YOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO !

Salut à tous, j'espère que vous avez une forme titanesque !

Bon… J'avais prévu de poster cet OS il y a une semaine… et puis en fait ça s'est pas fait… Navrée ^^'' M'enfin me voilààààààà !

Je tiens à remercier sauvagement les lecteurs qui ont lancé un flot de review explosives, ça m'a boostée comme une folle !

Ezana : (double review ? :p)

YOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO ! Enchantée ! WOAAAAOUTCHA, quel plaisir de lire ta review ! Crème de chez crème, que d'énergie transmise, merci de tout cœur !

Aaaah oui, hehe tu la première à relelever le fait que leur « première fois » se déroule dans le lieu de leur premier baiser : raison pratique tout d'abord (dans un dortoir, avec les camarades autour, bof bof), pis c'est un peu la salle « des premières fois » du coup ^^ C'est drôle et adorable que tu le remarques !

J'adore, tu relèves tout ce sur quoi j'ai voulu mettre l'accent : les doutes de Petra, le fait qu'elle cherche à mieux comprendre Rivaï, et lui qui comprend les hésitations de sa partenaire et prenne sur lui pour ne pas la brusquer… Tu dis tout, je n'ai rien à ajouter si ce n'est que ça me fait très plaisir que tu relèves ces petits passages :D

Quand au rapport sexuel lui-même, bon déjà il a été mégaaaaa agréable à écrire, et pis même si j'était impatiente et un peu fébrile de voir les retombés, dans l'ensemble les avis sont plutôt positifs, donc ça motive un max pour chouchouter ça par la suite :D

Ah, la cicatrice de Rivaï ! 3 Ravie que tu en parles… Bon, j'avoue, en fait elle en lien avec une autre fanfiction, Underlife (et les « doubles lecteurs » auront peut-être fait le rapprochement w) mais bref. OUI, on en réentendra parler ! Je ne sais pas encore si je ferai une révélation explicite à ce sujet mais dans les OS à venir, cette cicatrice fera parler d'elle D

Aaaah, merci ! Je suis ravie que tu apprécies les ambiances instaurées, c'est diabolissimement chouette de voir que les lecteurs s'intéressent aussi au cadre et à l'atmosphère, pas seulement aux actes )

Haha, les deux tourtereaux surpris par leurs coéquipiers ? T'es pas la première à m'en parler c'est marrant xD À voir… P

Hiiii, coup de pression ! Roh, je trouve ça super excitant que tu essaie d'imaginer la suite entre eux et en même temps ça me fout un coup de patate nerveuse parce que j'ai peur de te décevoir Mais je vais faire de mon mieux, y mettre du cœur et j'espère que ça te plaira !

Silver : Merci beaucoup pour ton entrain ! D En espérant que cet OS 7 te plaise !

Vava : Haha, « badass » ? x) C'est pas le terme que j'aurais employé spontanément mais c'est toujours kiffissime de lire les ressentis des lecteurs x3

Je suis ravie que ce texte t'ait apporté ce que tu attendais, je me donne à fond pour retranscrire au mieux les sentiments, ressentis, pensées des personnages en préservant une bonne qualité d'écriture, c'est un plaisir bioutifoulesque de voir que cela t'a convenu !

(pas de souci pour la review en 2 parties P Etant une cruche en informatique, je serais bien en mal de blâmer quiconque pour les petits bugs habituels !)

Clara24 : YOOO ! :D Enchantée !

HAW YEAH, merci beaucoup pour ton compliment, dresser un tableau, instaurer une ambiance est un exercice que j'adore, je suis ravie que ça t'ait plu jusqu'ici ! 3 Je vais faire en sorte que ça perdure ! P

Yop yop, petite chose avant de vous abandonner :

Je n'aime pas trop les titres anglophones/japonisants/etc (bref, les titres en langue étrangère) pour un texte en français, ça fait « wesh ch'uis polyglotte» qui se la pète je trouve, mais il m'arrive tout de même de nommer un chapitre par un terme ou une expression anglophone parce qu'on a beau s'user les neurones jusqu'à la corde, des fois on a une idée si pointue sur ce qu'on veut faire passer dans le titre qu'aucun terme français ne peut le retranscrire ''

Vous excuserez donc mon qualificatif british, je trouvais que « Belle », « Beauté » (ni tous les synonymes francophones) faisait kitch à en mourir et ne retransmettait PADUTOU ce que je voulais faire passer donc voilà ^^'' Ça claque tip top caviar l'anglais des fois quand même ! -.-''

Bref… Allons-y go !

