Gilli repartit le lendemain matin, sentant qu'il n'avait plus aucune raison de rester ici, à part passer du temps avec Merlin. Et Merlin lui avait dit qu'il allait devoir partir dans la nuit, même s'il ne lui avait pas dit pourquoi. En revanche, il avait pu comprendre que c'était quelque chose d'important que le magicien devait accomplir à tout prix.
Il avait salué Arthur – qui serait-il pour ne pas prévenir le roi de son départ – et Gaius, qui l'avait gentiment accueilli et nourri sans rien demander en retour, et Merlin l'avait accompagné jusqu'aux portes de Camelot. Là, ils se dirent au revoir et Merlin lui demanda d'être prudent et de lui donner de ses nouvelles régulièrement.
Merlin repartit ensuite dans la citadelle et soupira un bon coup. Il avait un Arthur à convaincre de le laisser s'absenter pendant deux jours. Il le ferait probablement de toute façon même si le roi refusait, mais il préférait avoir son autorisation.
Il entra sans frapper, sachant qu'Arthur serait dans ses appartements, en train de s'occuper de ses papiers. Entendant du bruit, Arthur leva la tête et retourna aussitôt à son travail quand il vit de qui il s'agissait.
- Tu mijotes quelque chose, n'est-ce-pas ? demanda-t-il sans lever les yeux.
Merlin ouvrit la bouche pour lui demander comment il savait, avant de la refermer lorsque la réponse s'imposa à lui : le lien. Eh bien, peut-être que ce n'était pas une mauvaise chose qu'Arthur soit déjà préparé.
- Pas exactement, répondit-il en s'asseyant sur une chaise. J'ai besoin de votre autorisation.
- Et depuis quand demandes-tu l'autorisation avant de faire quelque chose ? dit Arthur en fronçant les sourcils et en levant la tête, intrigué.
- Depuis que ça implique de quitter Camelot pendant deux jours.
- Pour aller où ? soupira le roi, résigné.
Il savait aussi bien que Merlin que le magicien ferait ce qu'il avait à faire même s'il était contre.
- Gilli n'est pas le seul que je doive remercier, dit Merlin, le regard dans le vague. Ishlar m'a également aidé.
Arthur s'immobilisa. Il aurait dû s'en douter. Son entrevue avec Gilli avait visiblement rappelé à Merlin que le druide était toujours quelque part dehors. Pour être honnête, il l'avait lui aussi oublié.
- Je viens avec toi, lança-t-il sans réfléchir en se levant.
Il était hors de question qu'il laisse Merlin s'aventurer seul dans la nature, aussi loin de Camelot. Ils étaient déjà dans les terres d'Odin lorsqu'Ishlar était venu à eux, c'était trop dangereux.
- Vous ne pouvez pas, contra lentement Merlin.
Il s'était attendu à cette réaction, et se prépara à un long débat. Au bout duquel il sortirait vainqueur, avec un peu de chance.
- Et pourquoi ça ? riposta Arthur.
- Vous êtes le roi, Arthur, vous ne pouvez pas quitter Camelot comme bon vous semble.
- Je l'ai déjà fait, rappela le roi.
- Justement, souligna Merlin. Et c'étaient des urgences : venir me sauver, et me sauver une deuxième fois. Vous ne pouvez pas agir ainsi une troisième fois, il n'y a rien d'urgent dans ce que je dois faire.
- Comme tu le dis si bien, Merlin, je suis le roi. Je fais ce que je veux.
- Les conseillers ne seront pas de cet avis, dit Merlin en souriant.
- Au diable les conseillers !
- Et qu'est-ce que vous leur raconterez, cette fois ? Gwen a eu une bonne idée, avec cette histoire d'inspection de royaume, mais il suffirait d'un seul geste pour que notre couverture tombe, et vous le savez très bien. Si vous commencez à agir bizarrement à nouveau, l'un d'entre eux pourrait décider de vérifier notre histoire. Que ferez-vous, alors ?
Arthur resta silencieux, reconnaissant que Merlin marquait un point. Ça lui donnait envie de crier. Stupides conseillers, stupides apparences, stupide enlèvement. Stupides Southrons, se corrigea-t-il intérieurement, pas stupide enlèvement. L'enlèvement n'avait rien de stupide, au contraire. Les Southrons, en revanche, avaient de quoi être blâmés.
