Chapitre 3 : L'Académie Facultas
Le lendemain, comme prévu, j'étais inscrite à l'Académie. Après m'avoir fait passer des tests, et analyser pendant plusieurs heures, ils en étaient arrivés à la conclusion que j'avais ma place dans cette école. Gasquet leur avait expliqué en détail la situation ils hésitèrent un moment, mais finalement, ils avaient accepté et promit qu'ils en parleront à l'Institut. J'étais toujours un peu stressé par cet endroit…mais le policier m'avait assuré que je n'avais rien à craindre.
-Je vais y aller. Tu viendras me rendre visite de temps en temps quand même !
-Promis ! Compte sur moi !
Il hocha la tête puis sortit. Je le regardais partir, triste. Je regardais l'établissement : c'était donc ici que j'allais étudier ? Que j'allais vivre ? Commencer une nouvelle vie ?
Un membre de l'Académie m'emmena alors vers ma classe. Cela n'avait pas encore sonné, mais il me disait que je pourrais faire connaissance avec mes camarades. Je le suivis donc, puis j'entrais dans une grande salle avec des estrades pour les élèves, puis un tableau noir et un pupitre pour le professeur.
Il n'y avait pas plus de 10 élèves dans la classe. Quand je questionnais le professeur, il me répondit que c'était la taille normale de classe, puis il se retira, me laissant seule devant eux. Ils discutaient entre eux. Lorsque j'essayais de me joindre à eux, une jeune fille m'interpela de la main. Elle avait les cheveux bruns et les yeux rouges. Je me joignis à elle, et elle me regarda avec sourire, m'invitant à s'assoir à ses côtés :
-Salut ! Tu es nouvelle ?
-Oui, dis-je en m'installant. Je m'appelle Fumiko.
-Joli ! Moi, Summer.
-Tu n'as pas de nom de famille ?
-Toi non plus !
Je savais que ma question était stupide et déplacée, étant donné que moi non plus… Mais ça m'avait échappé sans prévenir…
-Tu sais, reprit-elle sombrement, personne ici n'a de nom de famille. On est tous abandonné, en quelque sorte…
Je baissais le regard. « Abandonné » ? Oui, c'était sûrement ça. Bizarrement, je me sentais à ma place ici.
-Et les autres ? Qui sont-ils ? Relançais-je
-Laisse-moi te les présenter ! Celui aux cheveux bleu et au bandeau à l'œil droit s'appelle Ratio ! Il a un Minimum assez bizarre : il peut voir tous ce qui concerne tes muscles et le fonctionnement de ton corps ! Il est déterminé à être un médecin… Celui aux cheveux blonds avec ses lunettes de soleil, c'est Birthday ! Un vrai crétin ! Il essaye d'impressionner tout le monde avec des blagues pourrîtes…je ne l'aime pas trop ! Son Minimum, à lui, c'est l'électricité ! Ils ont tous les deux 17 ans !
Je les regardais : ils semblaient très amis. A peine avais-je le temps de les regarder qu'elle me montra directement les suivants :
-Celui aux cheveux hérissés et avec des lunettes, c'est Murasaki : son Minimum est la force, tout simplement ! Il peut amplifier ses muscles à volonté ! Il a 15 ans. Le brun super mignon, c'est Nice. Il porte toujours un casque sur la nuque. Normal, son Minimum c'est le son. Il a le même âge que moi : 11 ans.
-Pourquoi tu dis super mignon ? Dis-je, taquine
Elle rougissait. Je la trouvais vraiment mature malgré son âge… Elle s'empressa de dire :
-P-Pas pour une raison particulière ! Je ne le considère que comme un ami si tu veux, mais c'est vrai qu'il est gentil et… mais qu'est-ce que je dis ! Enfin, si, il est gentil mais…
Elle s'emmêlait les pinceaux de plus en plus au fur et à mesure de ses paroles. Finalement, quand elle se rendit compte de ses propos, elle devint rouge comme une tomate puis baissa le regard, honteuse. Mais j'étais plus absorbé par autre chose…
-Et…qui est le dernier ?
Elle suivit mon regard. Parlant avec Nice, impassible, il semblait très élégant : des cheveux coupés au carré, lisses d'un mauve clair, il possédait des yeux d'un violet des plus profonds que je n'avais jamais vu.
-Lui, c'est Art, reprit Summer. Il a 15 ans. I an, son frère a été muté dans un autre établissement que l'Académie Facultas…Une histoire de Minimum… Cependant, pour Art…
-Je sais, la coupais-je net.
