Chapitre 6 : Une affaire sous le bras
Je rejoignais Art dans sa voiture ; il m'attendait au bout de la rue, lui ayant dit que j'étais chez Gasquet. Je soupirais quand il démarra.
-Tu n'as pas l'air de très bonne humeur… disait-il en souriant
-Les gens m'agacent en ce moment… Alors ? Qu'est-ce qu'il nous attend cette fois ?
-Je t'agace, moi aussi ?
Il me regarda avec sourire. Je détournais le regard, avant de répondre dans mon col :
-Non…toi non… Pas du tout…
-Un homme a été retrouvé : complètement broyé, commença-t-il, répondant à ma précédente question. On pense que c'est l'œuvre d'un Détenteur. On a réussi à l'identifié quand même …
-Bon boulot, les scientifiques, chapeau ! M'exclamais-je alors que je mettais ma ceinture. Au fait, Gasquet m'a donné une affaire qu'il devait résoudre j'ai le dossier. Il dit qu'il n'a plus l'âge pour ça…
-Gasquet se fait vieux, disait Art en changeant de vitesse. C'est normal. C'est quoi comme affaire ?
Je lui racontais la même chose que ce que m'avait dit Gasuke, tout en feuilletant de nouveau le dossier. Il m'écouta attentivement, puis nous arrivions bientôt sur les lieux du crime quand j'avais terminé. Les voitures de polices étaient nombreuses sur les parkings entourant ce parc pour enfant. Nous descendions, puis il présenta sa plaque de commissaire pour pouvoir franchir les rubans de sécurité. Je sentais l'odeur du sang à plein nez, puis je fus répugnée devant un tel spectacle : un corps déchiqueté, les organes dehors, le sang éparpillé sur le gazon. Je me retenais de vomir : ce n'était pas professionnel.
Art s'approcha du corps comme si cette boucherie ne l'écœurait pas. Il demanda des informations sur la victime, puis un policier lui donna simplement un dossier déjà préparé. Je posais quand même des questions :
-Y a-t-il des témoins ?
-Oui, et malheureusement, ce sont principalement des enfants et des parents. Il surveillait son petit quand d'un seul coup, d'après les témoins, il commença à se décomposer sous leurs yeux, sans qu'aucune personne ne le touche.
-Cela ne fait aucun doute que d'après les circonstances que le meurtrier s'agisse d'un Détenteur… Réfléchit Art en feuilletant les différentes informations.
-Oui, et d'après les analyse de sang, la victime est aussi un Détenteur.
-Je vois…réfléchissais-je. On vous laisse continuer de prendre des photos et de ramasser l'avis des témoins. Art, retournons au poste : il faut qu'on analyse en détail les photos et aussi le dossier de Gasquet…
-Je te rappelle que c'est moi, ton supérieur…disait-il un peu frustré
Je me crispais, gêné, mais finalement, il s'appliqua à mes paroles. Nous retournions alors au poste, puis une fois au bureau, je posais les différentes photos de l'enquête sur la table ainsi que celles de Gasquet. Art soupira devant toutes les victimes :
-Ça va de pire en pire… les meurtres se multiplient… Et tous visent des Détenteurs…
Je regardais attentivement les photos de Gasquet, essayant de trouver des points communs entre les victimes. Voyant que j'étais concentrée sur l'affaire, Art sourit puis disait :
-Tu devrais faire attention à toi…
Je levais la tête quand il m'avait dit ces paroles. Il s'inquiétait pour moi ? Je retournais plonger dans mon enquête, cachant mes rougeurs, puis répondit :
-Ne t'inquiète pas, tu n'as pas à t'en faire… Je vais bien.
-Je ne parlais pas de ta santé, mais du fait que tu es un Détenteur, qui plus et dans la police, répliqua-t-il d'un ton sec. Avec les meurtres qui rodent, je n'ai pas envie que tu te fasses choper.
-Oui, promis, je ferai attention… disais-je dans le vide
Il me mit une main sur l'épaule et me tourna vers son visage qu'il rapprocha. Je fus retournée dans ma poitrine par ce geste, n'osant plus bouger. Il plongea ses beaux yeux dans les miens, avant de répétait pour être sûr :
-Promis ?
-P-Promis… bafouillais-je
Je me retournais d'un coup sec vers les photos pour ne pas lui montrer mon visage effarouché. Mais qu'est-ce qui me prenait ? Son visage était si proche du mien… Je fus interrompu dans cette question par un coup de fil. Je soupirais en regardant le nom s'afficher. Art me laçait un regard noir pour pouvoir me permettre ce genre de chose au travail. Je décrochais en vitesse puis chuchotais tandis qu'Art feuilletait les pages :
-Summer ! Ce n'est pas le moment, je bosse là !