Il se rassura en se disant que Merlin pourrait lui donner de ses nouvelles régulièrement grâce au lien, à moins qu'il ne fonctionne pas avec la distance. C'était quelque chose à essayer. Mais Arthur espérait de tout cœur qu'il pourrait garder contact avec le magicien, peu importe le nombre de lieues qui les séparait. Et puis, Merlin ne partait que deux jours, il reviendrait vite, et… Deux jours ?
- Deux jours ? répéta-t-il à voix haute. Alors qu'il en a fallu trois pour atteindre Ishlar, et que tu ne sais même pas où il est ?
Merlin sourit. Il attendait qu'Arthur lui pose cette question. Il avait presque pu voir ce à quoi Arthur pensait, sans avoir besoin d'utiliser le lien.
- Aithusa a proposé de m'accompagner pour me permettre d'aller plus vite, répondit-il.
- Mais tu ne sais toujours pas où il est.
- Elle pense que si je m'approche de l'endroit où je l'ai vu, je pourrai sentir son empreinte et remonter jusqu'à lui.
- Est-ce que c'est possible, au moins ?
Le magicien haussa les épaules. Il s'était posé la question aussi, mais si Aithusa disait qu'il pouvait le faire, alors il la croyait. Elle était une dragonne, née de la magie. Elle connaissait plus de choses que lui.
- Prends au moins Alator avec toi, demanda Arthur.
- Arthur, je serai avec une dragonne. Elle est capable de se protéger, de me protéger, d'autant que je suis un Seigneur des Dragons, et si jamais quelqu'un la voit, elle les effrayera aussitôt, peu importe sa taille.
Arthur soupira. Il ne pouvait rien faire pour convaincre Merlin d'emmener quelqu'un avec lui pour le protéger. Même s'il avait raison, les dragons étaient effrayants et protecteurs envers ceux à qui ils tenaient.
- La petite taille d'Aithusa me permettra d'aller plus vite pour trouver l'endroit où j'ai vu Ishlar, dit Merlin, anticipant la prochaine question d'Arthur. Et comme elle l'a dit elle-même, elle est moins facilement repérable que Kilgharrah.
- Et Morgane, elle est d'accord ?
- Aithusa doit être en train de lui parler en ce moment même.
- Très bien, Merlin, fais ce que tu veux, soupira Arthur en se rasseyant. Je suppose que tu pars ce soir ?
- Oui, je serai absent demain et je reviens après-demain, normalement.
Ils retournèrent tous les deux à leurs occupations, aucun des deux ne parlant du départ de Merlin jusqu'au soir, quand le magicien vint préparer le lit d'Arthur.
- Sois prudent, recommanda le roi. Si tu ne reviens pas entier, je te tue.
- Comme toujours, Sire, répondit Merlin, le sourire aux lèvres.
Arthur roula des yeux et secoua la tête avant de regarder son ami sortir, un peu inquiet.
oOoOo
Aithusa volait haut dans le ciel, Morgane sur son dos. La jeune femme adorait les joies du vol depuis qu'Aithusa les lui avait fait découvrir. Elles parcouraient le monde et passaient au-dessus des cinq royaumes, libres et sereines. La dragonne en profita pour parler à Morgane de son absence imminente.
« Tu es vraiment obligée d'y aller ? demanda Morgane. »
« Pour aider Merlin à trouver ce druide, oui. »
« C'est de la déloyauté. Tu veux lui permettre de remercier quelqu'un qui a aidé à faire échouer mon plan. »
« Ma loyauté va à Merlin, grogna Aithusa, autant qu'elle va à toi. Et sans ce druide, nous serions certainement encore prisonnières du Sarrum, parce qu'Arthur n'aurait jamais découvert la vérité sur son serviteur. »
Morgane baissa la tête, honteuse. La dragonne avait raison.
« De plus, ajouta Aithusa d'une voix plus douce, il n'a rien fait pour contrecarrer tes plans, il n'est pas intervenu dans ce qui s'est passé dans la clairière. »
« Je suis désolée. Est-ce que je peux venir avec vous ? »
« Non. Je ne suis pas encore tout à fait assez forte pour supporter deux passagers, et les druides ne t'accueilleront pas amicalement. Ce serait même tout le contraire : tu as failli tuer Emrys, leur Seigneur. Et même si tu as commencé à changer, eux ne le savent probablement pas encore. »
« Ça ne me plaît pas… se plaignit Morgane. »
Aithusa s'éleva haut dans les airs avant de répondre, au-dessus des nuages, puis s'arrêta et tourna la tête vers Morgane pour regarder son amie dans les yeux.
