Désolée pour le retard de publication ! Raisons personnelles qui ont fait que je n'ai pas pu écrire pendant les deux dernières semaines, et la deuxième scène m'a posé quelques problèmes.

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Merlin se pétrifia, comprenant tout de suite de qui Kilgharrah voulait parler. Il n'y avait qu'une personne que le dragon considérait comme une amie, voire plus. Arthur les regarda tour à tour, cherchant à comprendre la situation.

- Aithusa, souffla Merlin, sous le choc.

Kilgharrah n'eut pas besoin de lui confirmer que c'était bien elle. Mais c'était une dragonne, même si elle était encore jeune. Comment pouvait-elle être en danger ?

- Qui est Aithusa ? demanda aussitôt Arthur.

Merlin cligna des yeux et tourna la tête vers lui, comme s'il sortait d'un rêve.

- La dragonne sortie de l'œuf caché dans la tombe d'Askhanar… commença-t-il, sachant très bien comment Arthur allait réagir.

- Mais tu m'avais dit que l'œuf avait été détruit !

- Je ne pouvais pas vous laisser mettre la main dessus, vous l'auriez détruit et la race des dragons aurait été éteinte pour toujours !

- Ce n'est pas ce qui nous préoccupe, les interrompit Kilgharrah.

Arthur et Merlin baissèrent tous deux le nez, s'accordant avec le dragon.

- Que se passe-t-il ? demanda Merlin.

- Elle m'a appelé peu de temps avant que tu m'appelles, jeune magicien. Elle est prisonnière.

Merlin sentit la colère cachée sous la déclaration de Kilgharrah, et ça l'inquiéta. S'il ne faisait rien, le dragon était capable de foncer libérer Aithusa en massacrant tout sur son passage. Quelque chose qu'il fallait éviter à tout prix. Même si la colère du dragon n'était en rien dirigée contre Camelot, il ne voulait pas le voir redevenir l'animal assoiffé de vengeance qu'il avait été.

- Et donc… vous attendez de nous qu'on aille la libérer ? dit Arthur, un peu incrédule.

Il comprenait pourquoi Kilgharrah avait voulu attendre que Merlin se réveille. C'était quelque chose qui affectait directement le Seigneur des Dragons. En revanche, ce qu'il ne comprenait pas, c'était pourquoi le dragon avait besoin d'eux. Il était évident qu'il voulait qu'ils la libèrent, mais pourquoi n'y allait-il pas lui-même ?

- Je suis un dragon, Arthur, répondit Kilgharrah, voyant très bien ce que le roi pensait. A défaut d'être dans un château, l'endroit où Aithusa est retenue est très bien gardé, en forêt. Je ne peux pas m'y aventurer. Seuls vous deux le pouvez.

Merlin n'hésita pas un instant. Comme l'avait dit le dragon, il était de son devoir d'aider Aithusa. Que la dragonne l'apprécie ou pas. Il l'avait fait éclore, il était lié à elle. Et malgré l'hostilité dont elle avait fait preuve lorsqu'ils s'étaient rencontrés, ils partageaient un lien. Pas aussi fort que celui qui le liait à Kilgharrah, mais un lien tout de même.

- Où est-elle ? demanda-t-il.

- Au-delà d'Escetia, dans un petit royaume.

- Au-delà d'Escetia ? répéta Arthur. Ça va nous prendre des jours d'arriver là-bas, sans parler de revenir !

« C'est pour ça que Kilgharrah m'a envoyé prévenir Gaius, fit remarquer Alator, amusé, même si Arthur ne pouvait pas l'entendre. »

« Envoyé ? Comment ça ? »

- Il a été prévenir Gaius de votre longue absence, répondit le dragon à voix haute. Pour ne pas perdre de temps.

Merlin ne prit pas la peine de reprocher au Grand Dragon d'avoir pris une décision qui les concernait seul.

- Et comment sommes-nous censés nous y prendre ? Vous l'avez dit vous-même, l'endroit est très bien gardé. Nous ne sommes que trois.

- Tu es un magicien, Merlin. Tu ne devrais pas avoir à poser ce genre de question. De plus, tu as Arthur à tes côtés, ainsi qu'Alator. A vous trois, vous êtes plus fort qu'aucun groupe d'hommes.

Le magicien soupira. Il s'attendait plus ou moins à ce genre de réponse. Ça n'en rendait pas la mission moins difficile. Ils pourraient être trois sorciers surpuissants qu'ils seraient toujours en sous-effectif flagrant.

