Etendu sur son lit, Merlin profitait du temps qu'il lui restait avant de devoir se lever pour discuter avec Alator. Maintenant qu'ils étaient de retour à Camelot, le loup pouvait lui raconter ce qui s'était passé depuis sa capture avec Morgane. Ne pas avoir à surveiller ses arrières permettait au magicien de pouvoir se plonger pleinement dans les souvenirs qui envahissaient l'esprit du loup, bien qu'ils soient désagréables.
« Pendant une semaine, Morgane m'a torturé pour obtenir ton nom, murmura Alator, revivant l'histoire en même temps que Merlin. Un matin, j'ai séparé mon corps de mon esprit, et Morgane, sous les conseils d'un jeune dragon blanc, a utilisé l'anthropomancie. »
« Quelle horreur ! s'exclama le magicien. »
Le loup, couché tranquillement sur les couvertures, broncha en même temps que lui en revoyant la scène. Y assister lui retournait toujours l'estomac, même après deux fois.
« Oui. Après, je suis allé trouver Kilgharrah pour l'avertir, et pour qu'il te prévienne. »
« Il l'a fait, répondit Merlin. C'est lui qui m'a dit ce qui t'était arrivé, et que tu errais en esprit… Comment as-tu trouvé ce corps de loup ? »
« Après avoir vu Kilgharrah, je me suis éloigné de sa caverne tranquillement, dans le but de me promener au hasard des routes. J'étais un esprit, je n'avais plus besoin de me cacher, puisque personne ne pouvait me voir. A la fin du jour suivant, j'ai ressenti ta présence magique qui passait près de moi. »
« Comment as-tu fait pour me sentir ? »
« Tous les êtres magiques le peuvent : les dragons, les druides, les sorciers, les esprits, … C'est comme ça que certains d'entre nous peuvent communiquer par pensées. »
« C'est fascinant. Gaius ne sait pas le faire, il n'a pas pu m'en parler, et le seul humain que j'ai rencontré avec cette capacité était Mordred. Grâce à toi, je peux en apprendre plus ! »
Alator sourit, et leva la tête pour regarder Merlin. Le magicien sautillait presque dans son lit, tout content. Sa bonne humeur et sa joie de vivre habituelle étaient de retour. Sentant le loup qui le regardait, Merlin baissa les yeux et sourit.
« Nous verrons ça plus tard, s'amusa Alator. Quand j'ai senti ta présence, je t'ai rattrapé le plus vite possible. Quand je t'ai vu, j'ai tout de suite compris ce qui se passait. Mais en esprit, je ne pouvais rien faire. Alors, je me suis éloigné, dans l'espoir de trouver un hôte et de pouvoir revenir t'aider. Dans la nuit, je suis tombé sur un loup en chasse. On dit que les loups sont les animaux les plus nobles de la forêt. J'ignore si c'est vrai, mais en tout cas, ce loup l'était. Il a accepté de m'accueillir en lui. »
Alator se tut un moment pour laisser Merlin profiter pleinement de ses souvenirs. Les changements qui s'étaient produits dans le corps du loup lorsqu'il s'y était introduit le surprenaient toujours, il n'en avait jamais entendu parler – mais, à sa connaissance, très peu de gens avaient tenté l'expérience, encore moins avaient pu en parler. Le loup avait grandi de plusieurs centimètres, et tout son corps s'était légèrement allongé. En un éclair, il était devenu le plus gros représentant de son espèce. Ses yeux dorés s'étaient ravivés, allumés par une flamme caractéristique.
« Ensuite, poursuivit Alator, j'ai rebroussé chemin pour te suivre, jusqu'à la clairière où je suis intervenu après t'avoir entendu appeler Kilgharrah. Je ne connais pas le jeune dragon que j'ai attaqué, et il n'avait pas l'air très amical envers toi. »
« Aithusa vient de l'œuf qui était caché dans la tombe d'Askhanar, révéla Merlin. C'est moi qui l'ai fait éclore. »
Le loup tiqua Merlin était Seigneur des Dragons, tous les dragons devaient se montrer amicaux envers lui. Il avait entendu parler de la légende du grand Askhanar, qui avait protégé un œuf de dragon dans sa tombe pendant plus de quatre cents ans.
