Chapitre 7 : Rendez-vous chez le coiffeur

Nous arrivions alors face à un petit coiffeur dont les vitres donnaient sur l'intérieur. Je pouvais voir Summer dans le salon, seule cliente, se faire couper les cheveux par la coiffeuse.

-Summer !

J'avais envie de sortir de la voiture d'un bond pour aller la chercher. Mais je me tenais à carreau devant mon patron : je ne savais pas quel était le plan. Art sortit deux pistolets de la boite à gant. Il les chargea, puis me tendit l'un d'eux.

-Ecoute, je veux que tu te protèges au mieux, limite que tu restes en arrière. On ne sait pas de quoi elle est capable : ça se trouve, elle peut tuer les Détenteurs en un instant…

-Je refuse ! M'interposais-je face à mon supérieur. Ma meilleure amie est à l'intérieur… Et je ne veux pas faire l'enfant de 4 ans qui désobéit, mais je suis ta partenaire, et c'est mon métier de les arrêter avec toi !

-Tu vois, je n'aurai pas dis 4 ans, mais 5, me taquina Art en me posant l'arme sur mes genoux. Mais fait juste attention.

-Oui, de toute façon, j'ai mon livre avec moi.

Je tapotais la couverture en cuir du dernier livre que j'avais acheté, comme pour lui prouver qu'il était toujours présent. Art soupira en regardant l'objet :

-Tu le prends n'importe où, celui-là… Tu sais, je ne m'habituerai jamais à lorsque je veux faire chaque rapport d'enquête, tout est déjà sur mon bureau, dans les moindres détails…

-Désolée, j'adore écrire : surtout ce que j'ai vécu. Alors ? Quel est le plan ? Demandai-je pour en revenir à la mission en regardant Summer, toujours face au miroir

-Il n'y en a pas. Allons-y. Disait-il simplement avant de descendre de la voiture.

Je le suivis, puis je m'accroupie pour attendre son signal. Lorsqu'il donna le départ, je bondis à ses côtés, puis nous nous entrions dans le salon, Art visant la coiffeuse avec son arme :

-Police ! Les mains en l'air, et derrière la tête ! cria-t-il

La jeune femme se retourna : elle possédait de long cheveux mauve, avec deux tresses venant de chaque côtés, relié par derrière avec un bouton, comme ceux sur les chemise, pour n'en former plus qu'une. Elle possédait des yeux vert émeraude.

Alors qu'elle se retournait, et que l'on s'attendait à ce qu'elle lève les mains en l'air, elle les garda fermées, l'une sur l'autre, comme si quelque chose était caché à l'intérieur. Ne perdant pas de temps, je me rendis vers Summer pour l'amener vers l'entrée, aux côtés d'Art et moi. Ses cheveux étaient plus courts : ils formaient un carré qui arrivait un peu au dessus des épaules. Ses mèches en dégradé vers le rouge devant. Son carré était régulier, comme si la coiffeuse lui avait vraiment fait une coupe de cheveux, et n'avait aucune intention de la tuer.

Mais je me trompais.

-Qu'avez-vous dans les mains ?! Cria Art, rajustant son arme

-Vous voulez que je les ouvre ? disait-elle, le plus naturel au monde pas du tout intimidé par l'arme pointée vers elle

-Oui ! Ordonna-t-il après quelques secondes d'hésitation

La jeune femme haussa les épaules avec sourire. Elle décolla alors sa main droite de la gauche, et, progressivement, une petite poupée ou peluche apparut à notre grande stupéfaction. Nous restions pétrifiés quand nous nous rendions compte qu'elle était à l'effigie de Summer : ses yeux en bouton rouge, ses cheveux avec même ses mèches en dégradé, habillé d'une petite robe. Mais un bouton était rouge, alors que l'autre était noir pour caractériser ses yeux.

Elle leva alors sa main droite, puis la mise derrière sa tête, comme le commissaire l'avait demandé. Alors qu'elle gardait encore la poupée dans sa main gauche, le bras tendu, Art demanda :

-La main gauche derrière la tête…

-Vous êtes sûr ? demanda-t-elle

-Faites ce que je dis ! Disait Art, sachant qu'elle jouait avec ses nerfs

Puis la jeune femme haussa de nouveau les épaules, puis lâcha la poupée pour rejoindre sa main gauche derrière sa tête. La poupée heurta alors le sol, puis d'un seul coup, Summer tomba au sol sur ses genoux, puis hurla, ses deux mains cachant son visage.

