Chapitre 4 : Les années passantes…
Ces années défilèrent à toute vitesse. Je m'étais liée d'amitié avec à peu près tout le monde, mais j'avoue que ce fut assez court…
J'écrivais toujours dans le livre que Gasquet m'avait offert, racontant presque toutes mes journées et mes pensées : je ne pouvais m'empêcher d'écrire dans les 24 heures. Je lui rendais visite de temps à autre, et il m'accueillit toujours avec le sourire. Je lui racontais les nouvelles, et il fut ravi de m'écouter, toujours cigarette à la bouche.
Summer était devenue ma meilleure amie. On ne se quittait plus, on avait fait des délires, des bêtises, beaucoup de bêtises même ! On s'était éclaté pendant ses années. Peu de temps après que je sois arrivée, Birthday avait quitté l'Académie, ayant une maladie grave. Ratio, en ami de cœur, s'était décidé à le suivre.
Une nouvelle fille arriva : Honey. Elle avait les cheveux couleur beige, avec des petites couettes. C'était la plus jeune qui n'était jamais venue ! Elle possédait le pouvoir de l'information, pouvait traiter des données en un temps record. On n'avait jamais vraiment vu son pouvoir…
Puis, à l'âge de 14 ans, Nice quitta l'Académie pour des raisons que l'on ignorait. Il partit du jour au lendemain, sans prévenir. Je hochais les épaules : il faisait ce qu'il voulait après tout ! Mais Summer était inquiète par son comportement. Elle s'était aussi plain des cours qu'elle trouvait dorénavant ennuyant, puis elle partit, elle aussi, et nous nous promettions de rester toujours amis, quoi qu'il arrive.
Son départ m'avait fait mal au cœur, comme on ne pouvait l'imaginer. Mais elle avait fait son choix : elle ne pouvait plus supporter cette école, et le fait d'être enfermé à double tour dans un endroit dirigé par le gouvernement.
C'est à ce moment là que je m'étais rapprochée d'Art. Son Minimum n'avait toujours pas été découvert, puis les scientifiques abandonnèrent. Ils disaient que s'il possédait un Minimum, alors ils l'auraient trouvé de puis longtemps… Mais Art ne baissait pas les bras. Il resta dans cette école, et, dès qu'il apprit ça, il redoubla d'effort dans ses études : il emprunta presque tous les livres de la bibliothèque concernant quelconque informations sur les Détenteur ou les Minimums.
Nous étions devenus très proche, très liés. A chaque fois que je le voyais, cependant, je sentais mon cœur cogner dans ma poitrine et une étrange sensation de bonheur, un peu comme si mon Minimum se manifestait, mais c'était encore différent…
En tant qu'ami, et parce qu'à moi aussi, ça m'intéressait, je lisais et récoltais des infos avec lui, à ses côtés. J'épluchais chaque livre, chaque manuscrit. J'avais de bonnes notes à l'école, tout comme Art, qui m'impressionnait avec sa vitesse de lecture. Il était toujours plus curieux, avides de connaissance et d'information. Il demanda un jour à un professeur de lui montrer ses archives, dans les recherches sur les Minimums. Mais celui-ci lui avait dit qu'ils étaient confidentiels, et que, de toute façon, ils n'étaient pas à l'Académie.
C'est à ce moment que sa soif de connaissance l'a perdu. Le lendemain, je fus réveillée par les professeurs qui courraient dans tous les sens. Je les interpellais, puis ils me dirent :
-Art est à l'hôpital ! Il a une hémorragie très grave au niveau du crâne !
Mon cœur fit un bond dans ma poitrine. Art ? A l'hôpital ? Non, ça ne se pouvait pas…
Je demandais alors à tous les passants où était Art dans un accès de panique. L'un d'eux me disait l'adresse : l'hôpital à cent mètre de l'Institut Minimum. Alors que j'entendais le nom de cet établissement maudit, je me contentais de ne pas y penser, mais de penser plutôt à Art : il allait peut-être mourir. Non ! Il fallait que je fasse quelque chose ! Je courais encore plus vite, espérant arriver à temps. Je ne voulais pas avoir de regret comme quoi je n'étais pas arrivé à temps.