« Je sais ce que tu penses, continua le magicien. Elle est apparemment liée à Morgane – je n'ai pas eu le temps ni les moyens de lui poser la question. J'espère juste que Morgane se montre gentille avec elle. Je peux empêcher à Aithusa de nuire à Camelot, ça n'est pas un problème. J'espère ne pas en avoir besoin de sitôt. »
Après cela, Merlin se leva et se prépara pour aller prendre son petit-déjeuner et aller chercher celui d'Arthur. Alator resta dans la chambre, ne pouvant pas accompagner le magicien partout tout le temps.
oOoOo
Arthur ne revint dans ses appartements qu'en fin de matinée, fatigué. Il avait passé toute la matinée à faire comprendre à des nobles qu'il ne reviendrait pas sur sa décision d'accueillir le loup à Camelot, en plus des problèmes que causaient ce que ces hommes voyaient comme une « action inconsciente et irréfléchie ». Une visite rapide de Merlin à Bard avait garanti que le Southron s'en tiendrait à ce qu'il avait assuré, sans mentionner la magie ou quoi que ce soit.
Un noble en particulier, Sire Margen, continuait à protester. Et voyant que l'un d'entre eux prenait la parole, tous ceux qui pensaient comme lui le suivaient. Le roi devait se méfier de lui c'était le genre d'homme qui n'acceptait pas les changements, et était prêt à quasiment tout faire pour les éviter. Il était capable de continuer à refuser Alator pendant des jours s'il le fallait, sans se soucier de l'image qu'il donnait tant qu'il obtenait ce qu'il voulait.
Ce qui signifiait, qu'il était tout aussi bien capable de tenter d'éliminer le loup lui-même. Un tel homme était un danger public, et bien qu'il n'ait jamais eu recours à des mesures aussi radicales, c'était presque lui qui se soulevait le premier contre les décisions prises.
Arthur avait fini par l'exclure de la discussion, une forme atténuée pour montrer son désaccord. Comprenant cela, Margen s'était tu et légèrement renfrogné, écoutant attentivement ce que tout le monde disait sans y prendre part.
Le roi soupira. La réunion s'était un peu mieux déroulée après, mais c'était toujours frustrant. Il savait que décider d'accueillir Alator soulèverait des problèmes, en revanche il n'avait jamais vu des nobles capables de se montrer aussi butés. Et il devait encore parler à Merlin, il y avait quelques choses qu'il voulait éclaircir avec le magicien. Des questions qu'il se posait depuis le premier soir de leur aventure.
Des choses en rapport à la magie, qu'il ne pouvait pas demander n'importe où n'importe quand. Il devait soit attendre le soir, quand personne ne venait le déranger parce qu'il dormait, pour rejoindre Merlin dans sa chambre, où ils seraient avertis si quelqu'un entrait, et où il pourrait prétendre venir se faire soigner par Gaius pour un mal de gorge si quelqu'un venait le chercher là. Ou alors, il devait attendre le matin très tôt, pour faire exactement la même chose.
Vers le milieu d'après-midi, on frappa à sa porte. Arthur cria d'enter, levant la tête de ses papiers pour voir qui venait le voir. Il dut retenir un soupir en voyant Margen, apparemment l'exclusion discrète de la réunion de ce matin n'avait pas suffi à décourager le noble. Il était temps d'essayer quelque chose de plus direct.
- Sire Margen, j'espère que vous ne venez pas encore à cause de ce loup, dit-il d'un ton lourd.
Avant de répondre, le noble s'inclina et s'approcha du bureau où se trouvait Arthur.
- Votre Majesté, je me dois de vous informer des dangers que représente une telle créature.
- Je vous écoute, répondit Arthur, lassé.
- Un loup est un animal sauvage, Sire, au comportement imprévisible, vous ne pouvez pas vous permettre de le garder ici, avança Margen, d'un ton prudent.
Il défiait presque ouvertement le roi, mais c'était nécessaire. Il avait déjà vu une meute de loups en action, et le résultat avait été horrifiant.
- Imaginez qu'il se mette à ravager les cuisines et à attaquer les habitants du château, que ferions-nous ? Nous mourrions de faim, et nous serions contraints de lui donner la chasse pour le tuer. Ne vaudrait-il pas mieux le relâcher dans son habitat naturel maintenant, tant qu'il n'a causé aucun dégât ?