Art, 15 ans, Minimum d'origine inconnu… je connaissais bien sa situation. Et même plus que bien : ce fut la première fiche et la seule que j'avais lu en détail chez Gasquet. Je ne connaissais que les autres de nom.
-Comment ça « tu sais » ? Demanda-t-elle, incrédule
-Disons…Que j'ai déjà entendu parler de lui… Et toi, quel est ton Minimum ? Demandais-je, changeant de conversation. Au fait, j'ai 14 ans.
-Moi, j'ai le Minimum de la lame ! Je peux transformer n'importe quoi en lame tranchante ! Mais je ne peux pas te montrer, on n'a pas le droit de se servir de ses pouvoirs dans la classe…
-Je vois…
-Et toi ? C'est quoi ton Minimum ? Et…Pourquoi tu trin balles ce livre avec toi ?
Elle désigna le livre que Gasquet m'avait offert. Depuis lors, je l'amenais avec moi, juste au cas où, et je mettais sa plume dans mes cheveux. C'était à la fois un souvenir précieux, et une arme de secours. Depuis lors, j'avais déjà raconté ma journée d'hier à l'encre dans les premières pages : je m'étais dis que j'allais raconter ma vie, dedans… Une sorte de besoin vital.
-Ce livre ? Ce n'est pas très important… Je possède le Minimum du récit. Pour l'instant, je ne peux que modifier la matière, mais un ami m'a dit que mon pouvoir pouvait s'améliorait et se développer si je le travaillais…
-Oh ! Je vois ! Disait-elle, admirative. Eh bien, je pense qu'il est temps de te présenter aux autres ! Les amis !
Elle interpela tout le monde, qui regardait en sa direction. Sans me demander mon avis, elle m'attrapa par la main, puis me mit au centre de la pièce pour me présenter :
-Je vous présente Fumiko ! C'est une nouvelle ! Elle a 14 ans et possède le Minimum du récit ! Faites-lui un bon accueil !
Le premier à parler fut Nice, le Détenteur du son, en s'exclamant avec sourire :
-Salut ! Tu vas voir, on s'amuse bien ici ! Dis, et si on s'affrontait ?
-Ne dis pas n'importe quoi, Nice ! Répliqua Ratio, le Détenteur à la vision du corps. C'est interdit !
-Ah…soupira Murasaki, le Détenteur de la force. Désolé pour l'accueil, Fumiko. C'est souvent animé ici…
-Quoi ? Je pense au contraire que ce serait très marrant ! Répliqua Birthday, le Détenteur de l'électricité, en tirant la langue.
-Je ne pense pas non plus que cela ait un intérêt quelconque…soupira Art, le Détenteur au Minimum inconnu. En tout cas, je te souhaite la bienvenue, Fumiko.
Je rougissais quand Art avait dit mon prénom. Je secouais la tête et me chassais son air beau gosse de ma tête. J'essayais de retenir leur prénom, et je m'en sortais plutôt bien. Mais cette histoire de combat ne me disait rien qui vaille…
-Mais si, aller ! Insista Nice. Je suis sûr que si on demande, un surveillant voudra bien qu'on le fasse ! Ou du moins, on pourrait lui montrer nos pouvoirs, non ?
-Oh ouais ! Disait Birthday en souriant à pleine dents. Comme ça, elle va avoir le coup de foudre sur moi !
-Tes blagues sont nulles, Birthday… soupira Summer. Néanmoins, lui montrer nos pouvoirs serait une bonne idée, vous ne pensez pas ?
-Je ne vois vraiment pas l'intérêt… soupira Murasaki. Mais si vous y tenez…
-Le Minimum du récit… disait Ratio. Je suis curieux de savoir à quoi il correspond.
-Bien ! S'exclama Nice, joyeux. La majorité est d'accord : alors faisons-le !
Tout le monde semblait d'accord, et allèrent demander au surveillant s'ils pouvaient nous montrer leurs pouvoir dans la cour avant le début de la classe. Il accepta avec un sourire en nous disant de faire vite. Tous semblaient emballés par l'idée. Sauf Art.
Evidemment, il n'avait pas de pouvoir. Je me sentais un peu triste pour lui : il devait sûrement se sentir à part, du fait qu'il ne soit pas comme les autres… Bizarrement, j'étais assez attirée par lui. Alors qu'ils discutaient entre eux pour se dire comment ils allaient me présenter ça, je reculais pour rejoindre Art qui suivait le groupe en traînant des pieds, la tête baissé. Quand il me vit, il me lança un triste sourire en relevant la tête, puis il disait :
-Tu connais ma situation, n'est-ce pas ?
