- Arthur Pendragn ! Vous ne me refuseriez pas ce duel ?

Arthur fixa Odin pendant un moment, sur le point d'exploser. Il était clair qu'Odin avait perdu, le roi ennemi lui-même le savait, et pourtant il refusait d'abandonner. Il refusait de fuir sans un dernier affront avec Arthur, tout en sachant parfaitement que même s'il parvenait à vaincre, il ne sortirait pas d'ici en vie. Même s'il réussissait à tuer le roi de Camelot, les chevaliers se soulèveraient contre lui, ainsi que Merlin, même si le magicien était déjà bien affaiblie, et ne le reconnaîtraient jamais comme leur souverain.

- Renoncez, Odin, conseilla-t-il. Vous avez déjà perdu.

Malgré son envie de venger la mort de son père, il tenait à ce qu'il y ait le moins de combats possible. Beaucoup de sang avait déjà été versé aujourd'hui, avec les deux armées qui s'étaient affrontées pendant plusieurs heures, et les sorciers qui étaient morts inutilement. S'ils s'engagaient en duel, tous deux se donneraient à fond, avec un seul objectif : faire sombrer l'adversaire.

Cependant, Arthur savait parfaitement qu'Odin ne renoncerait pas aussi facilement. Un homme qui préparait un tel coup de maître depuis si longtemps ne se laissait pas intimider par l'idée que son plan était voué à l'échec.

- Jamais ! s'exclama en effet Odin. Je ne saurais rester sans rien faire quand l'assassin de mon fils se trouve devant moi.

Arthur soupira, ne prenant même pas la peine de corriger Odin pour lui dire qu'il n'avait pas volontairement tué son fils, et s'avança, imitant le mouvement du meurtrier de son père, la mine sombre. Il se préparait déjà à se lancer dans le combat quand Odin baissa légèrement les yeux et les plissa, comme s'il réfléchissait à quelque chose.

- Tricherie ! s'exclama-t-il à nouveau, l'air sincèrement outré. J'en appelle au droit à un combat équitable, sans magie !

Arthur fronça les sourcils et suivit le regard d'Odin pour voir de quoi il parlait. Et il comprit. Excalibur était dans sa main, l'épée n'ayant pas quitté sa poigne depuis que l'assaut avait été sonné. Et de par son apparence, elle en appelait directement à la magie quand on s'y connaissait suffisamment. Il était vrai que ses propriétés magiques donnaient un avantage à Arthur, comme on pouvait l'attendre d'une lame forgée dans le souffle d'un dragon.

Sans dire un mot pour éviter de laisser exploser sa colère et rester maître de lui-même, Arthur se tourna vers Merlin, qui comprit aussitôt et tira son épée de sa ceinture pour la tendre au roi, qui s'en saisit et lui tendit à son tour Excalibur, faisant confiance au magicien pour en prendre soin. Après tout, c'était lui qui l'avait trouvée en premier lieu.

Arthur fit à nouveau face à Merlin, qui sourit légèrement avant que son visage redevienne calculateur. Nul doute qu'il réfléchissait à autre chose qui lui donnerait un minimum d'avantage. Perdant patience, Arthur soupira fortement et redressa la tête.

- C'est vous qui avez demandé ce duel, Odin. Vous devriez savoir à quoi vous en tenir, dit-il d'une voix froide. Ou bien êtes-vous trop aveugle pour ne pas voir ce à quoi vous faites face ?

Odin s'assombrit et ouvrit la bouche pour protester, mais Arthur continua avant qu'il ait eu le temps de dire quoi que ce soit.

- Je sais ce que vous pensez. Vous avez peur que la magie soit utilisée pour me donner l'avantage, annonça-t-il, souriant lorsqu'il entendit Merlin renifler en réponse. Avouez-le, c'est même l'exacte raison pour laquelle vous m'avez fait changer d'épée. Mais aucune magie ne sera utilisée lors de ce duel.

- Quelle preuve ai-je que vous tiendrez parole ? Ou que lui se gardera d'intervenir ? cracha Odin en désignant Merlin du doigt.

Arthur dut se retenir pour ne pas lui sauter dessus sur-le-champ. Merlin, en revanche, maîtrisa mieux ses émotions et fit mine de ne pas du tout être affecté par le ton qu'avait employé Odin pour le désigner en inspectant distraitement la garde d'Excalibur, bien qu'Arthur puisse voir et sentir la colère grandissante sous le calme apparent. Cependant, en bon serviteur exemplaire, il laissait son maître gérer la situation.