- Revoyez votre histoire, Sire Margen. Un loup seul ne s'attaque pas à un homme.
- Pourtant, hier, vous avez dit qu'il s'était attaqué à toute une troupe de Southrons pour défendre votre serviteur, contra le noble.
Arthur se retint de fermer les yeux de lassitude. Au moins, Margen avait été attentif à ce qu'il avait dit, même si c'était pour retourner ses arguments contre lui-même.
- J'ai dit qu'il avait défendu Merlin là où personne d'autre ne l'aurait fait, mais ça ne veut pas dire qu'il l'a fait intentionnellement. Quand un loup, ou n'importe quel animal a peur ou est énervé, il peut réagir très différemment de ce qu'il fait d'habitude. Rien ne nous dit qu'un des Southrons n'a pas été le déranger dans sa tanière, l'effrayant par la même occasion, et qu'il a décidé de se venger en les attaquant tous. A moins que vous ne soyez capable de pénétrer les souvenirs de ce loup, ce dont je doute fortement.
Cela eut le mérite de clouer le bec à Margen, au moins pour quelques secondes. Arthur évoquait à demi-mot la magie avec sa dernière phrase, le noble ne pouvait pas pousser le sujet sans s'aventurer en terrain dangereux. Heureusement pour lui, et malheureusement pour les autres, il avait d'autres arguments à jouer.
- Imaginez que ce loup ait la rage, Sire. Il la transmettrait à votre serviteur, qui à son tour vous la transmettrait. Vous la transmettriez à tout le château avant de savoir que vous êtes contaminé. Le royaume serait alors à genoux, tout ça à cause du loup. Vous n'avez aucun moyen de savoir qu'il est sain.
- Sire Margen, vos arguments sont de moins en moins convaincants. Un loup qui a la rage est incontrôlable, il attaque tout ce qui bouge et ne différencie pas les amis des ennemis. Celui-là n'en montre aucune intention, et ne présente aucun symptôme de la rage. Il n'a attaqué personne à part des ennemis de Camelot.
- Mais, Votre Majesté…
- Veuillez m'excuser, mais j'ai des papiers qui m'attendent. J'espère que vous changerez vite d'avis, Sire Margen. Votre attitude me déplaît fortement.
Margen sortit, n'ayant plus rien à opposer aux paroles du roi. Une fois dehors, il fronça les sourcils, mécontent. Il avait espéré convaincre Arthur de renvoyer ce loup. Un animal sauvage ne pouvait pas décemment rester dans un château ! Il était clair que le roi ne reviendrait pas sur sa décision. Il devait trouver un autre moyen de faire partir le loup d'ici.
oOoOo
Une fois son repas mangé, Arthur se leva pour sortir de ses appartements. Il n'avait pas cessé de repenser à sa discussion avec Margen pendant tout le reste de l'après-midi. C'était le premier noble qui venait le voir directement, et il espérait que les autres ne suivraient pas le même chemin. Un seul homme aussi borné était largement assez. Et ses paroles n'avaient pas eu l'air de peser beaucoup pour Margen.
Prenant des chemins détournés, il arriva aux appartements de Gaius et entra sans toquer, surprenant le médecin et le magicien qui étaient en train de ranger les restes de leur repas. Merlin souleva un sourcil, se demandant visiblement ce qu'il faisait là. Arthur décida d'aller droit au but.
- J'ai besoin de te parler, dit-il en regardant Merlin. Une affaire importante.
Merlin saisit l'allusion et fit signe au roi de le suivre dans sa chambre. Il n'avait pas peur de parler de magie devant Gaius, au contraire, mais de cette façon, le médecin pourrait les avertir d'une façon ou d'une autre si quelqu'un entrait dans la pièce.
Le magicien ferma la porte de sa chambre derrière Arthur, qui s'assit sur le lit à côté d'Alator. Le loup était monté sur le lit pour profiter du matelas, ça ne posait pas de problème tant que Merlin n'était pas dedans. Ce dernier s'installa sur une chaise qu'il tira pour être en face du roi.
- Un problème ? demanda-t-il aussitôt.
