Merlin dormit toute la journée et toute la nuit pour reprendre des forces, avec Arthur qui ne le quitta pas un instant des yeux, à part pour dormir lui-même. Kilgharrah ne se leva que lorsqu'il se réveilla, et même ainsi, il ne s'écarta pas, trop méfiant.

Avant de se lever, le magicien réfléchit à quelque chose qui l'avait interpellé la veille. Suivant ce qu'Arthur lui avait dit, et ce que le roi lui-même faisait, il était maintenant capable de voir quand quelqu'un utilisait la télépathie. Il n'avait jamais vu Morgane le faire, alors qu'Aithusa s'exprimait uniquement comme ça pour l'instant. Si la dragonne pouvait faire en sorte que Morgane entende ses pensées, alors la jeune femme devait obligatoirement pouvoir le faire aussi.

- Morgane, dit-il en se levant tranquillement, est-ce que tu sais comment communiquer par pensées ?

Morgane fronça les sourcils, se demandant pourquoi il lui posait cette question. Il semblait simplement curieux, mais elle savait d'expérience qu'il ne fallait jamais se fier aux apparences. Une personne sincère pouvait s'avérer être le pire des ingrats.

- Non, répondit-elle, méfiante.

Merlin hocha la tête pour lui-même. Il s'en doutait. Apparemment, Morgause s'était contentée d'apprendre le stricte nécessaire à sa sœur pendant l'année où elle avait été loin de Camelot, sans se soucier d'exploiter un peu plus le potentiel de Morgane.

- Je peux t'apprendre, proposa-t-il.

Aussitôt, Morgane se raidit. Une proposition pareille ressemblait au Merlin qu'elle avait connu avant qu'il l'empoisonne, et elle ne faisait plus du tout confiance à ce Merlin-là. Il l'avait trompée et rejetée, lui offrant ce qu'elle avait pris pour de l'amitié pour mieux la trahir ensuite.

- Pourquoi ferais-tu cela ? demanda-t-elle.

« Pour qu'en cas de danger, tu puisses parler à Aithusa sans te faire repérer, répondit-il directement par la pensée, un sourire sur les lèvres. »

Il vit Morgane froncer les sourcils et sut qu'elle l'avait entendu, lui confirmant ainsi qu'elle était capable de le faire. Ce n'était guère étonnant, une Grande Prêtresse était dotée de nombreux pouvoirs, il était naturel que celui de la télépathie en fasse partie.

« Tu peux lui faire confiance, dit Aithusa en poussant son amie du bout du museau. Au moins pour cette fois. »

Elle ne prenait même pas la peine de cacher ce qu'elle disait à Merlin. Il était un Seigneur des Dragons, ils étaient de la même famille. D'un accord tacite, elle taisait également le fait qu'elle avait connaissance du lien qui unissait Merlin à Arthur, comprenant leur envie de le garder secret.

- Et qu'est-ce que tu veux, en échange ? demanda à nouveau Morgane.

- Rien du tout. Je veux simplement t'aider. Te montrer une nouvelle facette de la magie, une qui est enfouie en toi depuis longtemps et qui n'a jamais eu l'occasion de se montrer. Laisse-moi au moins essayer.

Tout en parlant, il s'était avancé vers elle jusqu'à être juste devant elle, et la regarda droit dans les yeux. Morgane soutint son regard un moment avant de détourner la tête.

- Très bien, accepta-t-elle. Fais ce que tu veux.

Merlin soupira de soulagement et s'assit sur le sol de la caverne, invitant Morgane à faire de même. Elle obéit et ferma les yeux pour se concentrer.

« Arthur, restez en dehors de ça, demanda le magicien avant de commencer. Sinon, elle saura ce que nous pouvons faire. »

Arthur acquiesça à contrecœur et s'éloigna jusqu'à l'entrée de la caverne pour éviter la tentation. Il s'assit et contempla le paysage, gravant chaque détail dans sa tête pour s'occuper l'esprit.

