Aithusa releva la tête en sursaut. Elle n'aurait su dire ce qui la dérangeait, et ça l'inquiétait. Tournant la tête, elle vit Morgane qui travaillait dans la maison, pas en danger. Alors que se passait-il ?
Concentrée sur ce qu'elle faisait, Morgane ne vit pas son amie s'agiter tout en restant étendue sur le sol qu'elles avaient aménagé pour lui permettre de se coucher. Regardant dans toutes les directions, Aithusa chercha ce qui l'avait tirée de ses pensées sans dire un mot.
La dragonne avait atteint une taille qui faisait presque le tiers de celle de Kilgharrah, et ses instincts s'étaient développés avec. Si quelque chose l'avait dérangée, alors quelque chose n'allait pas. En se concentrant, elle comprit que la sensation ne venait pas de l'extérieur, mais de l'intérieur, en elle.
Aithusa fronça les sourcils, craignant le pire. Elle étendit son esprit jusqu'à Camelot et chercha Merlin. Son Seigneur des Dragons était l'un des seuls avec qui elle avait une telle connexion. Elle soupira intérieurement de soulagement lorsqu'elle trouva l'empreinte dorée puissante du magicien, mais fronça les sourcils en essayant de l'appeler directement par la pensée.
Elle n'arrivait pas à l'atteindre. Merlin ne fermait jamais son esprit ainsi, elle pouvait toujours communiquer avec lui, tout comme Morgane ou Kilgharrah. Ce n'était pas normal. La dragonne s'aperçut qu'à part son empreinte, elle ne sentait rien d'autre de Merlin. Comme s'il était là… sans être là. Etait-ce cela qui l'avait alertée ?
Probablement. Sans perdre de temps, Aithusa se leva. Merlin était certainement en danger, ou son esprit ne serait pas bloqué ainsi. Elle s'inquiéta en sentant d'autres sorciers. Des amis ? Aithusa ne connaissait pas de sorcier qui pût vivre à Camelot, à part celui qui était venu deux mois auparavant, et celui-là était gentil. En revanche, les empreintes des sorciers qu'elle sentait avaient quelque chose de malsain, de corrompu.
- Aithusa ? demanda Morgane, ayant entendu la dragonne se lever. Que se passe-t-il ?
« Je ne sais pas… répondit Aithusa. Merlin a un problème. Je dois y aller. »
Lorsqu'elles s'étaient installées ici, Morgane se serait énervée qu'Aithusa pense à Merlin et croie qu'il avait un problème alors qu'elles étaient toutes les deux. Mais au fil du temps, elle en était venue à voir le lien entre un dragon et son Seigneur des Dragons autrement, même le Seigneur des Dragons lui était apparu autrement. Et aujourd'hui, à sa plus grande surprise, elle se leva brusquement et s'agita.
- Je viens avec toi, s'entendit-elle dire.
Aithusa la regarda un instant, indécise. Si ce qu'elle sentait de ces empreintes était une quelconque indication, il y avait de la mauvaise magie à l'œuvre à Camelot. Cela dit, Morgane était très puissante. Son pouvoir combiné à celui de Merlin pouvait repousser n'importe quoi.
« Très bien, accepta-t-elle. Dépêche-toi. »
Aussitôt, Morgane se percha sur les épaules d'Aithusa, qui s'envola vivement et se dirigea vers le château le plus rapidement possible.
« Nous devons passer chercher quelqu'un, pour aider au cas où, annonça la dragonne peu après. »
Morgane ne répondit pas, et Aithusa comprit qu'elle se concentrait déjà. Elle accéléra jusqu'à être à la limite de sa vitesse. Camelot était à une heure de vol, il pouvait s'écouler plein de choses entre temps… Heureusement, la personne qu'elle comptait emmener avec eux était sur leur chemin, leur évitant de faire un détour et de rallonger encore plus le temps qu'elle mettrait à atteindre Camelot.
La dragonne étendit encore plus son esprit afin de former un large cercle. Cette manœuvre ne lui coûtant absolument aucun effort, elle pouvait se permettre de rester ainsi des heures durant. Elle chercha la présence familière de celui qu'elle n'avait rencontré qu'une fois auparavant, et le trouva heureusement seul et en terrain dégagé.