-Summer ! Summer, que ce passe-t-il ?! M'écriai-je

Elle ne répondit pas, se contentant de haleter, comme si la douleur était passée. Je voulu l'aider à la relever, mais ce fut comme si elle pesait une tonne. Nous nous tournions vers la jeune femme aux cheveux mauves qui ricanait, toujours les deux mains derrière la tête. Elle se présenta alors :

-Je m'appelle Doll. Je pense que vous avez deviné mon Minimum… Grâce à quelques mèches de cheveux, je peux créer une poupée à l'effigie de la personne avec son ADN. La poupée caractérise la personne, une sorte de poupée vaudou, si vous préférez…

Je grinçais des dents. Tant que la poupée de Summer existera, elle sera en danger. Il fallait absolument qu'elle inverse le processus… Récupérer seulement la poupée ne changera pas grand-chose, même si cette idée me vint à l'esprit. Néanmoins, mon supérieur me cria en vitesse :

-Fumiko ! Va chercher la poupée !

Il ne fallait pas me le dire deux fois. Je me précipitais rapidement vers l'objet, quand Doll voulut s'abaisser pour la reprendre, Art tira avec son arme : manque de chance, il manqua sa cible, puis Doll reprit la poupée plus rapidement que moi.

-Lâchez cette poupée ! Et je vous préviens, je ne manquerai pas ma cible deux fois…

Je sentais la frustration d'avoir loupé une première fois dans sa voix. Puis je vis Doll faire un sourire des plus mesquins, avant d'entourer le cou de la poupée d'un petit ruban. Attaché en nœud. Elle le passa rapidement au cou de la Summer miniature. Art n'hésita pas à tirer, puis cette fois, sa balle effleura la main de la jeune fille. Elle ne regarda même pas sa blessure, ni se plaignit : elle se contenta simplement de prendre l'extrémité du ruban, et de le tirer vers le haut.

La vrai Summer commença alors à mettre ses deux mains à son cou, puis fut tirer vers le haut. Doll leva alors la poupée au dessus de sa main gauche, puis Summer décolla du sol, tenant une sorte de fil invisible autour de son cou : elle était en train de l'étrangler !

Rapidement, j'ouvris mon livre, puis m'entailla légèrement la main pour en verser une goutte sur le papier, et sentir mon cœur palpiter dans ma poitrine, me donnant comme plus de puissance.

New chapter.

Je trempais rapidement le bout de ma plume, puis j'écrivais rapidement :

Et le ruban que tenait Doll autour du cou de Summer disparut.

Ma parole fut entendue, puis la poupée retomba dans la main de Doll, et Summer retomba sur le sol sur ses deux pieds. J'appris alors à ce moment que je pouvais faire disparaître la matière à ma guise. C'était un bon point.

Doll me regarda avec de la haine dans le regard. Je me précipitais alors vers elle dans le but de lui reprendre la poupée. Mais c'est alors qu'elle sortit une aiguille de sa poche pour la placer juste au dessus de la poupée. Je m'arrêtais net. C'était donc ça, les traces que l'on avait retrouvé dans les corps !

-Ecoutez, je pense que vous n'avez pas compris… disait-elle avec un accent de colère. J'ai le contrôle sur votre amie, et croyez-moi, je n'hésiterai pas à la tuer si vous ne faites pas ce que je veux…

-Que voulez-vous ? Demanda Art, découvrant peut-être l'intention de la meurtrière

Elle tourna la tête vers moi et son visage se fendit d'un grand sourire qui me fit des frissons le long de ma colonne vertébrale.

-Vous savez, les poupées des Minimums ont un œil noir…Je déteste les Détenteur. Je les hais. Mon ex était un Détenteur, et il m'a plaqué pour une fille banale, sans intérêt… C'est pour ça que j'ai décidé de me venger… Donc, pour répondre à votre question, je ne sais pas vraiment ce que je veux, mais surtout, je sais ce que je ne veux pas : que les Détenteurs restent en vie.

