Chapitre 9 : Un nouveau colocataire

-Oh la la…mais qu'est-ce qui se passe ici ?

Je sursautais et me tournais vers Birthday qui haussa les sourcils à plusieurs reprises en faisant un sourire narquois. Je me retenais d'écrire dans mon livre d'avoir une lame pour transpercer son corps, quand je vis aussi que Nice, Ratio, et même Summer étaient là, tout sourire, qui nous regardaient sûrement depuis tout à l'heure. Je commençais à rougir fortement, puis je criais :

-Dégagez d'ici !

Au bout de quelques minutes, tout le monde fut installé dans la chambre d'Art, qui soupira de ne plus avoir sa tranquillité. Je regardais Summer :

-Tu vas bien ?

-Oui… Un peu dégoutée que je me sois fait prendre comme une bleue…

-Ha ha ! C'est sur que là, tu t'es bien faite avoir ! Rigolais Birthday en la montrant du doigt

-Arrête Birthday, la défendait Nice, ce n'est pas de sa faute… C'est vrai quoi ! Après tout, elle voulait juste se faire une coupe ! D'ailleurs, ça te va plutôt bien le carré !

Summer rougit puis murmura un petit « merci », gênée par le compliment. Elle avait rattachée ses deux mèche de devant en dégradé à l'arrière de son crâne avec deux pétales de cerisier. Sûrement les tresses ne lui plaisaient plus tant que ça…

-Par contre, pour Fumiko…continua-t-il en me regardant, sans continuer sa phrase

Tous me regardèrent avec un air désolé. Je demandai ce qu'ils avaient, et Summer me passa son miroir de poche. Lorsque je me regardai dans la petite glasse, je poussai un cri de terreur :

-Mon dieu… Mais…Je… ?!

J'avais comme un gros trou dans ma chevelure et il n'était pas petit ! La plus grande mèche se situait en haut de ma nuque, arrivant en bas de mes oreilles. Je restai pétrifiée devant une telle irrégularité. Art se moqua :

-C'est ça, quand on donne des cheveux à l'ennemi pour qu'il fabrique une poupée pour vous tuer… On finit avec une coiffure pas possible !

-Tu n'as plus qu'à retourner chez le coiffeur, disait Nice en tirant la langue.

-Il est hors de question que je m'y rende après ce qu'il s'est passé !

Je rougissais devant Art qui gloussa à ma situation. Ce n'était pas marrant du tout : j'aimais bien les cheveux longs, moi !

-Si tu y tiens tant que ça, à tes cheveux longs, disait Summer en mettant sa main sur son menton, tu peux laisser deux longues mèches devant et couper au carré tout le reste ! C'est la mode en ce moment ! Après, tu peux mettre des barrettes au bout pour que tes cheveux remontent et…

-Ecoutez, disait Birthday, ce n'est pas que la coiffure féminine ne m'intéresse pas, loin de là, mais on pourrait parler d'autre chose ?

Summer se leva et lui tira l'oreille pour se venger de ses propos. Le garçon aux cheveux blonds l'implora de le lâcher, puis elle tira un sourire satisfait avant de se rassoir. Art, voulant changer de sujet, demanda :

-Murasaki n'est pas avec toi, Nice ?

-Non ! (Il mit ses mains derrière la tête) Il disait qu'il avait quelque chose à régler à la maison…

-Sûrement ton linge à laver… disait Ratio, se plaignant pour le pauvre garçon à lunette.

-Sérieux ? Il te fait ton linge ? Disait Birthday en regardant Nice

-Et pas seulement, répliqua Summer, voulant attaquer le garçon au casque. La cuisine, le ménage, la vaisselle…

-Oui, eh bien je suis nul pour ses trucs là, ok !? Se défendit Nice devant la moquerie générale. (Il balaya la salle du regard, trouvant quelqu'un pour changer de sujet) Je suis sûr que Fumiko non, plus, elle ne fait pas le ménage !