- L'endroit où Aithusa est prisonnière, comment pouvons-nous le trouver ? demanda Arthur.

- Merlin le pourra, éluda Kilgharrah.

Le roi réfléchit. Les dragons étaient des créatures de la magie. Tous les êtres magiques avaient cette empreinte qui les caractérisait. Aithusa devait l'avoir aussi.

- Jeune magicien, n'hésite pas à m'appeler si le besoin s'en fait ressentir, dit Kilgharrah. Cependant, n'oublie pas que ma présence en ce monde est secrète, et que je ne peux pas aller dans les endroits trop étroits.

- Très bien. Ne vous inquiétez pas, nous ramènerons Aithusa.

- Oh, Merlin. Il y a une dernière chose que tu dois savoir : la sorcière est avec Aithusa.

Sur ces mots, il décolla et s'éleva rapidement très haut dans le ciel pour éviter de se faire repérer, laissant Merlin la bouche grande ouverte, et Arthur qui fixait l'endroit où il s'était tenu quelques instants plus tôt, totalement hébété. Alator, lui, les regarda tranquillement, toujours amusé. Il avait été à peu près aussi surpris qu'eux lorsqu'il l'avait appris, mais il s'était remis de son choc entretemps. Kilgharrah et lui en avaient parlé lorsqu'il était retourné chez Gaius. Il devait avouer que planter les deux amis là avec cette révélation n'était pas forcément la meilleure chose à faire.

- Merlin… commença Arthur d'un ton plein de soupçons. Qu'a-t-il voulu dire par « la sorcière » ?

Merlin plissa le nez. Ce qu'il allait dire ne risquait pas de plaire au roi.

- C'est sa façon de désigner Morgane… Aithusa passe apparemment beaucoup de temps avec elle, et elle a dû se faire capturer en même temps.

- Parce qu'en plus nous devons libérer Morgane, celle qui cherche à me tuer et qui a presque réussi à te tuer il y a quelques semaines ?! explosa Arthur.

- Arthur, calmez-vous. Ce n'est pas le meilleur endroit pour avoir cette conversation, on pourrait nous entendre. Nous ferions mieux de nous mettre en route, plus tôt nous partirons, plus tôt nous pourrons libérer Aithusa, raisonna Merlin.

- Très bien. Mais cette conversation n'est pas terminée, loin de là.

Le magicien soupira avant de hausser les sourcils. Quand Arthur voulait savoir quelque chose, il n'en démordait pas. Ils allèrent jusqu'aux chevaux pour se mettre en selle, et prirent la direction de la forêt d'Ascetir pour entrer dans Escetia.

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Après le départ d'Alator, Gaius s'installa dans son lit et réfléchit. Le message indiquait clairement qu'il devait couvrir Merlin et Arthur, mais comment ? Ils seraient absents pour plusieurs jours, peut-être même deux semaines. Quelle excuse conviendrait pour ce délai ?

Le médecin soupira. Il comprenait pourquoi ils avaient dû partir le plus vite possible, mais ils auraient au moins vu revenir pour mettre au point leur couverture. Il ne pouvait pas utiliser l'excuse de la chasse, c'était trop long. Et raconter la vérité n'était même pas envisageable.

A l'aube, on toqua à sa porte. C'était Gwen. La reine, en ne voyant pas son mari dans ses appartements, avait couru chez Gaius. Il l'avait toujours soutenue, et elle savait qu'elle pouvait compter sur lui.

- Gaius, Arthur a disparu ! cria-t-elle dès qu'elle le vit.

Le médecin leva la tête de son travail. Il s'était attendu à ce qu'elle vienne ici.

- Calmez-vous, Ma Dame, il est parti en mission sauvetage avec Merlin.

- En mission sauvetage pour sauver qui ? demanda-t-elle, folle d'inquiétude.

Elle savait par expérience qu'Arthur avait le don de se mettre dans les ennuis, tout comme Merlin. Ce soudain départ ne lui plaisait pas vraiment. Le roi aurait dû la mettre au courant avant de partir, pas par l'intermédiaire de Gaius.

Le médecin lui tendit le morceau de parchemin. Pour quelqu'un qui était au courant du secret de Merlin, il n'y avait rien de dangereux dedans. Elle le lut, et fronça les sourcils.

