Chapitre 2 : Rencontre avec Gasquet
Je décidais de le suivre. Je n'avais nulle part où aller, et j'avais comme l'impression que cet homme connaissait des informations qui pouvaient m'intéresser… Néanmoins, je restais sur mes gardes : ma main était fourrée dans ma sacoche, proche de ma lame : s'il faisait le moindre faux pas, je saurai me défendre…
A cent mètres de là, nous nous arrêtions devant un petit immeuble au centre de Yokohama. Nous montions les escaliers et arrivions dans un petit appartement. Il était assez en désordre : des classeurs remplis à rabord trainaient par terre. Dès que j'entrais dans la pièce, je sentis soudain une forte odeur de tabac qui donnait presque la nausée. Je compris la provenance en voyant les cendriers pleins trônant sur la table basse du salon.
-La salle de bain est là-bas, indiqua-t-il. Je t'y ai laissé une serviette et une chemise. Je vais aller faire les courses au coin de la rue d'en bas. Si tu as faim, tu peux te servir dans le frigo.
Sur ce, il descendit les escaliers. Bizarre. En temps normal, on ne laisserait pas un inconnu seul dans sa demeure… Peut-être tout ceci était un piège ? Peut-être attendait-il que je sois sur le seuil de la salle de bain pour m'enfermer ? Je secouais la tête : j'étais trop méfiante. De toute façon, la douche me tentait bien.
Je rentrais alors dans la cabine et mis de l'eau chaude. Cette sensation de chaleur, de propreté ne m'avait pas envahie depuis longtemps. Trop longtemps. Je sortais et mis sa chemise blanche, beaucoup trop grande pour moi, m'arrivant presque aux genoux. Elle empestait la cigarette, mais je m'étais dis que me plaindre n'étais pas vraiment la chose à faire en ce moment… Je me regardais dans le miroir : mes cheveux étaient redevenus blond platine et ma peau d'un blanc pure, si ce n'est que quelques écorchures. A mon séjour à l'institut, tous croyaient presque que j'étais châtain…
Je me rendis aussitôt vers le frigo pour prendre les yaourts à boire et le jambon, puis de les avaler avec un appétit vorace. Les saveurs se rependaient sur mon palais : combien de temps n'avais-je pas sentis le gout de la bonne nourriture dans ma bouche ?
Après m'être empiffrée, je me dirigeais vers le canapé et m'affala de tout mon long, profitant de la conformabilité. J'étais épuisée. Mais bientôt, une envie plus forte prit le dessus sur celle de dormir : je voulais écrire, comme si c'était un besoin vital. Je me levais donc à la recherche d'une feuille blanche, essayant d'éviter de marcher sur les dossiers à terre. Mais malheureusement, je trébuchais sur l'un d'eux et m'étala de tout mon long sur le sol froid. Je me levais difficilement : mon dos me faisait mal, me rappelant la balle que je m'étais prise. Puis mon attention fus attiré par un dossier dont les feuilles étaient parties, éparpillaient. La curiosité prit le dessus sur la politesse, puis j'en lisais une :
Sujet : Art
Age : 15
Minimum : ?
Statut : Les recherches sont en cours. Nous avons bien trouvé des cellules pouvant appartenir à un Détenteur, mais aucun Minimum n'a était trouvé au niveau de son cœur.
J'étais pétrifiée : comment des données comme celles-ci se trouvaient-elles chez Gasquet ? Ils y avaient plusieurs feuilles traitantes du même sujet : Nice, Ratio, Birthday, Murasaki, Honey… Il n'y avait qu'une seule raison possible : cet homme travaillait pour la recherche des Minimums et des Détenteurs. Des images choquantes réapparurent dans mon cerveau : celles de mon séjour à l'institut, de tous ce que j'avais vécu…
-Qu'est-ce que tu fouilles ?!
J'avais reconnu la voix de Gasuke, et entendu les froissements des sacs plastiques. Prise d'une fureur et colère incontesté, je saisis ma lame que j'avais glissée dans la poche de sa chemise, puis je me retournais d'un mouvement brusque, en hurlant, afin de viser son cœur. Surprit, l'homme de cinquante ans recula pour esquiver et lâcha ses sacs.