-P-Pourquoi ça retombe sur moi ?! Disais-je, me pointant du doigt

Bien sûr que je ne faisais pas le ménage : je vivais dans une tente ! Mais il ne fallait pas qu'ils le sachent, sinon ils allaient encore s'inquiéter pour moi… Et je n'aimais pas la tournure que prenait la conversation…

-Je me demande à quoi ça ressemble chez toi, disait Birthday : je suis sûr que ça doit être plein à craquer de livre…

Plein à craquer au sens propre oui ! Ma tente à faillit se déchirer l'autre jour, car ma pile de livre prenait appuis sur l'une des parois en toile…

-Oui, c'est un peu ça…dis-je avec un faux sourire

-Tu devrais nous inviter, insista Summer. Je n'y ai jamais mis les pieds ! Et qu'est-ce que j'ai insisté !

-Même toi, Summer ! S'exclama Nice. Je suis sûr que tu as quelque chose à cacher ! Disait-il avec un sourire mesquin

Et il ne croyait pas si bien dire ! Je commençai un peu à paniquer…

-Tant que j'y pense…disait Ratio, lorsqu'on a enregistré ton identité dans l'ordinateur de l'hôpital, ton adresse n'y était pas indiqué…

-Ah-Ah bon ? C-C'est bizarre…

Tous me regardèrent de travers : ils se doutaient que quelque chose ne tournait pas rond… Je soupirai : je pense qu'il était temps de leur donner des explications. C'était trop gros, trop évident, et je voyais sur leurs visages qu'ils pensaient la même chose que moi : il leur fallait la vérité.

Je sortis mon portable et navigua dans ma galerie, jusqu'à arriver à une photo qui montrait ma tente. En inspirant profondément, je leur disais :

-Je crois que je vous dois des explications…

-Pourquoi tu nous as caché tout ça ?! Disait Summer en regardant une nouvelle fois la photo

-Je suis désolée, répétais-je encore, c'est juste que…Je ne voulais pas vous inquiéter…

-Oui mais là, il y a de quoi, disait Art.

Il semblait frustré qu'après tout ce qu'on avait vécu, je ne lui avais pas confié mes problèmes. Je baissais la tête, honteuse. Ratio, croisa les bras et disait :

-C'est ce qui expliquait la forte présence de salive d'insecte dans ta peau…

-Je pense qu'il y a plus important qu'un problème de moustique...Disait Birthday, dévisageant son ami

-Et tu n'as pas du tout les moyens ? Disait Art. Ton travail d'inspectrice doit quand même te donner assez d'argent, depuis le temps !

-Eh bien… répondis-je d'une petite voix. J'ai bien de l'argent… Mais… chaque fois je dépense tout dans les livres…

-C'est pas vrai…soupira Ratio

-Dans les livres ?! S'exclama Birthday. T'as vraiment que dedans à dépenser ?!

-Je te reconnais bien là, Fumiko ! Disait Summer avec sourire

-Quoi qu'il en soit, disait Art, on ne peut pas te laisser dans cette situation…

-Non, me levais-je, je ne veux pas que vous me donniez de l'argent ou quoi que se soit ! Je suis bien, je vis bien ! Je ne veux pas que vous vous inquiétez pour moi ! C'est pour ça que je vous l'ai caché !

Je ne voulais absolument pas : hors de question qu'il me prenne pour une enfant incapable de se gérer ! Néanmoins, tous ne furent pas de mon avis. Ils semblaient réfléchir à une solution, se concertant les uns les autres. Finalement, le soupire d'Art brisa le silence de plomb.

-Bien, je crois que je n'ai pas le choix… Ecoute Fumiko : tu ne peux pas continuer de vivre comme ça. Je vais te prendre en colocation dans mon appartement.

J'ai cru mal entendre, comme tout le monde dans la salle : moi ? En colocation avec Art ? Dans le même appartement ? Je sentais du rouge venir aux joues. Néanmoins, même si cette idée me plaisait vraiment, même plus que vraiment, carrément, je ne voulais pas l'embêter, être un poids pour lui…

-Non, désolée, je ne peux pas accepter ta proposition… Je refuse de t'embêter avec mes problèmes…

-Tu ne m'embête pas, Fumiko… De toute façon, tu ne peux pas rester comme ça.

-Tu es sûr, Art ? Demandait Ratio

-Oui, j'en suis sûr.

-Je sens que tu vas regretter ! Taquina Nice. Tu sais, Fumiko est peut-être une fille à faire la fête toute la nuit, et à venir dans ton lit pour te couper tes cheveux afin de se venger ! Ou peut-être…

-C'est bon, on a comprit ! Répliquais-je en faisant signe de la main d'arrêter. Je le répète Art : je ne veux pas t'embêter, ni même être un poids pour toi…

-Si tu me dérangeais tant que ça Fumiko, je ne t'aurais pas proposé. Et puis, on est partenaire, non ? J'ai une chambre de libre, et je ne manque pas vraiment de moyen avec mon boulot. Ne tergiverse pas : tu viendras et c'est tout.