- Qui est Aithusa ?

- Une jeune dragonne que Merlin a fait éclore. Mais là n'est pas la question. Avez-vous une idée pour les couvrir ?

Gwen s'assit et se mit à réfléchir. Gaius espérait qu'elle trouverait une solution, parce qu'il n'avait rien trouvé depuis la veille au soir.

- Ils risquent d'être absents pendant deux semaines, précisa-t-il.

- Très bien. Il nous faut une affaire d'état, qui nécessitait qu'il parte sans rien dire et seulement avec Merlin, pour deux semaines, résuma Gwen. Une affaire qui concerne un autre royaume, éloigné de Camelot.

- Ça explique la durée du voyage, mais pas le reste.

- Il arrive qu'un roi fasse appel à un autre pour inspecter son royaume. On l'a déjà vu dans l'histoire. Une telle demande d'un roi allié important, et tout le reste est expliqué. Lord Goldwyn, par exemple. C'est un puissant allié et il était très lié à Uther, Arthur s'est vu dans l'obligation d'accepter, argumenta la reine avec un sourire.

- Mais il serait parti avec ses chevaliers, pas seulement avec son serviteur, contra Gaius.

Ils avaient besoin de tout mettre au point pour le moment où ils expliqueraient tout ça à la cour. Ces gens-là aimaient trouver la petite bête cachée dans les détails.

- Non, au contraire. Ce genre de mission se fait à effectif réduit. Moins nous sommes nombreux, moins nous avons de chances de nous faire repérer. Si Arthur avait emmené ses chevaliers, il y en aurait eu quatre en plus. Avec seulement Merlin, il peut jouer la carte de la discrétion sans soucis. C'est une excellente couverture ! s'exclama Gwen, ravie.

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Au fond de son puits, Morgane désespérait. Petit à petit, elle avait reconstitué ses forces et sa magie, mais l'effort qu'elle avait dû maintenir en parallèle pour garder le sort en place l'avait à nouveau affaiblie. Surtout la veille, quand son plan avait atteint son apogée.

Elle avait pu sentir, au fil des jours, le poison se répandre dans les veines de Merlin. Par petites doses qu'on ne pouvait pas remarquer à moins d'y faire très attention. Le coup fatal se profilait à l'horizon. Et elle avait souri, de voir le plus grand sorcier de tous les temps aussi aveugle à sa condition.

Un des meilleurs moments avait été quand Merlin s'était effondré pour la première fois. Le processus s'était accéléré brusquement, puisqu'il ne rencontrait plus rien pour s'opposer à lui.

Après, elle avait distinctement senti Merlin essayer de se soigner, et avait jubilé quand il avait constaté que ça ne fonctionnait pas. Il était trop faible pour ça. Morgane avait utilisé un sort qu'elle avait étudié pendant l'année où elle avait été loin de Camelot, qui provoquait une maladie extrêmement douloureuse, et qui ne pouvait pas être soignée par celui qui était atteint. Et à la fin, bien sûr, elle provoquait la mort.

La seule chance d'en réchapper était de trouver un sorcier plus puissant que le sorcier qui avait jeté le sort pour guérir le malade. Elle était sûre que Merlin n'en trouverait pas, parce qu'elle était une Grande Prêtresse de l'Ancienne Religion, personne à part Emrys n'égalait ses pouvoirs.

Elle avait ricané en sentant Merlin utiliser sa magie pour limiter tant bien que mal l'avancée du poison, sans grand succès. Une fois lancé, rien ne pouvait arrêter ce sort. C'était comme une boule de démolition qui détruisait tout sur son passage, en ne laissant derrière elle que des cendres et de la poussière.

Puis Merlin avait perdu connaissance une seconde fois, sous les effets du sort, permettant au mal qui le rongeait de reprendre sa progression à un rythme normal, voire même accéléré. Morgane l'avait senti se rapprocher du cœur, puis l'atteindre pour l'entourer de noirceur et l'empêcher de battre.

Sa victime avait vraiment été à deux doigts de mourir, mais d'un coup, une autre magie s'était superposée à la sienne, une magie bienveillante et guérisseuse. Elle avait chassé les ténèbres du sort et soigné Merlin. Morgane s'était agitée, furieuse. Qui osait se mettre en travers de sa route et contrarier ses plans ?

