Merlin sut que la bataille était inévitable au moment où il s'avança pour se mettre devant Arthur. Il sentait les regards des quatre sorciers qui étaient venus avec Odin peser sur lui, et essaya de ne pas y penser. Il n'avait jamais affronté quatre personnes d'un coup, et ça l'effrayait légèrement. D'autant qu'il ne connaissait pas la puissance de ses ennemis. Il y avait trop de magie et d'empreintes dans la pièce pour qu'il puisse évaluer un quelconque niveau de magie.
Il savait que les autres tentaient de juger sa puissance également. C'était ce que toute personne faisait avant de s'engager dans un combat, que ce soit avec la magie ou avec des épées. Une sorte de duel visuel s'était engagé entre l'un d'entre eux et lui. Merlin supposait que c'était le chef, parce que les autres lui jetaient fréquemment des coups d'oeil discrets, comme pour attendre son signal.
Merlin se redressa lorsqu'Odin donna l'ordre à ses sorciers d'attaquer. Il voyait clairement le plan du roi : les utiliser pour l'affaiblir suffisamment pour qu'il puisse lui passer ses menottes et le soumettre, en faisant plier Arthur par la même occasion. Il était hors de question qu'il laisse cela arriver.
La première attaque le prit par surprise. Il s'était attendu à voir un quelconque signe que l'un des sorciers utilisait la magie, mais il n'en fut rien. Aucun ne murmura un mot, et aucun n'eut les yeux qui brillaient. En un sens, c'était rassurant, ça signifiait que celui qui avait jeté le sort n'était pas d'une puissance extraordinaire. Mais c'était suffisamment puissant pour l'affecter.
Le magicien fut repoussé en arrière, et grogna sous l'impact en se penchant en avant pour éviter de tomber à la renverse. Ils évaluaient ses capacités. Ce qui signifiait que l'auteur du sort n'avait probablement pas utilisé sa pleine puissance. Merlin se redressa et répliqua, les yeux baissés, avec un mur semblable d'une puissance modérée pour garder un atout dans sa manche.
Son mur invisible rencontra une autre barrière à mi-chemin, et la barrière continua son chemin en poussant le mur. Les deux puissances ajoutées percutèrent Merlin, qui se laissa repousser pour s'éloigner d'Arthur et éviter que son ami soit blessé par inadvertance.
Il dut reculer jusqu'au mur, la barrière faisant toujours pression autour de lui. S'il ne faisait rien, elle allait l'emprisonner dans un étau dont il ne pourrait pas se sortir. S'efforçant de rester calme, il leva ses deux mains devant lui et se campa sur ses pieds, un mouvement du haut de son corps repoussant la barrière avec un peu plus de facilité qu'il le pensait. Une vérification rapide lui montra qu'Alator l'avait aidé tout en restant discret, pour éviter de se faire repérer afin de pouvoir intervenir plus tard en cas de besoin.
Sans chercher à dissimuler la lueur de ses yeux cette fois, Merlin tendit une main et en fit jaillir une lumière dorée qui se propagea comme un éclair vers le premier sorcier, qui ne bougea qu'au dernier moment. L'éclair alla s'écraser contre le mur d'en face, où il laissa une petite marque de pierre brûlée.
- Abandonne, conseilla le sorcier qu'il avait visé d'une voix froide et hautaine. Tu ne peux rien contre nous.
- Tu crois que ça va m'empêcher d'essayer ? rétorqua Merlin.
Il n'aimait pas la façon dont parlait cet homme, comme s'il était l'être le plus puissant et que tout le monde devrait s'agenouiller devant lui. Il n'y avait pas de respect dans sa voix, pas plus qu'il n'y en avait dans sa posture.
- Comme tu voudras, dit Uriel en haussant les épaules. Ça t'aurait simplement rendu les choses plus faciles. Mais puisque tu veux compliquer ta situation… Astrice !
Avant qu'il ait eu le temps de réagir, Merlin perdit les quelques mètres qu'il avait regagné pendant l'échange verbal et fut renvoyé contre le mur. Il eut le temps de voir les pupilles dorées d'Uriel, et étant donné la puissance du coup, le sorcier avait probablement mis toute sa puissance dedans.
Sa tête heurta le mur, et Merlin crut qu'il allait perdre connaissance. Il retomba au sol et resta un moment là, les mains posées sur le sol pour se stabiliser et attendre que le bourdonnement dans sa tête cesse.
