On aurait dû entrer dans la deuxième grosse partie de la fic il y a deux chapitres, en comptant celui-ci. Mais Margen a décidé de continuer à embêter son monde, et le lien entre Merlin et Arthur a décidé de s'incruster maintenant. Donc on fait ce qu'on peut avec ce qu'on a, normalement le prochain chapitre changera tout ça. Enjoy ^^
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Le lendemain matin, Merlin se réveilla fatigué. Il attribua cela à la discussion qu'il avait eu avec Arthur jusque tard dans la soirée, et aux réflexions qu'elle lui avait causé, l'empêchant de s'endormir avant très tard. Il sourit en voyant Alator toujours endormi, et pensa au travail que représentait la fortification d'un lien que personne ne connaissait.
Il n'avait pas la moindre idée de par où commencer, et il ne doutait pas qu'Arthur n'en saurait rien non plus. Alator pourrait peut-être les aider, mais pour l'instant, il dormait, et le magicien ne voulait pas le déranger. Peut-être Gaius. Mais Gaius était déjà parti quand il sortit, ayant simplement laissé une note qui indiquait qu'il avait été appelé au chevet d'un malade très tôt.
Bâillant, il déjeuna avant de sortir et de se diriger vers les appartements du roi, plateau en main. Il sourit à nouveau lorsqu'il vit Arthur étendu sur son lit, et se dirigea vers les rideaux en claironnant :
- Debout les morts !
La seule chose qui avait le don de faire bouger le roi. Même si c'était pour que celui-ci se retourne pour échapper à la lumière.
- Comment tu fais pour être d'aussi bonne humeur dès le matin ? marmonna-t-il, encore tout ensommeillé.
- C'est le seul moyen de vous faire bouger ! fanfaronna Merlin. Regardez-vous, étendu dans votre lit, que feriez-vous sans moi ?
- Merlin ! cria presque Arthur, avant de se redresser.
Il tâtonna et attrapa un objet sur sa table de nuit avant de le lancer vers Merlin. Ouvrant les yeux, il vit au passage que c'était une tasse, une qui risquait fort de casser si elle tombait par terre. Que faisait-elle ici ? Il utilisait rarement des objets cassables dans sa chambre, encore moins près de sa table de nuit.
Voyant en même temps qu'Arthur la nature de l'objet lancé, Merlin eut le réflexe de l'empêcher de tomber avec sa magie après l'avoir évité par habitude. Il soupçonnait le roi de garder exprès des objets à lancer à portée de main, c'était un jeu entre eux.
- Attention à ce que vous lancez, Sire, les tasses en porcelaine ne résistent pas aux chocs contre le sol, dit-il en ramenant la tasse sur la table. Maintenant dépêchez-vous, vous avez une réunion du conseil aujourd'hui !
- Quelle réunion ? Je n'ai rien planifié !
Cela eut le mérite de faire en sorte qu'Arthur se lève. Il alla jusqu'à la table pour manger, jetant par la même occasion un coup d'œil à la tasse sauvée in extremis.
- J'ai croisé le serviteur de Sire Margen en vous apportant votre petit-déjeuner. Ce sont les conseillers qui la demandent, à propos d'Alator. Ils n'acceptent toujours pas qu'il reste ici.
- Ils en ont déjà eu une hier, maugréa Arthur. Pourquoi ne peuvent-ils pas s'en contenter ?
- Comprenez-les, Arthur. Le loup est un animal mystérieux et présumé sauvage, imaginez qu'il se mette brusquement à attaquer tout le monde ? ironisa Merlin.
- Très drôle. Au lieu de raconter des bêtises, tu as trouvé un moyen pour travailler ce dont nous avons parlé hier soir ?
Merlin retrouva tout à coup son sérieux, comprenant de quoi Arthur voulait parler. Il savait que le roi allait lui poser cette question, raison pour laquelle il avait tenté d'y réfléchir avant de dormir.