Une fois que j'avais franchis la porte, je me précipitais vers la réceptionniste pour lui hurler quel était le numéro de sa chambre. Reculant d'un pas, comme si mon regard pouvait la tuer, elle disait le numéro en bafouillant. Rapidement, je me rendis dans l'ascenseur, bousculant des personnes au passage, puis spamma le bouton de l'étage. J'attendais. Avec réflexion, j'aurai préféré prendre les escaliers. Je courrais dans les couloirs, puis je vis à travers les vitres transparentes, Art, étendu sur un lit, branché à des centaines d'appareils :
-Art !
Je rentrais en trombe dans la chambre, les larmes coulantes, mais alors que je voulais m'approcher le médecin m'arrêta dans ma course, et d'n ton sérieux, il disait :
-Mademoiselle, je vous pris de sortir, nous devons l'opérer d'urgence.
-Non ! S'il vous plait ! L'implorais-je. Je veux le voir, toucher sa peau une dernière fois, s'il vous plait !
Je tenais à tenir son poignet dans mes mains, sentant son pouls peut-être pour la dernière fois entre mes mains… Le sentir respirer…Le sentir vivre…
-Je suis désolé, nous ne pouvons pas vous laisser passer.
Je me débattais de son emprise, puis des personnes arrivèrent dans la chambre, en tenue de chirurgiens, pour l'opérer. Je criais, je hurlais pour qu'il ne l'emmène pas dans leur chambre… Mais mes cris ne changèrent rien à la situation.
J'étais alors obligée d'attendre dans la salle d'attente, comme une personne banale attendant son jugement. Art ne méritait pas ça… Il en le méritait en rien, il ne devait pas mourir, je le lui défendais… Puis je me souvenais de mon Minimum. Je serrais le livre de Gasquet entre mes mains. Même si mon pouvoir consistait à changer la matière, on le disait qu'il pouvait s'améliorer, pas vrai ? Je n'avais plus fais de test depuis… On pouvait toujours tenter ? Après tout, qu'est-ce que ça coutait à part du sang de ma part ?
Je saisis ma plume et m'entailla légèrement le poignet, afin d'en mettre une goutte sur la page. Je voulais essayer, quoi qu'ils en disent, quoi qu'il en coute, je devais essayer… Je trempais le bout de la plume puis le posais sur le papier. Je ressentis cet habituel battement, annonçant le début de mon pouvoir. Mais cette fois, c'était différent : je le ressentais plusieurs fois, cognant de plus en plus contre ma poitrine, me procurant plus de sensation. Mais qu'est-ce que c'était ? Puis, ignorant ce phénomène, tremblante, les larmes coulant toujours, je décidais de m'y mettre :
Je veux qu'Art ne meure pas. Qu'il se rétablisse, qu'il guérisse rapidement, qu'il ne franchisse pas le cap des morts, qu'il reste en vie. Je vous en supplie… Si ce Minimum peut faire quelque chose, alors faites-le… Je ne veux pas qu'Art meure, je ne veux pas qu'Art meure… Je veux qu'il reste en vie…
Mes larmes mouillèrent la feuille sur laquelle j'écrivais. Je refermais le livre puis, je mis ma tête contre mes genoux, pleurant, implorant. Après tout ce que j'avais vécu, toutes les fois où Dieu m'avait craché dessus… Je ne pouvais m'empêcher de dire que j'étais maudite. Je priais, je hurlais intérieurement : faites qu'il soit sauf ! Faites qu'il vive !
Et sûrement pour la première fois dans ma vie, Dieu avait entendu mes paroles.
-L'opération fut un succès, c'est un miracle ! Survivre à une telle hémorragie, c'est à croire si Dieu ne la pas incité à rester…
Je levais mon visage plein de larme vers le médecin, qui me sourit amicalement. Je voulu demander immédiatement à le voir, mais il disait que c'était impossible, qu'il fallait qu'il se repose. Je ne discutais pas, contrairement à la dernière fois, je le remerciais, et le lendemain, j'allais le voir.
Il était à, le haut du crâne rasé et couvert de bandage pour avoir fait l'opération. Dès que j'entrais, il se retirait de sa lecture pour m'offrir un sourire, le même que celui qu'il m'avait donné le premier jour où je l'avais connu, et qu'il m'avait remercié. Ce sourire là. Je lui rendis, heureuse. Art n'était pas mort.
