YOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO !
HAAAAW YYYEEEEEEEEEAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH, mes amis j'ai une de ces patates en ce moment, c'est fou ! Je tape comme une brutalos, je m'éclate, YOLAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH ! Yosh yosh, voici donc le chapitre 4 ! :D
Ah oui, lors de la publication du dernier chapitre j'ai cooomplètement zappé de répondre aux reviews adorables que j'ai reçues, je présente mes piteuses excuses Je me rattrape vite vite vite :
Statice : YOOOOO ! WOAAAAHOO, merci beaucoup ! Ton com m'a apporté une vague de ravissement et de punch, YOUSSH, MERCI ! *w* Pour ce qui est de l'existence d'une suite ben du coup la réponse est évidemment VWOUI, preuve en sont les deux derniers chapitres sortis… et ceux à venir p
Je suis super contente que le respect des caractères te convienne, c'est un peu mon credo d'écriture, rester un maximum fidèle aux personnalités. Tiens, c'est marrant, moi je trouve qu'au contraire le personnage de Rivaï se prête facilement à cet exercice ! Il est certes subtil, tu évoques la difficulté de respecter son caractère et son langage et au contraire je le trouve assez complet à exploiter sur ces points : c'est un gars entier, bon quand t'es en face de lui tu dois galérer à le cerner mais en tant que personnage on le définit assez facilement, de même que sa manière de s'exprimer est super intéressante à traiter (c'est marrant, il est parfois vulgaire mais il peut aussi s'exprimer avec beaucoup de respect… bon et puis faut avouer que comme je parle pas toujours super bien moi-même, j'ai pas trop de mal à m'imaginer quel genre de répliques acerbes il peut sortir )
Bref, ça dépend de chaque auteur, mais je trouve que le personnage de Rivaï est de manière général pas le plus compliqué à traiter… mais ça change rien au fait qu'il est méééééga intéressant !
Je te remercie aussi de m'avoir fait remarquer mes erreurs de grammaire/de frappe/de conjugaison (que Saki-chan m'a ensuite aidée à corriger), ça fait toujours plaisir que des lecteurs relèvent ces ptites fautes qui permettent de un de travailler l'humilité, et de deux ben… de s'améliorer, tout simplement Merci beaucoup, j'espère que dans le chapitre 3 et celui-ci, moins de merdouilles sont apparentes ! x)
Vava : YEAAAAAAH, merci beaucoup pour tes encouragements ! J'espère que le chapitre 3 t'a plu et que celui-ci saura aussi t'apporter du plaisir à la lecture ! ^^
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4- Le tout dans l'audace, c'est de savoir jusqu'où on peut aller trop loin
L'odeur du savon emplissait la cabine comme un baume. L'eau glaciale coulait le long de son échine hérissée, gouttait des cheveux noirs, ruisselait sur son visage et le long de ses bras. La température était si basse qu'il sentait son estomac se convulsionner comme une petite bête prise de hoquet, mais il n'y avait rien de tel qu'une douche bien froide pour se détendre et vivifier les muscles. Pourtant, Rivaï se sentait bien peu détendu et un muscle en particulier, plus que vivifié, cognait fort dans sa poitrine.
Il expira longuement et appuya l'arrière de son crâne contre le carrelage froid et dégoulinant.
Se prendre la tête était loin de faire partie de son credo, et il était doté d'une capacité naturelle à simplifier les choses jusqu'à les rendre concises, évidentes, sans détours possibles. Si les années de sa vie dans le souterrain lui avaient appris une chose, c'était que même lorsque mille options s'offraient à quelqu'un, deux choix prépondérants se démarquaient toujours et résumaient le problème.
Toujours.
Ainsi avait été ramifiée, sempiternellement, depuis les premiers jours de son existence, la vie de Rivaï. Déchaîner son énergie et son désir d'en découdre ou s'incliner, la queue entre les pattes. Suivre Erwin Smith et se soumettre à sa volonté ou rester dans l'environnement familier de la cité noire. Combattre un Titan ou le semer au galop. Étouffer cette chaleur qui pulsait dans son ventre et sa poitrine, de plus en plus fort, en présence de Petra. Ou non.
