Le roi ennemi avait pris le temps, avant d'attaquer, d'ordonner à ses soldats de monter une grande tente où il pourrait attendre la fin des combats. Pour l'heure, il était assis sur une chaise, écoutant les rapports d'un autre homme pour ajuster ses plans en conséquence.
- Ils n'ont pas idée de ce qui les attend, disait cet homme, sûr de lui. Arthur Pendragon est plus aveugle qu'une taupe, cracha-t-il, il pense qu'il peut gagner face à votre armée, Sire.
Un sourire à glacer les sangs prit place sur le visage du roi. Son interlocuteur broncha à peine, sachant que la haine qu'il voyait ne lui était pas destinée.
- Trop jeune, trop faible, trop idiot, résuma le roi. Il ne mérite pas le titre roi, encore moins de vivre, et il l'apprendra bientôt à ses dépens. J'ai attendu tant de temps pour cette vengeance, dit-il pour lui-même, Arthur tremblera rien qu'en entendant mon nom. Et le sorcier ?
- Majesté, vous n'avez rien à craindre de lui, assura l'homme en face de lui. Nous vous l'amènerons sitôt que la citadelle aura été envahie. Il ne sera pas difficile à trouver, et il ne posera aucune difficulté.
- Prenez tout de même quelques hommes avec vous, ordonna le roi. Mieux vaut se montrer prudent.
- Bien sûr, Sire, vous avez totalement raison, accepta son interlocuteur en s'inclinant puis en sortant.
Une fois seul, le roi se leva et croisa les mains dans le dos, attendant patiemment que celui qui venait de sortir revienne avec ce fameux sorcier. S'il était aussi puissant qu'on le lui avait rapporté, l'avoir à ses côtés serait un atout considérable. Et s'il était aussi proche du Pendragon, ce serait une chose en plus qu'il aurait contre ce gamin.
Il sourit à nouveau en pensant à ce qu'il prévoyait de faire à Arthur. Prendre le contrôle de Camelot en faisait partie, bien évidemment, mais il prendrait un plaisir personnel à se venger de tout ce que Pendragon lui avait fait subir. Et le sorcier l'y aiderait. D'ici au lendemain matin, il serait prêt à faire tout ce que son nouveau maître lui demanderait.
Odin se rassit calmement dans sa chaise, songeant aux événements à venir.
oOoOo
Arthur ne fut pas surpris quand il vit Merlin à ses côtés, une épée à la main. Soit le magicien l'avait trouvée dans l'armurerie, soit il l'avait invoquée par magie, ce qui ne l'étonnait pas. Pendant un moment, il avait envisagé de donner Excalibur à Merlin. Il avait découvert l'épée grâce à son ami, et il savait maintenant qu'elle était magique. Il lui semblait juste qu'elle revienne, au moins pour la bataille en cours, à son légitime propriétaire, mais il savait que Merlin ne l'aurait pas accepté.
Rassemblés devant et entre les portes du château, les chevaliers se battaient vaillamment, repoussant l'envahisseur. Arthur se trouvait parmi eux, au premier rang même s'il était le roi. Il défendait sa cité, son peuple et ses hommes. Et malgré que ceux-ci aient tenté de le faire reculer, il était resté. Excalibur lui donnait une force supérieure à celle des chevaliers, et lui permettait de tenir plus longtemps contre les ennemis.
Lorsque Merlin déboula de Dieu seul savait où, Arthur voulut lui dire de s'en aller. Son ami était peut-être magicien, mais il restait un homme moyennement bon à l'épée. Et le roi doutait qu'il ait amélioré ses compétences grâce à la magie, parce qu'il préférerait s'économiser pour le moment où il en aurait le plus besoin – moment qui, avec un peu de chance, n'arriverait jamais.
Avant qu'il ait pu lui dire quoi que ce soit, trois chevaliers tombèrent simultanément entre eux deux, et les soldats d'Odin s'engouffrèrent par la brèche. Arthur fut séparé de Merlin, alors que les hommes de Camelot, rapides, encerclaient les ennemis pour les empêcher d'avancer et les éliminaient.