Je lui offris un livre à pages blanche en guise de rétablissement. Pour moi, c'était le plus beau cadeau qu'on pouvait offrir à quelqu'un, et pour cause : j'avais toujours le miens sur moi. Il l'accepta avec plaisir, puis il me confia qu'il ne se rappelait plus ce qu'il s'était passé ce jour là, le jour où il avait finit à l'hôpital, où il avait fait l'excursion à l'Institut. Je lui souriais : c'était peut-être mieux ainsi.
C'est à ce moment, même déplacé, que je lui racontais mon passé. Après Gasquet, c'était la seule personne à qui je m'étais confié. Cela renforça notre lien, encore plus.
Au bout de quelques semaines, il était de nouveau sur pied, puis nous reprenions nos habitudes de lectures et de recherche d'informations. Après que je lui avais raconté mon histoire, il était convaincu qu'il y avait quelque chose caché derrière tout ça, et il me promit qu'il allait le découvrir. Pour moi, il n'y avait rien de caché, tout était très clair. Mais j'avais beau lui répéter, il gardait cette idée en tête.
Quelques années plus tard, Art fut diplômé de l'Institut, prit directement au poste de commissaire dans les affaires criminelles concernant les Détenteurs à 20 ans. J'étais diplômé, moi aussi : mais j'avoue que je ne savais pas quoi faire, maintenant. Après tout, j'ai fais l'Académie pour justement faire quelque chose… Mais à présent, je n'avais pas vraiment réfléchit à ce que j'allais devenir… Puis, quelques jours plus tard, on devait quitter l'Académie. Art et moi regardions en arrière le bâtiment, chargé de bon souvenir.
-C'est une nouvelle vie qui commence… souri-t-il, des rêves plein à la tête
-J'aurai tellement voulu rester plus longtemps… soupirais-je. Je n'ai aucun projet pour la suite… A vrai dire, je ne savais même pas que j'irai jusque là…
-Tu n'as aucune idée ? Vraiment aucune ? Tu sais, tu es diplômé de l'Académie Facultas, ce n'est pas rien ! Tu devrais travailler avec ton Minimum, il est précieux, tu sais…
Je n'osais pas le regarder : lui, il n'avait pas de Minimum, et je sentais au fond de lui qu'il aurait toujours voulu en avoir un. Mais malgré ça, je l'admirais, car il avait trouvé un bon travail, qui lui plairait sûrement.
-Non, déclarais-je, je refuse de travailler comme une machine au service du gouvernement.
Art réfléchit, puis il sourit avant de proposer :
-Et si…tu devenais ma partenaire en tant qu'inspectrice de police ?
Je détournais le regard de la façade de l'école pour plonger mes yeux dans les siens. Il semblait sincère dans sa proposition, et était vraiment sérieux. Les pensées cogitaient dans ma tête : travailler avec Art ? Dans la police ? En tant que sa partenaire ?
Je souriais. Je n'avais pas besoins de réfléchir très longtemps : travailler avec un ami d'enfance et de cœur, qui faisait balancer mon cœur comme dans un ascenseur, je ne pouvais pas dire non. Je m'avançais, puis tendis la main vers lui, pour dire :
-Je suis d'accord…Partenaire…
Il regarda ma main et l'attrapa pour me la serrer à son tour.
-C'est d'accord, on fera comme ça… Mais je serai ton patron, tu sais ? ajouta-t-il avec un sourire moqueur.
Je gloussais. Je sentais que l'on allait bien s'entendre, et que ma vie professionnelle allait s'avérer plus cool que je ne l'avais prévu…
En sentant sa main chaude encore dans la mienne, je sentais son réconfort, la sensation de relaxation qu'il me procurait, comme si tous mes problèmes s'évaporaient en un instant.
-Je pense que tu peux lâcher ma main, à présent… disait-il, un sourire gêné
Mes joues commencèrent à devenir rouges, puis j'enlevais ma main d'un petit coup brusque. Oui, je ne m'attendais sûrement pas au futur que me réservait ce parcours… Un futur semé d'embuche, accompagné d'un partenaire avec qui ma relation allait devenir un peu particulière…
Oui, à cet instant, je ne pensais pas que ma vie se déroulerait comme dans un roman... Un roman mouvementé et qui, s'il se vendait, deviendrait un Best-seller…