L'aiguille qu'elle tenait tremblait. Alors qu'un silence s'installa, elle continua :

-En fait… Je veux tes cheveux, Fumiko…

-Hein ?

Je ne comprenais pas : mes cheveux ?

-Oui…Je veux les cheveux d'un Détenteur aussi puissant que toi… Tu ne mérites pas de vivre, tout comme ton amie, d'ailleurs… Mais si c'est la seule façon d'avoir les tiens d'agir ainsi, alors je le ferai.

J'hésitais : je voulais qu'elle libère Summer. Je voulais à tout prix la sauver. Elle ne devait pas mourir. Pas par ma faute.

-Je veux que vous fassiez disparaitre la poupée de Summer en la laissant en vie, bien sûr. Et je vous promets de vous donner mes cheveux.

-Fumiko, non ! Cria Summer

-Arrête ! Ne fais pas ça ! Me cria Art

-Hmmm…Intéressant…songea Doll. Eh bien, je peux bien laisser un Détenteur en vie après tout ! Tant que je peux avoir la tienne… Marché conclu !

-Non ! Me cria Summer, au bord des larmes. Arrête Fumiko ! Je t'en pris !

Je m'avançais alors lentement vers Doll, qui affichait une mine des plus réjouies. Je me stoppais net dans mon élan. Puis je demandais :

-Puis-je néanmoins écrire mes dernières paroles dans mon livre ? C'est très précieux pour moi…

Elle me lança un regard noir, puis sourit amicalement, avant de dire :

-D'accord, fais comme tu veux…

J'écrivais alors une dernière requête, puis je lançais mon livre au centre de la pièce. Elle hocha la tête, tandis que je m'avançais et que je me positionnais dos à elle, pour qu'elle puisse me couper des mèches de cheveux. Elle saisit ses ciseaux, puis tendit le bras où la poupée de Summer se trouvait, puis elle disait :

-Un marché, est un marché… Je la fais disparaître.

La poupée disparut alors dans sa main, puis Summer se laissa retomber, épuisée, comme si on venait de lui retirer un poids du cœur. En un sens, c'est ce qui s'était passé. Puis je sentis alors les lames se refermer, puis mes cheveux tomber dans ses mains avec le cri de mes amis. Elle me poussa alors vers l'avant, puis referma ses mains autour de mes mèches avec un sourire de psychopathe :

-C'est bon ! C'est fait ! Je peux enfin te tuer, Fumiko !

Mes amis affichèrent une mine des plus apeurés et paniqués. Soudain, j'entendis Doll hurler dans mon dos, puis mon visage se fendit d'un grand sourire. Art et ma meilleure amie ne comprenait pas, jusqu'au moment où la femme aux cheveux mauves sépara ses mains et laissa retomber mes mèches de cheveux qui étaient en train de prendre feu.

-Mais…que… ?! S'écria-t-elle, entre deux cris de douleur

Alors qu'elle regardait ses mains, elles étaient enveloppées par la brulure, et des cloques énormes se développèrent. Je récupérais mon livre en vitesse, puis rejoint Art et Summer, encore sous le choc de ma ruse :

-Ce fut ma dernière condoléance… Je pense que vous ne pourrez plus créer de poupée pendant un petit moment…

J'affichais un sourire plus que triomphal, comme mes camarades. Mais au lieu de ruminer, Doll, au contraire, se mit à rire aux éclats, vraiment, vraiment très fort. Nous ne comprenions pas sa réaction. Puis elle cessa de rire, pour enlever sa satisfaction et déclarer :

-Alors c'est comme ça… C'est vraiment ainsi que cela se passe…

Puis en un éclair, elle sortit un bouton de sa poche, puis non expliqua :

-Vous savez, je ne crée pas que des poupées pour les Détenteurs…

-Non…disait Art, terrorisé, ne me dites pas que... ?!

-Art, malgré que tu n'ais pas de Minimum, tu comprends vite…disait-elle en regardant le commissaire. Effectivement : tous mes clients en ont une ! Elles sont toutes rangées dans l'une de mes chambres spéciales… Et ce bouton active la bombe se trouvant à l'intérieur ! Imaginez un peu le nombre de victime et la terreur de la population après ça !

