, parer un coup, désarmer un individu vindicatif, plaquer un délinquant… Cela fait partie de la formation militaire, mais c'est toujours enrichissant et utile d'étendre un peu ses capacités au-delà du requis, non ?

Rivaï continuait de la toisait en silence, relevant ainsi sans un mot le manque de crédibilité des paroles de sa subordonnée. Cette dernière passa une main intimidée sur sa nuque.

- Bon, j'admets que mes arguments ne sont pas très convaincants, sourit-elle piteusement. Disons que je ne vous demande cette faveur sûrement que pour me donner un prétexte d'essayer d'apprendre quelque chose de vous.

Le soldat continua de la regarder longuement, et Petra ne savait si elle aurait tout donner pour savoir ce qu'il pensait à cet instant, ou au contraire s'enfuir à l'autre bout de la ville pour ne rien en connaître. Dans les yeux du Caporal à cet instant, elle discerna un trouble étrange, infime.

Finalement, il fit légèrement craquer sa nuque et Petra le vit se positionner de manière significative tandis qu'il lançait :

- Bats-toi contre moi.

- Eh ?

Elle eut un moment d'absence puis réalisa que son supérieur gardait sa position, attendant apparemment qu'elle fasse de même, une expression de sérieux et de détermination plaquée sur le visage comme s'il s'apprêtait à en découdre avec une trentaine de malabars. La jeune femme sursauta et commença à bafouiller, désorientée par l'étrangeté de la situation.

- P-p-pardon ?!

- Eh bien ? Tu dézingues régulièrement des Titans, ne me dis pas que m'affronter te fait peur ? demanda-t-il avec un léger rictus sarcastique.

Oh. Il la mettait à l'épreuve ? La jeune femme fronça les sourcils avec un sourire déterminé. Le plus puissant soldat de l'humanité la défiait en combat singulier ? Elle n'avait aucune chance. La possibilité qu'elle l'emporte n'était même pas nulle, elle creusait allègrement dans le négatif. Le duel entre lui et Erwin, dont elle avait été spectatrice, rappelait bien que la maîtrise de la tridimensionnalité n'était pas le seul talent du Caporal. Elle ne comprenait pas non plus la raison exacte pour laquelle il proposait cela. Mais…

- Si c'est un défi, je ne puis me dérober.

Elle se mit en garde – la position standardisée enseignée à tout jeune soldat – et put à peine compter une seconde que Rivaï était déjà sur elle. Elle vit son poing fuser vers elle et, retrouvant ses esprits et faisant appel à ses compétences, bloqua le bras du Caporal

Du moins aurait-elle réussi à le faire si le bras de Rivaï ne s'était pas dérobé avant même que la prise de la jeune femme ne se referme sur lui et, sans qu'elle comprenne comment, Petra se sentit acculée sur la gauche. Elle vit l'autre poing du Caporal fondre sur elle mais, n'ayant pas le temps de parer, elle serra les dents et attendit l'impact.

Qui ne vint jamais. Elle remarqua que le bras de l'homme s'était arrêté à quelques centimètres de son visage et que, de l'autre main, il poussait légèrement la hanche de la jeune femme vers l'avant, la replaçant correctement.

- Fais peser ton poids sur le bassin, comme si tu manœuvrais en tridimensionnel. Il faut que tes pieds soient plus mobiles pour te permettre de te tourner rapidement et suivre les mouvements adverses.

Petra resta stupéfaite, mais en voyant un deuxième coup fondre sur elle sans crier gare, elle le para maladroitement et essaya de suivre les conseils de Rivaï en prenant garde à ses positions.

- Protège ton centre.

- Oui !

- Rentre le bassin et rends ta nuque plus mobile.

- Oui !

- Et arrête de dire oui, tu gaspilles ton souffle.

- Compris, Caporal ! haleta la jeune femme, se démenant comme un beau diable face aux attaques adverses.

Les minutes passaient. La carté des lieux déclinait, mais aucun des deux n'y prêtait attention.