Se dirigeant vers l'endroit où il était, Aithusa descendit jusqu'à se trouver à la cime des arbres. Elle sourit lorsqu'elle vit la silhouette du druide, debout sur le sol, apparemment en transe, et plongea brusquement pour le saisir entre ses pattes avant. Ishlar rouvrit les yeux et cria lorsqu'il se sentit soulevé puis éloigné du sol, s'accrochant instinctivement à ce qui le tenait. Il tourna frénétiquement la tête pour voir qui l'emportait ainsi, et s'immobilisa totalement lorsqu'il vit les yeux d'Aithusa, qui avait baissé la tête pour pouvoir le regarder.
- Dragonne Blanche… murmura-t-il avec révérence.
Aithusa en aurait ri si la situation n'était pas aussi sérieuse. Ishlar avait apparemment décidé de lui donner du « Dragonne Blanche » à chaque fois qu'il la voyait.
« Emrys est peut-être en danger, dit-elle, répondant à la question informulée du druide. Il a besoin de toute l'aide possible. »
Ishlar en resta sans voix pendant tout le reste du voyage.
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Arthur jura lorsqu'il n'entendit pas la suite de la phrase de Merlin. Dans quoi l'idiot s'était-il encore fourré ? Une communication télépathique ne se brisait pas comme ça ! Et ce n'était pas comme si Merlin s'était interrompu volontairement, non, son ami ne répondait plus du tout !
« Merlin ! essaya-t-il tout de même à nouveau. »
Pas de réponse, bien sûr. Arthur accéléra, désireux de retrouver le magicien. Il ignorait où il était exactement, alors il suivit le chemin qui menait à l'hôpital, espérant que Merlin était bien en chemin pour aller voir Gaius. Sinon, il pouvait le chercher pendant des heures sans le trouver, vu la taille du château.
Il espéra que Merlin ne s'était pas engagé dans un combat magique ou quelque chose comme ça. Les seuls sorciers qu'il avait vus étaient les deux qui avaient envoyé voler tous ses hommes, mais il pouvait très bien y en avoir d'autres, qui étaient entrés par leurs propres moyens.
Tournant à un coin, il s'arrêta brusquement en entendant des voix.
- Allons-y, Arthur pensera juste qu'il a fui.
Arthur n'aima pas la façon dont cet homme parlait. Et cette voix… Il la connaissait. Sans pouvoir la remettre pour le moment, il se concentra sur la scène qui se déroulait devant lui. Aussitôt, il reconnut le dos de Merlin, soutenu entre deux hommes, des soldats, à en juger par leur cotte de mailles.
Notant l'épée au sol du coin de l'œil, Arthur fronça les sourcils. Il ne voyait pas le derrière de la tête de son ami, ce qui signifiait qu'il la gardait complètement baissée en avant. Pas très confortable. Puis il vit la façon dont ses pieds ne soutenaient pas son poids. En fait, sans les deux hommes qui le tenaient, il ne semblait pas capable de tenir debout.
- Lâchez-le ! ordonna-t-il d'une voix dure et froide.
S'attendant à ce que Merlin relève la tête en l'entendant, la confusion d'Arthur augmenta lorsque son ami ne bougea pas d'un pouce. En revanche, tous les hommes présents pivotèrent ou, dans le cas de ceux qui tenaient Merlin, tournèrent la tête. Et Arthur resta bouche bée.
Devant lui se tenaient cinq soldats, en comptant les deux qui faisaient office de béquille, mais aussi un noble de sa propre cour, et un roi. Margen et le Sarrum. Margen était un traître. Le Sarrum était un lâche, pour s'être introduit dans le château comme ça, alors que personne ne soupçonnait sa présence.
Avant qu'il ait eu le temps de dire quoi que ce soit, les trois soldats le chargèrent, et Arthur se prépara à les affronter avec un cri rageur. Ils s'en prenaient à Merlin. Personne n'avait le droit de toucher à Merlin. Surtout pas eux. Dans un coin de sa tête, Arthur se réprimanda pour ne pas avoir vu clair dans le jeu de Margen plus tôt. Le noble ne faisait que leur mettre des bâtons dans les roues, particulièrement depuis l'arrivée d'Alator à Camelot.