Je ne répliquai pas. Ma poitrine se gonfla d'un mélange de joie et de culpabilité. J'allais tout faire pour ne pas gêner, quitte à faire les tâches ménagères, le linge, et la cuisine, tout comme Murasaki !

-D'accord, répondit Summer. Mais je veux quand même voir à quoi ressemblait ta tente ! On ira voir demain !

-Attend, demain on sort juste de l'hôpital… disais-je.

Je la laissai quand même me convaincre d'y aller le lendemain. En même temps, j'allai déménager, et je comptais bien l'utiliser pour porter mes bouquins. Autant qu'elle se rende utile !

Nice, Birthday et Ratio devaient repartir bosser. Ratio, avant d'aller rejoindre ses clients, nous disait fermement d'aller retourner dans nos chambres. Ne voulant pas activer sa colère, Summer et moi partions sans résistance. Lorsque je passai un dernier regard sur Art, il me sourit amicalement, la lumière de la soirée amplifiant son effet.

Je n'arrivai pas à dormir : je réfléchissais trop, et pour évacuer, j'écrivais. Juste quand je réalisai que j'en pinçai pour Art, je me retrouvais dans le même appart que lui ! J'avoue que j'étais assez perturbé par la rapidité des choses… d'ailleurs, mon bras allait mieux, et j'avais hâte de sortir de l'hôpital.

-Waouh…ça fait encore plus pauvre qu'en vrai !

Je regardais Summer de travers. Nous étions devant ma tente, dans le terrain vague. J'avais du mal à leur indiquer où elle se trouvait, étant donné qu'elle était vraiment au milieu de nulle part… Alors que Summer attendait, je fus étonné de voir toute la troupe qui avait débarquée avec elle : Birthday, Ratio, Nice, et même Murasaki était là. Je les avais regardés bizarrement avant de répliquer :

-Vous n'avez pas du boulot vous ?

-Bah, c'est que les demandes se font rares à l'agence, répondit Nice. Alors comme on a rien à foutre, et qu'on s'intéressait à ton trou pommé, bah on est venu !

Bah voyons ! Nous ouvrions la tente, puis ils purent admirer la pièce dans un désordre pas possible : les livres étaient empilés dans plusieurs colonnes, mon lit n'était qu'un matelas de mousse avec un sac de couchage en guise de couverture. Des protéines en sachets traînaient un peu partout, et la seule source de lumière était un lampe torche, qui rendait bientôt l'âme.

-T'es sérieuse ? disait Birthday, haussant les sourcils. Tu vivais… là-dedans ? Et comment tu te lavais ?

-Il y a une aire de repos pas loin, expliquais-je, un peu gênée. Là-bas, il y a des douches pour les camionneurs.

Ils se tournèrent tous vers moi, comme si j'étais une extraterrestre. Summer me taquina :

-Au moins, tu peux faire Koh Lanta facile !

-Arrête, Koh Lanta, ça doit pas être aussi simple…Répliqua Nice. On n'a pas le droit aux casques là-bas ! Ni aux livres…

Il me regarda comme si cette information m'importait. Mais qu'est-ce qu'ils avaient à parler de Koh Lanta ? Apparemment, Art se posa la même question que moi, avant de déclarer, plus sérieusement :

-Bon, commençons le déménagement !

C'est alors que nous portions toutes mes affaires, qui se résumèrent à des livres et…encore des livres. Je leur disais de faire très attention, car ils étaient précieux pour moi. Tous se plainèrent du poids à porter, sauf Murasaki et Art, qui se sentirent à l'aise. Birthday, qui se demandait combien il y avait encore de bouquin, se fit répondre par Ratio :

-Bah imagine : Durant un an, elle n'a acheté presque que ça de son salaire…Je te laisse imaginer…

Tous soupirèrent devant mon comportement. Nous essayions de tout faire rentrer dans le coffre de la voiture d'Art, puis, voyant qu'il n'y avait plus de place, nous commencions à remplir celui de Ratio. Une fois les déplacements terminés, nous jetions la tente aux ordures, accompagnée du lit et du sac de couchage. Je leur disais adieu, puis nous nous rendions vers l'appartement d'Art.