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7- Beautiful

Les rugissements du ciel écrasaient les voix, la pluie torrentielle créait un rideau opaque et si dense qu'ils avaient l'impression de pouvoir s'y frayer un chemin à grands coups de lame, comme à travers une forêt vierge. Mais, infinies et innombrables, les gouttes s'abattaient sur eux, alourdissait les vêtements, inondait les sens. Les soldats entendirent à peine la voix de leur capitaine, sur leur gauche.

- Gunther, William ! Par là !

Les deux hommes, sans voir à plus de trois mètres devant eux, se fièrent à la voix et bifurquèrent net. Une main leur attrapa le col et les attira soudainement au sec.

- Bordel de merde ! fut la première chose que lâcha William en reprenant sa respiration. Quelle pluie.

Il releva la tête, inquiet de la situation, et fut soulagé de constater que toute l'escouade était là : Erd, Auruo, Gunther, Petra et le Capitaine Rivaï, qui les avait fait se réfugier dans une sorte de tanière à peine plus haute que Petra, en aval d'un fossé. Tous étaient essoufflés, détrempés, mais sains et saufs. Presque tous. Rivaï s'avança vers le bord de la tanière, plissant les yeux afin de distinguer une éclaircie.

- Le ciel nous pisse allègrement dessus. Et ça ne sembla pas prêt de s'arrêter.

- Que fait-on, Capitaine ? s'enquit Gunther.

- On va rester ici le temps que ça se calme. Si dans trois heures rien ne s'arrange, deux d'entre nous prendront le canasson et essaieront d'aller à la rencontre des autres et de lancer le signal. La nuit tombe et de toute manière, avec cette averse, on ne voit pas à longueur de bras. Et il faut ménager le « blessé ».

- Je déteste cet exercice.

Des regards amusés se tournèrent vers Auruo qui venait de prononcer son mécontentement. En effet, ce genre de simulation était nécessaire, mais le rôle du soldat Bossard n'était pas le plus privilégié.

Les expéditions étant gourmandes en fonds et surtout en vie humaines, elles n'avaient lieu que tous les trois ou quatre mois et pour compenser cette inertie, les Bataillons étaient le corps armé se soumettant le plus régulièrement à des exercices de conditionnement.

Toutes sortes de situations critiques étaient mises en scène, et quand l'Univers y mettait un peu du sien en rajoutant averses, tempêtes de neige ou inondation, c'était encore mieux. Presque plus vrai que nature. Il ne manquait plus que de véritables Titans. Lors de cet entraînement-ci, les Bataillons avaient été scindés en une quinzaine d'escouades et chacune d'elles avait élu un soldat jouant le rôle d'un blessé : le but du jeu était de se démener tout en prenant soin de ce dernier, afin de se prévenir d'une telle situation en extra-muros. Auruo avait été tiré au sort mais il avait braillé jusqu'à ce que Rivaï le fasse taire que le tirage avait été truqué. Et le voilà ligoté à un brancard de branchages inconfortables, en bon blessé : en effet, comment marcher avec (facticement) des jambes brisées ?

Voilà donc leur escouade dans la pire posture imaginable : à pieds, perdus dans les bois avec un seul cheval pour six, un blessé à transporter et une pluie battante transformant le monde en apocalypse diluvienne.

- On va reprendre un peu de nerf, décida Rivaï. Gunther, sors les céréales.

Le soldat s'exécuta et chacun, tassé contre la paroi dégoulinante de la cavité, grignota son casse-croûte en essayant de le tenir du bout des doigts poisseux pour le salir le moins possible. Les soldats ne se plaignaient jamais mais étaient soulagés de ce moment de répit et en profitèrent pour souffler un peu. Petra jeta un coup d'œil à Rivaï, son supérieur étant focalisé sur l'extérieur et le rideau diluvien qui obstruait l'entrée. À cet instant pourtant il tourna légèrement la tête sur le côté et croisa le regard de la jeune femme, qui sourit et détourna les yeux. Échanger un simple regard lui donnait une impression de complicité subtile, particulièrement depuis qu'ils avaient fait l'amour il y avait de cela quelques semaines. D'autres moments secrets avaient succédés à ce premier-ci. Tout aussi fugaces, muets, complices et délectables.