Sachant parfaitement ce qu'il faisait, Merlin sourit légèrement et plongea complètement en lui-même. Si Morgane l'entendait penser au lieu de parler, ce serait plus simple pour elle.

« Je sais que tu m'entends, commença-t-il. Imagine que nous sommes dans une conversation normale, et imagine-toi en train de me répondre. Ça ne devrait pas être difficile, puisque tu es une Grande Prêtresse. La magie coule librement en toi et ne demande qu'à sortir. Laisse-la faire. Laisse ta puissance s'exprimer. »

Morgane inspira un bon coup et relâcha le contrôle qu'elle exerçait sur sa magie. Sous ses paupières fermées, ses yeux se dorèrent, et elle procéda de la même façon que lorsqu'ils avaient guéri Aithusa, sans partenaire cette fois. La magie l'entoura, comme un cocon familier et accueillant.

Merlin écarquilla les yeux en voyant le phénomène, capable de sentir la puissance de la jeune femme dans son intégralité, un peu impressionné. Il n'avait jamais fait ça lui-même, de peur de détruire son environnement à cause de sa puissance, mais Morgane ne l'égalait pas. Et ils étaient dans une caverne capable d'abriter un dragon, les risques étaient minimes. Il continua quand même à contrôler sa magie, ne voulant pas démolir l'antre de Kilgharrah.

Lorsqu'elle se sentit prête, Morgane fit ce que Merlin lui avait dit et imagina qu'elle lui parlait.

« Tu es un puissant magicien, pensa-t-elle, ne trouvant rien d'autre à dire. »

« Je suis Emrys, répondit-il simplement pour lui prouver qu'il l'avait entendue. »

« Alors ça marche vraiment ! s'exclama-t-elle en souriant, décidant de ne pas mentionner la prophétie. »

« Aithusa aurait pu t'apprendre, fit remarquer Merlin. »

« Les dragons ne peuvent pas enseigner aux humains quelque chose qu'ils font instinctivement ! protesta l'intéressée en s'approchant pour s'asseoir à côté d'eux. »

« Aithusa, ça ne se fait pas d'écouter les conversations des autres ! protesta Morgane, à moitié sérieuse, heureuse d'avoir trouvé ce nouveau moyen de communication avec la dragonne. »

« Vous n'aviez qu'à dissimuler votre échange, répliqua Aithusa. Tout le monde peut l'entendre ! Enfin, tous ceux qui sont capables d'utiliser la télépathie, se reprit-elle. »

« La discrétion n'est pas une option avec autant de pratiquants de la magie dans les environs, intervint à son tour Alator, surprenant Morgane qui avait pensé jusque là qu'il n'était qu'un loup ordinaire. »

« Qui est-ce ? demanda-t-elle à Merlin. »

« Je suis sûr que vous avez une idée, dit Alator d'un ton de reproches – après tout, elle l'avait torturé et obligé à quitter son corps pour le voir détruit. Je suis Alator le Catha. »

Sur le coup de la surprise, Morgane rouvrit les yeux et se leva brusquement, totalement interloquée. Elle était persuadée que le Catha était mort, et que le loup qui avait aidé à sauver Merlin avait été pris d'une sorte de lubie qui l'avait poussé à rester auprès du magicien après. Ou que la magie de Merlin l'attirait, ou que Merlin l'avait ensorcelé. Mais certainement pas à ce que ça soit Alator.

- Mais comment… demanda-t-elle à haute voix, toute concentration oubliée.

- Secret, répondit Merlin en se levant à son tour.

« Morgane sait qu'Alator est… eh bien est Alator, ajouta-t-il mentalement pour Arthur une fois qu'il fut certain que Morgane ne risquait plus de l'entendre. »

Arthur, qui avait de plus en plus de mal à rester en dehors de la conversation, sauta sur ses pieds et revint vers eux. Il avait failli céder à la tentation et s'immiscer dans l'échange qui avait visiblement eu lieu, seul le savoir que Morgane ne devait pas découvrir leur lien l'en empêchant.