- Vous avez demandé ce duel ! répéta Arthur, presque incapable de contenir sa fureur. Si vous n'êtes pas capable d'en assumer les conséquences, rentrez chez vous comme le lâche que vous êtes !

Cela sembla toucher une corde sensible, car Odin ne dit plus un mot et s'avança à la place pour le duel. Sans un mot non plus, et sans saluer son adversaire comme il était coutume lors de duels entre chevaliers, Arthur se mit aussi en place. Odin ne méritait pas d'être traité comme un chevalier. Les chevaliers étaient juste et honorables, avec des valeurs qu'ils respectaient scrupuleusement et qui faisaient d'eux des hommes bons et loyaux dont la compagnie et le service étaient hautement appréciés. Odin n'était rien de tout cela. Il n'était qu'un lâche, qui avait toujours cherché à éliminer Arthur de façon souvent déloyale. Pire, il avait tenté de forcer Merlin à le servir et aurait fait souffrir le martyre à son ami si Arthur n'était pas intervenu à temps. Et enfin, il avait fait souffrir Morgane. Même si sa soeur n'était pas de leur côté à ce moment-là, elle ne méritait pas ce qui lui était arrivé. Pas plus qu'Aithusa ne méritait ce qu'elle avait enduré. Tout ça était de la faute d'Odin. Il méritait ce qui lui était et ce qui allait lui arriver.

Avec une force décuplée par la rage qu'Arthur ressentait face à toutes les machinations d'Odin, le roi de Camelot s'élança contre le roi ennemi, bien décidé à en finir rapidement et à sortir du combat vainqueur. Il savait que Merlin ne l'aiderait pas, le magicien comprenait sans problème son envie de régler ça seul avec Odin. Mais il n'avait pas besoin de la magie pour vaincre. Aujourd'hui, il sentait qu'il pouvait y arriver, même s'il devait faire plier Odin à coups de poings. Il ne s'arrêterait pas tant que son adversaire ne serait pas à genoux.

Leurs épées s'entrechoquèrent, et tous deux reculèrent d'un pas pour absorber le choc et évaluer la force physique de l'autre. Avec un cri, Arthur s'abandonna cette fois-ci complètement à la rage aveugle qui l'animait et chargea son adversaire, faisant pleuvoir les coups.

Odin para à chaque fois, ne donnant que plus envie à Arthur de le terrasser. Cet homme était responsable de la mort de son père. Il était responsable des souffrances qu'Uther avait endurées sur son lit de mort. Il était responsable du chagrin qu'Arthur ressentait tous les jours, qui s'était atténué au fil des mois mais qui pourtant restait encore bien trop présent. Il était coupable.

Finalement, après encore quelques instants, Odin commença à montrer des signes de faiblesse. Arthur lui-même commençait à sentir sa fatigue, mais la rage qui ne l'avait pas quitté depuis qu'Odin avait ouvert la bouche, elle, ne faisait que s'accroître au fil des secondes, masquant partiellement toute autre sensation qu'il aurait pu ressentir.

Odin bascula en avant après une tentative ratée, et Arthur en profita pour le faire tomber d'un coup dans les genoux avec son propre pied. Mais Odin ne s'avoua pas vaincu pour autant et tenta encore une fois un coup mortel. Cependant, déséquilibré comme il l'était par le manque de hauteur, son coup n'eut pas autant de force qu'il le voulait et Arthur n'eut aucun mal à le dévier en frappant son épée de la sienne. La lame d'Odin vola à quelques mètres, inaccessible pour le roi qu'Arthur tenait maintenant à sa merci, sa propre épée sous la gorge d'Odin. Le roi de Camelot ne songea à rien d'autre qu'à cela : la vengeance. Enfin, il allait pouvoir venger son père, et venger ce qu'il avait failli faire contre Merlin et ce qu'il avait fait à Morgane. Arthur sentit un calme olympien l'envahir, atténuant petit à petit sa rage. On disait que la vengeance était un plat qui se mangeait froid; la sienne, il l'avait attendue suffisamment longtemps, et il allait la savourer. Rien ne pouvait l'atteindre, rien ne pouvait l'en empêcher.

- Arthur ! Arrêtez ! appela alors une voix.

En réponse, Arthur se redressa légèrement, ne quittant pas Odin, qui s'était redressé à genoux, des yeux. Il n'avait pas besoin de se retourner pour savoir à qui appartenait cette voix ; il aurait pu la reconnaître entre mille. Et c'était probablement la seule personne qui pouvait l'atteindre dans son état.