La hiérarchie et leurs coéquipiers n'y voyaient que du feu. Un secret bien gardé, qui réchauffait le cœur et les mains quand elle y pensait. Petra observa affectueusement ses camarades, inconscients des retrouvailles nocturnes occasionnelles entre leur coéquipière et leur respecté supérieur. Petra sortit de ses pensées en remarquant quelque chose, haussa un sourcil elle constata :

- Tu te laisses pousser la barbe, Erd ?

- Ça plaît à Cassy, répondit machinalement ce dernier en se passant une main sur sa mâchoire ombrée d'un duvet blond.

- Cassy ?

- Cassy ! s'écria William en tapant dans l'épaule de son partenaire. La nana qui a capturé ton cœur ?!

- Oh ? s'intéressa Gunther avec un haussement de sourcil. Fleur bleue comme tu es, tu dois avoir une image d'elle.

- Je ne suis pas fleur bleue. Et ce n'est pas ce que vous pensez ! s'exclama Erd en se renfrognant. C'est juste une personne qui compte beaucoup pour moi.

- Fais voir, fais voir ! s'exclamèrent ses coéquipiers avec entrain, ignorant les défenses de leur ami et étant toujours persuadés qu'il avait quelque chose à montrer.

Erd lança un petit regard à Rivaï mais ne trouva pas le moindre soutien – au contraire, le Capitaine semblait même vaguement rangé du côté de la majorité de ses subordonnés. Erd soupira et, ne pouvant cacher un léger sourire, porta la main à la poche interne de sa veste. Ils remarquèrent tous dans l'œil de leur camarade le scintillement soudain inquiet à l'idée que la pluie ait abîmé l'image mais elle était intacte lorsqu'il la déplia.

- Comme elle est belle ! s'exclama Petra, charmée à la vue du visage de la jeune femme.

- Moui, marmonna Auruo en jetant un bref regard à Petra (qui ne remarqua même pas le ton que prenait son camarade lorsqu'il essayait d'imiter leur Capitaine). Elle n'est pas trop mal.

Rivaï, en retrait, tendit la main pour demander l'image et il la contempla sans un mot tandis que les soldats curieux taquinaient leur camarade.

- Aloooors, avoue, c'est ta fiancée !

- Arrête avec ça.

- Une fille comme ça, c'est ou ta fiancée, ou ta sœur !

- Mais pas du tout ! Nous nous connaissons depuis notre enfance, voilà tout ! On a été élevé dans un mouchoir de poche, elle m'est simplement très chère.

Petra ne put empêcher un sourire charmé d'étirer ses lèvres.

- Adorable !

- Incroyable… Petra est une fille ! plaisanta William devant l'expression enchantée de son amie.

- Tu as éveillé sa fibre maternelle, Erd ! renchérit Gunther.

Le poing de la jeune femme molesta les outrecuidants, ce qui ne fit pas diminuer leurs rires.

Dans l'agitation générale, Rivaï détacha son regard de l'image de la chère Cassy d'Erd et la rendit à son subordonné. Ce dernier capta le regard, sempiternellement tranquille et désintéressé du Capitaine, mais ne put empêcher un sourire entendu d'étirer ses lèvres face à l'expression étrange de ce dernier. Quelque chose de paisible était perceptible dans les yeux gris, et Erd accueillait avec respect les pudiques et rares marques de sympathie ou d'empathie de leur Capitaine.

Les piaillements de leurs coéquipiers attira l'attention d'Erd sur la dispute animant les soldat et qui avait évolué en un débat féministe inopiné.

- Ose répéter ça !

- Ne le prends pas mal Petra mais c'est vrai que tu n'es pas la plus… féminine des nanas, taquina William. Je te vois mal te trémousser dans les bras d'un Prince charmant c'est tout !

- Je crois que c'est un genre de compliment, osa Gunther.

- Et moi je ne crois pas !

- Roh, fais pas ta mauvaise tête ! Je viens de faire la plus belle des éloges à la féminité non ? reprit Will'. J'ai dit que tu avais éveillé ta fibre maternelle.

- Petra, tu ne voudrais pas concentrer ta fibre maternelle sur le blessé ? taquina Erd qui voyait Auruo s'agiter sur son brencard.