- Mais ce que tu lui as fait pour me trouver reste horrible, reprit Merlin.

« Merlin… Je me suis habitué à ma condition de loup, se plaignit Alator. »

« Elle doit prendre conscience de ce qu'elle a fait, répliqua le magicien. C'est le seul moyen. »

« Et tu espères faire quoi ? demanda Arthur. Lui faire comprendre qu'elle a mal agi et qu'elle a une chance de changer les choses ? »

« Exactement. »

- C'était pour trouver Emrys, se défendit Morgane.

- Et est-ce qu'Emrys méritait la mort d'un homme ? La mort de quelqu'un qui a été ton allié par le passé ? Quelqu'un qui a refusé de t'aider simplement parce qu'il a foi en les prophéties. Emrys et le Roi Présent et à Venir sont ceux qui doivent restaurer la magie dans les terres, Morgane, pas toi. Alator ne méritait pas ce que tu lui as fait subir.

- C'était le seul qui pouvait me mener à toi !

Sur le point de répliquer, Merlin se tut et s'éloigna, comprenant qu'il n'obtiendrait rien de plus pour l'instant. Avec un peu de chance, une fois qu'ils seraient séparés, Morgane réfléchirait à ce qu'il venait de lui dire et réaliserait. Pour le moment, ils avaient un autre problème sur les bras…

- Où comptez-vous aller ? demanda-t-il à Morgane et Aithusa.

Morgane sursauta, surprise par le changement de sujet. Elle s'était attendue à ce qu'il pousse son idée jusqu'à la faire craquer.

- Je ne sais pas, avoua-t-elle.

- Où étiez-vous avant tout ça ? interrogea Arthur.

- Au château d'Aldor.

- Alors pourquoi ne pas y retourner ? continua le roi.

- Tous les Southrons sont là-bas, et ils ne partiront pas. C'est un château triste et lugubre, répondit Morgane dans un souffle.

L'atmosphère qui régnait au château ne la gênait pas avant, pas plus que la horde de Southrons qui s'y était établie. Mais après avoir passé tant de temps enfermée dans un puits, ça lui paraissait insupportable. Et elle était certaine qu'Aithusa ne voulait pas y retourner non plus.

- Il y a toujours la hutte dans laquelle j'ai vécu pendant un an, réfléchit-elle à voix haute. Mais je ne suis pas en sécurité là-bas, et Aithusa non plus.

- Vous pourriez l'être, réalisa Merlin en relevant la tête.

- Comment ça ?

- Je connais un sort qui peut prévenir de toute intrusion. Il pourrait te permettre de savoir si quelqu'un approche, si tu le places à une distance raisonnable.

- Et pour Aithusa ?

- Il suffit de démolir un pan de la maison pour qu'elle puisse entrer, au moins tant qu'elle ne grandit pas trop, dit Arthur.

- Et ainsi vous saurez toujours où nous sommes, et vous pourrez envoyer une armée pour nous anéantir, cracha Morgane.

Arthur soupira. Il avait l'impression qu'à chaque fois qu'ils faisaient un pas en avant, Morgane se rétractait et redevenait aussitôt sur la défensive. Elle avait pourtant déjà eu la preuve qu'ils ne cherchaient pas à lui faire un coup bas.

- Tu verrais l'armée arriver, commença-t-il. Et ainsi, si toi ou Aithusa avez besoin d'aide, nous ne perdrons pas de temps à vous chercher.

« Morgane… intervint Aithusa. Tu peux les croire. Ils ne te veulent pas de mal. »

- Et c'est à la frontière de Camelot, continua Arthur. Les patrouilles ne dépassent pas les frontières, tu n'as pas à craindre que des chevaliers de Camelot te trouvent.