-Oh pardon ! J'ai du t'interrompre à un moment critique avec Art si tu me gueule dessus…
Je voulu lui crier d'arrêter ses enfantillage mais je me retenais sur mon lieu de travail, portant ma main à mon front :
-Ecoute, je suis sur une sale affaire… Qu'est-ce que tu veux ?
-Ah ! Je voulais juste savoir si tu voulais aller chez le coiffeur avec moi tout à l'heure… J'ai vu une super adresse en bas de chez moi…
Les veines gonflantes sur mon crâne, je décrochais sans attendre la fin de la phrase. Mais qu'est-ce qui lui prenait ? M'appeler pour m'inviter chez le coiffeur alors que je bosse… Je retournais près d'Art qui essayait de déchiffrer les infos :
-Ecoutes, dit-il, mettant sa main sur son front indiquant son mal de crâne, je ne pense pas qu'il y ai quoi que ce soit sur la scène pouvant nous indiquer qui est le meurtrier, ou même quelconque preuve ou indice…
-Les policiers ont bien cherché toutes les informations ? Ils ont fouillés leurs maisons ? N'ont-ils pas un point commun particulier ?
-Non, aucun… seulement les mêmes choses banales comme le journal, les prospectus de publicité… et même sur les photos ! Ils n'ont rien de particulier…
Je regardais sur les photos : effectivement, rien n'était à déplorer. J'essayais de regrouper les points communs entre les victimes, mais rien ne me venait à l'esprit…
-Ils viennent tous de Yokohama, et ont été tué à Yokohama… Le Détenteur serait dans les environs ?
-Peut-être que son pouvoir n'a pas un grand rayon… Ou peut-être tout simplement habite-t-il à Yokohama… Mais le champ des suspects reste vaste…
Nous étions dans une impasse : sans armes, ni empruntes, on ne pouvait pas vraiment identifier le coupable… Nous devions juste trouver des points communs, mais c'était quand même assez bizarre…
-Si même il s'attaquerait aux Détenteur, commença Art, alors comment fait-il pour les repérer ? Est-ce qu'il aurait des sources ? Ou quelque chose pour les identifier ? Ou alors, est-ce un endroit juste pour les Détenteurs ? Seulement eux ?
-Possible, répliquais-je, pensive. Mais tout cela reste simplement vague.
Toutes les informations cogitaient dans ma tête : les pistes étaient vaste, et les indices faibles… N'y avait-il pas quelque chose qui pouvait nous frapper ? Art alla prendre des sucreries pour se booster le cerveau : il adorait tout ce qui était sucré. Je lui demandais de m'en prendre un aussi pour moi, puis il me ramena une bonne mousse au chocolat. Je goutais et aperçus qu'il était vraiment bon :
-Hmmm ! Tu l'as eu ou ?
-Chez le pâtissier du coin, dans le centre ville : ses mets son succulent !
-Tu as le don pour trouver les bonnes pâtisseries ! Souriais-je
-Je suis habitué, après tout, dit-il en reprenant une bouchée.
Je réfléchissais, regardant la mousse onctueuse. Chez le pâtissier… C'était accessible à tous, même aux Détenteurs, c'est bien connu… C'est à ce moment qu'une idée me frappa à l'esprit :
-Et si le meurtrier était dans un commerce accessible à tous : aussi bien aux Détenteurs, qu'aux personnes normales ? Du style une épicerie, ou un super marché ! Dans ces endroits, on donne souvent notre identité avec une carte bancaire ou un chèque…
-Pourquoi pas ? Je ne connais pas d'endroit seulement réservée aux Détenteurs, ton hypothèse et bonne… Mais ça ne restreins pas vraiment les possibilités ! Même si on demande aux policiers de fouiller leur vie, il y a une grande chance que, comme ils habitent Yokohama, on retrouve les mêmes magasins…
Quelle poisse ! Je me tournais vers les photos des victimes, et leurs cadavres : bon sang ! On était si proche ! Je mordillais ma cuillère, puis me tournais vers Art, avant de remarquer qu'il avait de la mousse au chocolat dans les cheveux.
