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Une semaine s'était écoulée depuis qu'Arthur et Merlin avaient accompli leur premier exploit avec leur lien, sans que rien ne vienne la troubler. Margen faisait profil bas, à tel point qu'il aurait tout aussi bien pu être invisible, après qu'Arthur l'ait fortement réprimandé. Merlin avait été contre au début, mais le roi avait insisté en déclarant qu'il assurerait que c'était lui qui avait découvert la conversation entre le noble et le magicien, ce qui était vrai, à la réflexion, et pas ledit magicien qui était venu se plaindre et profiter du fait qu'il était le serviteur du roi.
L'incident aidant – la nouvelle avait rapidement fait le tour du château, et s'était propagée dans la ville basse – le peuple acceptait tout doucement Alator, qui pouvait se promener dans la rue sans risquer de se faire attaquer à tout instant. La plupart des villageois se montraient maintenant sympathiques envers lui, et c'était agréable. Etre traité comme l'animal sans cervelle que les gens pensaient qu'il était ne le dérangeait pas, c'était un faible prix à payer pour rester aux côtés de Merlin et le protéger après qu'il ait presque été tué par sa faute.
Quelques jours plus tôt, Arthur avait atténué la loi contre la magie. Désormais, seuls les sorciers qui faisaient preuve de violence et qui mettaient la vie des autres en danger étaient exécutés, quant aux autres, les punitions étaient variables. Suivant la gravité de leur crime, les sorciers étaient emprisonnés à vie, avec poupée vaudou à l'appui pour les empêcher de s'échapper – le roi avait décrété que c'était Gaius qui avait trouvé cette solution à sa demande, pour éviter les incidents fâcheux. Une autre des punitions était d'exiler le sorcier, avec interdiction ferme de revenir dans le royaume, sans quoi il le payerait de sa vie. Une autre encore consistait à renvoyer le sorcier chez lui, privé de ses pouvoirs grâce à une poupée vaudou impossible à enlever, pour une durée plus ou moins longue. Ils avaient convenu que si un sorcier refusait le choix qui lui était offert, Merlin le pousserait discrètement à accepter, pour faire le moins de morts possible.
Enfin, si un sorcier utilisait ses pouvoirs pour protéger des gens, il était laissé tranquille, sans aucune forme de représailles à son égard.
La magie commençait son lent retour dans le royaume, et Arthur espérait que rien ne les empêcherait de la faire revenir entièrement. Bien sûr, quelques conseillers le prenaient pour un fou d'agir de la sorte, accueillant la magie alors qu'elle était mauvaise et devait être persécutée. Mais après l'épisode avec Margen, chacun se taisait et écoutait, et Arthur se fichait de ce que pouvaient penser des hommes aussi peu ouverts d'esprit. Quand la magie serait totalement légale, il veillerait à choisir des conseillers qui acceptaient les changements, à commencer par Merlin.
Il n'avait pas encore eu l'occasion d'en discuter avec le magicien, malgré tous les moments qu'ils passaient dans sa chambre à parler de magie, là où ils risquaient moins d'être dérangés. Il ne savait pas par où commencer, parce que la position qu'il comptait donner à Merlin était celle de Sorcier de la Cour, et qu'en tant que tel le magicien serait aussi son Premier Conseiller. Une telle position était délicate, car le rang de Sorcier de la Cour était situé juste en-dessous de celui de roi et reine.
Petit à petit, le lien entre Arthur et Merlin se renforçait, parce qu'ils continuaient à le travailler jour après jour. Désormais, ils sentaient quasiment chaque émotion de l'autre, tant que Merlin était concentré sur Arthur. Cela faisait rire le roi, parce qu'avec le temps, il commençait à savoir quand Merlin était concentré sur lui. C'était comme l'impression d'être observé, avec un fourmillement à l'arrière du crâne, et s'il en croyait ces sensations, Merlin était constamment concentré sur lui. Quand il avait commencé à taquiner le magicien à propos de ça, disant qu'il « n'avait pas besoin de surveillance 24h sur 24 », Merlin avait rétorqué que c'était devenu une habitude, un geste qu'il accomplissait sans même y penser, et que ça pouvait être utile, par exemple si le roi avait besoin de le trouver de toute urgence.
Arthur en rit encore plus quand, un soir qu'il était dans son lit, il sentit Merlin qui s'émerveillait. C'était la première émotion joyeuse qui passait. Souriant, il était allé voir pourquoi le magicien était si heureux, et l'avait trouvé en train de déchiffrer un livre sur la magie que Gaius avait dégoté dans son armoire.