-Oui…j'en ai entendu parler… dis-je, baissant le regard
-C'est pathétique, n'est-ce pas ? Je ne suis même pas capable d'en avoir un…
-Ne dis pas ça, Art…Je ne pense pas que tu en as besoin.
-Pourquoi tu dis ça ? demanda-t-il, sceptique
-Avoir un Minimum n'est pas le bonheur, tu sais…
Je repensais à ma situation : sois on me tuait, soit j'étais dirigée par le gouvernement. Personnellement, une vie normale aurait peut-être était mieux… Il plongea ses yeux d'un profond violet dans les miens, m'attirant irrésistiblement. Je remarquais également un autre détail : il possédait un grain de beauté sous l'œil gauche…
Remarquant que je le fixais, je détournais le regard vers le sol, rouge. Mais qu'est-ce qui me prenait d'agir ainsi ? Je l'entendis glousser, puis il releva la tête en disant avec un sourire sincère :
-Tu as sûrement raison, Fumiko ! En tout cas, je suis pressé de voir le tiens !
Je rougissais à sa remarque puis, sans avoir remarqué le chemin pour y mener, nous étions arrivés dans une cours extérieure, avec une belle pelouse, un arbre au centre, enveloppée dans les murs de l'établissement.
-C'est partit ! S'exclama Nice. Je commence !
Il se positionna au centre, devant tout le monde. Il saisit son casque, puis le mit sur ses oreilles. On pouvait entendre de là où on était la musique qui tournait à plein régime. Puis il leva le bras, avant de claquer des doigts. En un instant, il parcourut 10 mètres, à une telle vitesse qu'on ne pouvait même pas le voir. Il recommença plusieurs fois, claquant des doigts à chaque mouvement. Il enleva son casque, puis me concerta du regard en disant :
-Voici mon Minimum : celui du son !
Nous l'applaudissions, impressionnés. Birthday d'avança avec sourire avant de se tourner vers moi et de me lancer un regard malicieux :
-Je le fais pour toi poupée, t'as intérêt à aimer !
Un brin de frustration me prit : pour qui se prenait-il ? Il se positionna au centre, puis sortit un taser de sa poche, avant de l'amener vers sa langue. En temps normal, je me serais ruée vers la personne pour l'en empêcher, mais bien sûr ce type n'était pas normal : c'était le Détenteur de l'électricité. Des éclairs parurent toucher sa langue, puis il brandit le bras, qui générait des éclairs, comme des décharges électrique.
-Si tu me touches, je suis a plus de 100 000 volts ! Et je peux électrocuter n'importe quoi, n'importe quoi ! C'est mon Minimum : L'électricité !
Nous l'applaudissions, tandis que c'était le tour de Ratio. Il soupira, puis vint devant moi. Il enleva son bandage à son œil droit, afin de m'observer, de haut en bas. J'étais assez gênée, un peu comme si je me faisais ausculter chez le docteur. Puis, il écarquilla les yeux, avant de remettre son bandage en place.
-Qu'est-ce que tu as fait à ton dos ? C'est très enflé, tu sais !
Quoi ? Mais comment pouvait-il savoir que j'avais un énorme bleu dans le dos causé par la balle d'un scientifique ? Ce type était très fort… Il sortit un carnet de son blouson avant d'écrire dessus :
-Je vais te prescrire des antidouleurs et de la pommade : applique-la une fois par jour.
Je fis un sourire jaune : j'étais vraiment chez le médecin en fait.
-Tu prends vraiment ça à chaque fois que tu vas quelque part ? Demanda Summer
-C'est toujours utile… disait Ratio
Il me tendit la feuille que j'acceptais, sceptique. Il était tout de même très gentil, et il représentait bien son boulot de médecin. Le prochain fut Murasaki. Il soupira puis se rendit vers une statue située au coin de la cour. Il enleva ses lunettes, puis soudain, j'eue l'impression que son bras avait gonflé. D'un coup, il souleva sans difficulté la statue qui devait bien peser une tonne. Nous l'applaudissions tandis qu'il rejoignait le groupe, ayant reposé la statue à sa place.
-Tu es digne de ton titre de Détenteur de la force, Murasaki ! S'exclama Birthday
Il lui jeta un regard noir tandis qu'il se replaça. Ce fut le tour de Summer. Elle cherchait quoi faire pour prouver son pouvoir, puis elle saisit tout simplement une branche dans l'arbre : droite, fine. Elle replaça ses cheveux d'un revers de sa main, avant de rouvrir les yeux dans un regard d'une atmosphère complètement différente. Elle saisit alors le bout de la branche des deux mains, puis, avec stupéfaction, la branche se transforma en une lame, semblant à celle d'une épée, laissant la partie couverte par ces mains intacte. Elle l'utilisa alors et coupa facilement une branche dans l'arbre, avant de planter la lame dans le tronc.