Entendant des bruits de pas à côté de lui, le magicien se prépara à se relever et à se défendre. Il leva les yeux, prêt à utiliser sa magie, seulement pour s'arrêter lorsqu'il vit qui se tenait devant lui.
"Ça va ? lui demanda Arthur, inquiet."
Merlin pencha la tête en haussant un sourcil, et Arthur n'eut pas besoin de réponse. Le roi serra les poings de colère. Son ami allait mal, il était hors de question qu'il laisse cela continuer.
- Savez-vous qui vous affrontez ? lança-t-il au sorcier qui avait attaqué Merlin, tout en se tenant entre le magicien et lui pour le protéger.
- Quelle importance ? demanda Uriel, pas vraiment intéressé. Notre travail, c'est de l'affaiblir. Pas de faire la conversation avec lui.
Arthur se demanda un instant comment un sorcier pouvait penser cela d'un autre sorcier. Ceux qui avaient des pouvoirs magiques étaient supposés s'entraider pour éviter de mourir en attendant l'avènement d'Albion. Pas être au service de quelqu'un comme des vulgaires chiens.
- Cet homme, répondit le roi, est Emrys. Vous ne devriez pas vous battre contre lui, mais plutôt lutter avec lui.
"Arthur… se plaignit Merlin."
"La ferme, Merlin."
"Ça ne servira à rien, dit tout de même le magicien."
Le roi roula des yeux. Bien sûr que ça ne servirait à rien. Connaître l'identité de celui qu'ils affrontaient ne changerait rien pour ces sorciers, pas quand ils obéissaient visiblement de plein gré à Odin. Mais ça pouvait donner du temps à Merlin pour qu'il récupère.
- Impossible, ricana un des sorciers. Emrys, à supposer qu'il existe vraiment, est supposé être le sorcier le plus puissant. Celui-là, continua-t-il en désignant Merlin du doigt comme s'il n'était que de la marchandise, ne vaut rien. Il ne mérite même pas d'être appelé sorcier.
Avec cela, il attaqua, et Arthur vit avec horreur les signes qui montraient qu'il était puissant. La main tendue, le sorcier dit quelques mots et une sorte de fumée noire se forma, l'odeur nauséabonde qui s'en dégageait évoquant à Arthur celle d'un cadavre qui pourrissait. Il se souvint en un instant de ce que Merlin avait appelé "magie noire", et sut aussitôt que c'était ce qui se trouvait devant lui.
La fumée prit des allures de spectres qui tendirent les mains vers Arthur et perdirent contenance, seuls leurs visages visibles, et s'élancèrent. Arthur recula involontairement. Peu importe ce que ces choses étaient, si elles les touchaient, lui ou Merlin, c'était la défaite assurée. Comment empêcher des spectres de les atteindre ?
Alors qu'il reculait d'un autre pas, il vit par-delà les spectres les quatre sorciers et les trois hommes sourire, sûrs de leur victoire. Arthur se demanda un instant s'ils éprouvaient le moindre regret pour ce qu'ils faisaient, tout en connaissant déjà la réponse.
Au dernier moment, alors que les spectres étaient sur le point de le toucher, ils se rematérialisèrent et hurlèrent, comme s'ils étaient frustrés. Puis ils se mirent à pousser quelque chose d'invisible pour atteindre Arthur, et hurlèrent de plus belle lorsqu'ils furent comme forcés de reculer.
Arthur vit une sorte de dôme se former autour de lui, et au fur et à mesure que ce qui le protégeait visiblement des spectres se formait, il reconnut la couleur particulière et se retourna. Merlin était debout et tendu, les yeux fermés, semblant extrêmement concentré. Il ouvrit les yeux et regarda Arthur, souriant légèrement alors même que l'effort de repousser les spectres le faisait grimacer chaque fois que ceux-ci tentaient de passer à travers le dôme, atteignant directement le magicien d'une certaine façon. C'était comme si chaque fois que l'un d'entre eux touchait son bouclier, il lui infligeait une coupure sur le corps qui était aussitôt douloureuse.
Continuant à repousser les spectres, il les fit s'écraser contre les murs où ils s'évanouirent. Merlin haleta mais se redressa, défiant les sorciers du regard.