« Ça ne durera que deux jours, et tu pourras toujours communiquer avec moi grâce à ta puissance, répondit-elle gentiment. »
« De toute façon, je n'ai pas vraiment le choix, n'est-ce-pas ? dit la jeune femme en souriant légèrement. »
« Pas vraiment, confirma Aithusa. Mais je préfère que tu sois d'accord, plutôt que devoir partir et te décevoir. »
« Je te fais confiance, Aithusa. Tu n'as pas besoin de mon autorisation pour y aller, mais je te la donne tout de même. »
« Merci, Morgane, dit la dragonne en grognant de satisfaction. »
Elle tourna ensuite la tête pour regarder à nouveau devant elle et s'éleva encore plus, avant de stopper et de se renverser sur elle-même, plongeant à la verticale vers les nuages et s'arrêtant avant d'arriver trop bas. Elle fit demi-tour et se dirigea vers la frontière pour rentrer à la maison de Morgane pour s'y reposer et manger.
oOoOo
Merlin rejoignit Aithusa aux environs de minuit, éclairant son passage grâce à sa boule de lumière. L'éclairage bleu clair se refléta sur les écailles blanches de la dragonne, lui donnant un air fantomatique, faisant sourire Merlin.
« Tu n'as pas eu trop de mal à convaincre Morgane ? demanda-t-il, curieux. »
« Elle sait être raisonnable, répondit Aithusa en se tournant vers lui. Et Arthur ? »
« Aucun problème. »
Il préféra ne pas mentionner la réticence d'Arthur à le laisser partir seul, et laissa son orbe s'éteindre avant de s'avancer vers la dragonne pour grimper sur sa patte et s'installer sur ses épaules.
« Si Aithusa revient blessée, Merlin, je te jure que je te tue, Emrys ou pas. »
Merlin sourit et haussa les épaules, pas du tout inquiet. C'était la deuxième fois en une journée que quelqu'un lui faisait cette promesse, et il n'avait pas l'intention de la voir mise à exécution.
« Elle reviendra aussi intacte qu'avant, ne t'inquiète pas, Morgane, assura-t-il. »
Aithusa s'envola et prit la direction générale du royaume d'Odin, Merlin attendant d'arriver là-bas pour lui donner un endroit plus précis.
oOoOo
Lorsqu'ils arrivèrent à la frontière, après quatre heures de vol, Merlin ferma les yeux, se concentra pour revivre son expérience et laissa les souvenirs le submerger et submerger Aithusa. La dragonne scruta le sol en frôlant la cime des arbres pour trouver quelque chose qui ressemblait à ce que Merlin lui transmettait, restant juste au-dessus du chemin que les chevaux avaient emprunté.
Au bout d'une heure, et au troisième aller-retour entre la clairière où s'était déroulé l'affrontement et la frontière, elle trouva l'emplacement. Sans prévenir Merlin, elle plongea brusquement, forçant le magicien à se cramponner à elle, et se posa assez lourdement, forcée de replier ses ailes pour pouvoir passer entre les arbres. Son passager resta un moment immobile, semblant récupérer du choc qu'il venait d'avoir, avant de se ressaisir et de sauter au sol.
« C'est là, dit-il, confirmant ce qu'Aithusa pensait. »
Il revoyait parfaitement le moment, gravé dans sa mémoire comme si c'était plus récent. Il marcha sur quelques mètres et s'accroupit au sol exactement là où il avait senti qu'on l'observait, puis se releva et marcha à nouveau, regardant sur sa gauche au moment où il se souvenait avoir levé les yeux et s'arrêta. Il vit l'arbre derrière lequel Ishlar avait été accroupi, et visualisa le druide devant lui, complètement abasourdi.
Aithusa suivit son petit manège et comprit ce qu'il faisait quand il s'avança vers l'arbre qu'il regardait et se retourna vers elle, s'accroupissant, à moitié dissimulé par l'arbre, une main sur l'écorce.