Il se situait non loin du poste, ce qui facilité le transport. Nous devions faire de nouveau un chemin avec ma bibliothèque dans les escaliers, puis Art installa la pièce où j'allais dormir. Son appartement était très spacieux, propre, rangé…Pas du tout comme mon précédent lieu de vie !

Il y avait une grande baie vitrée donnant sur la vue du centre-ville de Yokohama. C'était un beau paysage, et un appartement ainsi placé avait dû lui coûter très cher… Surtout l'intérieur ! Télé écran plat, un ordinateur dernier cri, une cuisine bien équipée… Et un frigo bien granit en sucrerie, aussi !

-Art…rigolais-je devant les pâtisseries.

Il m'installa dans la chambre à côté de la sienne. J'avais un lit, un bureau équipé d'une lampe, et le vide sera sûrement comblé par tous mes mangas et mes romans, ce qui fut rapidement le cas après le déménagement. Je sautais dans le lit, et profitais du confort dont je n'avais pas l'habitude.

Tous essuyèrent la sueur sur leur front, puis Art regarda autour de lui, avant de dire :

-Alors ? Il te plait l'appartement ?

-Il est excellent, tu veux dire ! M'exclamai-je avec sourire. Je te remercie, Art !

Il me rendit son sourire, puis nous constations qu'il était déjà tard. Les autres disaient qu'ils avaient autres chats à fouetter, et ils repartirent comme ils étaient venus. Art s'installa dans le canapé, regardant les différents cadres photos sur l'étagère.

Je vins rapidement le rejoindre, et je regardais à mon tour les photographies : il y en avait une où nous étions tous ensemble, une avec Gasquet (oui, parce qu'eux aussi, étaient très proche), une où il est diplômé… Je défilais mes yeux sur une photo de lui avec un petit garçon lui ressemblant, lorsqu'il était enfant. Je le questionnais :

-Qui est-ce ? Le désignais-je

-C'est mon petit frère… (Il afficha un sourire triste) enfin, c'était… Il est mort dans un accident alors que j'étais enfant…

-Je suis désolée, je ne voulais pas…

J'avais fait une gaffe. Une grosse gaffe. Alors qu'il venait de m'inviter à vivre chez lui, que je venais de m'installer, je lui rappelais déjà des souvenirs douloureux. Il vit la déception et la compassion sur mon visage :

-Ne t'inquiète pas ! Gloussa-t-il. Que veux-tu manger ce soir ?

Je commençais à rougir : cela ressemblait à une phrase culte dite par les couples vieux de quelques années. Mais bon, il allait falloir que je m'y habitue… Et que j'enlève rapidement ses ronds rouges sur ma figure !

-Ecoute, Art, me levais-je, ce soir, c'est moi qui fait à manger ! D'ailleurs, je ferai à manger tous les jours, à présent ! C'est normal, après tout…C'est toi qui m'as invité à emménager !

Son visage se fendit d'un sourire, puis il prit la télécommande, avant de dire :

-Je t'en prie ! Fait donc ! Que je vois tes talents culinaires !

J'étais gonflée à bloc, prête à tout. Je me dirigeais alors vers la cuisine, puis je restais comme paralysé devant toutes les machines, les boutons, et les armoires. Et c'est à ce moment que je me rendis compte de quelque chose : je ne savais absolument pas cuisiner !

Je commençais à paniquer : moi qui avais promis un repas de taille pour Art, gonflée d'adrénaline, mais en réalité, je n'avais jamais mangé autre chose que des protéines dans ma tente ! C'est à ce moment que j'eue une brillante idée :

-Art, tu n'aurais pas des livres de cuisine, par hasard ?

-Dans l'armoire en haut à gauche.

Je suivis ses indications et…bingo ! Des livres de cuisine ! Je prenais n'importe lequel, n'importe quelle page qui conviendrait avec ce qu'il y avait dans le frigo et els armoires que j'avais fouillé. Puis je tombais sur « Spaghettis Bolognaises ». Je regardais la couverture : « Gastronomie Française ». Bah ! Les français ne devaient pas être si mauvais en cuisine que ça !