La vie était faite de choix d'une simplicité infantile et sarcastique, en comparaison de l'énergie qu'il fallait déployer pour les faire. Rivaï avait de cette énergie, il en était constitué, il en avait d'inépuisables réserves, tout comme il était capable d'éternellement se battre pour sa vie, d'endurer mille épreuves, de subir d'innombrables douleurs. Mais prendre le genre de décision qui s'imposait à lui de plus en plus, comme une évidence physique pulsant dans ses veines, jamais cela ne lui avait été demandé. Jamais il n'avait eu à occuper son esprit de pareilles préoccupations.
Mais peut-être n'y avait-il aucune décision à prendre. Cela signifiait ne garder aucun contrôle sur la situation. Laisser faire. La vie prendrait de toute manière un des deux chemins proposés par la situation, mais sans doute Rivaï n'avait-il pas à imposer sa loi, exceptionnellement.
Il détestait cela. Jeter sa capacité à prendre des décisions en pâture aux caprices d'un hypothétique Destin, aux mains des évènements, des sentiments, des regards. Et pourtant, cela avait quelque chose d'excitant et exaltant, faisant naître en lui plus de méfiance que d'enthousiasme… mais parvenant finalement à le convaincre que s'imposer un choix dans ce domaine serait stérile.
Il se passa une main énergique dans les cheveux, éteignit brutalement le jet d'eau et agrippa une serviette.
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Petra se sentait gonflée d'une énergie folle lui donnant envie de bondir au-dehors, se rouler dans l'herbe, trépigner d'impatience, s'exclamer à pleine voix ! Le sac dans lequel s'entassaient joyeusement quelques vêtements battait sa hanche au rythme de ses pas excités tandis qu'elle saluait avec entrain quelques camarades de chambrée. Le ciel était clair, la matinée fraîche annonçait une agréable journée d'hiver et l'extérieur limpide l'appelait comme un chant de sirène. Que le monde pouvait paraître tendre et accueillant, quelquefois !...
S'éloignant peu à peu des étages peuplés, elle dévala les escaliers en fredonnant… et manqua de percuter la personne qui faisait le trajet inverse, au détour sec de l'escalier. Sans se départir de son entrain, elle s'apprêta à s'excuser et se figea en reconnaissant son Caporal. Elle sentit son cœur se déployer dans sa poitrine et crépiter comme de la poudre effervescente.
Rivaï semblait surpris de la voir et il resta interdit, et Petra eut un bref instant l'impression étrange qu'il allait la jeter par la fenêtre. Cela n'arriva cependant pas et tous deux restèrent silencieux et butés au milieu de l'escalier, se fixant en chien de faïence.
Petra détailla furtivement son supérieur : ses cheveux noirs semblaient légèrement humides et la veste du soldat était entrouverte. De toute évidence, et à en croire la présence de la serviette reposant autour de son cou, le Caporal sortait des douches.
Cependant le Caporal restait le Caporal, même sans son uniforme et légèrement débraillé, aussi Petra ne se formalisa pas de l'apparence de son supérieur et se redressa aussitôt, le saluant en bonne et due forme.
Elle remarqua cependant, à travers l'ouverture de la veste, une marque sur la peau de Rivaï au niveau du torse. Une cicatrice, qui semblait très large, mais qu'elle ne put entrevoir davantage car Rivaï nota le regard qu'elle y portait. Un bras vint obstruer la vision de Petra : Rivaï, l'air de rien, se passa la main dans le cou comme pour se masser un muscle douloureux, cachant ainsi la marque. Le message était clair : regarde ailleurs. Petra s'étonna à avoir l'impression de pouvoir décoder cette attitude : il aurait pu simplement reboutonner sa veste, ce qui aurait alors signifié explicitement qu'il y avait bien quelque chose d'étrange sur son torse, susceptible d'accrocher le regard et qu'il refusait clairement que les yeux de quiconque s'y posent. Mais ce bras désinvolte masquant la vue, l'air de rien, était un moyen plus subtil d'empêcher un regard inquisiteur de fouiner. L'interdiction n'était pas formulée, car le faire serait admettre qu'il y avait une faille à explorer chez lui. Et c'était bien connu : le plus grand soldat de l'humanité n'en avait aucune.