De toute façon, ils ne l'ont jamais trouvée quand elle y vivait la première fois, pensa-t-il pour lui-même. Pourquoi cette fois serait-elle différente ?

- Très bien. Mais si je vois un seul soldat de Camelot, menaça-t-elle, vous entendrez parler de moi.

Merlin sourit, amusé. Il ne doutait pas qu'elle mettrait sa menace à exécution s'ils lui en donnaient l'occasion. Mais comme l'avait dit Arthur, personne ne s'aventurait là-bas, en tout cas pas quelqu'un de Camelot. C'était à plus d'un jour de Camelot à cheval, deux à pied. Les gens n'allaient pas aussi loin pour se promener.

oOoOo

Une fois que la nuit fut tombée, ils s'installèrent tous sur Kilgharrah qui s'envola en direction de la hutte de Morgane, située sur la frontière entre Camelot et le royaume de Loth. Aithusa vola à ses côtés, profitant de ses ailes qui s'étaient développées. Elle était encore trop jeune pour accueillir quelqu'un, mais elle serait assez forte dans quelques mois.

Le dragon se posa en abattant quelques arbres, sans se soucier des empruntes qu'il laissait. Ils n'avaient vu aucune clairière proche. Il s'allongea pour permettre à tout le monde de descendre, et une fois en bas, Merlin et Morgane conjurèrent des boules de lumière pour voir dans la nuit.

Lorsqu'ils arrivèrent, ils virent la maison dans le même état que Morgane l'y avait laissée, avant de conquérir Camelot pour la seconde fois. La porte s'ouvrit en grinçant, et Morgane alluma un feu dans la cheminée. Merlin frissonna légèrement en se souvenant du fomorroh qu'elle lui avait implanté, et revit l'endroit exact où il avait été attaché.

Arthur alla chercher du bois pour garder le feu allumé pendant que Merlin s'éloignait avec Morgane pour installer le sort. Il le lui montra et elle le jeta, demandant ensuite à Aithusa de passer plusieurs fois pour que Morgane s'habitue à son contact.

Ils revinrent à la maison et Morgane se plaça en face d'elle, incantant pour démolir la façade. Merlin creusa ensuite une partie de la roche contre laquelle la hutte était installée et recouvrit le sol de plancher. Ainsi, Morgane et Aithusa auraient un endroit pour dormir qui serait protégé du vent.

Ils nettoyèrent les débris de la façade et déplacèrent les meubles de façon à ce que la dragonne puisse passer sans avoir à se contorsionner. Lorsque Morgane fut satisfaite de l'agencement de la maison, ils ressortirent et restèrent un moment à l'air frais.

« Aithusa, demanda alors Merlin uniquement à la dragonne, fais attention à toi. Et n'hésite pas à m'appeler et à venir me voir aussi souvent que tu le voudras. Il y a une clairière à une heure de marche de Camelot, je peux y aller quand je veux et toi aussi. »

« Merci pour ce que tu as fait pour nous, Merlin, répondit solennellement Aithusa. Je ne l'oublierai jamais. Tu es digne d'être un Seigneur des Dragons. »

« Merci. »

Merlin sourit avant de s'approcher de Morgane.

- N'hésite pas à m'appeler si tu as besoin de quoi que ce soit, dit-il. Tu sais comment faire maintenant.

- Et n'oublie pas : nous ne sommes pas tes ennemis, ajouta Arthur. Ne laisse pas la noirceur t'envahir à nouveau.

Il posa une main sur l'épaule de sa sœur avant de se détourner et de se diriger vers l'endroit où Kilgharrah les attendait. Morgane se tourna et entra dans sa maison, suivie d'Aithusa. Elle avait à nouveau un chez-elle, un endroit accueillant et familier. Bien sûr, ce lieu aussi était rempli de noirceur, mais avec la chaleur que lui prodiguait son amie, elle aurait tôt fait de disparaître.