Rivaï remarqua du coin de l'œil Erwin qui, frais comme un gardon et sac sur l'épaule, sortait des vestiaires et marqua un bref arrêt à la vue de ce qui se déroulait sous ses yeux. Il se dirigea silencieusement vers la sortie du gymnase, essayant de se faire discret pour ne pas perturber les deux soldats en plein exercice. Petra était trop concentrée pour remarquer quoi que ce soit mais, sans pour autant ralentir la cadence, Rivaï suivit Erwin des yeux et eut un rictus en remarquant le sourire léger du Commandant ainsi que le regard qu'il leur lança en sortant, saluant brièvement de la main son subordonné affairé et le laissant à ses occupations. Il claqua involontairement la porte en sortant, ce qui fit sursauter la jeune femme. Elle jeta un œil en arrière et entendit son supérieur la rappeler à l'ordre.

- Où regardes-tu ? Ne me quitte pas des yeux !

Son oreille siffla à ces mots et une chaleur soudaine cuisit ses tempes moites.

Ne pas cligner une seule fois. Rester accrochée à son adversaire. Ne pas quitter le Caporal Rivaï des yeux. Ne pas quitter Rivaï des yeux. Lui-même n'avait aucune idée de ce que ces mots signifiaient pour elle, mais elle était déterminée à les honorer.

Et dès lors qu'elle parvint à accrocher le regard de son supérieur, à s'y cramponner, tâchant de suivre ses rotations, ses offensives, ses dérobades, elle eut la sensation que l'échange devenait plus intense.

Elle avait remarqué cette manière qu'il avait de porter les coups : poing fermé, laissant dépasser l'articulation du majeur. Recevoir un tel coup devait être dévastateur pour la zone touchée.

Les doigts de Rivaï la frappaient sans violence, comme de petites frappes chirurgicales, précises mais presque inoffensives. Elle sentait les impacts maîtrisés heurter son corps sans la moindre douleur, juste assez forts pour lui faire ressentir quels endroits elle laissait exposés, et la corriger. Elle ressentait d'autant plus sa puissance lorsqu'il la touchait sans cogner, et elle en frémissait.

La jeune femme se démenait à essayer de parer et soudain, croyant entrevoir une ouverture, tenta de pénétrer la garde de son adversaire. Rivaï bloqua de justesse le poing avec sa main et sentit la pointe du majeur appuyer contre sa paume. L'homme fronça légèrement un sourcil, intéressé par ce coup. Petra avait remarqué ce détail dans ses attaques et en faisait l'essai.

- Bien vu.

Petra crut entrevoir un sourire, aussi furtif que la fuite d'une souris, et un éclat carnassier étinceler dans les yeux de Rivaï. Elle se prépara à enchaîner mais sentit sans comprendre quelque chose la faucher derrière les genoux, la main libre de son adversaire la pousser sur le front et, perdant totalement l'équilibre, elle chuta en arrière en émettant un petit cri de surprise et de panique.

Elle n'atterrit cependant pas sur les fesses et réalisa que la main de Rivaï s'était refermée sur son avant-bras, la retenant sans ménagement et prévenant sa chute. La jeune femme était complètement bancale mais la poigne rude du Caporal lui donnait l'impression qu'elle ne se sentirait pas moins assurée si elle pendait dans un gouffre béant, Rivaï la maintenant ainsi.

Ses yeux débordants d'une supériorité calme et muette la fixaient et Petra laissa échapper un petit rire face à sa position et la manière dont son supérieur l'avait désarçonnée.

- Je crois que j'ai encore besoin d'un peu d'entraînement ! Oh- …!

Elle sentit le bras de Rivaï la tirer légèrement pour la redresser cependant Petra, instinctivement, prit simultanément l'initiative de s'appuyer sur ses talons pour se remettre debout, ne réalisant pas immédiatement que cela était superflu.

Rivaï n'avait pas anticipé l'élan de la jeune femme… Et l'impact de leur crâne, qui fit vibrer leur esprit comme un sac de frappe malmené, lui signifia clairement qu'il perdait des réflexes.

Le choc violent secoua Petra jusque dans ses os à peine remise debout, elle se courba aussitôt sous la douleur et avec un petit gémissement, porta les mains à son front.