Les yeux de Rivaï s'attardèrent sur le sac dans le dos de Petra.
- Permission ? demanda-t-il – ce qui représentait les premiers mots prononcés depuis leur rencontre.
- Oui ! Je vais en profiter pour rentrer un peu chez moi et retrouver ma famille !
Ces mots résonnèrent contre l'esprit de Rivaï qui, hormis un léger relâchement de la mâchoire, resta impassible.
- J'ai l'impression que cela fait des années que je ne les ai pas vus, alors que quelques mois à peine se sont écoulés.
- Ta maison est loin d'ici ?
- Loin…, répéta Petra avec un sourire pensif. Elle se trouve juste au pied du Mur Rose, près du district de Karanese. Ce n'est pas si loin, en vérité, mais ne pas les voir m'a tant manqué que c'est comme si je me rendais à l'autre bout de la terre !
Elle s'interrompit soudain, tenaillée par la gênante impression d'ennuyer son Caporal. Ce dernier arborait son sempiternel air tranquille – et ennuyé, il fallait l'admettre, mais pas plus que d'ordinaire – mais la regardait sans la moindre lassitude et une certaine plénitude se dégageait de lui. Petra se sentait apaisée par la personne qui lui faisait face et se sentit encouragée dans le besoin d'exprimer encore un peu son bien-être à cet homme qui lui représentait tant pour elle. Après tout, il lui avait accordé de son temps et de son attention tant de fois pour l'entraîner, l'aiguiller, lui prêter main forte, l'écouter tout simplement… ou parfois partager avec elle des moments inédits et rares. Elle avait développé en sa présence un bien-être naturel se mêlant au respect qu'elle lui vouait et à une once de complicité enfantine qui s'était développée entre eux au fil de leurs chevauchées ou de leurs entraînements officieux. Elle e se sentait bien en sa présence et lorsqu'ils n'étaient que tous les deux, certaines libertés pouvaient parfois se permettre.
- C'est normal, répondit Rivaï en tournant légèrement la tête vers la fenêtre à travers laquelle filtrait la clarté crue matinale. Ça doit faire des mois que tu es en service, ils vont être heureux de te voir aussi.
- Ah ça ! rit la jeune femme. Mais vous savez… Mes parents me manquent, la maison aussi, et toutes ces petites habitudes quotidiennes que l'on a chez soi… Et pourtant, je sens qu'une fois là-bas, c'est cet endroit qui me manquera un peu. À force, ces lieux se sont presque imposés comme mon chez soi, et je n'en suis pas malheureuse.
Elle effleura la rampe d'escalier avec un air presque attendri. Elle frémissait d'impatience à l'idée de retrouver des êtres chers, ses joues rosissaient de bonheur, son sac était plein d'affaires que la lessive familiale embaumerait le temps d'une semaine. Une Petra heureuse se tenait face à Rivaï et ce dernier en aurait presque souri. Il réajusta la serviette jetée sur ses épaules et commença à reprendre sa route, s'avançant vers Petra pour la dépasser.
- Tâche de prendre du repos.
- Roger, Caporal ! s'exclama alors la jeune femme, un sourire radieux aux lèvres, en effectuant un salut rayonnant.
Elle sembla soudain traversée d'une pensée curieuse et osa, faisant s'interrompre Rivaï alors qu'il passait à côté d'elle.
- Et vous, vous ne prenez jamais de repos ?
- J'ai bien assez de temps à rien foutre, mes supérieurs n'ont pas besoin de me l'officialiser.
Petra eut un sourire en coin : elle n'avait jamais vu Rivaï désœuvré à vrai dire. Il semblait combler chaque minute d'inactivité par de l'entraînement physique ou des séances de ménages enflammées.