Elle ôta le matelas du lit et l'installa à-même le sol avant de s'y coucher, pour qu'Aithusa puisse s'installer tout contre elle. Elles avaient passé plusieurs semaines enfermées ensemble, et elle ne s'imaginait pas dormir sans la chaleur réconfortante de la dragonne. Ce soir-là, elle dormit mieux que depuis un long moment, l'esprit tranquille.

oOoOo

Kilgharrah vola tranquillement jusqu'à la clairière proche de Camelot et se posa tout aussi tranquillement, pas pressé. Ils ne pourraient pas rentrer dans le château avant l'aube, et ils avaient encore plusieurs heures devant eux. Les chevaux ne s'enfuirent pas à la vue du dragon, toujours sous l'effet du sort qui les faisait rester ici. Ils hennirent en voyant leurs maîtres s'approcher d'eux, et Arthur contempla un instant l'herbe de la clairière, qui avait été visiblement tondue par les deux animaux.

- Il y en a au moins deux qui ont pris du bon temps, commenta-t-il, amusé.

Merlin rit en flattant lui-même son cheval, et fut interrompu par une bourrasque de vent.

- Je dois m'en aller, jeune magicien, dit Kilgharrah en déployant ses ailes. Au revoir.

Sans attendre une réponse, il s'envola et disparut dans le ciel obscur pour retourner à sa caverne.

- Tu crois que Morgane va vraiment cesser d'attaquer Camelot ? demanda soudain Arthur au bout de quelques minutes.

- En tout cas, je l'espère, répondit Merlin. Je suis sûr qu'elle va réfléchir à ce qui vient de se passer.

Le lendemain, ils rentrèrent au château et furent accueilli par tous leurs amis ainsi que les hommes du conseil, curieux d'entendre leur histoire. Ils soupirèrent tous les deux et regrettèrent un instant le calme de la caverne de Kilgharrah, mais le devoir les appelait.

oOoOo

- Il était accompagné d'un sorcier. Un sorcier puissant.

L'homme bougea et se rapprocha du centre de la salle, où un autre homme se trouvait, en face d'un troisième qui était assis sur son trône.

- Le serviteur du roi, dit l'un d'eux. C'est le seul qui puisse être avec lui. Il n'est pas une menace.

- Nous nous chargerons de lui, dit le troisième avec une forme d'autorité. Il nous aidera à faire ce que nous voulons.

- Le roi sait qu'il a des pouvoirs, continua le premier homme, qui portait une capuche. Cela risque d'être plus difficile que vous ne le pensez.

- Mettriez-vous en doute mes capacités ? tonna le troisième en se levant brusquement de son siège.

- Non, Sire. Jamais.

- Nous le briserons jusqu'à ce qu'il ignore qui il est lui-même. Alors, il nous servira, comme la sorcière qui nous a échappé à cause de votre incompétence nous aurait servi.

- Et Camelot sera à nous, susurra le deuxième homme. Alors nous obtiendrons notre vengeance.

Morgane s'éveilla en sursaut, le cœur battant. Elle n'avait pas eu de cauchemars depuis plus d'un mois. Celui-ci lui laissait des sueurs froides dans le dos. Les voix des hommes avaient semblé tellement menaçantes et réelles…

« Morgane, tout va bien, dit Aithusa à ses côtés. Rendors-toi. Ce n'était qu'un rêve. »

« Un rêve trop réel… »

« Tu t'en inquièteras demain. Il faut dormir. »

Morgane acquiesça et se recoucha, encore tremblante. Le bracelet que sa sœur lui avait donné aurait dû bloquer ce rêve. Morgause lui avait dit que certaines prémonitions étaient trop puissantes pour que le bracelet les repousse.

Se retournant, Morgane espéra de tout cœur que son rêve n'avait rien à voir avec une prémonition. Sinon…

oOoOo

Alors, des idées sur les identités des trois hommes ?