-Oh non… murmura Summer

Les dents de celle-ci grincèrent. Ensuite, tout se passa très vite, si bien que je n'eue même pas le temps d'écrire dans mon livre, ou Art de viser correctement avec l'agitation. Elle se leva, puis son regard fut rempli d'une haine immense son Minimum venait d'être activé.

Elle prit la première chose qui lui venait sous la main, à savoir un porte-manteau. Elle passa sa main légèrement au dessus du métal qui ressortait afin d'y poser les vestes, puis, ils se transformèrent en lames. Puis elle s'élança dans un hurlement de force, voulant frapper Doll avec les bouts tranchants. Durant ce temps, Doll appuya sur le bouton, puis esquiva d'un geste l'attaque de Summer.

La bombe avait été activée. Elle avait appuyé sur le bouton. C'est alors qu'il y eu une énorme secousse, puis un mur explosa dans le salon, puis les vitres volèrent en éclat. Art, plongea vers le sol, et m'emporta avec lui afin de me protéger des débris. Le son me brisa presque les tympans, et ma seule pensée fut : Summer… Je ne l'avais pas vu avant l'explosion, si elle avait été emportée ou non avec Doll.

Lorsque le silence fut revenu et que l'explosion était terminée, Art se redressa, son visage et son corps quasiment collé contre le mien. Je rougissais, mais je me disais rapidement que ce n'étais pas le moment d'y ajouter les sentiments, surtout en voyant à la tête de mon compagnon que ça n'allait pas.

-Je…Je suis coincé… Disait-il faiblement. Il y a un gros bloc de pierre au dessus de moi…

Ses bras tremblaient : il essayait de retenir le poids avec son dos pour ne pas me blesser. Je fus à la fois touchée, et à la fois paniquée par la situation. J'essayais de trouver une solution, quand je vis à quelques mètres de moi, sous les décombres, le bout de mon livre dépasser. Je tendais le bras, mais il était trop loin, et je sentais que j'avais mal au bras gauche : et pour cause ! Un débris de verre s'était logé dans mon muscle, me faisant extrêmement mal.

Mais je redoubler d'effort, pour enfin l'atteindre, puis je donnais à nouveau un coup d'adrénaline pour le tirer hors du bloc. Miracle : j'avais réussi ! Je l'ouvris en vitesse, puis saisis ma plume encore dans mes cheveux, pour écrire à bout de bras dans une écriture des plus horribles :

Et les débris au dessus d'Art disparurent.

Art put alors se lever, difficilement, certes, mais il était dehors. Il me tendit la main afin de m'aider, et je me levais difficilement, mon bras gauche tombant. Je me précipitais vers mon livre, puis c'est à ce moment que je vis le salon en ruine. Des passants s'étaient réunis autour du salon, n'osant bouger devant le spectacle. Puis, à mon grand étonnement, je vis dans la pièce respectivement Birthday, Ratio, Nice et Murasaki. Les deux derniers aidèrent Summer à sortir, puis Ratio et Birthday portèrent de lourds sacs sur leur dos. Alors que je les fixais, Birthday me disait, réajustant ses lunettes de soleil :

-Je pense que tout ses clients doivent avoir chaud en ce moment ! Disait-il en désignant les sacs

Je souriais : en voilà une magnifique nouvelle ! Ils avaient sauvé les poupées de l'explosion ! Je me tournais ensuite du côté de Summer, qui sortit à l'aide des garçons. Elle n'avait pas l'air mal en point, juste quelques écorchures. La police était venue rapidement sur les lieux après l'explosion, et ils commencèrent à installer des banderoles de sécurité. Ils emmenèrent Doll après qu'elle fut extirpée des décombres, les menottes aux poignets. Je m'asseyais, puis écrivais en lettre de sang :

The end.

Je refermais mon livre, puis les secours furent arrivés. Ils m'emmenèrent, moi, Art, Summer, et Doll, qui bien sûr, restera enchainée. Je fus installée sur un brancard pour m'emmener dans le fourgon des urgences, puis sur ma route, je croisais Gasquet qui me sourit :

-Reposes-toi. C'est du bon boulot.

Je lui souris à mon tour, puis la fatigue m'envahit, et je m'endormis rapidement, entendant les sirènes des camionnettes en écho dans ma tête…