- Et si vous aviez des permissions, Caporal Rivaï, où iriez-vous ?
Rivaï haussa légèrement un sourcil et s'adossa légèrement au mur, bras croisés.
- Qui sait. Si jamais nos perm' tombaient au même moment, peut-être que je tuerais le temps en faisait un bout de chemin avec toi alors que tu rentres chez toi.
Ses mots semblèrent s'élever doucement dans un monde de silence – silence à peine troublé par le fort lointain remue-ménage des chambres, un étage plus haut – et trouver dans le cœur de Petra une place chaude et frémissante. La jeune femme eut l'impression que les battements ravis de son cœur étaient visibles à travers sa chemise et elle ne parvint à atténuer le sourire radieux qui éclaira son visage. Une sensation ternissait à peine cette émotion.
- Caporal, je crois bien que vous allez me manquer un peu.
- T'en as pas assez de te coltiner ton supérieur à longueur de journée ? ironisa Rivaï. Profite de ne pas avoir à penser à ton travail !
- Cela n'aurait pas forcément de rapport avec le travail si vous me veniez à l'esprit.
Petra ne sut si elle aurait voulu rattraper ces mots (bien qu'il soit trop tard), les ravaler et les étouffer, ou bien si elle était satisfaite d'avoir pu les prononcer. Rivaï ne réagit pas et aucune réplique acidulée ne se fit entendre… Et Petra eut l'impression que la chaleur agréable qui englobait son corps se muait en moiteur cuisante faisant pression sur ses tempes et son ventre.
Et Rivaï ne disait toujours rien. Il se taisait, mais restait, comme s'il attendait une suite. Ou comme s'il jugeait. De tous les moments privilégiés, intimes mêmes passés avec lui, Petra, n'avait jamais su développer la capacité à cerner les attitudes de son supérieur, continuellement imprévisibles. Prêtait-il une oreille attentive, préparait-il une analyse piquante, portait-il un regard critique silencieux ? Elle ne parvenait jamais à deviner, pourtant elle avait fini par être toujours sûre d'une chose : il n'était jamais méchant ni ne cherchait à l'embarrasser à dessein – et lorsqu'il le faisait tout de même, ce qui arrivait plutôt souvent, c'était par ses propres remarques éhontées ou aiguisées.
Elle partait pour une semaine. Elle aurait bien le temps de mâchonner ses regrets et se traiter d'imbécile pendant ces jours de repos, loin de Rivaï, si jamais ce qui lui gonflait le cœur d'appréhension et d'envie s'avérait être une erreur. Ils étaient seuls, le couloir et l'escalier semblaient s'être clos autour d'eux. Et encore une fois, Rivaï parvenait à lui donner cette bienfaisante impression que l'échange était secret, complice, arraché au temps. Elle quitterait Rivaï frustrée si elle n'avait pas l'audace de profiter de cet ultime instant avant la séparation.
- Vous… Vous souvenez de cette conversation que nous avions eue, près des écuries au retour d'une expédition cette année ? Vous aviez dit que l'on perdait toujours plus à étouffer l'envie d'être près de quelqu'un qu'à foncer, et assumer.
- Je ne suis pas sénile, bien sûr que je m'en souviens.
- Hum… À l'époque, vous aviez cru que cela s'adressait à William et moi, fit-elle avec un sourire crispé en repensant à ce moment délicat. À cause de vous, je me suis longtemps torturé l'esprit à trouver un moyen de démentir ce malentendu !
- Ça aurait été si grave que ça que je pense que vous êtes ensemble ?
Malgré toutes ses précautions, Petra se laissa brièvement désarçonner par ces mots. Qu'y répondre ?...
- Pour moi ça l'est, Caporal Rivaï, lâcha-t-elle avec lourdeur. C'est…
Elle sentait le regard perçant de Rivaï sur elle, ce regard capable de faire voler en éclats les plus robustes boucliers, d'ôter une à une les couches protectrices et de mettre à nu ce qui aspirait à rester enfoui, caché.