- Non… J'espère qu'Alator pourra nous aider, parce qu'à moins que l'un d'entre nous se mette en danger de mort ou en situation désespérée, je ne vois pas comment vous faire parvenir ce que je ressens, ni l'inverse. Mais j'ai une théorie.
- Je t'écoute, dit Arthur, regardant le magicien vérifier que personne ne passait dans les couloirs.
- Peut-être, répondit Merlin après avoir fermé la porte, que si l'un d'entre nous se concentre très fort sur ses ressentis, l'autre le sentira. Les seules fois où il s'est manifesté, jusque-là, étaient quand l'un de nous éprouvait quelque chose de vraiment très puissant. Nous réussirons peut-être à reproduire ce genre de chose.
- C'est ridicule, Merlin. Comment pourrais-je me concentrer pour ressentir quelque chose, quand la chose que je ressens est naturelle ?
- Vous avez une meilleure idée ? Ça vaut au moins le coup d'essayer, insista Merlin quand Arthur le regarda d'un air pas franchement content. Au pire, on cherchera autre chose. Essayez, tout au long de la journée, dès que vous vous sentirez très en colère ou las, essayer d'approfondir ce sentiment. Je ferai la même chose.
- Très bien, tu peux y travailler pendant que tu nettoies le sol, répliqua Arthur avant d'aller derrière le paravent pour s'habiller. Et essaye de trouver une autre solution, si celle-ci ne marche pas ! lança-t-il en se dirigeant vers la porte pour se rendre à sa réunion.
Merlin soupira avant de ramener le plateau aux cuisines, puis de remonter pour nettoyer les appartements du roi. Au moins, il pourrait réfléchir en le faisant. Remontant ses manches, il prit la brosse et commença à astiquer le sol.
« Bonjour, Merlin, entendit-il peu de temps après qu'il ait commencé. »
« Bonjour, Alator, répondit-il, joyeux. »
Dans sa chambre, le loup venait de se réveiller, et avait aussitôt contacté le magicien en voyant qu'il n'était pas présent.
« J'ai besoin de toi, demanda Merlin presque aussitôt. »
« Tu veux que je vienne ? »
« Non, ça ne sera pas utile, sourit le magicien en voyant la deuxième chose à laquelle pensait Alator. T'entendre me suffira… Tu as une idée pour faire fonctionner le lien ? »
« Peut-être… Tu peux essayer de te concentrer sur Arthur. »
« Et comment je fais ça ? »
« Etends tes perceptions. Laisse-toi guider par ton esprit. »
Merlin fit ce qu'Alator lui demandait, sans trop comprendre où ça allait mener. Il se projeta, englobant les appartements d'Arthur.
« Je suis censé sentir quoi ? demanda-t-il, perplexe. »
« Pour l'instant rien. Mais continue à étendre tes perceptions, encore et encore, jusqu'à atteindre tes limites. Atteins ta chambre, et essaye de me trouver. »
« De te… trouver ? Comment ? »
Au même moment, Merlin atteignit l'endroit mentionné, malgré l'effort que ça lui demandait et la sueur qui perlait à son front. Il sentit et vit alors quelque chose. Une sorte d'empreinte, qui brillait d'un marron clair, et qui ressemblait à une flamme. Elle s'agitait doucement, calme et apaisée.
« C'est… toi ? dit Merlin, incrédule. »
Avant de répondre, Alator bougea, et sortit de la chambre. En même temps, Merlin sentit et vit la flamme bouger tranquillement, et elle s'agita lorsque le loup répondit.
« Oui. Chaque sorcier est représenté comme ça, et chacun a sa couleur et son intensité différente. Maintenant, regarde. »
Alator repensa à ce que Morgane lui avait fait subir, et se mit en colère. La flamme crépita avec plus de violence, et Merlin eut un soubresaut en le sentant.