Je rassemblais alors les ingrédients sur le plan de travail, puis je pris ma plume : si je ne savais pas cuisiner, autant laisser faire mon Minimum ! Je me coupais légèrement, laissant une goutte de sang aller sur le livre de la « Gastronomie Française », puis j'écrivis :

J'aimerai avoir des pattes à la bolognaise pour deux.

Les ingrédients dansèrent devant mes yeux, et allèrent se loger directement dans les assiettes. Et voilà ! C'était prêt ! Mais quand je regardais la photo avec ce que j'avais dans l'assiette, cela ne correspondait pas vraiment. Bah ! Ils embellissent toujours un peu sur les photos, de toute façon ! Pensais-je, avant de mettre les couverts sur la table.

-Art ! C'est prêt !

Il se leva du canapé, et je voyais à son visage qu'il était étonné de la rapidité à laquelle j'avais fait à manger. Il s'installa, concerta l'assiette, puis me regarda avec sourire, se disant que cela ne devait pas être mauvais.

-Bonne appétit ! Disions-nous en cœur

Il avala alors la première bouchée sous mes yeux, le regardant au détail près. Une fois engloutit, il fit un sourire en disant :

-Ah ! C'est pas mal du tout !

Cependant, je voyais à sa goutte de sueur se formant sur son front et à ses lèvres tremblantes que c'était un mensonge. Comment ça, ce n'était pas bon ?

-Ce n'est pas bon ? Répétais-je mes pensées à voix haute

-Eh bien…disait-il, cherchant les mots…C'est…spécial…

Je m'empressais de gouter pour voir pourquoi il faisait une telle tête. Alors que je mis mes pâtes dans ma bouche, je dus me retenir pour ne pas vomir. Une fois la gorgé avalé, je buvais de l'eau à toute vitesse, essayant de passer le gout immonde dans mon œsophage.

-Gastronomie française ? Mon œil, ouais ! Disais-je en m'essuyant la bouche

Art souriait puis répliqua :

-Je ne pense pas vraiment que ce soit la faute du livre…

Je rougissais devant son commentaire. Il se leva de la table pour se rendre dans la cuisine. S'il faisait ça, il verra que ce n'était pas moi qui ai cuisiné ! Je me levais à sa poursuite :

-Art ! Non attend ! Je vais recommencer !

Je le retenais par les bras, mais il me passa entre les doigts. Il arriva au poste de travail, puis il saisit le livre. Je voulus le reprendre, mais il leva le bras pour m'empêcher de l'attraper :

-Rend-moi ce livre ! Dis-je avec une petite voix, fronçant les sourcils

-Hors de question ! Disait-il souriant

Je continuais à monter sur la pointe de mes pieds, essayant d'atteindre sa main, beaucoup trop haute. J'essayais de monter un peu plus en m'appuyant sur son épaule, le plaquant contre le plan de travail pour qu'il ne puisse pas bouger et s'échapper.

Quand je baissais mon regard vers Art, le détachant enfin de l'objet que je convoitais, je tombais nez à nez avec son visage. Il était si proche du mien, et j'étais si proche de lui…Je commençais à rougir. Cette scène ne ressemblait absolument pas à celles qu'on verrait dans les films ou deux partenaires de police se battraient… Mon corps était collé au sien, si bien que je pouvais entendre les battements de son cœur. Il me souriait tout le long de cette scène, comme si ça l'amusait.

Il profita de ce moment d'hésitation mon me prendre le poignet et me retourner comme dans une danse, se libérant ainsi. Mon cœur battait tellement que je ne pouvais plus rien cacher, plus rivaliser pour lui reprendre le bouquin. Il l'ouvrit à la bonne page, puis soupira, avant de dire :

-C'est quoi ça, au juste, tu m'expliques ?

Il montra l'inscription du doigt, puis je détournais le regard, ne voulant pas le regarder dans les yeux. Comme si cette preuve ne lui suffisait pas, il prit mon poignet et regarda ma coupure que je m'étais faite. Il soupira :

-Pourquoi as-tu utilisé ton Minimum ?