Nous l'applaudissions de son exploit. J'étais quand même assez impressionnée… Ce fut alors enfin mon tour. Je m'avançais, mon livre a la main, puis je l'ouvris. Je ne savais pas quoi utiliser comme matériel, ni ce que j'allais réaliser… Puis je pensais soudain à Art… Il n'avait pas de Minimum, lui… Et il me regardait, comme pour me donner confiance. J'avais envie, comme de lui rendre hommage…
Je saisis la plume dans mes cheveux, puis me coupait légèrement pour laisser une goutte tomber sur une feuille de papier. Je trempais le bout de la plume dans mon sang, puis je la posais sur la page. Je ressentis toujours ce battement, puis j'écrivais ce que je voulais faire apparaître. Soudain, le bois de l'arbre se décomposa pour venir à côté de moi, afin de façonner l'objet que je voulais : le bois s'assembla et réalisa la forme voulu : c'était une statue à l'effigie d'Art. Dessus, il souriait, heureux.
Lorsque mes camarades découvrirent mon pouvoir, ils furent impressionnés. Puis ils regardèrent tous Art, qui semblait choqué de se retrouver face à une statue en bois à son effigie.
-Waouh ! S'exclama Summer. Epoustouflant !
-Pourquoi une statue d'Art ? Demanda Ratio
-C'est vrai ça ! S'exclama Birthday. J'aurai été carrément mieux ! Après tout, je suis le plus beau et cool, n'est-ce pas ?
-Mais non, c'est évident ! S'exclama Nice. C'est parce que Fumiko est tombée amoureuse d'Art !
Je rougissais en même temps que Art, qui à mon regard, détourna le siens. Je regardais les autres qui semblaient vérifier sur mon visage si ce que disait le brun de 11 ans était vrai.
-Non ! Ce-Ce n'est pas ça ! Bafouillais-je. C-C'est juste qu'Art n'a pas de Minimum à montrer, alors je voulais simplement rappeler que malgré le fait qu'il n'en ait pas, il reste l'un des notre, et qu'il est tout aussi important… Vous ne pensez pas ?
Ils se concertaient du regard. Art me regarda, étonné par mon geste. Je lui souris. Ce n'était pas parce qu'il n'avait pas de Minimum qu'il fallait le juger ou le mettre à part, j'en étais convaincue. Art me souriait, comme si on l'avait retiré un poids du cœur.
-Hmmm… Je reste convaincu que la statue aurait été mieux à mon effigie… se plaignit Birthday
-Non, moi je pense que c'est mieux ainsi… disait Summer, regardant la statue d'Art
La sonnerie retentit alors : c'était l'heure de la première heure de cours.
-Vite, il faut se grouiller ! S'exclama Murasaki
Nous courrions alors dans les couloirs pour arriver à l'heure en classe. En train de courir, Art se positionna à côté de moi, puis me disait, plissant les yeux avec un sourire qui restera gravé dans ma mémoire :
-Merci, Fumiko…
Je rougissais légèrement. Art était quelqu'un d'exceptionnel, et je le savais rien que d'avoir passé une heure avec lui. Mon cœur cogna dans ma poitrine ne me dites pas que Nice avait raison ?! Je secouais la tête. Il fallait que je me concentre sur les cours et sur ma situation, pour l'instant… C'était le plus important. Les sentiments passent après. J'avais plus urgent à penser.
L'heure de cours se passa normalement : nous faisions des heures de cours général : maths, anglais, histoire… Mais aussi nous étudions les règles sur les Minimums, les Détenteurs, leurs travails dans le gouvernement, l'économie, les répercutions qu'ils ont… Nous étudions également de précédentes affaires afin de voir les enquêtes, et les différents Minimums qui existent dans le monde.
J'adorais les cours qu'ils enseignaient. Je restais captivée devant leur parole. Ou peut être juste à moitié… Je regardais de temps à autre le garçon aux cheveux aux cheveux mauves clair étudier, copier, et écouter attentivement. Je reçu plusieurs fois des coups de coude de Summer pour me dire de suivre le cours.
Quelque chose me disait que cette Académie était faite pour moi, que j'allais bien m'y plaire… Et je ne m'étais pas trompée.