« Je peux ressentir ce que tu ressens… Comment c'est possible ? Je n'ai jamais fait ça auparavant, avec personne. »
« Parce que tu n'avais jamais eu à le faire. Seuls les sorciers peuvent sentir les émotions des autres ainsi. Les humains n'ont pas d'empreinte, parce qu'ils n'ont pas de magie. »
« Tu penses qu'Arthur a une empreinte ? »
« Je n'en suis pas du tout sûr, mais peut-être. Observe : de toi à moi, est-ce que tu sens la moindre empreinte ? Non, parce qu'aucun de ceux que tu englobes n'est sorcier. L'empreinte varie selon la puissance du sorcier, par exemple la tienne est dorée, presque flamboyante, alors que la mienne est marron. Essaye d'étendre tes perceptions, pour trouver celle d'Arthur, si il en a une. »
Après cela, Alator coupa l'échange. Merlin se remit à frotter le sol, tout en se concentrant pour conserver sa vision. Sur une petite distance d'abord, puis en l'augmentant progressivement dès qu'il était suffisamment à l'aise pour y penser. Il était curieux de voir à quoi pouvait ressembler la flamme d'Arthur.
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Alator, de son côté, se dirigea vers la ville basse. Il avait besoin d'aller en forêt, pour répondre à l'appel de la nature, et chasser un peu. Le loup qui l'hébergeait avait encore des besoins, et il tenait à satisfaire ses instincts de chasseur avec un lapin.
Il prit soin de ne pas marcher en plein milieu de la route, rasant les murs pour se faire remarquer le moins possible. Il était peut-être protégé par décret du roi, mais mieux valait ne pas tenter le diable. Les gens s'écartaient précipitamment sur son passage, peu désireux de se retrouver face à face avec un loup dangereux. Intérieurement, Alator reniflait. Les préjugés sur les animaux qui n'étaient pas très connus étaient effrayants. Le loup n'attaquait l'homme que quand il avait peur, ou qu'il était dans une situation tellement délicate qu'il ne pouvait pas se débrouiller autrement, par exemple en cas de famine grave. Et même ainsi, l'animal restait prudent, son instinct le guidant.
C'était pour ça que tout le monde l'évitait. Enfin, jusqu'à ce qu'un enfant, un jeune brun de quatre ou cinq ans, crie en le voyant et coure presque vers lui. L'enfant le caressa sur la tête et sur le dos, lui tirant les poils. Alator se prit au jeu et remua la queue, amusé par l'insouciance des petits.
- Thomas ! cria soudain une voix suraigüe. Eloigne-toi tout de suite !
Le petit garçon sursauta lorsque le cri de sa mère lui parvint, et trébucha en reculant. Réagissant rapidement, Alator courut derrière lui et le retint avec sa tête, l'empêchant de tomber et de se faire mal. Il le redressa, remerciant intérieurement sa déesse qu'il soit si léger. La mère du petit cria à nouveau, et se précipita pour s'accroupir à hauteur de son fils et le palper de partout.
- Thomas, mon chéri, tu n'as rien ? Je ne veux plus que tu t'approches de ce loup ! C'est un animal dangereux ! Imagine ce qui aurait pu t'arriver !
- Mais maman… tenta le garçon.
- Pas de mais qui tienne, on rentre tout de suite à la maison !
Et la femme entraîna Thomas loin d'Alator, qui resta planté là et regarda l'enfant dans les yeux lorsqu'il se retourna. Il continua ensuite son chemin vers la forêt, décidant de ne plus y penser. Il comprenait la réaction de la mère, qui voulait seulement protéger son fils. Mais si tout le peuple de Camelot réagissait comme ça, il était mal parti pour se faire accepter…
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Deux jours plus tard, Merlin essayait toujours de trouver l'empreinte d'Arthur avec sa vision. Le roi avait écopé d'une troisième réunion du conseil ce matin, et son humeur en l'apprenant avait laissé à penser que les conseillers allaient entendre parler du pays aujourd'hui.
Ça faisait trois fois qu'Arthur réfutait les mêmes arguments, et montrait les mêmes preuves. Même Geoffrey de Monmouth, l'historien de la cour, avait ressorti des anciens textes qui expliquaient le comportement du loup face à l'homme. Et malgré cela, la moitié des hommes qui composaient le conseil n'étaient pas d'accord.