Tuant un homme qui cherchait à l'attaquer par derrière, Arthur s'arrêta un instant et chercha Merlin des yeux. Il le trouva à quelques mètres de lui, essayant visiblement de se frayer un chemin pour le rejoindre. Le roi leva une main pour attirer son attention et le faire s'arrêter puis, espérant qu'il l'entendrait, il lui parla par télépathie, pour éviter d'avoir à crier pour couvrir le bruit de la bataille autour d'eux.
« Va rejoindre Gaius à l'hôpital, demanda-t-il. »
« Mais… protesta Merlin. »
« Pas de mais. Ce matin, tu as parlé d'un moyen de neutraliser les sorciers. Gaius peut t'aider à en créer. Vas-y ! »
Arthur dut se détourner pour recommencer à se battre, rompant le contact visuel entre Merlin et lui.
« Merlin, fais-le ! Tu es plus utile là-bas qu'ici ! continua-t-il, sachant pertinemment que son ami n'était pas encore parti. »
« Vous n'avez pas intérêt à mourir ici, menaça Merlin. »
Le roi sentit plus qu'il ne vit le magicien partir, et se permit un soupir, soulagé. Au moins, Merlin était en sécurité relative, loin de l'endroit où il risquait le plus de se faire tuer.
Fermant les yeux un instant, il songea que si la bataille continuait à se dérouler aussi bien, ils allaient gagner. Juste au moment où il pensait ça, il sentit une vague de pouvoir émaner de devant lui, et vit tous les hommes à côté de lui être envoyés voler dans les airs. Repoussé moins fort que les autres pour une raison mystérieuse, il se cacha derrière un mur pour regarder tous les chevaliers retomber au sol, sonnés, et chercha la source de pouvoir.
Il retint un soupir de frustration lorsqu'il la vit : deux hommes se tenaient au centre des ennemis, leurs mains levées devant eux. Des sorciers. Ceux qui prenaient part à l'attaque. Ils venaient de permettre à une partie de l'armée d'Odin d'entrer dans la citadelle, le temps que les hommes de Camelot reprennent leurs esprits.
Sans réfléchir, Arthur se retourna et courut. Il ne fuyait pas le combat, non. Il devait prévenir Merlin.
oOoOo
« Des soldats sont entrés. Les serpents sont à leur place. »
Odin lut le message au fur et à mesure que la plume bougeait sur le papier. L'ouvre du sorcier qui faisait ça, un sorcier puissant, largement de taille à rivaliser avec le sorcier qu'ils devaient capturer si besoin était, lui permettait de se tenir au courant du déroulement des combats en temps réel, plutôt que d'avoir à attendre qu'un soldat revienne lui faire un rapport. La magie était vraiment une chose extraordinaire et extrêmement utile.
Le roi sourit lorsque la plume eut fini, et retourna s'asseoir, attendant toujours aussi patiemment. Bientôt, cette attente serait récompensée. Le sorcier-serviteur lui serait amené et, songeant à cela, il se releva brusquement et alla jusqu'à un sac posé dans un coin.
Il fouilla dedans quelques secondes et en sortit une paire de menottes en fer, reliées à une chaîne courte qui empêchait tout mouvement. Une autre paire de menottes était reliée à une plus longue chaîne qui pouvait être accrochée à un mur. Il sourit machiavéliquement. C'était parfait. Les menottes étaient couvertes de runes dorées qui réagissaient au contact du pouvoir de quelqu'un et le bloquaient, empêchant la personne de faire une quelconque magie.
Jusqu'à présent, ces menottes, au moins celles qui s'attachaient à un mur, n'avaient été testées que sur deux personnes : Uriel, le sorcier qui les avait créées et qui s'était porté volontaire pour vérifier qu'elles fonctionnaient, et la sorcière. Dans les deux cas, elles avaient était extrêmement efficaces, annihilant complètement la magie.
La deuxième paire de menottes n'avait pas encore été nécessaire. Mais elle pourrait lui être utile pour mater le sorcier de pacotille avant d'être couronné roi de Camelot. L'image d'un homme avec des pouvoirs magiques qui se ralliait à l'ennemi anéantirait le peuple et les chevaliers, Arthur avec, même s'il savait que son serviteur était un sorcier. Tout le monde à Camelot pensait que la magie était mauvaise, une telle chose ne ferait que renforcer l'impression, et ça ne lui serait que bénéfique.