Arthur fit taire ces pensées et se concentra sur les trois hommes devant lui. Où Odin trouvait-il ses soldats ? Ils ne représentaient même pas un vrai défi ! Lorsqu'il eut fini, entouré de trois corps, les deux soldats encore vivants lâchèrent brusquement Merlin, qui s'écroula au sol avec un bruit sourd. Arthur étrécit les yeux, encore plus furieux. Sans attendre qu'ils arrivent sur lui, il chargea les hommes qui avaient osé traiter Merlin comme s'il n'était qu'un vulgaire sac de farine.
Ces deux-là furent neutralisés encore plus rapidement que les autres. Arthur leva les yeux, prêt à en découdre avec Margen et le Sarrum. Il ne vit aucun des deux devant lui, et cria presque devant leur lâcheté. A la place, il courut jusqu'à Merlin, s'agenouilla à côté de lui et le retourna pour qu'il repose sur le dos et pas comme le tas dans lequel il avait atterri.
- Merlin ? appela-t-il.
Il serra les poings en découvrant une grosse coupure saignante sur la tempe droite de Merlin. Pas étonnant que son ami n'ait pas bougé depuis qu'il l'avait rejoint, il était inconscient. Vérifiant son pouls, il soupira de soulagement et leva les yeux pour inspecter le couloir. Si d'autres soldats entraient, il y avait des chances qu'ils passent par là. Et tant que le magicien ne se réveillait pas, Arthur était le seul à pouvoir les défendre. Si c'était tout un groupe qui entrait, il ne ferait pas le poids.
Avisant un coin sombre, à quelques mètres, le roi se redressa légèrement et saisit Merlin par les aisselles pour passer ses bras sous les siens, les refermer sur son torse et tirer son ami jusqu'au coin. Sans aucun doute l'endroit où les soldats et les deux fuyards avaient attendu, pour pouvoir tendre un piège au magicien. Sinon, il ne se serait pas laissé surprendre. Il déposa Merlin sur le sol et retourna chercher Excalibur et l'épée de Merlin, puis revint dans la cachette et s'assit contre le mur. Même s'il devait rester immobile toute la nuit, il ne bougerait pas d'ici tant que Merlin ne reprendrait pas conscience. Hors de question de le laisser tout seul dans cet état.
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Merlin avait mal. Une douleur lancinante. A la tête, surtout. Il avait l'impression que son crâne allait exploser à chaque battement de cœur. Le reste de son corps était aussi douloureux, mais ce n'était rien comparé à sa tête.
La sensation de danger l'envahit dès qu'il commença à reprendre conscience. Il était en danger. Il devait se défendre, se sauver. Il devait…
- Merlin, arrête ! cria une voix proche.
Arrêter quoi ? Il connaissait cette voix, mais elle n'avait aucun sens. Il n'avait rien à arrêter, il ne faisait rien. Comment arrêter quelque chose qu'il ne faisait pas ?
- Merlin ! cria à nouveau la voix.
Plus désespérément cette fois, plus faiblement aussi, comme si la personne luttait contre quelque chose. Ennuyé, Merlin se força à ouvrir les yeux. Et les referma en le regrettant aussitôt. Le monde tournait, trop vite pour qu'il distingue quoi que ce soit.
Le magicien entendit à nouveau son nom, encore plus faiblement, si bien qu'il eut presque du mal à le reconnaître. Priant pour que le monde arrête de tourner, il ouvrit de nouveau les yeux, et attendit que la douleur se calme et que les murs se stabilisent. Il soupira presque de soulagement lorsqu'ils le firent enfin.
Sans oser se redresser, il distingua une forme du coin de l'œil droit et tourna très légèrement la tête, grimaçant à la douleur que ça lui causa. Il reconnut le propriétaire de la voix, nul autre qu'Arthur. Comment Arthur était-il arrivé ici ? Le roi semblait suffoquer et vouloir s'enfoncer dans le mur jusqu'à y disparaître. Merlin fronça les sourcils. Il aurait dû savoir que c'était impossible.
