Chapitre 5 : Un an après le diplôme…

-Alors, alors ? Comment ça se passe avec Art ?

Je soupirais en laissant retomber mon soda sur ma table. Summer me regarder d'un sourire taquin. Elle avait bien changé depuis l'Académie : les cheveux longs, deux mèches en dégradés lui arrivant à l'épaule, une tresse sur le côté attaché par deux pétales de fleur de cerisier.

Après avoir quitté l'Académie, elle avait rejoins Murasaki et Nice au « Café Nowhere » : ils y ont loué une table, et avec Birthday et Ratio, ils constituent une agence de détective constitué de Détenteur. Leur paye ne dépend que des affaires qui leur étaient proposé, et ils ne gagnaient pas beaucoup mais ils s'amusaient bien. Même moi, de temps à autre, je voulais bien les aider si je n'avais pas beaucoup de travail.

C'est pourquoi Summer m'avait invité à boire un coup dans ce café. Nous nous étions retrouvés rapidement après le diplôme, et ces petites conversations autour d'un verre sont devenues habituelles. Aujourd'hui, tout le monde était sur une affaire, et Summer avait décidé de prendre congé, et en avait profité pour m'inviter.

Le chef du bar, Master, ainsi que la serveuse, Koneko, étaient leurs amis et s'entendaient bien. J'avoue que de parler de ce genre de chose devant eux me gênait au début, mais ce ne sont pas des cafteurs : ils gardaient les secrets.

-Pourquoi tu me pose cette question tout le temps ? Soupirais-je, agacée et gênée

-Bah quoi !? J'ai le droit de savoir ! Alors ? Vous en êtes où ? Baiser ? Confession ? Attends ! Ne me dites pas que… Je n'y crois pas !

-Arrête de te faire des films, Summer ! Il ne s'est rien passé ! Il n'est que mon partenaire ! Rien de plus !

-Rien de plus…pour l'instant ! Répliqua-t-elle avec un sourire qui s'évanoui rapidement. Tu sais, tu devrais arrêter de te mentir à toi-même… ça fait quand même des années que tu contiens tout ça, mais tu ne remarques rien.

Je détournais le regard pour regarder mon reflet dans mon verre de coca, rougissant. C'était vrai que j'avais toujours ses pulsations s'accélérant lorsqu'il s'approchait trop près, cette sensation de bonheur quand il est à côté de moi, cette envie d'entrelacer mes doigts dans les siens quand sa main est proche de la mienne, c'est vrai que j'avais l'envie de…Je rougissais encore plus quand j'imaginais une scène de baiser.

Mais tout cela n'était pas de l'amour. C'était de l'affection, rien de plus. On a vécu beaucoup de souvenirs, de moment ensemble, mais rien de plus. Ce n'était pas possible. Cependant, j'essayais de changer de sujet de conversation :

-Et toi, Nice ? Ça avance ?

Elle soupira et mit sa chaise en équilibre sur deux pieds, les mains derrière la tête :

-Laisse tomber ! Cet idiot ne voit même pas que j'en pince pour lui…

-Pourquoi ne pas lui dire directement au lieu d'essayer de lui faire comprendre ?

-Eh bien, rougit-elle, ce n'est pas facile, tu sais… Tant que je ne suis pas sûre, je ne préfère pas tenter… Après tout c'est de Nice que l'on parle !

Je sirotais mon coca. Cela faisait depuis l'enfance qu'elle en pinçait pour Nice. Le brun au casque l'avait toujours intéressé de toute façon… Ce n'était pas difficile à deviner… Summer regarda sur le coin de la table :

-Tu as encore acheté un livre à pages blanches ? C'est le combientième ?

-Oui, j'avais finis l'ancien. Je pense que c'est le quinzième…ou peut être seizième, je ne sais plus trop…

-Toujours cette manie d'écrire tout ce qui se passe dans ta tête ? Me taquina Master, moulant du café

-Tu dois avoir une grande bibliothèque chez toi, non ? Demanda Koneko, débarrassant le soda de Summer

Chez moi ? Oui, c'était bien ça le problème… Je n'avais pas de chez moi.