Depuis, la joie était l'émotion quasi-constante qu'il sentait. Ça l'amusait, parce que Merlin respirait littéralement la joie de vivre, au point que lui-même se surprenait à sourire. Quand Gwen avait demandé les raisons de cette attitude, Arthur lui avait parlé – avec la permission de Merlin – du lien qui les unissait, et la reine en avait été ravie. Le magicien lui avait parlé des deux faces de la même pièce, et elle trouvait logique que les choses évoluent dans ce sens.
A sa demande, Merlin avait expliqué à Arthur la façon dont il voyait les choses quand il utilisait ses perceptions magiques, et avait confié au roi que les étincelles rouges qui le représentaient s'étaient progressivement changées en flamme, flamme qui prenait de plus en plus d'ampleur et qui brillait de plus en plus d'un rouge lumineux. Arthur s'était enorgueilli d'être représenté par du rouge, parce que le rouge représentait le danger et qu'il était fier de se savoir montré dangereux envers les autres.* Merlin l'avait un peu calmé en lui rappelant qu'il était le seul qui le verrait jamais ainsi, parce qu'aucun autre homme sans magie n'avait d'empreinte, que la sienne était spéciale et qu'il était le seul à la voir.
Merlin lui avait également dit que plus Arthur était agité, plus sa flamme l'était, au point parfois de déclencher un incendie à elle toute seule – même si l'incendie était entièrement invisible et sans danger. Le roi, curieux, lui avait demandé à quoi ressemblait sa propre empreinte, et Merlin s'était tourné vers Alator pour le savoir. Le loup lui avait montré, et elle était dorée, elle brillait de mille feux, au moins autant que celle d'Arthur, et elle était gigantesque. Le magicien en était content, parce que la taille de la flamme le marquait comme étant puissant, et dissuadait d'éventuels sorciers qui utilisaient cette technique de s'approcher de lui quand ils la voyaient.
Alator lui avait également montré que, quand ils étaient au même endroit, les flammes de Merlin et d'Arthur se mélangeaient pour ne faire qu'une, provoquant un feu ardent fait de rouge et de doré qui semblait vouloir tout consumer sur son passage. C'étaient comme deux jumelles, et chacune était plus forte quand l'autre était avec elle. Les deux amis s'en étaient émerveillés, et Merlin avait tenté de représenter sur un papier ce qu'Alator lui permettait de voir, et bien que le résultat soit loin de la réalité, ça avait impressionné le roi.
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A midi, Merlin ne se montra pas. Arthur l'attendait pour qu'il ramène le plateau aux cuisines pour qu'ils puissent partir à la chasse depuis un quart d'heure. Merlin n'était jamais en retard le midi. Pendant que le roi mangeait, il retournait toujours prendre son repas avec Gaius, puis revenait chercher le plateau. C'était une routine qu'ils avaient depuis que le magicien était devenu son serviteur, et elle ne changeait jamais – sauf en cas de force majeur, bien sûr.
Arthur commençait à s'inquiéter. Il savait que Merlin était concentré sur lui à cet instant, et il se sentait un peu nauséeux. Lui-même n'était pas malade, ça ne pouvait être que le magicien. Mais il était en pleine forme ce matin, bien que fatigué Merlin était constamment fatigué en ce moment. Il se faisait probablement du souci pour rien, d'ici quelques instants Merlin allait se montrer, peut-être qu'il aurait un simple rhume tout au plus.
Mais ça ne ressemblait pas à un rhume… Pour se rassurer, Arthur décida d'aller voir ce que faisait Merlin, se répétant en chemin que tout allait bien, et qu'il ferait nettoyer les écuries à son serviteur s'il le trouvait en train de rêvasser.
Lorsqu'il entra, après avoir toqué sans obtenir de réponse, il ne vit pas trace de Merlin, ni de Gaius. Peut-être que le médecin avait été appelé pour une urgence, et que le magicien avait dû l'accompagner. C'était étrange cependant, car même ainsi Merlin serait venu le prévenir avant de rejoindre Gaius. Par acquis de conscience, il décida quand même d'aller vérifier dans la chambre de son serviteur avant de retourner à ses appartements.
