- Comment ça, vous l'avez perdu ? rugit Odin.

Le roi fit de son mieux pour se retenir d'étrangler les deux hommes devant lui, qui avaient couru jusqu'à sa tente pour le prévenir. Ils se tenaient courbés, apeurés, la tête baissée, craignant la colère d'Odin. A juste titre.

- Arthur nous a empêché de l'emmener, Sire, répondit Margen un peu plus audacieux que le Sarrum pour oser affronter son courroux.

- Est-ce si difficile d'éliminer un lâche tel que lui ?! hurla Odin en serrant les poings.

- Majesté, il a tué les cinq soldats qui nous accompagnaient, s'aventura le Sarrum d'une voix plus assurée, sûr de lui.

Ils ne pouvaient pas être tenus pour responsables de la perte du sorcier : les soldats n'avaient pas fait leur travail qui était de s'assurer que rien ne les empêchait d'accomplir leur mission. Eux, en revanche, en voyant quelque chose qui contrariait leur plan, étaient revenus en informer Odin pour que celui-ci puisse s'ajuster. Ils n'avaient rien à se reprocher, ils avaient fait ce qu'il fallait.

Visiblement, Odin suivit le même fil de pensées, parce qu'il serra encore plus les poings et sembla sur le point de les foudroyer sur place avec ses yeux.

- Vous auriez dû en profiter pour le neutraliser aussi, reprocha-t-il, la voir mortellement calme. Ça n'aurait pas été si difficile, espèces d'incapables ! En ce moment, je devrais déjà être en train de travailler sur le sorcier pour le mettre à mes ordres !

- Nous pouvons encore vous le ramener, Monseigneur, proposa Margen. Il ne nous échappera pas une seconde fois.

- Foutaises ! s'écria Odin. Vous avez prouvé qu'on ne peut pas vous confier une mission importante. Non, j'irai moi-même. Il est temps de mettre Camelot à genoux devant moi.

Le Sarrum et Margen sourirent, satisfaits. Ils avaient réussi à détourner la colère d'Odin, celui-ci allait se venger sur leurs ennemis et leur faire payer ce contretemps.

Odin, lui décida qu'il ne décolérerait pas tant qu'il n'aurait pas ce maudit sorcier et Pendragon à genoux devant lui. Il n'avait peut-être pas ce qu'il voulait maintenant, mais ça ne représentait qu'un détail mineur. Il suffisait de modifier le plan, et tout rentrait dans l'ordre. Il alla chercher la longue chaîne reliée aux menottes et la passa sur son épaule, afin de l'avoir près de lui. Il avait prévu de briser le sorcier avant de l'emmener devant Arthur, mais avec son ajustement, il devrait tout simplement le faire directement devant Pendragon. Ce qui, à la réflexion, n'était pas une mauvaise chose, au contraire.

Il s'assura que son épée était bien présente à sa ceinture et sortit de sa tente, aussitôt suivit par les deux incapables et les deux sorciers restants qui montaient la garde. Se mettant en marche d'un pas décidé vers Camelot, il songea que personne n'avait la moindre chance face à lui et à ses hommes.

oOoOo

Merlin et Arthur attendaient dans la salle du trône, devant celui-ci. Les portes étaient fermées, même si ça n'empêcherait personne d'entrer. Alator était présent aussi, caché dans un coin, après leur avoir parlé de ce qu'il avait vu dans la tente d'Odin. Merlin en avait eu des frissons dans le dos, et avait été heureux qu'Arthur arrive à temps pour lui éviter ça. C'était peut-être encore pire que mourir des mains de Morgane.

Tous deux se souvenaient de la dernière fois où quelque chose de grand s'était passé ici, dans cette même salle. Lorsqu'ils avaient repris Camelot à Morgane pour la deuxième fois. Seulement, cette fois, c'étaient eux qui attendaient leur ennemi de pied ferme, et cet ennemi n'était pas Morgane. En un sens, ils en étaient soulagés, parce que ça laissait la jeune femme hors de ce qui allait se dérouler.

« Margen est un traître depuis le début, dit soudain Arthur, sans détourner la tête des portes. »

Communiquer par pensées avait un autre avantage : celui de ne pas se faire repérer. Ça leur permettait de repousser la bataille au maximum, au lieu d'annoncer à leurs ennemis qu'ils étaient là.

« Oui, confirma Merlin. Il n'a jamais été loyal à Camelot. »

« Il n'aurait pas tenté de me faire partir autrement, appuya Alator. Pas à ce point, ajouta-t-il après réflexion. »

« C'est la deuxième fois que j'ai un noble corrompu dans ma cour, et que je ne le vois même pas, siffla Arthur en serrant les poings. »

Penser à cela suffisait à le rendre fou de rage, sans parler de ce qui aurait pu arriver à Merlin. Agravain avait fait exactement la même chose, il avait été un traître, et il n'avait rien vu jusqu'à ce que son oncle se révèle tel qu'il était. Margen était pareil. Et dans les deux cas, il y avait eu des signes annonciateurs, qui lui étaient passés sous le nez.