Le regard noir de haine, je me précipitai vers lui pour retenter ma chance. Mais alors que j'allais le toucher, il bloqua mon bras, m'attrapant par le poigné. Je tentais de lui assainir un coup de poing avec mon bras libre, mais de nouveau, il m'en empêcha. Je grognais, serrant les dents devant mon échec. Il plissa l'œil, me regardant dans le fond des yeux :
-Ton regard est empli d'une telle haine et colère, d'une telle peine et tristesse… Mais que t'est-il arrivé ?
A sa remarque, je me raidis. Toute la douleur, toute la souffrance que j'avais endurées… Elles m'ont transformé… La preuve : je l'avais attaqué tel un animal sauvage…
L'étreinte sur ma lame se desserra, puis elle tomba à terre dans un bruit sourd. Les larmes coulèrent, mais je ne cillais pas : j'étais comme choquée de ce que j'étais devenue, de ce que j'avais faillis devenir…
Alors que les gouttes tombèrent sur le parquet, Gasquet tourna la tête, comme pour demander ce qui m'arrivait. Mais au lieu de lui répondre par des mots, je me contentais de le serrer dans mes bras, fourrant ma tête contre sa poitrine : je hurlais, je pleurais, je pleurais, et je hurlais… encore et encore. J'avais retenu tellement longtemps ces larmes, cette peine, cette tristesse… Tout partit d'un coup, absolument tout. Gasquet semblait mal à l'aise devant mon geste et restait les bras écarté, comme si me toucher pouvait me briser, comme si j'étais en porcelaine.
Quelques minutes plus tard, je me calmai, puis je pus me détacher de l'homme que je considérais comme étant un ennemi il y a peu. Il me sourit, puis je lui rendis son sourire. C'était la première fois que je souriais depuis longtemps…
-Tu es contente ! Tu as taché ma chemise blanche ! Bon… assieds-toi, on va discuter.
Je me mis dans le canapé, face à lui dans son fauteuil en train d'éteindre une cigarette dans le cendrier. Puis il me regarda, avant de dire, soupirant :
-Je ne sais pas comment je dois prendre ta tentative d'assassinat tout à l'heure… Tu m'expliques ?
-Je…C'est compliqué… Est-ce que…vous travaillez pour l'Institut Minimum ?
Il écarquilla les yeux à ce nom. Il me répondit, souriant devant mon inquiétude :
-Non, pas du tout. Pas pour l'institut. Mais si tu m'expliquais plutôt pourquoi tu étais dans ma ruelle avec des lames, une balle logée dans un gilet en céramique et des vêtements ainsi qu'une épée couverts de sang ?
Je rougissais, gênée. J'avais vraiment de la chance d'être tombée sur un homme avec pareille mentalité, sans inquiétude, juste souriant à ma réaction. Je serrais les poings sur mes genoux : je ne savais pas quoi répondre, je ne savais pas si je devais tout lui raconter, au risque qu'il ne soit finalement du mauvais côté, ou au contraire, me taire, puis ne pas avoir sa confiance…
Je décidais finalement de tout lui dire. S'il n'était pas mauvais, il pourrait m'aider, d'ailleurs, ce fut son collier « peace and love » qui m'avait un peu aidé à choisir, même si c'était ridicule. Il écouta mon récit avec intention, ayant allumé une autre cigarette en route, puis à la fin, il me concerta de son œil gauche, avant de soupirer :
-Je comprends… Tu as traversé une période difficile… Et tu n'avais pas vraiment le choix, non plus… Et que comptes-tu faire à présent ?
Je me crispais, puis détourna le regard :
-Je…Je ne sais pas… Je suis perdue… Mais au moins, je suis en vie. Je n'aurai pas pu me laisser mourir aussi facilement !
-Je vois ! souri-t-il, avant de plonger dans ses pensées. Le minimum du récit…
Il réfléchit un moment, mettant un silence dans la pièce. Puis, il prit les sacs qu'il avait eus au super marché avant de fouiller dans leur contenu.
-Vous…Vous n'allez pas me dénoncer…j'espère ? Demandais-je, méfiante
-Ha ha ! Non, ne t'inquiète pas ! Je ne suis pas comme ça ! Je n'ai pas envie d'avoir à esquiver une de tes tentatives d'assassinassions !
Je mordis ma joue, essayant de masquer ma frustration.