Les lèvres d'Arthur bougèrent, mais aucun son n'en sortit. Les yeux exorbités, il continua de fixer Merlin et leva une main, tentant visiblement de lui faire comprendre quelque chose d'important. Merlin plongea en lui-même pour ouvrir leur connexion télépathique et sentit sa magie qui agissait. Stupéfait parce qu'elle n'était pas censée faire ça, il suivit son cours et découvrit qu'elle était directement reliée à Arthur, et formait comme un cercle protecteur autour du magicien.
Sa magie était hostile et dangereuse pour quiconque entrait dans ce cercle. Et Arthur… Arthur y était ! Comprenant enfin pourquoi le roi semblait s'enfoncer dans le mur, Merlin reprit rapidement le contrôle sur sa magie et stoppa son action. Aussitôt, Arthur respira frénétiquement et tout son corps se détendit, comme libéré d'une menace.
- … passé ? marmonna Merlin d'une voix rauque, incapable de prononcer plus de mots.
Il essaya de s'asseoir et renonça à mi-chemin, sa tête lui faisant trop mal. Après avoir repris ses esprits, Arthur vint à côté de lui et l'aida, Merlin fermant les yeux pour limiter le tournis.
- Tu as été assommé, expliqua Arthur. Je suis arrivé alors que des hommes allaient t'emmener.
- Qui ? réussit Merlin.
- Le Sarrum… et Margen.
Merlin siffla, furieux contre le traître.
- Et là ?
- Je ne sais pas, avoua le roi. J'ai à peine eu le temps de voir que tu te réveillais avant de me retrouver coincé contre le mur.
- Ma magie… a réagi sans que je la contrôle… pour me protéger. Désolé, s'excusa Merlin, stupéfait d'avoir réussi une phrase entière.
- Ce n'était pas de ta faute, assura Arthur. Ta magie a eu raison de réagir comme ça.
Il avait raison, mais ça n'excusait pas le fait que si Arthur ne l'avait pas arrêté, Merlin l'aurait tué. D'ailleurs, la puissance développée aurait dû broyer Arthur contre le mur. Le magicien n'était pas mécontent qu'elle ne l'ait pas fait, au contraire, mais c'était troublant.
- Combien de temps ? demanda-t-il.
Arthur n'eut pas besoin de demander à quoi il faisait allusion.
- Une demi-heure environ. Merlin, il y a au moins deux sorciers présents, continua-t-il.
- Puissants ?
- Ils ont réussi à sonner tous les soldats de Camelot là où j'étais avant de venir ici. En combinant leurs forces, je pense.
- Je les ai sentis. Ils ne m'égalent pas. S'il n'y a qu'eux, ça devrait aller.
- Si, répéta Arthur, la mine sombre.
Les choses allaient rarement aussi facilement que ça. En fait, Arthur s'attendait presque à voir surgir une petite armée de sorciers, qui balayerait Camelot d'un geste de la main. Sachant qu'il exagérait, il se leva et tendit une main à Merlin, qui la saisit et ferma les yeux avant de se laisser tirer sur ses pieds. Il garda une prise sur le magicien tant que celui-ci n'eut pas retrouvé complètement son équilibre.
- Tu devrais soigner ça, signala-t-il en désignant la tête de Merlin de sa main libre.
Merlin porta une main à sa tempe, et écarquilla les yeux en voyant le sang qui la teintait. Pas étonnant qu'il ait si mal à la tête ! Le sang avait fini par sécher là où il avait coulé, formant une cascade rouge le long de sa joue et dans son cou, mais il était encore frais au niveau de la blessure.
- Ça guérira tout seul, dit-il en haussant les épaules. On n'a pas le temps.
Ignorant les protestations d'Arthur, il se mit en marche vers l'endroit où les sorciers allaient probablement s'ils voulaient lancer une attaque massive qui neutraliserait tout le château. Au cœur de Camelot, dans la salle du trône.
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Ce que j'ai dit dans le dernier chapitre n'est pas tout à fait juste : Odin est bien là. En revanche, personne n'a dit qu'il était tout seul ^^