- Oui, mais ce n'est pas pour ça que je suis là. Pendant qu'on te poursuivait, j'ai senti quelque chose… qui m'a fait penser à toi.
Il avait du mal à mettre des mots sur ce qu'il avait ressenti ce soir-là, et Merlin fronça les sourcils. De quoi voulait-il parler ?
- Ça ressemblait à quoi ?
- C'était comme… un cauchemar, où je souffrais, j'avais très mal, expliqua Arthur, perdu dans ses souvenirs.
Le souvenir de ce moment était encore très fort, après tout ce n'était pas quelque chose qu'on vivait tous les jours. Et depuis qu'il savait que Merlin était magicien, il se disait que ça avait peut-être quelque chose à voir avec ça.
- Ce n'était pas la seule chose qui m'arrivait. J'avais peur, très peur, et j'étais très en colère. Comme quand j'ai vu Lancelot et Gwen, si tu vois ce que je veux dire.
Une comparaison aiderait peut-être le magicien à visualiser les choses. Merlin réfléchit. Cette description lui rappelait beaucoup son accès de désespoir qu'il avait eu le premier soir.
- Quand avez-vous eu ce « cauchemar » ? demanda-t-il pour confirmer ses soupçons.
- Le premier soir, aux environs de minuit. Ça te fait penser à quelque chose ?
- Je ne sais pas exactement l'heure qu'il était, répondit Merlin, mais le même soir, j'ai eu ce qu'on pourrait appeler une crise de désespoir. Pas parce que j'avais peur de ce qui m'attendait, mais parce que je savais que Gaius avait vu mon enlèvement, et je me doutais qu'il vous préviendrez et que vous vous lanceriez à ma poursuite. Je savais que Morgane était derrière tout ça, et que si vous la trouviez elle n'hésiterait pas à vous tuer.
- Et alors ? Je peux comprendre, mais ça n'explique pas la puissance de ce que j'ai ressenti, si ça a un lien.
- Attendez, j'y viens, sourit le magicien. Mon travail, c'est de vous protéger Arthur. C'est ce que je suis destiné à faire, vous protéger pour que vous puissiez unifier Albion.
- Albion ? Qu'est-ce que c'est ?
- Un royaume où tous les royaumes actuels sont réunis et en paix. C'est vous qui êtes destiné à créer ce royaume.
- Et tu es censé… me protéger pour que je puisse le faire ? demanda Arthur, incrédule.
- Oui… Et si vous étiez arrivé devant Morgane, elle vous aurait tué, mon destin aurait été anéanti – quoique, je serais sûrement mort à ce moment-là. Albion n'aurait jamais vu le jour, et Morgane aurait conquis Camelot.
- Et tu penses que c'est ton accès de désespoir que j'ai ressenti ?
- C'est possible, mais je ne peux pas l'affirmer. Mais ça ne serait pas la première fois.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
Merlin soupira, et baissa les yeux un instant. Ça faisait beaucoup d'informations à emmagasiner, et bien qu'il dise à Arthur le contraire, il était presque persuadé que le lien qu'il y avait entre eux s'était manifesté à nouveau. Il n'avait jamais cherché à exploiter ce lien, puisque la seule fois où il l'avait ressenti, c'était quand il avait été empoisonné par Nimueh.
- Vous vous souvenez de la fois où j'ai été empoisonné et que je n'ai survécu que grâce à la Fleur de Morteos que vous avez ramené ?
- Oui. Une femme m'a piégé dans la grotte où j'ai obtenu la fleur, et une… boule de lumière m'a aidé à sortir. Attends une minute…
- Oui, Arthur. Cette boule, c'était moi.
- Mais… comment tu as fait ? Tu étais mourant ! s'exclama le roi, incrédule.
- Je ne me souviens pas de tout ce qui s'est passé, mais Gaius m'a raconté que je marmonnais des choses à votre propos, je parlais d'une grotte où il y avait trop d'obscurité, où il faisait trop sombre. D'après lui, j'ai conjuré une boule de lumière et vous ai appelé et poussé à suivre cette boule pour vous en sortir.
- La lumière m'a aidé à grimper le long de la paroi… Alors c'est vrai, ce que je pensais, quelqu'un a vraiment envoyé une lumière pour m'aider. Et tu penses que c'est la même chose qu'il y a dix jours ?