« Il était exactement ici, et positionné de cette façon, dit-il en levant les yeux pour rencontrer ceux de la dragonne. »
« Essaye de sentir sa présence, conseilla-t-elle. »
Merlin ferma les yeux et ralentit sa respiration, se concentrant sur la nature qui l'entourait. Les bruits et les odeurs l'envahirent, et il posa la main qui n'était pas sur l'arbre au sol pour faciliter la tâche, même s'il ignorait ce qu'il faisait exactement.
Au bout d'un long moment, il sentit quelque chose monter en lui, et rouvrit des yeux dorés. Sa vision s'altéra jusqu'à ce qu'il ne voie plus Aithusa. A la place, il fut surpris de se voir lui-même et les Southrons sur leurs chevaux, certainement du point de vue d'Ishlar.
Il tourna la tête en même temps que le druide l'avait fait pour les voir s'éloigner dans la forêt jusqu'à disparaître. Il sentit ce qu'il supposait être la présence d'Ishlar s'étendre jusqu'à former une ligne. Tournant la tête, il la vit s'éloigner vers la droite, dans la direction qu'Aithusa et lui venaient de prendre. Là où il se trouvait, la ligne était renforcée, signe que le druide avait passé plus de temps ici, et formait un virage qui partait derrière lui
Sachant qu'il en avait assez vu, il perdit sa concentration et vit à nouveau Aithusa, couchée sur le sol, l'air d'attendre patiemment. Il fronça les sourcils.
« Ça fait plus d'une heure que tu es comme ça, expliqua la dragonne avant qu'il ait eu le temps de demander. Je suppose que tu l'as trouvé ? »
Merlin s'étonna pour lui, il n'avait mis que quelques minutes à trouver la présence d'Ishlar.
« Je sais où aller pour le trouver, répondit-il. »
« Alors, vas-y. »
« Mais et toi ? »
« Je ne peux pas t'accompagner. Ne t'inquiète pas pour moi, je t'attendrai ici. »
Le magicien acquiesça et se leva avant de se tourner et de prendre la direction de la ligne qui s'était trouvée derrière lui. Il savait que, s'il prenait celle qui partait sur la droite, elle le mènerait vers Camelot avant de repartir jusqu'à la clairière où il avait affronté Morgane, car c'était le chemin qu'avait pris le druide après l'avoir vu.
Merlin se concentra à nouveau et suivit la présence d'Ishlar pendant presque une heure, décrivant les mêmes arcs de cercle que le druide, suivant exactement le même chemin. Il finit par arriver à un camp druidique et resta un moment appuyé contre un arbre sans trop savoir quoi faire. C'était la première fois qu'il venait voir des druides sans que ça soit une urgence.
Il n'eut pas à réfléchir très longtemps des bruits de feuilles écrasées se firent entendre derrière lui, et il se retourna brusquement, la main levée et prête à agir. Il tomba nez-à-nez avec celui qu'il cherchait et le dévisagea sans dire un mot.
- Désolé, s'excusa Ishlar en baissant la tête et en souriant. Je ne voulais pas vous effrayer.
- Ce n'est rien, assura Merlin, déconcerté.
Il n'était pas habitué au respect qu'il pouvait entendre dans la voix du druide.
- Ainsi, Emrys, poursuivit celui-ci, nous nous rencontrons de nouveau.
- Je voulais vous remercier, pour avoir guidé Arthur jusqu'à moi, et aussi… m'excuser.
- Le Roi Présent et à Venir a besoin de son magicien à ses côtés. Mais pourquoi vous excuser ? Vous n'avez rien fait de mal.
- J'ai cru… que vous aviez choisi de ne pas m'aider, expliqua Merlin, mal à l'aise. Et je me disais que, si même les druides se détournaient vers moi, je n'avais aucune chance d'en sortir vivant.
Ishlar traversa la distance qui les séparait et posa une main sur l'épaule du magicien.
- Jamais les druides ne vous laisseront tomber, dit-il avec ferveur. Vous êtes notre plus grand espoir, et je n'ai que trop tardé à vous aider ce jour-là.
- Je sais, je suis désolé d'avoir douté de vous.
- C'est tout à fait compréhensible. Aimeriez-vous rencontrer mon chef ? demanda Ishlar après quelques instants.
- Avec plaisir, sourit Merlin, soulagé que le druide ait accepté ses excuses.