-Mais comment fais-tu pour t'en mettre dans les cheveux ? Rigolais-je en m'approchant pour l'enlever
-Je ne sais pas… disait-il en souriant, puis regardant sa mousse au chocolat. Je suis tellement absorbé par cette enquête…
Je sélectionnais sa mèche touchée, puis glissais ma main vers le bas pour en retirer le sucre. Ses cheveux étaient si fin, si doux… Je léchais mes doigts pour manger le peu de chocolat supplémentaire, puis en regardant Art me dévisager avec un peu de rougeur, je venais de me rendre compte de mon geste, qui s'était déroulé dans un silence de plomb, comme si c'était le moment important d'un film de romance. Je rougissais, puis nous détournions le regard quasiment en même temps. Je disais, la voix sérieuse sonnant fausse :
-Re-Reprenons l'enquête ! Il…Il faut qu'on avance !
-Oui, tu as raison… disait-il en se grattant la joue, gêné
J'essayais de contenir mon cœur qui battait à tout rompre dans ma poitrine. Mon dieu ! Cette scène était tellement… Je portais ma main au visage en repensant à la douceur et à la sensation que j'avais ressentis en caressant ses cheveux… Puis, je me retournais vers les photos, puis fis la découverte d'un point commun :
-Ils ont tous les cheveux courts…
-Tu as quelque chose contre les personnes ayants des cheveux courts ? Disait Art, frustré étant donné qu'il avait un carré.
-Non, non ! Ce n'est pas ce que je voulais dire ! C'est juste qu'ils aient l'air d'avoir les cheveux plus courts que sur les photos d'identifications…
Art regarda de plus près, puis écarta les yeux :
-Tu as raison… Mais aussi, cela ne veux rien dire… Ils auraient très bien pu aller chez le coiffeur après avoir prit la photo…
Puis, une illumination traversa nos esprits en même temps. Nous sourions, ayant les pensées communes, puis nous nous ruions vers la voiture sans même se concerter. Art sortit son téléphone puis appela la patrouille d'investigation :
-Ecoutez-moi tous ! Recherchez si les victimes se sont rendus à un coiffeur commun, ou même ont reçu quelconque publicité ! Faites vite !
Nous montions dans la voiture dans un bond précipité, puis mettions nos ceintures. Puis, de nouveau, j'eue comme un flash back qui apparut dans mon esprit :
« -Ah ! Je voulais juste savoir si tu voulais aller chez le coiffeur avec moi tout à l'heure… J'ai vu une super adresse en bas de chez moi… »
-Summer ! M'écriais-je paniquée
-Quoi Summer ? Me demanda Art, incrédule devant mon comportement
-Summer… elle m'a appelé pour m'inviter chez le coiffeur ! Elle m'a dit qu'elle irait cette après midi…
J'étais comme figée : je ne bougeais plus, n'osais respirer : est-ce que Summer serait en danger ? Des pensées négatives s'entrechoquèrent dans mon cerveau… Avant que le cri d'Art ne me revienne à la réalité :
-Qu'est-ce que tu attends ?! Appelle-la, bon sang !
-Ou-Oui ! Disais-je me ressaisissant
Je pris mon téléphone en tremblant, puis défilais ma liste de contact pour appeler Summer. Alors que la sonnerie indiquant que l'appel était en cour retentit, je priais pour qu'elle décroche. Réponds ! Réponds ! Un éclair me traversa quand j'entendis le son de la messagerie qui retentit comme un écho en moi.
-Ou est le salon ?! S'écria Art
-Elle m'avait dit qu'il se trouvait en bas de chez elle…
Il démarra la voiture dans un juron avant de décoller vers la ruelle de l'appartement de Summer. C'est à ce moment que je regrettais de ne pas l'avoir écouté jusqu'au bout, durant son appel…
-Si seulement je n'avais pas décroché à tout va…me plaignais-je
-Fumiko, rien est encore sûr… disait Art, d'une voix plus calme que la précédente. Tu n'as rien fait de mal…
Son téléphone sonna et le coupa notre conversation. Art me demandait de décrocher à sa place, étant au volant. Ce fut le chef de la patrouille qui appelait :
-Effectivement, ils avaient bien reçu des prospectus du même coiffeur dans leur boîte aux lettres…
Il me donna l'adresse, puis je l'indiquais à Art, qui serra directement à droite, m'obligeant à m'accrocher à la porte de la voiture. Je décrochais, remerciant le policier, puis je disais, un peu paniquée :
-Comment allons-nous faire…
-On trouvera une solution une fois là-bas… L'important d'abord, c'est de sauver Summer !
Summer…tiens bon, j'arrive…