Ce matin, Sire Margen se montrait particulièrement désagréable, et donnait des envies de meurtre à Arthur. Comment un homme pouvait-il se montrer si têtu et accroché à ce qu'il pensait, quand il était clair qu'il avait tort ? Et il avait une lueur dans les yeux qui n'arrangeait rien, elle le poussait même dans ses retranchements.
Dans les appartements du roi, Merlin étendit ses perceptions. C'était devenu une habitude, il le faisait presque sans y penser maintenant, et arrivait à englober tout le château. Alator avait été surpris quand il lui avait annoncé ça, puis avait secoué la tête, en marmonnant que le sorcier le plus puissant ne cessait de l'étonner.
Sachant exactement où se trouvait Arthur, le magicien fit de son mieux pour se concentrer sur la salle. S'il devait présumer de l'humeur du roi, il dirait qu'il était en colère, et fatigué. Il espérait qu'il penserait à essayer de renforcer ses ressentis, même en pleine réunion.
Quand il engloba la salle, il ne sentit rien. Aucun des conseillers n'était sorcier. En revanche, plusieurs avaient la langue bien pendue, et le don d'énerver le roi au plus haut point.
- Sire Margen, déclara au même moment Arthur, sentant sa colère se décupler.
Il s'interrompit un bref instant, repensant rapidement à ce que Merlin lui avait dit, et s'efforça de rendre sa colère encore plus vivante. Il n'avait pas envie d'en arriver là, mais le noble ne lui laissait pas le choix. Alors autant faire les choses en bonne et due forme, quitte à en rajouter un peu. Margen comprendrait sûrement après ça.
- Vous vous montrez ridicule. Vous êtes presque le seul ici, à refuser ce qui est inévitable. Je ne reviendrai pas sur ma décision, fit-il en appuyant sur ses mots, une lueur dans les yeux.
Dans la chambre, Merlin crut sentit quelque chose. De la colère, très faible, en même temps qu'un fourmillement dans la salle où se trouvait Arthur. Se pouvait-il que…
- Ce loup restera ici, quoi que vous en disiez, continua Arthur en se levant. J'ai eu la bonté de vous écouter pendant trois jours, alors maintenant c'est à votre tour de m'écouter. Je me porte garant de ce loup, et de tout ce qui en découlera. Je suis certain qu'il ne causera aucun mal, et si vous n'êtes pas capable de le comprendre, vous feriez aussi bien de sortir d'ici. Ça vaut aussi pour tous ceux qui comptent continuer à m'embêter avec ça.
- Votre Majesté… commença Margen.
- Je vous ai demandé de sortir. Ou bien n'êtes-vous pas capable de comprendre cela non plus ? Ne m'obligez pas à appeler les gardes pour vous faire évacuer de force, menaça Arthur.
Voyant qu'il n'avait aucune chance, Margen s'inclina et sortit, laissant Arthur reprendre son souffle, toujours en colère.
- Cette réunion est terminée, annonça-t-il. Dorénavant, quiconque viendra me voir pour ce genre de chose se fera aussitôt renvoyer, qui que ce soit.
Il sortit à son tour, plantant les autres là, et se dirigea résolument vers ses appartements.
Pendant ce temps, au moment où il avait ressenti le fourmillement, Merlin s'était concentré dessus, persuadé que c'était Arthur. Au fur et à mesure, les tremblements s'étaient accentués, jusqu'à tout secouer sur son passage. Et puis ils s'étaient mis à être plus visibles, et à grandir, jusqu'à faire des étincelles d'un rouge soutenu.
Merlin avait froncé les sourcils, les étincelles ayant atteint leur point culminant lorsqu'elles avaient légèrement bougé, et à ce moment, il se serait presque attendu à les voir exploser et tout brûler sur leur passage. Mais elles étaient restées là, avec l'air de vouloir se jeter sur tout ce qui bougeait, avant qu'il les sente se déplacer pour sortir de la salle et emprunter les couloirs.