A côté d'elle, Aithusa s'était aussi agitée. La dragonne était beaucoup plus faible qu'elle, sa croissance se retrouvait ralentie à cause de l'étroitesse du puits. Ses écailles devenaient ternes et ses flancs se creusaient à cause du manque de nourriture. Si Morgane avait pu la réconforter, elle l'aurait fait. Mais, après une expérience tentée lorsqu'elle avait pleinement récupéré ses forces pour se libérer, elle avait découvert qu'elle ne pouvait utiliser aucune forme de magie. Elle avait essayé encore et encore depuis, mais en était venue à chaque fois à la même conclusion : quelque chose l'empêchait d'utiliser la magie. Peut-être les chaînes qui étaient enchantées.

Communiquer avec la dragonne était devenu impossible : pour entendre ses pensées, Morgane devait utiliser la magie. Elles étaient piégées ici, et à moins d'un miracle très peu probable, elles n'en sortiraient jamais. La jeune femme se désolait d'infliger cela à Aithusa. La dragonne ne se retrouvait dans cette situation que parce qu'elle était attachée à elle, et elle servait uniquement de moyen de pression. C'était injuste.

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Dans la journée, Merlin avait réfléchi pour se préparer au mieux aux questions d'Arthur. Il avait réfléchi à ce qui se passerait une fois qu'ils seraient là-bas. Comment délivrer Aithusa sans déclencher une guerre ? Et comment faire suffisamment confiance à Morgane pour la libérer ? Dès qu'elle serait libre, la sorcière comploterait à nouveau contre Camelot pour prendre le trône et tuer Arthur. Dans ces conditions, ils devaient planifier leurs actions au moins un minimum.

Merlin pensait surtout à ce qui arriverait après avoir délivré les deux amies. Il pouvait affronter Morgane en face-à-face, mais si Aithusa décidait de se battre avec lui aussi, ça diminuait considérablement ses chances de gagner. Il répugnait à l'idée d'utiliser ses pouvoirs de Seigneur des Dragons sur Aithusa. D'autant qu'il était à peu près entièrement sûr qu'Arthur refuserait de rester en arrière. Le magicien comprenait pourquoi il faisait ça. Ils étaient pareils, tous les deux, à courir droit vers le danger.

Y avait-il la moindre chance pour que, en voyant ce qu'ils faisaient pour elle, Morgane cesse de les harceler ? Pas revenir vers la lumière avec eux, ce serait trop soudain et ils ne lui feraient pas confiance. Mais peut-être qu'en constatant d'elle-même qu'ils ne souhaitaient pas la tuer à vue, elle déciderait de se retirer loin de Camelot. C'était un espoir fou, Merlin le savait. Mais il ne pouvait pas s'en empêcher.

Il y pensait encore lorsqu'Arthur et lui s'arrêtèrent pour camper, et qu'il s'occupa des chevaux pendant que le roi préparait le camp.

- Merlin, demanda Arthur tout en rassemblant du bois pour le feu, tu peux faire quelque chose pour que nous puissions dormir sans avoir à craindre d'attaque ? Ce serait bien de ne pas avoir à monter la garde.

Le magicien réfléchit un instant, repensant au sort qu'il avait installé chez Gaius avant de se faire enlever. C'était un sort qui le prévenait si une quelconque personne possédant des pouvoirs entrait, et il englobait tous les appartements du médecin. Il pouvait sûrement l'étendre aux personnes ne possédant pas de pouvoirs.

- Je pense que je peux, répondit-il. Mais il faudra faire un essai, histoire de ne pas nous faire surprendre.

Arthur acquiesça, et Merlin s'éloigna de quelques mètres. Il devait jeter le sort en cercle autour du camp, dans un rayon suffisamment large pour qu'il ait le temps de prévenir Arthur s'ils se faisaient attaquer. Une fois à la bonne distance, il répéta le sort dans sa tête avant de le jeter, et le modela de façon à prendre la forme voulue. Le roi le regarda faire, et sortit du périmètre du cercle lorsque Merlin se tourna vers lui. Il fit ensuite demi-tour et repassa devant Merlin, sur le cercle. Il vit le magicien se raidir puis sourire.

- Ça marche, dit-il. C'est comme une alarme qui sonne dans mon cerveau. Ça me réveillera à tous les coups.