Il n'avait pas vraiment douté qu'il le ferait, les druides étaient un peuple pacifique, mais ça faisait du bien de les exprimer. Suivant Ishlar, il entra dans le village et tenta tant bien que mal d'ignorer tous les regards qui se posèrent sur lui, rassuré d'être en compagnie d'un des leurs et de leur montrer ainsi qu'il n'était pas une menace. Il pouvait sentir tous les sorciers présents ici, hommes, femmes ou enfants, et ils représentaient une grande majorité de la population.
Ishlar s'arrêta devant une tente assez grande, Merlin l'imitant, et un homme en sortit quelques secondes après. Ce druide devait avoir dans la soixantaine, à en juger par les cheveux gris qui entouraient son visage fin et ses yeux marron. Sur le point de demander à Ishlar la raison de sa venue, celui qui était visiblement le chef se ravisa en voyant Merlin. Aussitôt, il se laissa tomber à genoux et baissa la tête, s'inclinant devant son Seigneur.
Le magicien broncha et ouvrit la bouche plusieurs fois pour parler avant de la refermer, très mal à l'aise. Comparé à ça, le respect que lui avait montré Ishlar n'était rien. Avant qu'il ait pu dire quoi que ce soit, il vit Ishlar faire la même chose que son chef, qui releva la tête en un appel muet. Merlin sentit comme une cloche faire écho dans son esprit, et vit du coin de l'œil tous les druides lever les yeux pour regarder en direction de l'homme agenouillé devant lui.
« Cet homme que vous voyez là, dit le chef en désignant Merlin du menton, est Emrys. »
Sans poser une seule question, les druides bougèrent comme un seul, et Merlin se retrouva entouré de personnes agenouillées et têtes baissées, augmentant son malaise au point de le faire danser d'un pied sur l'autre.
« Je vous en prie… dit-il d'une petite voix, sachant que tout le monde l'entendrait. Relevez-vous. Vous n'avez pas besoin de faire ça. »
Le premier druide qui bougea fut le chef, suivi par Ishlar. Les autres mirent plus de temps à se relever. Merlin se sentit tout de suite mieux en voyant qu'ils retournaient à leurs occupations.
- Vous êtes notre Seigneur, dit le chef, nous vous donnons le respect qui vous est dû. Je m'appelle Terrym, et je crois que vous avez déjà rencontré Ishlar.
- Ça n'en reste pas moins gênant et intimidant, répondit le magicien. Je n'ai pas l'habitude d'être traité comme ça.
- Je comprends, assura Terrym. Mais vous restez le plus puissant sorcier de tous les temps. Venez, entrons dans ma tente, nous y seront plus tranquilles.
Merlin acquiesça et suivit Terrym dans la tente. Une fois à l'intérieur, le chef lui fit signe de s'asseoir en face de lui et à côté d'Ishlar.
- Qu'est-ce qui vous amène ici ? demanda Terrym, curieux.
- Je venais voir Ishlar, pour le remercier. Et m'excuser de ne pas avoir cru en lui, ajouta Merlin après une seconde de réflexion.
- Les temps sont durs, Emrys, et chaque loyauté est testée. Cependant, je peux vous assurer que les druides, ou tout du moins mon clan, ont toujours cru en vous, et se battront pour vous si vous le demandez. Comment êtes-vous venu ici ? A moins que je me trompe, vous ne connaissiez pas ce clan, ni cet endroit.
- Une dragonne m'a accompagné, et m'a aidé à trouver Ishlar, expliqua Merlin, sans donner trop de détails sur Aithusa ou sur sa relation avec Morgane.
- Ainsi les légendes disant qu'Emrys est aussi un Seigneur des Dragons sont vraies, et la Dragonne Blanche vous a fait vœu de loyauté.
- Elle fait ce qu'elle pense être juste, assura le magicien, pas sûr de la signification des derniers mots de Terrym.
- Il est important de savoir qui est prêt à se battre à vos côtés, et qui ne l'est pas, Emrys, dit mystérieusement Ishlar, parlant pour la première fois depuis qu'ils étaient entrés dans la tente.
Merlin fronça les sourcils. Il était sûr que, s'il le lui demandait, sans le lui ordonner, Aithusa se battrait pour lui, tout comme il se battrait, et s'était battu, pour elle si elle en avait besoin. Les druides avaient visiblement connaissance d'une partie de ce qui était arrivé à la dragonne, alors pourquoi cette question ? A moins qu'elle ne concerne pas Aithusa… mais Morgane ? Les druides savaient-ils qu'Aithusa était amie avec elle ?