Restant concentré sur les étincelles, Merlin suivit leur progression, et sourit lorsqu'elles s'arrêtèrent devant la porte des appartements d'Arthur.
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Le soir même, Merlin racontait ce qui s'était passé à Alator, couché sur les couvertures, tout en nettoyant l'armure d'Arthur. Pour évacuer sa colère, le roi avait décidé de sortir s'entraîner.
« C'était un peu comme ce que j'ai senti avec toi, disait-il au loup, mais en beaucoup plus faible… »
Il fut interrompu par un coup sur sa porte fermée, qui s'ouvrit aussitôt. Merlin dut se retenir pour ne pas regarder l'arrivant comme s'il lui avait poussé deux têtes. Aussitôt, il remercia les dieux d'avoir communiqué avec Alator par télépathie, sinon il aurait pu perdre sa tête. Parce que la personne qui venait d'entrer, n'était nulle autre que Sire Margen, un membre du conseil d'Arthur.
Le noble avait planifié sa visite depuis qu'il s'était fait renvoyer du conseil, en choisissant exprès un moment où Gaius était absent pour pouvoir être tranquille. Une approche plus directe fonctionnerait sûrement mieux que de passer par le roi. Et puis, un serviteur n'était pas très difficile à convaincre.
- Bonjour, Sire, dit précipitamment Merlin en baissant les yeux en signe de respect.
Margen sourit intérieurement. C'était bien ce qu'il pensait. Ce serviteur s'avérait à la hauteur de sa réputation, idiot et maladroit. Ça ne lui prendrait pas plus de deux minutes.
- Je viens te voir pour le loup. Est-ce qu'il… dort ? demanda le noble.
Alator était couché sur les couvertures, les yeux fermés. Bien sûr qu'il ne dormait pas, Merlin n'eut même pas besoin de le confirmer en lui parlant. Mais tant qu'il ne saurait pas les raisons de la visite de Margen, autant se montrer prudent.
- Sur ses deux oreilles, confirma-t-il en souriant. Que voulez-vous, Sire ?
- Merlin, je sais que tu es attaché à lui, parce qu'il t'a sauvé la vie. Ainsi, tu te sens redevable, et tu es prêt à tout, y compris l'accepter dans un château. C'est très gentil de ta part, de vouloir aider cet animal comme il t'a aidé, et de vouloir le protéger.
Merlin continua à sourire légèrement, amusé et énervé en même temps. Amusé, parce que Margen pensait le convaincre, avec ses flatteries et sa voix toute mielleuse. C'était le comportement de tous les arrivistes : flatter quelqu'un pour parvenir à ses fins. Enervé, parce qu'il voyait clair dans son jeu, avant même qu'il formule l'idée : il voulait faire en sorte qu'Alator débarrasse le plancher.
- Mais réfléchis, continua Margen. Est-ce vraiment la meilleure des solutions pour lui ? Crois-tu qu'un loup doive vivre dans un château ? Ce n'est pas sa place. C'est un animal sauvage, il est né pour vivre dans la forêt.
Intérieurement, Merlin renifla. Pour un peu, il se serait presque laissé prendre au jeu, pour voir comment le noble réagirait. Mais ce ton commençait à le fatiguer sérieusement. Il commençait à comprendre comment se sentait Arthur depuis trois jours.
« Il m'énerve aussi, cet homme. Renvoie-le poliment sur les roses, suggéra Alator, amusé. »
Cette idée ne fit qu'énerver Merlin davantage. Pour que Margen arrive à énerver même Alator, c'était qu'il dépassait les bornes. Il n'avait jamais vu le Catha dans cet état, à part ce matin.
- Sire, vous avez déjà discuté de tout cela avec le roi, et…
- C'est avec toi que je discute maintenant, l'interrompit Margen. Pourquoi ne pas relâcher ce loup dans la forêt ? Il y vivra heureux, et fonderait une famille dont il s'occupera toute sa vie, au lieu de rester ici à se morfondre parce qu'il n'est plus dans la nature.