Il fut interrompu dans ses pensées par un raffut à l'extérieur. Odin ne prit pas la peine de sortir voir ce qui se passait, ses hommes, s'ils ne se battaient pas entre eux, règleraient le problème. Et s'ils se battaient suite à une dispute, qu'il en soit ainsi. Le vainqueur en ressortirait plus fort et plus futé, et défendrait mieux son roi et ses camarades, s'il le décidait. Quant au perdant, il ne méritait pas de continuer s'il n'était pas capable de gagner un duel.
Les chaînes toujours dans les mains, il se retourna brusquement lorsqu'il entendit le pan de sa tente se rabattre, déjà prêt à renvoyer vertement quiconque osait le déranger.
Il s'immobilisa totalement en découvrant son visiteur. Un énorme loup se tenait devant lui, les poils hérissés et les babines retroussées. Il grognait sauvagement, prêt à défendre sa vie coûte que coûte. Odin se demanda vaguement ce qui avait empêché ses hommes de s'occuper d'un vulgaire chien. Décidément, ces hommes étaient encore plus incapables que ce qu'il pensait.
Les yeux de l'animal bougèrent pour le détailler, et après ce que le roi crut identifier comme de la surprise, il décampa sans demander son reste. Apparemment, l'expression d'Odin l'avait convaincu que cet homme-là n'était pas quelqu'un à qui il voulait se frotter.
Odin ricana, satisfait. S'il effrayait même les loups, qui était ce sorcier pour lui résister ? Ça allait être un jeu d'enfants.
oOoOo
Merlin courut dans les couloirs de Camelot, heureusement encore déserts pour le moment. Il savait très bien pourquoi Arthur l'envoyait voir Gaius, et ce n'était certainement pas pour créer des poupées vaudou. Le roi savait aussi bien que lui qu'on ne pouvait pas en créer en un claquement de doigts, même si on était sorcier, et qu'aucun d'eux n'avait de toute façon le matériel nécessaire.
Non, Arthur le protégeait. Parce qu'à l'image du puissant magicien se superposait celle de son ami un peu maladroit et malhabile avec une épée. Le roi savait très bien que Merlin économisait sa magie, parce qu'il faisait la même chose avec ses forces, et qu'il ne faisait pas le poids dans un champ de bataille.
Le magicien soupira, à la fois amusé et frustré. Amusé, parce que même en temps de guerre, Arthur cherchait à lui éviter les ennuis à tout prix. Frustré, parce que ça l'éloignait de son ami, alors qu'il aurait dû être à ses côtés pour empêcher quiconque de chercher à le tuer.
Il ralentit et se mit à marcher, un peu essoufflé, en direction de l'hôpital. Gaius ne pouvait peut-être pas l'aider avec les poupées vaudou, mais il aurait peut-être un autre moyen pour neutraliser les pouvoirs d'un sorcier. Au même moment où il faisait ça, il fut dérangé par une explosion de magie quelque part dans Camelot, et étendit instinctivement son esprit sur le château pour en trouver la source.
Il la sentit, et voulut faire demi-tour aussitôt. Parce que l'explosion se trouvait exactement là où Arthur était. Ce qui voulait dire qu'Arthur était en présence d'au moins un sorcier ennemi – impossible de distinguer les éventuelles sources de pouvoir – et qu'il était en danger de mort.
Il s'empêcha cependant de rebrousser chemin lorsqu'il sentit l'empreinte d'Arthur se déplacer pour entrer dans le château, et en fut extrêmement soulagé.
« Arthur ! appela-t-il. »
« Merlin ! entendit-il le roi répondre, essoufflé. Les sorciers ont attaqué ! »
« Je sais. Nous devons nous rej… »
Il n'eut jamais le temps d'achever sa phrase. Alors qu'il marchait, il vit du coin de l'œil un mouvement brusque, trop rapide pour qu'il l'identifie, et tout devint noir.
oOoOo
J'ai presque envie de dire « encore », pour Merlin. Le pauvre, il est pas gâté par les ennemis…
Et voilà, contrairement aux doutes de plusieurs d'entre vous, Odin est bien là ^^