- Je sais ce que la Dragonne Blanche pense et veut, assura-t-il à nouveau. Elle n'est pas un danger, ni pour Camelot, ni pour moi.
- Si vous le dites, Emrys, nous vous croyons, intervint Terrym. Vous avez assurément beaucoup d'alliés, tout comme vous avez de nombreux ennemis.
Le magicien s'agita inconfortablement.
- Que voulez-vous, exactement ? demanda-t-il, sur la défensive.
- La Cité Brillante vit des moments glorieux, mais les malheurs qui planent au-dessus d'elle ne sont jamais loin, ils attendent tapi dans l'ombre. Un seul faux pas pourrait causer sa perte ainsi que celle de tout ce qui repose sur elle.
Merlin contempla Terrym un moment, pas sûr de ce qu'il voulait dire. La Cité Brillante ? Il se répéta les deux phrases dans sa tête, et trouva une ressemblance avec ce que Kilgharrah avait tendance à dire quand il était encore à Camelot.
- Qu'est-ce que ça signifie ?
- Voulez-vous visiter le campement ? proposa Terrym sans répondre.
Sachant qu'il n'obtiendrait rien de plus, Merlin acquiesça et suivit le chef. Il avait déjà vu des camps druidiques, et ils étaient tous faits de la même façon, mais il ne voulait pas les offenser en refusant. Même s'il doutait que qui que ce soit ici prendrait cela comme une offense, pas venant d'Emrys.
Lorsque le soir vint, il fit mine de repartir, seulement pour être retenu par Terrym, qui lui proposa de dormir parmi eux. Merlin accepta en souriant, et se retrouva dans la tente d'Ishlar, dormant à même le sol même quand le druide insista pour lui offrir son lit.
Le lendemain, il se réveilla de bonne heure et trouva Terrym assis près d'un feu devant sa tente. Sans dire un mot, il alla s'asseoir en face de lui.
- Nous pourrions nous rapprocher du château de Camelot, lança Terrym de but en blanc.
Merlin considéra un instant l'offre. Le druide, visiblement, y avait pensé une bonne partie de la nuit, et avait déjà pris sa décision.
- Pour que vous ayez des sorciers à appeler en cas de besoin, poursuivit-il. De plus, la rumeur court que le roi Arthur Pendragon se tourne vers la magie, nous ne sommes plus en danger de mort dans ce royaume.
- C'est votre décision, répondit Merlin. Arthur a l'intention de restaurer la magie dans les terres, et vous êtes les bienvenus dans Camelot. Mais si vous ne le voulez pas, rien ne vous y oblige.
- Nous viendrons, confirma Terrym comme s'il s'était attendu à cette réponse. En revanche, si vous avez besoin de nous contacter, Ishlar devra être celui à qui vous vous adressez. C'est avec lui que vous êtes le plus familier, ce sera plus simple de cette façon.
- Très bien, accepta le magicien.
Il fit ensuite ses adieux au camp de druides et retourna vers Aithusa, accompagné d'Ishlar.
- Je sais ce que Terrym vous a dit, annonça le druide sur le chemin. Et je trouve que c'est une très bonne chose.
- Merci de votre soutien, dit Merlin.
Ishlar resta ébahi devant la dragonne lorsqu'ils arrivèrent.
- Dragonne Blanche, salua-t-il avec ferveur en baissant la tête.
Aithusa haussa un sourcil, mais le druide ne le vit pas. C'était la première fois de sa vie qu'il avait la chance de rencontrer un dragon, et ils étaient aussi majestueux qu'il le pensait. La Dragonne Blanche représentait un des plus grands espoirs pour son peuple, annonciatrice de temps glorieux à venir.
- A bientôt, Emrys, dit ensuite Ishlar. Veillez sur vous et sur le Roi Présent et à Venir, vous êtes précieux, et pas qu'aux yeux des druides. Seuls vous deux pouvez triompher sur le chemin qui mène à la restauration de la magie et à l'avènement d'Albion.
Merlin le remercia et monta sur Aithusa, qui s'envola presque aussitôt.
« Dragonne Blanche ? s'étonna-t-elle au bout de quelques minutes. »
« Je suppose que c'est un titre honorifique, comme Kilgharrah est appelé le Grand Dragon, répondit Merlin. »
« C'est assez flatteur, les dragons blancs sont rares, les dragonnes blanches plus encore. »