- C'est important que vous sachiez que je ne… me fais pas sauter par Will, fit-elle avec un petit rictus sarcastique, reprenant les mots de son supérieur lors de cette discussion houleuse. Ni par aucun de mes coéquipiers d'ailleurs. Et que ce que vous m'aviez dit ce jour là, à propos du fait qu'assumer d'aller au bout des choses s'avère souvent moins regrettable, je ne l'ai pas pris pour un de mes camarades et moi.
- Tu prends beaucoup de détours, Petra. Je vais finir par croire que tu n'es pas si pressée de rendre visite à ta famille si tu passes la journée à essayer de me faire comprendre quelque chose.
- Justement, si vous me laissiez m'exprimer en arrêtant d'essayer de me décontenancer…
- Je n'ai rien fait.
- Vous êtes là à attendre, à écouter en me fixant comme ça !
La jeune femme eut une moue boudeuse qui ne fit que ressortir le rouge de ses joues. Rivaï soupira et se réajusta contre le mur, montrant qu'il ne comptait pas changer d'attitude.
- Je voulais juste vous dire que j'apprécie énormément tous ces moments que nous partageons et je voulais vous en remercier… Enfin, au début c'était mon intention mais je ne suis plus sûre de le vouloir, je crois qu'avouer à quelqu'un comme vous qu'on lui est reconnaissant et qu'on l'apprécie ne reçoit pas beaucoup de résonnance chez vous.
Oh. Elle y allait franco. Rivaï décroisa ses bras pour les recroiser dans l'autre sens, un sourcil haussé.
- Ah ? Donc, je fais quoi ? Je m'imagine des remerciements superflus et des lancers de fleurs ?
- Ne vous imaginez rien du tout ! Cela risquerait de prendre des proportions déviantes ! plaisanta la jeune femme en se sentant rosir derrière son petit piédestal d'assurance. Et ce n'est pas comme si j'avais envie de vous laisser entendre que je pourrais désirer vous être reconnaissante d'une manière particulière.
- C'est une technique de drague ? lâcha Rivaï. Pas sûr que ce soit terrible, je ne sais pas si c'est franchement flatteur.
Ourgh. Petra se prit la remarque de plein fouet mais tint bon, endiguant tout indice traître de sa gêne, qu'elle étouffa elle aussi. Quelques minutes auparavant elle gambadait en direction du chemin menant à son logis, et voilà qu'elle se retrouvait à présent à mie-voie entre l'aveu et le déni, au croisement d'une route qui menait vers un changement certain. Elle n'arrivait même plus à se demander comment ils en étaient venus à ce point. À commencer à se dévoiler, autant aller jusqu'au bout. Et si Rivaï ne perdait rien de l'acidité de ses mots et cherchait à la désarçonner encore fois, elle ressentait cela comme une ultime provocation de sa part. Une ultime mise au défi. Un sourire ferme étira ses lèvres.
- Prenez cela comme vous le préférez. Moi je considère surtout qu'il s'agit là d'une simple démonstration de sincérité. De nous deux, il en faut bien un qui ait le cran d'en faire preuve, non ?
Elle n'eut strictement pas l'impression d'aller trop loin. Il aurait été un peu fort que Rivaï à la langue bien pendue, Rivaï le grossier, Rivaï le provocateur, Rivaï l'insoumis ose la rabrouer pour cet écart protocolaire transpirant la défiance et l'insolence. Petra se faisait cependant violence pour maîtriser l'intensité de sa respiration et elle manqua de frissonner lorsqu'un éclat métallique scintilla dans les yeux du Caporal.
Il s'approcha d'elle soudainement, dans un mouvement félin imprévisible, et il lut la surprise dans son regard lorsqu'il se dressa face à elle.
- Qu'est-ce que tu sous-entends, Petra ? lâcha-t-il d'une voix grave et lente comme le ronronnement d'une vague prête à déferler.
- Que ou je me suis laisser berner par votre sollicitude et vous agissez en bon samaritain avec n'importe lequel de vos soldats, ou vous m'accordez une attention particulière, répondit-elle sans détourner le regard, les joues en feu et les pupilles dilatées de voir son supérieur si proche.