-Ou-Oui, mentis-je. J'ai une grande étagère…

-Tu devrais me faire visiter ! S'exclama Summer, joyeuse. Tu ne m'as jamais montré ton appartement ! Tu dois l'avoir construit toi-même avec ton Minimum, j'imagine !

Une goutte de sueur suinta de mon front. La vérité, c'est que je vis dans une tente faite en tissus, dans un terrain vague. Je suis consciente qu'avec mon Minimum, je pouvais me créer une maison… Mais le problème, c'est les matériaux : je ne peux pas construire sans ! Et les matériaux, tout simplement, je ne peux pas les acheter… Je n'ai pas des problèmes d'argent ! C'est juste que… je dépense tout dans des romans et des mangas. Alors quand Summer me demanda si elle pouvait visiter mon appart, c'est que ma tente n'était pas trop appropriée…

-Ecoute, c'est le Bazard, en ce moment… Mentis-je de nouveau. Mais je t'informerais quand je pourrais passer !

Je ne voulais pas les inquiéter. Summer avait déjà assez de problème d'argent comme ça ! Elle vivait actuellement avec Koneko dans un appartement, en collocation. La serveuse l'avait bien hébergé, le temps qu'elle trouve les moyens… Cependant, ce n'est pas en buvant un verre avec moi au lieu de travailler qu'elle allait arranger les choses…

Soudain, mon portable vibra sur la table. Je regardais l'écran : « Gasquet ». Je décrochais en souriant. Il me disait qu'il voulait me parler dans son appart. J'acceptais, puis je me levais, réglant la note.

-Eh ! Tu vas où ?! S'exclama Summer, s'étouffant à moitié avec la paille du nouveau soda qu'elle avait commandé.

-Rendre visite à Gasquet. Dis-je en récupérant la monnaie que Koneko me donna en souriant

-Tu ne le vois pas assez au poste, celui-là ? Disait Summer, frustrée

Je passais la porte vitrée en ne répondant pas, juste en faisant un signe de la main pour dire au revoir, plantant Summer à la table, qui soupira. Je me rendis alors vers l'immeuble de Gasquet. Cela faisait longtemps que je ne lui avais pas rendu visite dans son appartement… Je passais la porte d'entrée, ne prenant même pas la peine de frapper, puis je retrouvais cette bonne vieille odeur de tabac me poignant à la gorge.

Depuis mon entrée à Facultas quand j'avais 14 ans, Gasquet avait vieillit, changé : La moitié de ses cheveux étaient devenus blancs, puis il avait une barbichette, rattachée avec un élastique. Ses cheveux étaient moins longs, mais toujours assez pour pouvoir faire une mini queue de cheval. Je reconnaissais toujours son éternel pendentif « peace and love » autour de son cou, et toujours un œil fermé sur les deux. Il fumé un cigare, puis possédait une canne à côté de son fauteuil, qu'il utilisait tout le temps.

-Toujours à fumer, à ce que je vois ? Soupirais-je en mettant ma veste sur son porte-manteau. Tu sais, tu vas mourir vite d'un cancer à ce rythme…

-Super accueil, sourit-il.

Son appartement était toujours dans le même désordre, des dossiers éparpillés un peu partout. Il fallait se concentrer pour ne pas marcher sur l'un d'entre eux. Je m'essayais dans le canapé en face de lui, puis je demandais, croisant les jambes :

-Alors ? Pourquoi m'avez-vous fais venir ?

-J'ai besoins d'une raison pour t'inviter ? Toujours avec le sourire

J'arquais un sourcil. Il comprit vite qu'il ne fallait pas tourner autour du pot. Gasquet écrasa sa cigarette dans un cendrier plein à craqué, avant de commencer :

-J'ai une affaire à vous confier, à toi et à Art…

-Pourquoi ne m'en parler qu'à moi ?

