Deux autres mois s'écoulèrent. Les druides étaient arrivés dans le royaume de Camelot deux semaines après la visite de Merlin, et s'étaient installés près de la Vallée des Rois Déchus. Arthur avait été heureux d'apprendre leur arrivée, car elle représentait un pas de plus dans la réhabilitation de la magie.

Un après-midi, des chevaliers demandèrent que la cour se réunisse. Lorsque le roi arriva dans la salle du trône, Merlin sur ses talons, il fut surpris de voir que Léon et Gauvain étaient ceux qui avaient fait la demande et se tenaient au milieu de la foule rassemblée. Les deux hommes étaient partis en patrouille, avec d'autres chevaliers, depuis plusieurs jours, vers le nord.

Merlin se glissa au fond de la salle pendant qu'Arthur prenait sa place devant le trône, et invitait Léon à parler d'un signe de tête.

- Sire, nous revenons de la frontière nord, dit le chevalier.

- Que s'est-il passé ? demanda Arthur.

- Une armée marche sur Camelot, annonça de but en blanc Gauvain.

La cour resta un instant bouche bée avant que les gens commencent à murmurer entre eux. Arthur se ressaisit rapidement et demanda le silence pour permettre aux deux chevaliers de continuer.

- Nous n'avons vu aucune bannière, anticipa Léon en voyant Arthur ouvrir la bouche pour poser la question. Mais…

- Il s'agit très probablement d'Odin, acheva le roi, la mine sombre. C'est le seul qui pourrait faire une telle chose. Cependant, c'est assez étonnant, car il n'a rien tenté depuis qu'il avait envoyé cet assassin pour me tuer.

- Il a préparé son coup pendant tout ce temps, renifla Gauvain. Pour pouvoir vous abattre en une seule fois. Il n'a pas que des soldats et des chevaliers dans son armée, il a aussi des mercenaires. Beaucoup d'hommes

- Il a réuni le plus de forces possible pour submerger Camelot. Son armée sera là dans un jour et demi au maximum, raisonna Arthur. Nous n'avons pas le temps d'aller à leur rencontre, pas pour trouver un endroit stratégique. Il faudra tenir la citadelle, et se préparer à un siège.

Le roi demanda ensuite que tous les chevaliers passent dans chaque maison de la ville basse, pour prévenir les gens et leur demander de rester dans leurs maisons. Odin ciblait précisément Arthur, massacrer le peuple ne lui servirait à rien.

Lorsqu'il eut finit de donner ses directives, tout le monde sortit, lui-même se dirigeant vers ses appartements, Merlin à côté de lui. Après avoir vérifié que personne ne les écoutait, il parla à voix basse.

- Est-il possible qu'il y ait des sorciers dans l'armée, Merlin ?

- Je pourrai le dire quand ils seront suffisamment proches de Camelot, à moins d'une demi-journée de marche, répondit le magicien sur le même ton. Pour l'instant, je n'en sais rien.

Une fois dans ses appartements, Arthur soupira et s'appuya sur la table, où Gwen était assise en train de lire.

- Ça va compliquer le retour de la magie dans Camelot, marmonna-t-il.

- Quoi donc ? demanda la reine, n'ayant pas été présente à la réunion.

- Odin va attaquer le château avec son armée, expliqua brièvement Merlin.

Gwen fut aussi surprise qu'ils l'avaient été en apprenant la mauvaise nouvelle, mais se ressaisit tout aussi vite. Ce n'était pas la première fois qu'ils allaient subir un siège, et ils s'en étaient toujours sortis. D'autant que maintenant, Merlin pouvait utiliser ses pouvoirs devant Arthur et les quatre chevaliers. C'était un atout majeur.

- Et la magie reviendra dans le royaume, continua le magicien, peu importe le temps qu'il faudra. Il faut y croire, Arthur.

- Mais combien de temps encore devrons-nous attendre pour cela ? Si nous sortons vainqueur, le peuple sera trop effrayé après pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, pour un tel changement.

« Ne sous-estimez pas votre peuple, Arthur, dit Alator, qui entra après avoir ouvert la porte grâce à la magie. Vous pourriez être surpris. »

- Je parle d'expérience, soutint Arthur, oubliant que Gwen ne savait pas pour le lien. Camelot a déjà été attaquée de nombreuses fois par la magie, et a mis du temps à s'en remettre à chaque fois.

- Ne vous inquiétez pas pour ça, conseilla Merlin. Concentrez-vous plutôt sur l'armée qui approche.

- Il a raison, Arthur, appuya Gwen. La magie, bien que je déteste dire cela, passe en second plan pour le moment.