« Je connais une prophétie, qui parle de ce genre de lien et de deux personnes, dit soudain Alator en relevant la tête. »
Il avait écouté la conversation attentivement, et elle lui avait rappelé quelque chose qu'il avait entendu dans son enfance. Une sorte de comptine, où il était question de deux personnes étroitement liées. Merlin tourna la tête vers lui, curieux.
« Tu peux nous en parler ? »
« Je n'en ai jamais oublié les paroles, elle m'avait fortement marqué. »
Le loup ferma les yeux avant de s'asseoir pour être à la hauteur de Merlin et d'Arthur.
« Viendront au monde deux êtres,
L'un ne va pas sans l'autre,
Ensemble ils ne font qu'un.
Ensemble ils s'entraident,
Savent quand l'autre est en danger.
Liés d'une façon indestructible et jamais vue dans l'histoire,
Ils se complètent,
Ce sont les deux côtés d'une même pièce.
Emrys et le Roi Présent et à Venir. »
Merlin fronça les sourcils après avoir entendu cela. La première personne qui lui avait parlé des « deux côtés d'une même pièce » était Kilgharrah. Le dragon avait-il entendu parler de cette comptine ? Si c'était le cas, pourquoi n'en avait-il pas parlé ? Il répéta les paroles à Arthur, qui fronça à son tour les sourcils.
- Le Roi Présent et à Venir ? releva-t-il.
- C'est vous. Ce sont les deux noms par lesquels on nous désigne dans les prophéties.
- Alors, d'après ce que tu viens de dire, et ce qu'Alator vient d'ajouter, si l'un de nous est en danger mortel, l'autre le saura ?
- Pas forcément. Je n'étais pas en danger de mort immédiat. Peut-être que ça marche aussi avec les émotions très puissantes.
- Mais pourquoi je ne l'ai jamais senti avant ?
- Peut-être que vous le sentiez, mais sans y faire attention. On devrait demander à Gaius, il en saura plus.
Arthur acquiesça et se leva pour sortir rejoindre Gaius, qui préparait des remèdes sur une table. Merlin le suivit.
- Gaius, nous avons une question à vous poser, dit Arthur.
Le médecin leva la tête, curieux.
- Oui, Sire ?
Voyant qu'Arthur cherchait ses mots, Merlin prit la parole à sa place.
- Vous vous souvenez de ce qui s'est passé quand j'ai été empoisonné par Nimueh, et que j'ai aidé Arthur inconsciemment ? Comme j'ai ressenti la détresse d'Arthur ce jour-là, il a ressenti la mienne quand j'ai été enlevé, continua-t-il après que Gaius ait hoché la tête.
- Mais comment est-ce possible ? Je comprends que tu l'aies ressenti, tu as des pouvoirs, mais vous, Arthur, vous n'en avez pas, ça ne devrait pas être possible.
- C'est quelque chose entre Emrys et le Roi Présent et à Venir, d'après Alator. Vous croyez que ce lien peut être contrôlé ?
- Je n'en sais rien, sourit le médecin. Je n'en avais jamais entendu parler avant, j'ignorais même qu'il fonctionnait à double sens. Cependant, continua-t-il avant de s'asseoir, peut-être, je dis bien peut-être, ne vous donnez pas de faux espoirs, qu'il est possible de recréer ce lien dans des situations qui ne sont pas mortellement dangereuses. Il se peut aussi qu'il puisse être développé et renforcé.
- Qu'est-ce que ça pourrait donner, au final ? demanda Arthur.
- Je n'en ai aucune idée. Ce sera à vous de le découvrir.
- J'ai hâte de voir ce que ça peut donner ! s'exclama Merlin en souriant. Vous imaginez ce que nous pourrions faire, avec un lien pareil ?
- Ne t'emballe pas, c'est très probable qu'il ne donne rien du tout.
- Nous n'en saurons rien avant d'avoir essayé, dit Arthur, tout aussi enthousiaste que le magicien.
Après tout, au mieux il se retrouverait avec une sorte de connexion avec Merlin, au pire ils travailleraient pour rien. Ce serait toujours mieux que s'occuper de nobles grincheux et jamais contents.