-Mais…je vais t'aider…reprit-il doucement
Curieuse, je restais pendue au contenu de ses sacs. Il en sortit Alors une chemise, un short, des chaussures et des collants. Je restais impassible devant ces vêtements que je trouvais particulièrement beau. Gasquet lança alors le sac à sa gauche, puis il dit :
-Aller ! Vas les essayer !
Il me sourit. J'étais assez contente qu'il ait acheté ça pour moi… Je me rendis alors dans la salle de bain pour me changer. Les vêtements m'allaient bien, plus que bien même : j'aimais vraiment le violet, et même si les chaussures étaient légèrement grandes, je ne m'en plaignais pas.
J'exprimais ma joie à Gasuke qui me sourit, me voyant ainsi. Puis je me rassis, observant une fois de plus mes vêtements. Il me tira de mon observation en disant d'une voix grave :
-Je pense que je te dois des explications, moi aussi… Après que tu m'ais raconté ton passé, je ne peux pas te le dissimuler…
J'étais d'accord avec lui : même si je lui faisais confiance à présent, il restait néanmoins ce dossier qui planait dans ma tête : celui avec les données des Minimums.
-Je suis dans la police, commença-t-il. Je travaille dans les affaires criminelles concernant les Détenteurs. Parce que même si des personnes utilisent leur pouvoir à bonne escient, ils ne sont qu'une partie des Détenteurs. D'autre l'utilise pour faire le mal. C'est pour cela aussi que je t'ai recueilli : je ne veux pas à t'avoir dans mon poste.
Je baissais la tête, honteuse : j'avais utilisé mon pouvoir pour sortir. Je n'avais pas fais directement de crime, mais j'avais blessé des personnes, et j'ai faillis le tuer…
-C'est pour cela, continua-t-il, que je prends les données de l'Académie Facultas…
-L'Académie Facultas ? Répétais-je, incrédule
-Oui : c'est une école spécialisée pour élever et apprendre aux jeunes Détenteurs : ils libèrent leur pouvoirs, ou leur apprenne à s'en servir à bon escient… D'ailleurs, toi aussi, tu devras y aller…
Quoi ?! Je me levais, fronçant les sourcils :
-Non, je refuse ! J'étais à deux doigts de me faire tuer à l'Institut ! Si je vais là-bas, ils me ramèneront au labo, et je suis sûre qu'ils vont encore m'enfermer…
Cette simple idée me resserra le cœur : tellement que je ne pus continuer à défendre ma cause. Je me rassis, la tête baissé. Il me regarda comme si il s'attendait à ce que je continue, mais je n'en avais définitivement pas le courage.
-Ecoute, je sais que c'est difficile pour toi d'aller à un endroit comme ça, mais je t'explique : tu as 14 ans, et tu possèdes un Minimum. En tant que mineur, tu es censée aller à l'école mais on apprendra tôt ou tard que tu es un Détenteur qui a fuis l'Institut. Maintenant que l'on sait que tu as un pouvoir et que tu n'es pas gérer par le gouvernement, on ne va pas vouloir te laisser en liberté très longtemps… La seule école accueillant ces personnes, c'est l'Académie Facultas.
Je réfléchissais : certes, la situation est délicate… Néanmoins, j'avais toujours peu que ces gens me retrouvent et qu'ils me tuent comme il le voulait, pour se venger aussi de ce que j'ai fait au labo… Comme s'il avait lu dans mes pensées, il prit une voix douce et disait :
-Je ne soutiens pas l'Institut. Mais je soutiens l'Académie. Si je leur explique la situation, ils comprendront, et l'Académie, ou plutôt le gouvernement, te protégera. De plus, c'est un pensionna : tu ne seras pas à la rue, et c'est le moment de te refaire des amis !
Je trouvais cette proposition tentante… De toute façon, je n'avais pas le choix. Difficilement, je hochais la tête !
-D'accord…Je veux bien aller dans cette Académie… Mais vous savez, je n'ai pas d'argent…
-Je te l'ai déjà dit, me coupa-t-il, c'est le gouvernement qui prend tout en charge : ils te feront des tests, et si tu as un pouvoir, ils te feront rentrer sans problème ! D'ailleurs, pourrais-tu me le montrer, ton Minimum ? Je suis curieux…
J'hésitais, mais finalement, j'acceptais de lui montrer. Je lui demandais de m'apporter un stylo, feuille de papier et de la matière, n'importe quoi. Il s'actionna, me ramena de quoi j'avais besoin, accompagné d'un cendrier en métal. Il me demanda de commencer, puis j'écrivis :
J'aimerais avoir un couteau en métal.