Ce qu'il y vit le pétrifia, une main sur la porte. Gaius et Merlin étaient là tous les deux, le premier était penché sur le deuxième, qui était étendu dans son lit. Sa chemise était trempée, de sueur si on en croyait le linge mouillé que le médecin passait sur son front.
- Gaius, que se passe-t-il ? demanda aussitôt Arthur.
Le vieil homme sursauta en l'entendant, il était tellement concentré sur Merlin qu'il ne l'avait pas entendu arriver.
- Je n'en sais rien, Sire, il est brûlant de fièvre depuis ce midi, et il ne tient plus debout. Il a perdu connaissance pendant que nous mangions.
Entendant cela, Arthur s'approcha et posa une main sur celle de Merlin. Elle était vraiment brûlante, encore plus que lorsqu'une personne avait de la fièvre.
- Soignez-le ! dit-il, pressé.
Il n'était pas expert en maladies comme Gaius l'était, mais il savait qu'une température aussi élevée n'était pas normale, même pour un malade.
- Si je savais ce qu'il a, soupira le médecin. Sans savoir de quoi il est atteint, je ne peux pas faire de remède précis, et je n'ai jamais rencontré une maladie qui s'aggrave aussi vite. La dernière fois où il a été aussi mal, c'est…
- Quand ?
- Quand il a bu la coupe empoisonnée de Nimueh, lors de la signature du traité avec Bayard. La maladie l'a rongé jusqu'à ce que vous reveniez avec l'antidote, et elle était renforcée par la magie.
- Les maladies magiques ne se promènent pas comme ça, Gaius, sinon il ne serait pas le seul à être souffrant !
Arthur s'aperçut qu'il avait presque crié et inspira pour se calmer en tirant une chaise pour s'asseoir à côté du médecin.
- Que pouvez-vous faire pour l'aider ? demanda-t-il.
- Rien tant qu'il ne se réveillera pas. S'il ne me décrit pas ce qu'il sent, je ne peux pas l'aider. J'espère juste que sa magie l'aide…
- Est-ce qu'il risque d'en mourir ?
Il connaissait déjà la réponse, mais il voulait s'en assurer.
- Oui… soupira Gaius.
- Alors il faut trouver le moyen de le réveiller ! Plus vite il nous dira ce qu'il a, plus vite on pourra l'…
Arthur se tordit soudain de douleur sur sa chaise, la respiration coupée. Il sut aussitôt que ce n'était pas lui qui avait mal, mais son ami.
- Sire ? s'inquiéta le médecin.
- Merlin… haleta Arthur. Il souffre… énormément.
Gaius ne prit pas la peine de lui demander comment il savait ça. Merlin lui avait parlé des évolutions du lien.
- Ce que je sens n'est rien comparé à ce qu'il endure, poursuivit le roi.
- Vous devriez retourner à vos occupations, Sire, avant qu'on se demande où vous êtes passé.
- Non. Je n'ai aucune occupation, nous devions partir à la chasse. Et je n'ai pas du tout l'intention de laisser Merlin seul alors qu'il souffre à ce point, déclara fermement Arthur.
- Très bien. Je vous laisse avec lui, je dois préparer des remèdes.
Gaius se tourna et commença à sortir, seulement pour s'arrêter lorsqu'Arthur le rappela.
- Gaius ! Attendez !
Le médecin se retourna, et s'immobilisa. Merlin venait de reprendre conscience, et regardait autour de lui avec de yeux hagards. En voyant cela, Gaius se précipita à ses côtés et posa une main sur la sienne.
- Merlin, tu m'entends ?
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La douleur fut la première chose que Merlin sentit. Comment était-ce possible d'avoir aussi mal en étant toujours en vie ? Ou peut-être qu'il était mort.
« Tu n'es pas mort, entendit-il soudain dans sa tête. Mais c'est ce qui risque d'arriver, si ça continue comme ça. »
Qui parlait ? Depuis quand entendait-il des voix s'adresser à lui dans sa tête ? Peut-être qu'il devenait fou.
« Ressaisis-toi, Merlin ! Tu es en train de perdre les pédales ! Souviens-toi de ce qui s'est passé ! »
- Gaius ! Attendez ! cria une voix.
Ça, ça n'était définitivement pas dans sa tête. Sinon, ça ne ferait pas aussi mal. Il connaissait cette voix. Elle l'aida à se souvenir. Il s'était senti mal en mangeant avec Gaius. Et plus rien. Jusqu'à maintenant.
Merlin ouvrit les yeux pour regarder autour de lui, un peu perdu. Il vit Arthur, assis tout près, très inquiet.
« Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda-t-il à Alator. »
Il ne se sentait pas capable de parler à voix haute. Le loup n'était pas dans la chambre, mais en sentant le magicien perdre connaissance, il avait rebroussé chemin et revenait le plus vite possible.
« Tu es malade, et ça t'a rendu inconscient, répondit-il. »
« Malade ? Depuis quand ? »
Une maladie ne frappait pas comme ça en quelques minutes. Il aurait dû le sentir plus tôt. Ça n'était pas normal.
- Merlin, tu m'entends ? demanda Gaius.
Merlin tourna les yeux vers le médecin, et hocha la tête, grimaçant de douleur quand il essaya de se redresser. Arthur, comprenant ce qu'il voulait faire, l'aida, et le soutint tout en posant l'oreiller contre le mur. Il appuya ensuite son dos contre, la tête directement appuyée contre le mur, et se sentit un peu mieux, se demandant vaguement si Arthur sentait la douleur autant que lui. Probablement.
Au même moment, Alator fit irruption dans la chambre, la langue pendante. Il avait couru tout le long du chemin depuis la forêt, les gens s'écartant précipitamment de son passage pour éviter le loup qui paraissait enragé.
« Tu vas mieux ? demanda-t-il, soucieux. »
« Un peu. »
- Merlin, dit Arthur, tu dois nous dire de quoi tu es malade, et comment ça te fait mal, pour qu'on puisse t'aider.
« Si je le savais, pensa le magicien. »
Il ne savait pas plus que le roi ce qui lui arrivait, et Gaius n'en savait visiblement rien non plus. Merlin se concentra pour réfléchir, sous le regard inquiet d'Arthur. Le seul éventuel signe avant-coureur était la fatigue. C'était comme si son sang brûlait. Il ne sentait plus ses jambes, ni ses bras. En revanche, sa poitrine était intacte, ce qui était plutôt bon signe. Aucun organe vital n'était touché. Même si la maladie semblait progresser inexorablement vers son cœur. Il n'osa pas penser à ce qui arriverait si elle l'atteignait.
« La magie, déclara Alator. C'est la seule explication. »
« Tu n'en sais rien. »
« Tu connais des maladies normales dont tu peux suivre la progression, qui va de l'extérieur vers l'intérieur ? »
« … Non. »
« Alors j'ai raison. Essaye de te guérir avec tes pouvoirs. »
Merlin ferma les yeux pour rassembler son pouvoir. Il pouvait sentir Arthur s'agiter. Il plongea en lui-même, pour visualiser plus précisément la maladie. Une fois que ce fut fait, il imagina sa magie en train de le guérir, et rouvrit les paupières. Ses yeux se dorèrent de tout leur feu, et il remarqua qu'Arthur et Gaius souriaient, soulagés.
Mais rien ne changea. La souffrance ne se résorba pas, et il sentait la maladie qui continuait son cheminement. La seule chose qu'il avait réussi à faire, apparemment, était de ralentir sa progression, sans pouvoir l'arrêter. Il laissa sa tête retomber contre le mur, haletant et au bord de l'inconscience à nouveau. Il ne devait pas sombrer, ou il ne se réveillerait pas.
- Pas… marché, articula-t-il difficilement.
Même cet effort lui coûtait énormément. Il fallait qu'il parle le moins possible, pour économiser ses forces pour empêcher la maladie de le consumer entièrement. Si même sa magie ne pouvait le guérir, alors les potions de Gaius n'auraient strictement aucun effet. Merlin ferma les yeux, désespéré, et tenta de retrouver sa respiration.
Le médecin sembla comprendre cela, car il soupira et expliqua à Arthur :
- Sa magie est la chose la plus puissante à même de le guérir. Mes potions… ne serviront à rien.
Arthur en resta sans voix pendant un moment. Il sentait Merlin qui souffrait de plus en plus, et avait pensé que ses pouvoirs l'aideraient, le sauveraient. Mais sans ça, que leur restait-il ?
- Il doit bien y avoir un moyen ! cria-t-il.
Merlin sursauta et grimaça. Il avait rarement entendu autant d'inquiétude contenue dans la voix du roi. Il se mit à réfléchir. La maladie le paralysait peut-être, mais heureusement, elle ne l'empêchait pas de penser. Une magie puissante devait être à l'œuvre, mais elle ne surpassait certainement pas la sienne. La seule explication était qu'il était déjà trop affaibli pour utiliser ses pouvoirs de la bonne manière. Si c'était quelqu'un d'autre qui avait été malade, il l'aurait guéri sans problème.