Arthur ferma les yeux et soupira à nouveau, avant de relever la tête et de sourire légèrement. Son ami et sa femme avaient raison, il devait continuer de l'avant et ne pas se laisser abattre, en relevant toutes les difficultés qui se présenteraient sur la route. Et peut-être que, si les choses se passaient bien, Odin comprendrait que sa quête pour le tuer était vaine.

- Et vous aurez tout notre, soutien, acheva Merlin. Y compris celui de ma magie, même si ça signifie me révéler à tout le château et devoir quitter le royaume après pour revenir plus tard.

- Tu ne quitteras pas le royaume, Merlin, dit Arthur. Je te l'interdis.

Merlin sourit, content de lui-même : il avait réussi à détourner Arthur de ses sombres pensées. Mais il pensait ce qu'il avait dit : si les gens ne l'acceptaient pas tel qu'il était, plutôt que de mettre son ami dans une position difficile, il quitterait Camelot, et attendrait que la situation se calme pour revenir se tenir aux côtés du roi.

oOoOo

Le lendemain, en fin d'après-midi, tout le château était prêt pour le siège. Les chevaliers avaient fait ce qui leur avait été demandé, et les rues de la ville basse étaient totalement désertes, contrairement à d'habitude, où les rues étaient bondées et où il était presque impossible de faire un pas après l'autre. Là, les gens ne sortaient que pour le stricte nécessaire, comme pour aller chercher de l'eau.

L'hôpital avait été aménagé, et tous les bandages qui se trouvaient dans les appartements de Gaius y avaient été déplacés. Des soldats s'étaient occupés d'y amener des seaux d'eau, pour permettre au médecin de sortir le moins possible et de faire son travail efficacement.

Chaque homme qui pouvait et voulait se battre recevait une épée, et une cote de mailles dans la mesure du possible. Les archers étaient positionnés sur les murailles du château, et veillaient à tour de rôle pour prévenir de l'arrivée de l'armée, leur position en hauteur offrant un meilleur point de vue.

Tout le monde dormit d'un sommeil agité, sur les nerfs, et tout le monde fut debout en un rien de temps lorsque le tocsin sonna à une heure inhabituelle. Arthur courut jusqu'aux murailles pour voir ce qui les attendait, et commença à désespérer à nouveau. L'armée d'Odin s'étendait d'un bout à l'autre de la plaine, en une masse vaguement organisée.

« Mauvaise nouvelle… Il y a au moins un sorcier dans l'attaque, entendit-il Merlin lui dire. »

« Combien ? demanda aussitôt Arthur. »

« Impossible à dire, s'il y en a plusieurs, ils sont tous au même endroit et je ne peux pas les différencier. »

Merlin s'interrompit un instant pour monter des marches, et le roi entendit un bruit de course derrière lui. Il ne se retourna pas, sachant très bien qui arrivait.

« Mais au vu de la puissance, termina le magicien en venant à côté de lui, je dirais qu'il y en a au moins deux. »

Arthur bénit à cet instant le lien qui les unissait, et qui leur permettait de parler de magie en présence de tous les hommes du roi, sans que personne ne les entende.

« Comment allons-nous faire ? se lamenta-t-il. »

« Arthur… »

« Non, Merlin. Tu es peut-être le sorcier le plus puissant, mais même toi tu ne peux pas affronter plusieurs sorciers en même temps, tu le sais très bien. »

« Je le sais oui. Mais il y a plusieurs moyens d'éliminer ou de neutraliser un sorcier. »

« Merlin, intervint Alator, tu ne penses pas sérieusement à… »

« Si, confirma le magicien. Ça les mettra hors d'état de nuire grâce à la magie. »

« Mais c'est risqué pour toi, contra Arthur, voyant de quoi les deux amis parlaient. »

« Je sais me défendre sans magie. »

Sans rien ajouter de plus, ils regardèrent l'armée et soupirèrent de concert. D'ici la fin de la matinée au maximum, Odin lancerait l'ordre d'attaquer, et avait probablement dit à ses hommes de tuer tout le monde, sans faire de prisonniers. Il pensait en finir rapidement, et avoir neutralisé tout Camelot avant la fin de la journée.

Comme ils l'avaient prévu, une corne résonna à midi dans le camp adverse, et les cris sauvages des soldats et des mercenaires se firent entendre alors qu'ils chargeaient le château.

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Chapitre court, je sais, par rapport à tous les autres qui faisaient à peu près la même taille. C'est plus simple pour moi, et ça me permet de conserver un minimum de suspense avec un maximum de chapitres.