- Non ! Elle va me broyer !

- Comme si j'avais envie de te materner ! répliqua la jeune femme.

- Qui voudrait…, renchérirent les trois autres.

- Aaah ?! s'écria Auruo en se redressant. Vous avez un problème avec moi, bande d…

Le soldat fut brutalement interrompu : le talon de Rivaï (toujours assis contre la paroi) se posa tranquillement sur le front d'Auruo et le fit se recoucher doucement sur son brancard, implacable. Un éclair pourfendit le ciel à cet instant et étonnamment, les soldats trouvèrent que le vif éclat qui foudroya la tanière donna un air terrifiant à leur capitaine et Auruo se tassa un peu sur lui-même.

- Allons Auruo, déclara Rivaï de sa voix ordinaire, qui paraissait cependant étrangement sinistre et sans appel. Tu es blessé.

- C'est vrai, tu es même agonisant ! Capitaine, en plus des jambes brisées, il pourrait aussi simuler une plaie ouverte… Il se serait fait à moitié croqué, c'est réaliste !

- Je m'en charge ! Tu verras, Auruo, ce sera plus vrai que nature…

- Arrêtez ça ! brailla le concerné. Capitaine !

- En situation réelle, on aurait déjà dû prendre une décision, répliqua calmement Rivaï avec un air dangereusement pensif. Personne ne le saurait si on achevait le blessé. Ça abrègerait ses souffrances et accroîtrait nos chances de survie.

- Ça me fait peur quand on partage des élans de complicité, murmura Gunther à l'oreille de Petra tandis que William se ravissait de la proposition de leur supérieur et qu'Auruo se débattait pour se libérer des sangles le maintenant au brancard. Je me demande toujours s'il sérieux…

La jeune femme rit en donnant un petit coup de coude à son partenaire dubitatif tandis que dans la tanière putride, une sensation de chaleur se diffusait dans les cœurs épuisés et fermes. Les minutes passèrent. Les plaisanteries se firent plus traînantes, et l'ombre ne cessait de se densifier, la pluie de s'abattre, l'isolement de se faire ressentir. La fatigue reprenait le dessus, amollissant au fur et à mesure les voix, mais chacun s'efforçait de rester droit, alerte et enjoué.

- Reposez-vous, finit par ordonner Rivaï. En cas d'éclaircie nous repartirons. Je fais le guet.

Les soldats s'exécutèrent et, s'adossant à la paroi ruisselante, fermèrent les yeux afin d'essayer de récupérer un maximum d'énergie. Petra fit mine de les imiter mais à vrai dire, elle ne se sentait pas autant épuisée que ses coéquipiers. Un peu lasse de cette pluie, tout au plus. Tournant la tête, elle essaya de distinguer Rivaï dans l'obscurité croissante et le discerna juste à l'extérieur, s'assurant que le cheval était sauf. Il rentra, trempé jusqu'aux os, s'ébrouant en se tassant dans l'abri.

- Cet enfoiré…

Petra ignora si cela s'adressait à Erwin, à l'orage ou n'importe quel autre élément du grand Univers contrariant. Petra rentra et s'ébroua légèrement, avant de s'adosser près de l'entrée, dans la position d'alerte du soldat près à voir débarquer tous les Titans du monde.

Petra marqua une hésitation mais finit par s'approcher de lui, dos courbé à cause de l'étroitesse de la cavité, et s'assit à ses côtés.

- Ça va ? demanda ce dernier à son soldat sur son ton habituel.

- Ça va. J'aurais bien besoin d'une douche chaude et d'un bon savon mais au moins nous ne sommes pas réellement assaillis de Titans.

Rivaï émit un petit reniflement d'approbation. Un silence martelé par l'averse emplit la tanière. Le noir grise de la nuit faisait du monde un nid d'encre et de froid. S'ils n'étaient pas en simulation intra-muros, cette situation les rendrait fous. Rivaï tourna la tête vers Petra. Cette dernière ne sut quelle pensée traversait l'esprit opaque de son « supérieur », mais elle distingua un éclat étrange dans son regard, comme s'il la détaillait pour la première fois. Petra au visage ruisselant de pluie et de sueur, maculé de terre, de poussière et de débris de mousse charriés par le vent et la pluie, Petra aux cheveux emmêlés et poisseux, Petra aux yeux rieurs, au cœur ferme et aux épaules droites. Une Petra comme il la voyait chaque jour, mais comme elle lui apparaissait comme plus dure et plus tendre depuis les derniers mois durant lesquels ils s'étaient rapprochés. Petra le jour, et la nuit, et dans les bois et dans une cavité sale et dans un lit frais. Petra, rayonnante sans être belle, radieux soldat terré dans la boue de la tanière.