« Arthur, ce n'est pas de votre faute, dit Merlin, l'interrompant dans ses pensées. Personne ne l'a vu, il a parfaitement joué son jeu. »

Il n'eut pas le temps d'en dire plus, car les portes s'ouvrirent en claquant, tous deux levant la tête pour accueillir ceux qui venaient d'entrer d'un regard froid.

oOoOo

Odin ricana intérieurement aussitôt qu'il entra dans la salle du trône. Trouver son chemin dans ce château et se débarrasser des soldats qui leur barraient la route avait été un jeu d'enfant, et maintenant il était là. Pendragon et le sorcier étaient là aussi, côte à côte. Bien, ça lui éviterait d'avoir à lui courir après pour le ramener.

Il nota en un instant la balafre saignante sur la tempe du sorcier, et sourit. Au moins, si ses hommes n'avaient pas été capables de le ramener, ils avaient pu lui infliger une sacrée blessure. Il ne devait pas être si puissant que ça, s'il n'avait pas réussi à se guérir tout seul.

- Arthur Pendragon ! salua-t-il, moqueur.

- Odin, dit en retour Arthur, la voix froide, le regard calculateur.

Il tentait visiblement d'évaluer la situation. Odin aurait pu lui éviter cette peine : avec son seul petit sorcier, Arthur n'avait strictement aucune chance face à lui. D'autant qu'il avait à ses ordres quatre sorciers, les deux qui avaient été avec l'armée les ayant rejoint sur la route. Même un sorcier surpuissant ne pouvait pas tenir à quatre contre un.

Odin sut parfaitement à quel moment le sorcier découvrit les chaînes, parce qu'il élargit légèrement les yeux avant de se recomposer. Il s'avisa soudain qu'il ignorait le nom de son futur esclave. Ce n'était pas important, il lui suffirait de le lui demander lorsqu'il travaillerait avec lui, ça ne serait pas difficile à obtenir.

- Partez, continua Arthur, apparemment inconscient du trouble de son serviteur. Vous n'obtiendrez rien de Camelot.

- C'est amusant, comme tout le monde dit ça alors qu'ils sont sur le point d'être vaincus, lança Odin, inspectant tranquillement son épée. Auriez-vous peur, Arthur ? demanda-t-il ensuite en pointant son épée en avant.

Il vit Arthur se raidir, et se félicita intérieurement. Il mordait parfaitement à l'hameçon. C'était vraiment trop facile !

- Pas le moins du monde, répondit le roi de Camelot en se redressant, toute colère soigneusement dissimulée.

Le sourire d'Odin se crispa légèrement. Peut-être pas aussi facile qu'il l'avait pensé. Mais qu'importe il ne faudrait pas longtemps avant qu'il obtienne ce qu'il voulait.

- Je vous conseillais juste de partir avant de le regretter, acheva Arthur.

Odin n'eut pas besoin de précisions Arthur parlait très visiblement de la magie et de ce qu'elle pouvait faire. Il bluffait. Un sorcier incapable de guérir une de ses propres blessures n'était pas de taille face à un seul des sorciers qu'il avait à ses ordres, encore moins les quatre.

Il fit mine d'avancer vers les deux fous qui croyaient pouvoir s'opposer à lui, l'air toujours aussi tranquille. Il n'avait pas l'air menaçant, ses ennemis ne se doutaient de rien…

- Arrêtez-vous ! s'écria une voix qu'il ne connaissait pas.

Etonné par tant d'autorité, et frustré parce qu'on osait s'adresser à lui sur ce ton, Odin releva la tête pour voir qui avait parlé. Ce n'était nul autre que le serviteur d'Arthur, qui avait fait un pas en avant pour se positionner devant son roi. Arthur lui-même ne semblait pas si étonné que ça, mais plutôt ennuyé et inquiet.

- Tu crois pouvoir me donner des ordres ? tonna Odin, furieux.

Ça lui compliquait la tâche. Le sorcier s'était peut-être avancé, se rapprochant par la même occasion des chaînes qui étaient toujours passées sur son épaule, mais il en connaissait les risques. Il savait ce que ces menottes faisaient, donc il avait certainement quelque chose pour se protéger. Ce qui signifiait qu'Odin ne pouvait certainement pas l'approcher tout en restant en sécurité.

- Je peux si je veux, répliqua le sorcier d'une voix étonnamment assurée. Reculez.

Odin fit mine d'obéir et recula lentement jusqu'à ses sorciers. Une fois là, cependant, au lieu de rester tranquille comme il aurait dû selon ce serviteur, il sourit.

- Très bien, si tu le prends comme ça, dit-il. Voyons comment tu réagis face à ce petit défi.

Saisissant l'allusion, les quatre sorciers qui l'entouraient sourirent à leur tour et s'avancèrent, prêts à frapper.