-Parce que…Je ne sais pas cuisiner… disais-je sans oser croiser son regard

Il soupira une nouvelle fois. Je pense que c'était l'expression préférée d'Art, de soupirer… Je rougissais de plus belle en me disant que ce petit caractère était assez mignon…

-Tu aurais du le dire tout de suite… Va t'installer dans le canapé, je vais le faire…

Boudeuse, j'allais me mettre dans le canapé puis regardais la télé. J'essayais de me retenir d'espionner Art en train de cuisiner : était-il en tablier ? Avait-il retroussé ses manches ? Est-ce qu'il faisait vraiment les mêmes gestes qu'un chef de restaurant cinq étoiles ? Toutes ses questions cogitèrent dans ma tête. Et alors que je me décidais enfin à aller jeter un coup d'œil, Art arriva avec les plats, disant que c'était prêt.

Je m'installai à table et mangeais une première bouchée. C'est à ce moment que mes papilles gustatives rentrèrent en ébullitions : c'était la première fois que je gouttais un truc aussi bon ! Je continuai sans m'arrêter, ne pouvant plus m'en passer : c'était tellement succulent, tellement doux, salé et sucré à la fois…Je finissais l'assiette en moins de deux, puis Art me disait, un peu étonné :

-Alors ? Tu aimes la cuisine française finalement ? C'était un bœuf bourguignon.

-Art, tu cuisine trop bien ! Le complimentais-je. Mon palais reste en halène devant ton talent ! Je n'arriverai jamais à te battre…

-Il faut juste que tu t'entraine, c'est tout ! Disait-il avec sourire

Je lui rendis. Cette vie était nettement meilleure que la précédente ! Je regardais par la baie vitrée : comme je l'avais prédis, le soir, le paysage était magnifique. Le soleil se couchait derrière les grands buildings de Yokohama, laissant leur ombre danser à certains endroits des ruelles. C'était magique. Et tout cela avec Art, c'était encore plus sublime.

Une fois le repas terminé, Art décida d'aller directement se coucher, fatigué. Je restai un peu dans ma chambre, lumière allumée, et j'écris dans mon livre tout ce qu'il s'était passé. Je lisais aussi un peu de chapitre de mon roman, puis je le jetai dans la pile de livre, avant de me blottir dans les couvertures et de fermer les yeux, repensant à tous ces événements.

J'habitai avec Art. Dire cette phrase était tellement simple, et tellement compliqué à la fois… De même que je mangeai avec Art, je regardai la télé, le couché de soleil avec Art… Je me tournai vers le mur nous séparant : il était tellement fin que je pouvais entendre sa respiration quand il dormait : une respiration si apaisante, berçante, que rien que de l'entendre ressemblait à une musique.

Je restais à l'écouter, quand je fis un sursaut en entendant les vibrations de mon téléphone portable. Je regardais l'heure tardive : qui pouvait m'appelé à cette heure ? Je regardai mon écran : Summer m'avait envoyé un message. Pourquoi je ne m'en étais pas douté plus tôt ? Je défilai le texte :

Alors ? Comment ça se passe avec Art ? Oh ! Ne me dis rien : il t'a aidé à faire la cuisine en frottant ses mains contre les siennes pour t'indiquer bien comment on faisait, puis tu as rougis. Vous avez admiré le couché de soleil à deux, puis progressivement, il dirigea sa main vers la tienne, puis te la prit…Tu rougis aussi et…Ah ! Tu tournes la tête vers lui et il te regarde avec un regard profond… Il t'emmène dans sa chambre, et il te dit de dormir avec lui la nuit et tu accepte, et là il dort profondément à côté de toi…Oh oh ! Dis-moi que c'est ça ! Dis-moi que c'est ça ! Réponds-moi stp !

Summer

La rage m'envahis en lisant son message : non mais pour qui elle se prenait ?! Sans prendre la peine de lui répondre, je jetai mon téléphone à l'autre bout de la pièce, puis je me retournai face au mur : non mais je rêve ! Elle devrait arrêter les jeux Otome tout de suite !

Je serrai mon poing à côté de mon visage. Dans un sens, elle n'avait pas tort… La soirée avec Art avait été très mouvementée… Et ce n'était que la première soirée ! Je vivais avec lui, à présent… Et entendre son souffle, imaginant qu'il dort dans son lit, collé de l'autre côté du mur, c'est un peu comme si j'étais à côté de lui, en un sens…

Je rougis et cacha mon visage avec mes couvertures. Il fallait absolument que je m'active pour lui rendre l'appareil ! Fatiguée, j'écoutai de nouveau les soufflements d'Art de l'autre côté, puis je m'endormi bercée par le rythme de ses expirations…