- Et qu'est-ce que cela pourrait faire si c'était le cas ?
Rivaï se pencha davantage et leur nez ne fut plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. Maria-Rose-Sina, qu'il était près. Petra sentait toute la force de cet homme s'élever face à elle et même s'il n'y avait strictement aucune raison qu'il le fasse, elle avait l'impression qu'il pouvait la briser de deux doigts.
- Alors Petra, qu'est-ce que ça ferait si je ne te considérais pas complètement comme n'importe quel soldat ?
- C'est une technique de drague ? sourit la jeune femme en ne parvenant à cacher derrière son assurance le rougissement brûlant de ses joues.
Rivaï releva le menton et l'électrocuta d'un regard métallique. Elle inspira profondément et, le regard jonglant de l'un à l'autre des yeux si proches de Rivaï, elle osa d'une voix dont elle tenta de maîtriser le frémissement :
- Vous ne me ferez pas ployer comme ça, Caporal.
- Toi non plus Petra.
Elle mobilisa toute sa vaillance et, entrevoyant une brillance vive dans ses yeux clairs, pupilles aiguisées, elle se redressa à son tour un peu pour faire face à la hauteur du soldat.
Tout était simple. Deux manières d'agir, toujours. Rivaï ne parvenait même plus à se le répéter. Depuis l'instant où il avait décidé ne s'imposer aucun choix traître concernant Petra, il avait senti qu'il s'engageait sur une pente glissante. Une pente sans fin, infiniment glissante. Il s'y sentit propulsé et commencer à la dégringoler lorsque la respiration de Petra rencontra la sienne lorsqu'elle avança timidement le visage vers lui.
Elle effleura le coin des lèvres de Rivaï et alors que, comme retombant d'un saut avec élan elle allait s'en détacher aussitôt, elle sentit son supérieur pencher la tête en avant afin de prolonger le contact. Son mouvement fut si léger et infime qu'il sembla imperceptible et Petra se dit l'avoir imaginé pour se donner le courage de ne pas se retirer immédiatement. Et, un peu plus longtemps, ressentir la bouche de Rivaï contre la sienne.
Elle sentait les bras de Rivaï encore croisés sur sa poitrine et tout le corps du Caporal ayant conservé cette position de nonchalance qui le caractérisait. Cette attitude immobile gêna Petra qui n'osait toujours pas bouger, tiraillée entre le sentiment viscéral d'avoir l'air complètement ridicule, et le trouble de ce contact inédit.
Elle avait gardé les yeux ouverts et sentait son âme entière ancrée dans l'acier de ceux de Rivaï qui n'avait pas non plus fermé les siens, comme attendant la suite. La jeune femme se sentait mourir sur place. Rivaï était un homme de jugements et de défis et il ne semblait pas prêt à lui accorder de faveur, même à présent.
Cet instant ne dura que quelques éclats de secondes, un battement de cil presque, qui parut pourtant à Petra s'étirer comme du caramel, s'embobiner, s'emmêler complètement, à l'infini.
Alors qu'elle allait fermer les yeux pour essayer de se détendre, et ôter à ce contact cet aspect robotique, Rivaï choisit ce moment pour se détacher soudainement d'elle, la laissant un peu ébaubie.
Une main survola ses cheveux comme un vol d'oiseau et le soldat, se détournant d'elle, lança d'une voix étrange :
- Prends soin de toi. Et profite de ta perm'.
Et, tournant les talons, il disparut au détour de l'escalier. Petra resta coite, les bras ballants, le sac toujours passé à son épaule. Ses sens lui revinrent peu à peu. Les pépiements des passereaux et la lumière solaire lui parvenant de l'extérieur. Les éclats de voix lointains de camarades emplissant la caserne d'un vague chahut. Les battements de son propre cœur. Sur ses lèvres, la chaleur de celles de Rivaï encore présente.