« Il faut trouver une magie encore plus puissante, dit Alator. »
« Tu as une idée ? »
« Peut-être… »
Merlin comprit en même temps que lui. Il existait peut-être une seule forme de magie qui surpassait la sienne. Celle d'un dragon.
« Kilgharrah ! s'exclama-t-il. »
« C'est ta seule chance. Il faut que tu le fasses comprendre à Arthur et Gaius. »
« Comment ? Je peux à peine parler. »
« Trouve un moyen. »
Plus facile à dire qu'à faire. Merlin ouvrit les yeux, et tenta d'articuler le nom du dragon. Peut-être qu'ainsi, un des deux au moins comprendrait.
- Kil…
Arthur et Gaius froncèrent tous les deux les sourcils. Ils ne comprenaient pas.
- Kilg… répéta-t-il, plus fort.
Il lutta pour rester éveillé, au moins jusqu'à ce qu'il arrive à leur faire passer le message.
- Qu'est-ce que tu dis, Merlin ? demanda Arthur.
Le magicien soupira intérieurement. Ça ne marcherait pas. A moins qu'il arrive à prononcer le nom de Kilgharrah entièrement, et il n'y parviendrait jamais. Il eut alors une autre idée. Peut-être qu'il pouvait leur montrer. Sa magie ne lui permettait pas de le guérir, mais créer la réplique miniature d'un dragon marron devrait être possible.
Ses yeux se dorèrent à nouveau, et il se concentra pour la faire apparaître devant lui. Après ce qui lui parut une éternité, il distingua la forme d'un dragon, et redoubla d'effort pour la rendre plus nette et reconnaissable.
Arthur regarda l'apparition devant lui, sans comprendre. Que faisait Merlin ? Il aurait dû économiser ses forces, pas s'amuser à créer des images !
- Un dragon ? Pourquoi tu dessines un dragon alors que tu devrais chercher un moyen de te…
Le roi se tut, réalisant quelque chose. L'image était marron, et lui faisait penser à quelqu'un. Le dragon qu'il avait rencontré en allant sauver Merlin. Il ne se souvenait plus très bien de son nom.
- Le dragon ! Gaius, comment s'appelle le dragon qui a sauvé Merlin ?
- Kilgharrah ? répondit le médecin, hésitant.
Il ne comprenait pas ce que Kilgharrah avait à faire là-dedans, mais Arthur semblait avoir besoin de son nom.
- Kilgharrah ! répéta Arthur. C'est ça que tu veux nous dire, Merlin ?
Le magicien sourit, et laissa tomber l'apparition. Arthur avait compris ! Il aurait pu le serrer dans ses bras pour ça.
- Tu penses qu'il peut te soigner ?
Merlin sourit à nouveau et hocha lentement la tête. Ils devraient attendre la nuit pour rejoindre Kilgharrah, mais peut-être qu'il arriverait à limiter suffisamment l'avancée de la maladie d'ici-là. Il ferma les yeux pour se concentrer dessus, laissant Gaius et Arthur en discuter.
- Mais bien sûr ! dit Gaius. Les dragons peuvent soigner n'importe quoi. Il faut trouver le moyen de l'amener jusqu'à Kilgharrah !
- On ne pourra pas en plein jour… répliqua Arthur, réfléchissant à voix haute. Merlin peut tenir jusqu'à la nuit ?
- Je suis sûr que oui. Mais il ne pourra pas marcher jusqu'au lieu de rendez-vous.
- Nous irons à cheval, lui et moi.
Ils continuèrent à régler les détails puis Gaius sortit, laissant Arthur seul avec Merlin. Ils avaient convenu qu'Arthur amènerait Merlin hors du château juste après la Grande Cloche, quand il ferait suffisamment nuit pour que le dragon ne soit pas remarqué. Gaius avait expliqué au roi que la clairière était la même que celle où ils avaient combattu Kilgharrah. Y aller serait simple, ils retrouveraient le médecin à l'orée de la forêt avec leurs chevaux.
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- Ne meurs pas, Merlin. Si tu meurs, je n'aurai plus de serviteur. Et je perdrai un ami très cher. Puise dans ma flamme. Elle est avec la tienne. Tu peux faire ça, non ? Prends ma force. Et tu vas guérir. Et tout ça sera derrière nous, on pourra reprendre la vie à Camelot. Je t'en prie Merlin, ne meurs pas.