- Petra, que fais-tu ici ?

La question de Rivaï semblait échappée du fin fond de ses entrailles, comme une interrogation révélée sur l'instant, viscérale, apparaissant comme le plus dense mystère du monde à ses yeux.

- Eh ? s'étonna la jeune femme. Où ça, « ici » ?

- Là, dans cette cuve de parias boueux que sont les Bataillons ? Pourquoi t'es-tu engagée ?

- Je pourrais penser que cette question sous-entend que je n'ai pas ma place ici.

Rivaï ne prit pas la peine de relever cette remarque. Ce n'était strictement pas ce qu'il voulait dire et ils le savaient tous deux, alors il attendit patiemment la réponse de Petra. La jeune femme tourna la tête vers les soldats endormis, comme pour s'assurer qu'ils ne pouvaient entendre, mais elle ne répondit cependant pas immédiatement.

Elle s'installa plus confortablement et déclara évasivement :

- À vrai dire, c'est un petit peu vous qui m'avez convaincue sans le savoir de m'engager dans les Bataillons d'exploration

Cela fit hausser un sourcil à Rivaï.

- Oulà. Si on apprend que les jeunes filles du territoire se jettent dans la gueule des Titans à cause de moi, je vais me faire lyncher.

- Hé, ne prenez la grosse tête Capitaine ! plaisanta Petra. Je ne me suis pas engagée pour t… vous, fit-elle en épiant discrètement ses comparses endormis. Vous n'étiez pas encore soldat lorsque mon envie de faire de l'armée ma vie m'a collé à la peau. Cela va faire quatre ans que j'ai intégré les bataillons d'exploration, donc sept ans que je me suis engagée. Et à l'origine de ces années, c'est le pouvoir des explorateurs d'aller à l'extérieur qui m'a toujours exaltée. J'étais curieuse ! rit-elle. Mon père me le reproche encore. C'est cette curiosité qui m'a poussée à me faire enrôler. Et votre réputation, née pendant mes classes, m'a définitivement attirée dans les Bataillons. J'étais un peu stupide, à rêver de vouloir combattre aux côtés du plus puissant soldat de l'humanité ! C'était comme une utopie juvénile.

- Oh, vraiment. Et le rêve est-il à la hauteur de tes espérances ? demanda Rivaï avec un soupçon d'ironie.

Petra s'adossa à la paroi, les bras enroulés autour des genoux, et elle appuya son épaule contre celle de Rivaï.

- Il est pire que tout ce que j'aurais pu imaginer et pourtant… Comment dire... Hum, c'est fou comme les choses les plus époustouflantes et sublimes sont indissociables de spectacles abominables. C'est ce que je me dis quand je repense à ce que je fais, à ce que nous faisons. C'est tout.

Et cela suffisait à Rivaï, qui ne s'étonna pas d'être entièrement d'accord avec elle. La laideur et la puanteur de la mort dans la gueule des Titans, l'effroi des combats au milieu d'un monde resplendissant, illimité, aussi vaste que l'esprit humain pouvait se l'imaginer, et débordant de couleurs. S'il devait y avoir une unique définition de la beauté, pas un seul combattant des Bataillons ne pouvait se la représenter sans penser à ces territoires sauvages et purs qu'ils traversaient à grandes chevauchées.

- Si cette question sous-entendait « regrettes-tu ton choix ? » alors j'y répondrais pas un non catégorique, souffla Petra. Je ne peux pas imaginer ma vie autrement que dédiée à ce combat, à tes côtés.