Celui qui avait invoqué les spectres semblait complètement interloqué, comme s'il n'en revenait pas que quelqu'un ait pu éliminer ses créations. Merlin sourit ; il pouvait sentir la magie que ce sorcier avait utilisé, et ça l'avait vidé d'une partie de sa puissance.
- Le grand Emrys, entama soudain Odin d'une voix mi-moqueuse mi-sérieuse, prêt à donner sa vie pour sauver son roi. Mais cela ne devrait pas être surprenant, après tout, tu l'as déjà fait, termina-t-il en s'adressant directement à Merlin.
Merlin cessa aussitôt de sourire, parfaitement capable de voir de quoi parlait Odin.
- Arthur est-il au courant, continua celui-ci, satisfait de la tournure de la situation, de la façon dont tu as tué la Grande Prêtresse Nimueh de sang-froid parce qu'elle a osé se mettre en travers de ton plan ?
Merlin bougea inconfortablement avant de venir se positionner à côté d'Arthur. Odin, avec son information "révélatrice", espérait visiblement qu'Arthur se retournerait contre lui et lui faciliterait ainsi le travail. Dommage pour lui, Arthur ne le croirait pas aussi facilement.
- Merlin… commença en effet le roi quelques instants plus tard.
- Quand la Bête Glatissante vous a mordu, le seul moyen de vous sauver était d'utiliser l'Ancienne Religion, l'interrompit le magicien, forcé de s'expliquer devant tout le monde. Pour sauver votre vie, une autre vie devait être prise. J'ai échangé ma vie…
- Mais comme c'est le tout puissant Emrys, interrompit à son tour Odin, il ne pouvait pas être tué. Quelle aubaine, n'est-ce-pas ? Beaucoup de gens souhaiteraient disposer d'une telle immunité. Savez-vous ce qu'il a fait, Arthur ? Il a pris la vie de Nimueh, une femme qui avait des pouvoirs magiques, de la même race que lui, pour vous permettre de vivre.
- Ça ne s'est pas passé comme ça ! s'écria Merlin, furieux. Nimueh allait prendre la vie de Gaius à la place de la mienne ! Je n'ai même pas voulu prendre sa vie à la place !
- Peu importe, coupa Arthur, surmontant son choc. Ce qui est fait est fait. On ne revient pas sur le passé.*
Le visage d'Odin se teinta de colère lorsqu'il réalisa que ce qu'il avait voulu faire avait échoué. Sans qu'il ait besoin de dire quoi que ce soit, ses quatre sorciers unirent leur force pour lancer une attaque massive qui fit mouche avant que Merlin ait eu le temps de se protéger. Arthur et lui se retrouvèrent maintenus contre le mur par des filaments de pouvoir dont Merlin ne parvint pas à se défaire, sa tête l'élançant trop pour qu'il puisse se concentrer suffisamment.
Voyant qu'Odin s'approchait de lui, Merlin laissa sa peur d'être réduit en esclavage prendre le dessus et sa magie réagit toute seule. Elle forma le même bouclier protecteur que lorsqu'il avait été inconscient, mais en incluant Arthur dedans, de telle sorte que le roi n'en fut pas affecté. En revanche, Odin fut stoppé et personne d'autre dans cette salle ne réussit à approcher, tous étant considérés comme des ennemis par Merlin. Personne ne pourrait les atteindre tant qu'il maintiendrait ce bouclier, mais ni Arthur ni lui ne pourraient bouger tant que l'attention des sorciers ne serait pas détournée.
Merlin pensa aussitôt à Alator, mais avant que le loup ait eu le temps d'intervenir, un grand bruit se fit entendre à l'extérieur. Surpris, Uriel et ses compagnons tournèrent la tête vers l'origine du bruit, permettant à Arthur et à Merlin de retomber au sol. Aussitôt, Uriel les regarda à nouveau et s'apprêta à les renvoyer contre le mur, mais une explosion retentit. Merlin sourit et se jeta sur Arthur pour le protéger.
oOoOo
Les paris sont ouverts ! Alors, d'après vous, qu'est-ce qui est à l'origine de l'explosion ?
* Spéciale dédicace à titesouris numéro 2 ! Je t'avais dit que je le ferais, et je l'ai fait ^^ Peut-être pas aussi développé que tu l'aurais voulu, mais le temps est compté dans une situation comme celle-là