- Réfléchissez à ce que vous faites, continua Merlin d'une voix plus calme. Que pourra-t-il en résulter de bon ?

Sans utiliser la moindre magie, Merlin l'avait conduit à voir par-delà sa rage aveugle. Respirant lourdement et rapidement, Arthur continua à fixer Odin, qui pencha légèrement la tête, perplexe face à ce changement d'attitude. L'envie de meurtre ne se faisait plus entièrement voir dans le comportement d'Arthur. A la place, il semblait réfléchir et considérer les paroles que son serviteur prononçait. Etait-il possible qu'un serviteur ait autant de pouvoir sur un roi ? La seule solution qu'Odin trouva était qu'Arthur était ensorcelé.

- Combien de fois n'avez-vous pas parlé d'unifier ce pays ? demanda Merlin, faisant clairement allusion à Albion, dont ils avaient beaucoup discuté depuis qu'Arthur avait découvert les pouvoirs de Merlin. Tuer cet homme, cela vous rapprochera-t-il de la réalisation de ce rêve ? Cela vous rapprochera-t-il de l'avènement d'Albion ?

Arthur inspira longuement. La prophétie qui voulait que tous les souverains se réunissent, et gouvernent ensemble pour former la terre d'Albion qui engloberait les cinq royaumes entiers. Si Odin mourait, une telle chose ne pourrait pas avoir lieu. S'il tuait cet homme, réalisa soudain Arthur, il ne vaudrait pas mieux que lui. Il deviendrait un meurtrier de sang-froid, qui assassinerait un homme sans défenses. Maintenant qu'il réalisait cela, il réalisa aussi que sa conscience ne le lui permettrait pas. Il n'était pas prêt mettre fin à la vie de quelqu'un de cette façon. Pas quand il y avait une autre solution.

- Il a raison, dit Arthur à Odin, la voix dure mais graduellement plus calme. Ceci n'est pas une solution.

- Finissez-en, conseilla Odin, l'air de n'avoir plus rien à perdre et se faisan la voix de la tentation. Finissez-en une fois pour toutes.

- Que s'en suivra-t-il ? questionna Arthur. Votre peuple voudra avoir sa vengeance, ce sera une guerre sans fin.

- Il n'y a pas d'autre issue.

Arthur comme Merlin eurent la vague impression qu'Odin tentait de se convaincre lui-même. Aveuglé par le chagrin qu'il portait en lui depuis tant d'années, il ne voyait pas d'autre choix que de tuer Arthur, ou mourir lui-même. La première option n'était pas possible, pas quand ledit Arthur le tenait à sa merci. Alors il fallait qu'il meure. Il ne pouvait par sortir de cette salle en vie si son ennemi l'était aussi.

- Il y a une autre solution, contra Arthur.

Une à laquelle Odin lui-même ne pouvait pas songer. Une qui garantissait un minimum du paix entre les deux royaumes, ou du moins une cohabitation.

- En échange de votre vie sauve, continua Arthur, vous devrez quitter Camelot.

- Même si j'acceptais, cela ne résoudrait rien, dit Odin. Et nous, Pendragon, qu'allons-nous faire ?

Arthur du reconnaître intérieurement qu'Odin avait raison sur ce point : quitter Camelot ne l'empêcherait en rien de tenter de reconquérir le royaume et de tuer Arthur plus tard, dès qu'il aurait amassé suffisamment de forces pour le faire. Mais une autre option était possible.

- Une trêve, répondit-il malgré son coeur qui lui criait de faire autrement. Nous allons contraindre nos royaumes à la paix.

- Jamais ! s'écria Odin.

En réponse, Arthur se pencha en avant et appuya un peu plus fort sur la gorge d'Odin, presque au point de le faire saigner.

- Est-ce donc cela que vous voulez ? demanda Arthur. Mourir ici, maintenant, en sachant que vous condamnez ce pays à la guerre ? Ne vous méprenez pas, je n'hésiterai pas à vous tuer, quand bien même devrais-je le regretter après. Odin, nous ne pouvons pas laisser cela finir ainsi. Jamais le sang ne s'effacera.

- Vous avez tué mon fils, Arthur… dit Odin d'une voix brisée et basse, comme s'il se lamentait. Je ne peux accepter.

- Vous avez tué mon père, Odin ! cria en retour Arthur, son propre chagrin se montrant sous la colère. Nous avons tous deux perdu beaucoup par la faute de l'autre, tâchons de ne pas continuer. Je vous offre une chance d'en terminer avec cela. Saisissez-la.