- Ouillouillouille ! Vous avez la tête dure, Caporal ! fit-elle avec un demi-sourire douloureux en regardant son supérieur, impassible malgré le choc.

Elle s'arrêta, son sourire s'élargissant à vue d'œil… jusqu'à ce qu'elle parte dans un grand éclat de rire. Rivaï resta stoïque, fixant sa subordonnée secouée de gloussements croissants et se prenant finalement le ventre, tordue en deux par un fou rire phénoménal, incontrôlable et absurde.

Rivaï continua de toiser la demoiselle hilare, dont le front commençait à s'orner d'une jolie bosse rose.

Simple. Cet instant était simple. Léger, inconséquent, et sans que Rivaï n'en laisse rien paraître, le présent lui apparut soudain comme d'une douceur incroyable. Il n'avait prévu que de s'occuper l'esprit et le corps par l'entraînement rude, qui fait brûler les muscles et rendre chaque inspiration brûlante. Mais la présence inattendue de Petra, le rire en cascade de la jeune femme, ses maladresses couplées à son énergie volontaire bannissaient toute envie de reprendre des exercices barbares et solo. Erwin dirait que ça ne lui ferait pas de mal d'être un peu plus au contact de ses collègues et subordonnés, et qu'entraîner un plus jeune soldat ne pourrait qu'être un moment constructif et intéressant, de partage, d'échange. Et il fallait avouer qu'il n'aurait pas tort.

Rivaï n'était pas si mal ainsi.

Petra, les abdominaux douloureux à force de rire, finit par se calmer et essayer de reprendre son souffle.

- Ouf ! gloussa-t-elle, épuisée. Je suis désolée, je crois que votre, euh… coup de boule m'a remis les idées en place !

- Tu devrais t'en tenir aux Titans, jugea l'officier.

- Ce n'est pas parce que vous avez failli m'assommer que je vais laisser tomber, Caporal Rivaï ! J'aimerais bien m'exercer encore un peu de temps en temps, si vous me le permettez !

- Et comment. Maintenant que t'as commencé je ne vais pas te larguer à mi-chemin. Tu te reposeras quand tu seras morte.

Le sarcasme de sa voix résonnait cependant comme un sourire presque complice. Petra, hésitante, ne sut exactement comment interpréter dans l'immédiat ses paroles, mais un sourire ravi éclaira son visage lorsqu'elle vit le Caporal se remettre en position, l'invitant à reprendre.

En venant ici, s'attendait-elle à y rencontrer Rivaï ? S'attendait-elle à ce que le plus puissant soldat de l'humanité prenne du temps pour elle, gratuitement, pour l'entraîner sans nécessité ? Certainement pas, mais Petra était bien contente que Hanji n'ait pu la prévenir que le gymnase était occupé : pour rien au monde elle n'aurait voulu passer à côté de ce moment. Si naturel, spontané, réduisant significativement la frontière entre leur deux grades. Ils n'étaient même plus vraiment sûrs de faire face à une subordonnée ou un supérieur.

Ils sentaient la sueur, avaient de plus en plus de mal à se distinguer dans l'obscurité croissante du gymnase englobé par le crépuscule, mais qu'importait. Erwin avait dit de ne pas rester tout la nuit… Bah, ils avaient encore le temps, avant le couvre-feu.

Petra ne savait à quoi pensait le Caporal en cet instant, mais elle était sûre d'une chose : quoi qu'il advienne à l'avenir, cette soirée était l'une des plus imprévisibles et agréables qu'elle ait jamais passé dans l'armée. En compagnie de Rivaï.

Un moment épuré, rude et presque subtilement complice. Que c'était bon.

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YOP ! J'ai pris vachement de plaisir à écrire ce chapitre (enfin, ce genre d'OS… ce truc), ce genre de scène d'échange très dynamique, spontanée et légère me trottait dans la tête depuis un bail, je suis bien contente d'avoir pu concrétiser mes ptites idées ! J'espère que ça vous a plu, et que ce soit ou non le cas… Votre avis m'importe toujours D

Cha cha !