Arthur était dans la chambre de Merlin en attendant l'heure, il tenait la main de son ami et tentait de lui communiquer sa force à travers le lien. Il ne savait pas si ça marchait, mais c'était ce qu'il avait trouvé de mieux à faire, et ça pouvait aider Merlin de savoir qu'il était là pour le soutenir.
Le magicien gardait les yeux fermés et sa respiration commençait à siffler. Il était évident que la maladie progressait, malgré tous ses efforts. Visualisant l'empreinte d'Arthur, il s'imagina en train de puiser dedans pour renforcer sa propre empreinte. Alator, qui voyait l'empreinte de Merlin et, à travers lui, celle d'Arthur, observa le phénomène, fasciné.
Alors que la flamme de Merlin vacillait de plus en plus et perdrait de son ampleur et de sa couleur, elle se stabilisa et celle d'Arthur l'entoura, comme pour la protéger.
- C'est l'heure, Merlin, déclara Arthur en entendant la cloche sonner.
Il se leva et saisit délicatement le magicien par les épaules pour le redresser. Gaius était parti depuis un bon moment, pour préparer les chevaux et les faire sortir de Camelot. Arthur leva Merlin et le porta en le secouant le moins possible, suivi par Alator.
Il sortit de la chambre en marchant souplement, et se dirigea vers les portes du château sans rencontrer aucun garde grâce au chemin qu'il prit. Merlin n'ouvrit pas une seule fois les yeux, sachant très bien ce qu'Arthur faisait, et le roi pouvait sentir sa souffrance, grimaçant. Il continuait à se demander comment le magicien réussissait à endurer cela presque sans broncher.
Passer devant les gardes fut un peu plus difficile, mais il y parvint avec l'aide de Merlin, qui ouvrit les yeux à ce moment-là et fit en sorte qu'ils regardent ailleurs. L'effort le laissa pantelant, et Arthur put sentir son cœur battre la chamade.
Il soupira de soulagement lorsqu'ils atteignirent le point de rendez-vous où Gaius les attendait. Sans perdre un instant, il déposa directement Merlin dans sa selle et le laissa se reposer contre l'encolure de son cheval.
- Nous serons de retour bientôt, assura Arthur à Gaius en montant en selle.
Le médecin hocha la tête et se mit en route vers Camelot, laissant Arthur saisir les rênes de la monture de Merlin pour la guider, et faire avancer son cheval. Ils ne pouvaient pas aller plus vite que le pas sans risquer de tuer Merlin, et ils mirent encore une heure pour arriver jusqu'à la clairière.
Là, Arthur attacha les chevaux à un arbre pour qu'ils ne s'enfuient pas, et porta à nouveau Merlin jusqu'au centre de la clairière, où il le déposa délicatement. Il posa ensuite une main sur son épaule pour le pousser à ouvrir les yeux.
- Appelle Kilgharrah, Merlin.
Le magicien rassembla ses esprits et se concentra. Il avait passé l'après-midi à utiliser la magie pour se préserver jusqu'à ce moment-là. Même Alator l'aidait, en lui parlant pour le maintenir éveillé et en utilisant aussi la magie de son mieux. En tant qu'esprit, elle n'était plus comme avant, mais il en avait suffisamment pour soulager un peu Merlin, et redoubla d'efforts pour lui permettre de lancer son cri.
Merlin haleta.
- Appelle le dragon, Merlin, maintenant, ou tu vas mourir avant d'avoir eu le temps de le faire !
« Crétin, pensa Merlin. »
Arthur fronça les sourcils. Merlin économisait ses forces, alors pourquoi venait-il de parler pour dire quelque chose qui ne servait à rien ?
- La ferme, Merlin, et appelle Kilgharrah !
- … Rien… dit, marmonna difficilement le magicien.
Le roi n'eut pas le temps de répliquer, car Merlin se mit à parler plus fort, les mots du langage du Seigneur des Dragons sortant difficilement de sa bouche.
Aussitôt après, le magicien laissa retomber sa tête et referma les yeux, sombrant dans l'inconscience. Arthur se dépêcha de poser deux doigts sur son cou pour prendre son pouls, rassuré de voir qu'il n'était pas mort. Mais si Kilgharrah ne se dépêchait pas, c'était inévitable…
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*Spéciale dédicace à titesouris ^^