-Je ne sais pas…soupira-t-il après quelques secondes de silence. J'avais sûrement envie de te revoir assis là, dans ce canapé, en face de moi… Je me souviens la dernière fois que tu étais venue ici, tu me tendais ton diplôme, puis tu criais, heureuse, que tu allais rentrer dans la police, dans le même cadre que moi. Tu ne peux pas savoir à quel point ça m'a étonné !

-J'imagine, oui... baissais-je le regard, honteuse d'avoir posé cette question à tout va

Gasquet était un peu comme un père pour moi certes un vieux père, mais un père quand même. Et lui, en contre partie, il me considérait un peu comme sa fille. Il sortit un dossier qui était installé par terre, à ses côtés. Il l'ouvrit et me montra des photos de personnes mortes, baignées dans le sang. Je pris les différentes photos afin de les analyser. Il prit sa canne, la mit entre ses jambes, puis posa ses deux mains sur le bout arrondit, comme pour se reposer dessus.

-Ce sont des meurtres en série, expliqua Gasquet. Le même mode opératoire : aucune arme du crime jamais retrouvés sur les lieux, et c'est comme si des aiguilles ont été planté dans leur corps. Mais là encore, rien retrouvé à l'intérieur. Pas de trace de poison, rien : ils sont tous morts le cœur, le cerveau et les poumons transpercé. Plus parfois la gorge transpercé, la jambe… Ils ont tous souffert avant leur mort.

Je regardais la liste des victimes dans le dossier. Gasquet rajouta d'un air grave :

-Et ils ont tous des points communs : ce sont tous des Détenteurs…

-Et tu nous demandes à moi et à Art de résoudre ce meurtre, c'est ça ? J'accepte volontiers : cette affaire a l'aire très intéressante… Mais pourquoi ne pas la résoudre toi-même ? Demandais-je, incrédule

-Je suis beaucoup trop vieux, maintenant, dit-il en s'appuyant sur sa canne comme pour donner du poids à ses paroles. On m'avait assigné cette affaire mais je suis définitivement bon pour la retraite !

Je le regardais d'un air compatissant. Il est vrai qu'il avait maintenant la soixantaine, aller sur le terrain devenait de plus en plus difficile pour lui…

-Je comprends… disais-je, n'osant pas plonger mon regard dans son œil.

-Attention, je peux toujours travailler ! Disait-il en ricanant. Mais c'est juste qu'avoir plusieurs affaires en même temps m'épuise.

-Je te le répète : arrête de fumer ! Dis-je en refermant le dossier pour le poser à côté de moi. C'est à cause de tes poumons que tu es trop fatigué !

-Arrêtes de dire des bêtises ! S'exclama-t-il avant de prendre un sourire taquin. Et sinon, comment ça se passe avec Art ?

Je rougissais et me crispais à l'entente de son nom. Je bafouillais et haussais le ton :

-M-Mais p-pourquoi tout le monde me pose cette question aujourd'hui !?

Il rigolait, tandis que je me levais du canapé, le dossier sous le bras.

-Ça se voit sur ton visage que tu l'aimes bien, me taquina-t-il.

-Tu-Tu dis n'importe quoi ! C'est j-juste un partenaire !

Je sursautais en sentant mon téléphone vibrer dans ma poche. Je rougissais encore plus qu'avant quand je vis le nom de mon patron sur mon téléphone.

-Art je suppose ? Puis Gasquet repartit de plus belle dans un fou rire, avant de s'étouffer, puis de tousser fortement.

-Ça vous apprendra ! Dis-je, encore rouge, tandis que je prenais rapidement mon manteau et que je tournais la poignée.

-Aller ! On se voit au poste ! Disait-il en souriant.

Je fermais la porte dans un fracas, puis je le réentendus rire à travers la porte. Je soupirais, essayant de reprendre une couleur normal, puis je regardais mon écran de portable.

Art…

J'inspirais et je décrochais en descendant les escaliers pour rejoindre la ruelle.