« Je l'entends aussi, ajouta Alator. Si jamais tu as du mal à te réveiller, je pourrai t'aider. »

« Très drôle, plaisanta Merlin. »

Ils mirent à cuire les deux lapins qu'Arthur avait attrapé à la chasse et fixèrent le feu en silence. Le roi attendait clairement de pouvoir reprendre la conversation. Merlin décida de le devancer.

- Avant que vous ne disiez quoi que ce soit, commença-t-il, je n'en sais pas beaucoup plus que vous sur Morgane et Aithusa.

- Je veux quand même savoir ce que tu sais.

- La première fois que je les ai vues ensemble, c'est quand Morgane m'a fait enlever et que je me suis retrouvé à genoux devant elle. Aithusa était à côté, et elle me regardait avec une légère animosité.

- Mais c'est toi qui l'as fait naître, pourtant. Elle devrait d'être loyale.

- Vous avez encore beaucoup de choses à apprendre, Arthur Pendragon. Ce n'est pas parce que je suis un Seigneur des Dragons qu'Aithusa est forcée de me reconnaître comme son maître. Kilgharrah et moi avons mis longtemps avons de construire une relation digne de ce nom.

- Mais ça n'explique pas pourquoi nous devons aussi libérer Morgane, contra Arthur.

- Personne n'a dit que nous devions la libérer. C'est notre choix.

- Tu songes sérieusement à l'aider, n'est-ce-pas ? Je comprends pourquoi. Tu espères qu'en lui montrant de la clémence, elle ne cherchera plus à nous anéantir.

- Oui, acquiesça Merlin. Je sais que ça peut paraître insensé, mais c'est ce que je pense.

« N'oublie pas que les pires maux découlent des meilleures intentions, dit Alator. En aidant Morgane, tu courras peut-être à votre perte. »

« Nous pouvons au moins essayer. »

- Très bien. Je pense toujours que tu as tort, mais nous verrons sur place.

Arthur décrocha un des lapins et en tendit un tiers à Merlin, et un autre à Alator. Ils commencèrent à manger, le silence seulement interrompu par les craquements du feu.

- Il y a autre chose dont je veux parler, lança abruptement le roi. Juste avant d'appeler Kilgharrah, tu es certain de n'avoir rien dit ?

- Certain, confirma Merlin.

- Vraiment absolument sûr ?

- Puisque je vous le dis ! Pourquoi cette question ?

- J'aurais juré t'entendre dire « crétin »…

Merlin s'immobilisa. Il savait qu'il n'avait rien dit. Il délirait peut-être à moitié à cause de la maladie à ce moment-là, mais il aurait su s'il avait parlé.

« Tu as pensé « crétin », rappela soudain Alator. »

« Mais Arthur ne peut pas entendre mes pensées… si ? »

« Je n'en sais rien. Vous partagez un lien unique. »

- Merlin, de quoi parles-tu avec Alator ? C'est vexant de ne pas savoir, comme si vous partagiez un secret.

- Comment savez-vous que nous sommes en train de communiquer ? demanda Merlin, sur la défensive.

Non pas qu'il ait un secret à cacher à Arthur. Il n'avait plus besoin de lui cacher quoi que ce soit. Mais le roi avait dit cela d'une manière étrange.

- Ça se voit.

- Comment ça ?

- A chaque fois que tu parles avec Alator, tes yeux se voilent, comme si tu n'étais plus vraiment là. Je suppose que c'est ce qui arrive quand on communique par pensées.

- Ah. Oui. Bien… Quand vous avez entendu « crétin », hier soir, est-ce que mes yeux se sont voilés ?

Arthur fronça les sourcils, ne comprenant pas pourquoi Merlin lui posait cette question. Il se concentra néanmoins et tenta de se souvenir de l'instant précis où il avait entendu le magicien parler.

- Mmh… Je crois, oui. Pourquoi ?

- Alors c'est vrai, murmura Merlin.

« Arthur m'a vraiment entendu penser, ajouta-t-il. »

« Il faut croire que oui. »

- Qu'est-ce qui est vrai ? demanda Arthur, perplexe.

- Vous avez dit vous-même que ça n'arrive que quand je communique par pensées.

Arthur s'immobilisa et redressa la tête. Il voyait où Merlin voulait en venir. C'était à la fois évident et impossible. Evident, parce que c'était la seule explication possible. Impossible, parce que seuls quelques sorciers pouvaient faire ça. Il n'était même pas un sorcier.

- Tu veux dire… que je t'ai entendu penser ? souffla-t-il.