Rivaï ne répondit pas, mais cela était égal à Petra, qui appuya davantage sa tête sur son épaule. Il ne la regardait pas, pour bien faire comprendre que le contexte n'était pas favorable au plus infime laisser-aller, mais il bougea cependant légèrement l'épaule afin de réajuster confortablement la tête de Petra appuyée contre lui. Cela amusa la jeune femme, qui ne quittait pas Rivaï des yeux. Bien qu'elle reste parfaitement professionnelle, l'heure était au repos (les trois gaillards assoupis honorant parfaitement le temps de récupération) et ayant parfaitement conscience de la situation, elle n'en avait pas moins l'envie de se retrouver un peu plus proche de Rivaï. C'est cette envie qui, telle une petite pulsion, fit entendre ces mots :

- Et vous ? Pourquoi êtes-vous là ?

La question avait été murmurée du bout des lèvres, consciente de son audace et des chances qu'elle avait d'être ignorée. Mais Petra était honnête, sincère, alors la réponse de Rivaï se devait de l'être.

- Parce que je n'avais rien d'autre.

Petra avait posé un pied sur la pente glissante de sa propre curiosité et commençait malencontreusement à la dévaler, mais face à la retenue (prévisible) de Rivaï elle dut refréner ses multiples questionnements. Un peu.

- On dit que c'est le Commandant Smith qui vous a… hum, « attiré » dans l'armée.

- Il est bien renseigné le On. Ouais, c'est Erwin qui m'a hissé jusqu'à ce noble statut. Qu'est-ce que tu veux savoir ?

- À vrai dire, je me pose constamment des tas de questions à votre sujet.

- Quel genre ?

- Oh, la plupart vous embarrasseraient bien trop et je crois que je mourrais de honte si j'osais en prononcer la moitié ! plaisanta la jeune femme en jetant un coup d'œil vers leurs compagnons somnolents.

Il y a quelques semaines encore, elle aurait bafouillé ces mots, le rouge aux joues, en se demandant où elle puisait cette soudaine spontanéité, ce naturel presque décomplexé que suscitait la présence franche de Rivaï, la mettait en confiance à ses côtés.

- Ah ? répondit ce dernier (et dans sa voix, Petra sut distinguer une sorte de sourire). Ces questions-là devront attendre un peu qu'on soit sortis d'un trou de rat, serrés à six en attendant qu'un putain de déluge prenne fin.

Petra en oubliait en effet presque leurs coéquipiers et elle leur lança un énième regard suspicieux. Cependant le ton complice dans la voix de Rivaï réchauffait ses oreilles. Elle reprit cependant à mi-voix :

- Je me demandais pour commencer de quelle manière vous et le Commandant vous étiez rencontrés.

- Hm. C'était… houleux.

- Vous lui accordez une telle confiance à présent.

- Il l'a gagnée, durement. Cette confiance, il a dû aller la chercher dans la boue, creuser la vase de ses mains, m'agripper de toutes ses forces malgré les coups pour que nous en arrivions là où nous en sommes. Et réciproquement.

- Les rumeurs disent que le Commandant vous aurait tiré d'une vie rude.

Rivaï renifla dédaigneusement et rétorqua en sifflant presque :

- Ce sont de vrais puits de merde, les rumeurs. L'ange blond venu sauver le miséreux, et bim ! un coup de foudre mystique nous unit et me voilà à lui dévouer ma vie ? J'ai déjà entendu ça à notre sujet. Il vaut peut-être mieux que cette image reste dans les esprits cela dit.

- Tu me raconteras, un jour ?

Soudain la voix de Petra était à la fois un chuchotement d'enfant et de femme, curieux et sincère, qui fit frémir l'oreille de Rivaï. Ce tutoiement, qui avait fini par fleurir naturellement sur ses lèvres lorsqu'ils étaient seuls, lui réchauffa l'intérieur du thorax. Lui raconter ? Sans doute. Peut-être. Certainement pas tout, mais si elle posait les questions, certaines réponses sauraient être apportées et dissiper un peu ce brouillard mystique qui entourait le passé de Rivaï aux yeux de Petra.

Elle rapprocha sa tête de celle de Rivaï et sourit en le sentant presser légèrement sa tempe à la sienne. Ils étaient en simulation et se devaient d'être autant aux abois qu'en situation réelle, mais le fait que les parages ne grouillent pas de Titans leur permettait cette timide entorse à la rigidité des sens aux aguets. Petra n'avait pas l'intention de se laisser aller à une démonstration trop ostentatoire de tendresse mais, presque inconsciemment, elle laissa sa main s'égarer sur la veste de Rivaï, la paume ouverte contre son cœur. Ces battements posés, lourds, qui faisaient pulser l'énergie par à-coups réguliers et sûrs avaient quelque chose d'infiniment rassurant.