- Je n'ai pas l'intention de me débarrasser de ce loup, Sire, à moins que lui-même veuille partir, ce dont je doute fortement, contra Merlin. Si c'était le cas, il serait libre de s'en aller. Mais je ne contraindrai jamais un animal à partir, quand il est évident qu'il veut rester ici.
- Et comment sais-tu qu'il ne veut pas partir ?
Margen commençait à perdre patience. Décidément, ce serviteur se montrait aussi buté que le roi. Mais il était hors de question qu'il reparte sur un échec cette fois.
- Voyez par vous-même, dit Merlin en désignant Alator. Est-ce qu'il a l'air malheureux ? Je ne trouve pas. Il revient toujours ici après être sorti dans la forêt… Sire, malgré tout le respect que je vous dois, j'ai du travail, l'armure du roi doit être nettoyée avant demain matin, et je dois encore la rapporter dans ses appartements. Vous avez sans doute mieux à faire que venir conter fleurette à un serviteur, continua-t-il, narquois, pour cacher sa véritable colère.
Il bouillonnait intérieurement. A peu près autant qu'Arthur ce matin. C'était toujours le cas lorsqu'on touchait à ses amis, c'était plus fort que lui. Et Alator était un ami, un ami très cher qui avait risqué sa vie pour lui sans hésiter.
- J'espère quand même que tu réfléchiras à ce que je viens de te dire, déclara Margen, à nouveau tout mielleux. Je détesterais voir un animal malheureux.
Merlin baissa la tête alors que le noble se retournait et sortait, soupirant fortement une fois qu'il fut hors de portée. Mais qu'est-ce qu'ils avaient tous à la fin, avec Alator ? Etait-ce si difficile d'accepter un loup ? Il resta là à ruminer, soupirant à nouveau lorsque sa porte se rouvrit, et leva des yeux las, seulement pour les ouvrir en grand lorsqu'il vit qui était là. Décidément, c'était la visite des nobles, ce soir ! D'abord ce coincé de Margen, et maintenant, Arthur.
- Merlin… Qu'est-ce que tu viens de faire ? demanda Arthur dès qu'il vit le magicien lever la tête.
- Je… polissais votre armure, Sire, répondit Merlin en exhibant fièrement les morceaux de métal.
- Je ne parlais pas de ça. Est-ce que tu as… fait quelque chose avec la magie ?
Arthur soupira en entendant sa question. Elle sonnait ridicule. Il était couché, il y a cinq minutes, lorsqu'il avait ressenti un léger malaise étrange, à peine de quoi le déranger. Mais il s'était relevé aussitôt, avec l'espoir fou que peut-être c'était la magie qui faisait ça, plus précisément Merlin. Que peut-être c'était le lien entre eux.
Il s'était aussitôt mis à la recherche du magicien, sachant qu'il n'y avait qu'un endroit où il pouvait être : dans sa chambre. Il avait ouvert la porte sans frapper, et vu le regard las de Merlin se poser sur lui.
- Rien de magique… Juste renvoyé un noble un peu trop envahissant.
- Qui ? demanda à nouveau Arthur, même s'il se doutait de la réponse.
- Sire Margen. Il m'a énervé parce qu'il voulait que je me débarrasse d'Alator.
« Sans succès, renifla le loup. »
- Et il t'a beaucoup énervé ?
- Oui… Attendez une minute, dit Merlin en arrondissant les yeux. Vous l'avez senti ?
- Un petit malaise désagréable, c'est tout ce que j'ai senti.
- Alors ça marche vraiment, murmura Merlin pour lui-même. J'ai senti votre colère aussi, ce matin, mais c'était plus qu'un petit malaise, reprit-il à voix haute. Ça marche, Arthur !
Merlin sauta sur ses pieds, tout sourire. Ils n'avaient pas passé deux jours à travailler là-dessus pour rien !
- Oui Merlin, ça marche, répéta Arthur, enthousiasmé par l'entrain du magicien. A toi de voir comment le faire évoluer !