Une seconde – deux peut-être – de sa vie avaient été consacrées à embrasser avec une maladresse puérile son supérieur (et ce dernier n'avait pas fait preuve de plus de panache).
Était-ce une bêtise ? Rivaï n'avait rien fait qui puisse laisser entendre cela, au contraire. C'en était bien une pourtant, sur bien des aspects, mais le fait était accompli, et indélébile dans l'âme de Petra. Cette journée se dévoilait finalement plutôt étrange mais cela ne faisait que rajouter du charme à sa beauté hivernale.
Elle emportait avec elle le fruit délicieux de son audace : une sensation de bien-être et de mystère qui faisait pétiller son cœur de promesses imprévisibles. Mais le défi que venait de lui Rivaï n'était pas des moindres et elle savait que lors de leur prochaine rencontre, elle devrait faire preuve de vaillance face à lui suite à ce qui venait de se passer. Les limites de son audace lui étaient encore inconnues..
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YALAAAAA !
Alors j'ai eu un énorme coup de stress à la relecture : cela fait-il guimauve ? S'il y a une chose dont j'ai une sainte horreur c'est bien les textes cucul-la-praline (ça peut être très, euh… beau mais c'est franchement pas mon style -.-) et j'ai été prise d'un élan de panique en me demandant si ce chapitre ne plongeait pas le lecteur dans une marmite de chamallow rose. Bon, je sais que je caricature et de toute manière ce texte-ci est fait pour être plutôt tendre, pis ça aborde le premier pas vers la relation… « tactile » on va dire, mais n'est-ce pas gnangnan (selon vous) ? Votre avis (objectif et avant tout sincère !) m'importe vraiment beaucoup !
Je suis tout de même contente de l'avoir écrit, je me suis bien éclatée même si… rooooh, ben il se passe des choses quand même et c'est à la fois super excitant et méga stressant de faire ce genre de petit bond relationnel. N'est-ce pas trop précipité ? Maladroit ? Déséquilibré ? Tant de questions qui mettent un poil la pression x)
Pis pour l'anecdote, j'ai réécrit ce chapitre trois fois et c'est jamais le même soldat qui faisait le premier pas ! Un coup c'était Ravioli, un coup Petra, puis de nouveau inversement… Je me disais tantôt que Rivaï foutait rien et qu'il laissait la pauvre Petra se dépatouiller piteusement avec ses avances rougissantes, tantôt je le décrivais trop audacieux (honorons le titre). Bref, galèèèère ! xP 'Fin voilà, je pense avoir trouvé un semblant d'équilibre et même si je reste un peu indécise concernant certains points je suis plutôt contente dans l'ensemble (et surtout si je me pose pas de limites, je posterai jamais ce putain de texte et je passerai ma vie à le retoucher)
Pis j'avais pas vraiment envie de faire un truc profondément doux ou passionné mais limite un truc un peu nul en fait XD Des fois les belles histoires commencent par un bidule maladroit et c'est une idée qui me plaît, ça promet pour la suite je trouve !
Donc BREEEEEEEEEEEEEEEEEEEEF , voilà, c'est fait, tant d'histoires pour un micro-baiser qui en est à peine un franchement, roh ! Faut pas pousser mémé dans les orties non plus.
(seconde anecdote ? lors de leur face-à-face, j'écrivais comme une ouf, j'étais à fond, je sentais la tension mortelle de l'instant, la lourdeur des regard, l'électricité de l'atmosphère, le poids de la présence de Rivaï dressé face à Petra… et j'ai eu envie de péter de rire d'un coup, parce que je me les suis soudainement visualisés en mode chibi, deux micros-trucs ridicules qui se toisent dans une ambiance tendue comme un string, mais zéro crédibilité de la part des deux personnages (un peu genre deux mini-machins qui bombent le torse en mode « tu m'cherches wesh ? Vas-y, tu m'cherches ? » XD Bref, je crois que ça va pas mieux moi)
Sur ce…
J'espère que vous avez passé un chouette petit moment et je vous souhaite à tous une bouneuh swarée !
Cha cha ! ;D