Je regardais le cendrier. Mais plusieurs secondes passèrent, sans que rien ne se produise. Je restais béante devant le résultat, tout comme Gasquet.
-Ce-Ce n'est pas normal ! M'exclamais-je
-Calme-toi, me disait-il. Certains Minimums demandent des conditions particulières : comment avais-tu fais, dans ta cellule ?
Je réfléchissais, et il me demandait de réessayer avec les mêmes composants. Je lui demandais alors de me donner une plume. Il me l'apporta, puis se demandait comment j'allais écrire. Il eut rapidement sa réponse : je me coupais à l'aide de la pointe, et je laissais tomber une goutte de mon sang sur le papier. A ce moment, je reçu une pulsation énorme venant de mon cœur : il cognait contre mes côtes, me procurant une sensation de pouvoir immense.
-C'est ça ! M'exclamais-je, souriante. C'est exactement comme dans mes souvenirs !
Il hocha la tête, souriant de pouvoir enfin voir à quoi ressemble mon pouvoir. J'inspirais, puis je posais la plume sur le papier, mon sang s'installant sur la feuille :
J'aimerai avoir un couteau en métal.
Avec un haut-le-cœur, j'aperçus le cendrier bouger pour se transformé en un couteau face à moi et au policier, bouche bée. Je souriais, contente que mon pouvoir n'était pas le fruit de mon imagination.
-Tu m'épates, petite ! Me complimenta-t-il. Je t'assure que tu pourras rentrer à l'Académie avec ça !
Il observa le couteau que j'avais façonné. J'étais heureuse qu'il reconnaisse mon pouvoir ! Il se dirigea alors vers son étagère, me disant d'attendre quelques minutes. Je patientais, puis il revint avec un livre entre les mains. Il était relié avec couverture en cuir, des spirales formant des motifs incrusté à l'intérieur. Il l'ouvrit, puis feuilleta les nombreuses pages blanches s'y trouvant, avant de fermer le livre. Il était vraiment magnifique.
-Une jolie pièce, hein ? Me disait-il, regardant mon émotion de l'œil gauche. Je te l'offre ! Il pourra t'être utile. Prends la plume, aussi.
-Vraiment ?! Vous me l'offrez ?!
Je n'arrivais pas à y croire ! Il était tellement beau, l'air ancien ! Et quand je regardais la plume qu'il me disait de garder, elle était tout aussi belle.
-Oui, ils sont à toi. Tu en auras plus besoin, je pense. Je vois dans ton regard que tu as une envie irrésistible d'écrire : tu as ça dans le sang.
Mon visage se fendit d'un énorme sourire. Je me levais, puis l'enlaçais de nouveau. Il ne fut toujours pas habitué, et avec un air gêné, il disait :
-Eh, eh ! Doucement !
-Je vous remercie tellement ! Disais-je, les larmes aux yeux. Vous m'avez tellement donné en une seule journée ! Merci…
Sans le voir, je pus deviner qu'il souriait, satisfait. Il m'enlaça à son tour, content d'avoir pu m'être utile. Je desserrais mon étreinte pour aller revoir le livre qu'il m'avait donné. Il regarda la joie sur mon visage, puis disait :
-Au fait, ce n'est plus la peine que tu me vouvoie… Tu sais, je pense que ton pouvoir peut s'élargir plus que tu ne le penses…
-Vous…enfin tu penses ?
J'avais un peu de mal à le tutoyer. Il gloussa, moqueur, puis hocha la tête. Il disait alors :
-N'oublies pas : ton pouvoir ne peux s'activer que si tu l'écris avec ton sang. Tu peux aussi écrire dans ce livre comme bon te semble avec de l'encre.
Le simple fait de savoir que mon pouvoir s'actionnait avec du sang me fit froid dans le dos. Cependant, je devais l'accepter.
J'allais passer la nuit chez Gasquet : le lendemain, nous irions voir pour mon inscription. J'avais plutôt hâte de rencontrer des enfants possédants eux aussi des pouvoirs.
Et je ne risquais pas d'être déçue…