Elle sentit soudain quelque chose de dur sous ses doigts sur le torse de Rivaï et levant vers lui un regard interrogateur, elle glissa une main curieuse dans la petite poche pectorale du blouson et en ressortit un petit objet rond : un petit caillou, roux et noir, lisse comme une perle. Ce caillou qu'elle lui avait offert lors de leur première chevauchée nocturne, secrète.

Ses yeux s'écarquillèrent à la vue de l'objet, qu'elle fixa longuement sans savoir quoi prononcer. Son propre cœur se déploya dans sa poitrine et la surprise de découvrir ce petit rien, gardé précieusement par le soldat, l'attendrissait muettement. Sans un mot Rivaï lui reprit doucement la petite pierre des mains et la rangea de nouveau dans sa poche, qu'il boucla.

- Je ne dirai à personne que le Capitaine a des élans de romantisme, plaisanta-t-elle à mi-voix.

- C'est une caillasse, ça n'a rien de romantique.

- Tu le gardes contre ton cœur.

- J'aurais pu le mettre dans la poche du pantalon, mais je sais pas si le conserver au niveau des burnes aurait le même effet émotionnel.

- Oh ! s'étouffa Petra en lui donnant un petit coup de coude. Eh, tu viens d'avouer que tu faisais exprès de le garder au cœur !

Pas de réponse. Juste un soupir, qui se voulait exaspéré. Raté, Petra commençait à le connaître un peu. Peu importait. Étrangement, ils étaient presque bien, presque. Savoir qu'il ne s'agissait que d'une mise en condition sans Titan ôtait évidemment un sacré poids, mais la chaleur des corps, blottis l'un contre l'autre, et cette discussion légère, les regards en coin, les contacts sages refoulaient l'engourdissement des jambes et les frissons de froid et d'humidité. Le temps s'écoulait avec la même monotonie hachée que les déversements de l'averse. Rivaï se surpris plusieurs fois à perdre la notion du temps dans ce silence assourdissant, et il dût se faire violence pour rester accroché.

- Oh.

Il tendit le cou soudain vers l'extérieur, remarquant que le rideau de pluie s'éclaircissait. Le ciel commençait à se nettoyer un peu. En cela la pluie était admirable : elle lavait l'espace à grande eau, les forêts, les chemins, déversait un tumulte de flotte pure et se retirait, laissant derrière elle un ciel limpide, une terre odorante verdoyante. Le ciel serait définitivement beau après cette averse.

- On repartira dans quarante minutes, déclara Rivaï. Repose-toi un p…

La tête de la jeune femme pesait contre lui et il constata que Petra s'était assoupie.

Il était bien content que ce ne soit là qu'une simulation (sans quoi cet instant de repos ne serait certainement pas marqué d'autant d'indolence) et, lâchant un petit « tch » machinal, il s'installa plus correctement afin que la tête de Petra repose confortablement sur son épaule.

Ils étaient sales à en mourir, ruisselants, puants, mais d'une certaine manière, dans cette immondice, les paroles de Petra prenait un éclat particulier.

. Les plus belles choses étaient parfois indissociables du détestable, il l'avait toujours su et en avait une conscience accrue depuis son enfance. Mais Petra somnolant contre lui redorait cet axiome transcendant. Dans cette tanière immonde, une minuscule pépite d'or scintillait doucement sous la pluie pour Rivaï.

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Yooooooooooooosh, et encore un ! YOOHOOOOOOOOOO ! 8D

Alors peu de moment d'intimité entre Rivaï et Petra mais j'avais aussi très envie de traiter un ptit peu de leur relation au sein de l'escouade, montrer que c'est pas parce qu'ils en sont où ils en sont que les autres comptent pas, et leur complicité est aussi née de celle préservée au sein de leur escouade, donc ce n'est pas inintéressant d' en parler je pense. Ça été plutôt « douillet » à écrire vu qu'il y a peu de prise de risque (il se passe pas graaand-chose niveau relation ^^'') et ça peut laisser sur la faim, mais le prochain ne va pas tarder, il devrait redonner du peps ! D

Ezana, tu y verras peut-être un clin d'œil )

Merci encore pour vos encouragements et à très viiiiiiiiiiiiiiiiiite !

Cha cha !