Il éloigna son épée avant de la remettre au fourreau, puis tendit son bras vers Odin, lui offrant par là-même le geste de reconnaissance des chevaliers et des hommes braves et honorables. Une façon de lui montrer qu'il ne plaisantait pas, bien au contraire.

- Saisissez-la, répéta Arthur.

Odin considéra la main tendue, visiblement en grand conflit avec lui-même. Finalement, son expression se durcit.

- Soit, j'accepte, dit-il d'une voix froide en prenant le bras d'Arthur et en se relevant avec son aide. La trêve est conclue.

- Vous prenez une sage décision, approuva Arthur.

oOoOo

Le lendemain matin, aux premières lueurs de l'aube, la cour de Camelot se réunit dans une salle différente de celle où avait eu lieu le duel - le mur qui la protégeait de l'extérieur était toujours dévasté.

Arthur, habillé dans sa cotte de maille et armure - polie pour l'occasion par Merlin et sa magie - de sa cape aux couleurs et aux armoiries de Camelot et de sa couronne, se tenait à côté d'Odin, qui offrait un spectacle bien moins glorieux. Mais personne ne s'en formalisait, sauf peut-être Odin lui-même. Et Odin avait appris à fermer sa bouche depuis la veille.

- Citoyens de Camelot, proclama Arthur d'une voix forte et sérieuse, nous sommes réunis en ce jour pour célébrer un événement importante : la trêve entre le royaume du roi Odin et le royaume de Camelot.

A ces mots, Odin se pencha sur le parchemin, rédigé en hâte mais qui stipulait qu'aucun des deux royaumes ne devait attaquer l'autre sauf en cas de force majeure extrêmement rare, posé sur la table ronde, attrapant la plume à côté pour la tremper dans l'encrier et apposer sa signature en bas du document bon gré malgré.

Regardant cela d'un oeil critique, Arthur signa à son tour lorsqu'Odin eut finit, avant de se redresser pour reprendre la parole.

- A partir de ce jour, nos deux royaumes cohabiteront sans qu'il n'y ait besoin de verser de sang. Bien que cela ne fasse pas de nous des alliés, cela contribue à la paix dans tous les cinq royaumes.

Aussitôt qu'il eut fini, Arthur fronça légèrement les sourcils. Depuis quelque temps, leur lien s'était renforcé à un point qu'il pouvait dire quand Merlin utilisait la magie. Et c'était précisément le cas en ce moment même.

Tournant à peine la tête, il put voir Merlin qui s'était dissimulé derrière l'une des colonnes qu'arborait la salle, et eut un aperçu de la lueur d'or qui quittait ses yeux. Merlin tourna ensuite la tête vers lui et sourit sérieusement.

"Juste une petite précaution, dit-il, pour qu'on soit prévenus s'il planifie quelque chose à nouveau, avant que la chose arrive sur nous. On ne sait jamais, il pourrait très bien décider de rompre la trêve."

"Sage précaution, approuva Arthur."

Après la signature de la trêve, Odin voulut repartir immédiatement, ce qui était compréhensible. Une escorte composée de ses soldats, qui ne s'étaient pas enfuits trop loin et avaient été dénichés dans la forêt par Aithusa puis ramenés prestement à Camelot, l'attendait dans la cour, sans chevaux. Tous les chevaux avaient fui en voyant les dragons.

Sans même un au revoir, Odin sortit du château avec toute la dignité qui lui restait encore. Il disparut rapidement dans la forêt, plus seul qu'il n'en était apparu. En effet, Margen avait été enfermé dans les cachots pour haute trahison, et le Sarrum avait été expédié illico presto hors des frontières de Camelot et dans son royaume par un Kilgharrah très mécontent.

Morgane n'avait pas quitté Camelot depuis la veille, malgré les réactions principalement négatives que cette nouvelle recevait. Cependant, elle voulait aller voir Aithusa, qui s'était installée dans la clairière en compagnie de Kilgharrah. Arthur fut incapable de l'accompagner à cause de l'attaque que Camelot venait de subir et des questions des conseillers, surtout par rapport au phénomène qui avait repoussé toute l'armée d'Odin. Aussi Merlin et Alator se mirent-ils en route avec elle pour rejoindre les dragons et poser quelques questions.

oOoOo

Si vous reconnaissez certains dialogues, c'est tout à fait normal, parce qu'ils sont issus de l'épisode 504, Le sortilège de Morgane (malgré son titre, c'est un épisode excellent !).

Ceci était officiellement l'avant-dernier chapitre, plus qu'un avant que cette fic soit finie.