Chapitre 10 : Tour à la banque…

Quand je me réveillai, il était dans les 11 heures du matin. J'avais tellement bien dormi sur le lit, au lieu du maudit matelas de ma tente ! Je me levai donc en chemise de nuit, mon livre à la main. Lorsque j'arrivai dans le salon, Art était déjà réveillé, et il portait ce qui était sûrement l'une de ses tenue en dehors du travail : une belle chemise blanche, manche trois-quarts, col ouvert de deux bouton, avec un pantalon noir et de grosses bottes gotique.

Je du me focaliser sur la télé pour ne pas admirer son corps musclé. Art me vit et me demanda avec un sourire frais :

-Tu as bien dormi ? Ça doit changer du matelas en mousse, non ?

-Tu l'as dis…répondis-je, un peu dans les vaps le matin.

-Ton petit-déj est sur la table. C'est des pancakes, j'espère que tu vas aimer…

Je n'avais jamais entendu parler de se plat, mais dans un sens, tout ce que ferai Art, j'aimerai. Je me dirigeai alors vers la petite table et constatai les « pancakes ». J'en avais déjà vu dans les films américains… : des gens de galette ou l'on pouvait rajouter du sirop, dessus. Ce qu'avait fait Art, d'ailleurs. Je salivai d'avance, puis j'attaquai le petit-déjeuner. Et c'était succulent, comme je l'avais imaginé ! Art était décidemment très fort en cuisine !

J'avais terminé quand j'entendis le téléphone sonner dans ma chambre. D'un bond, je filai vers l'appel pour ne pas le rater. Je le saisis dans la pile de livre, mais en voyant le destinataire, je m'étais dis que je m'étais pressée pour rien. Summer… Hier, elle m'avait envoyé un message imaginé, donc j'avais un peu de mal à décrocher si elle ne me parlera que de ça… Mais j'appuyai tout de même sur le bouton « répondre », juste au cas où…

-Allo Summer ?

-Salut Fumiko ! Tu ne m'as pas répondu à mon message, hier… Alors ? C'était ça hein ? Dis-moi que…

Je raccrochai. J'avais bien senti son ton idiot et désagréable à l'autre bout du fil. Elle rappela alors, et je pris une voix des plus agacées :

-Si tu me reparles de ça, je te jure, je redécroche !

-Non, non, attends ! Insista-t-elle, paniquée. Ce n'est pas de ça que je voulais te parler… T'es libre aujourd'hui ? C'est ton jour de congé…avec Art non ?

Je souris : elle avait hésité à rajouter le nom de mon partenaire de peur que je ne raccroche de nouveau. Mais je préférai qu'elle parle de lui ainsi.

-Oui pourquoi ?

-Eh bien, on a du boulot, à Hamatora ! Je voulais te demander, vu que t'es aussi voir plus fauchée que moi, si tu voulais prendre l'enquête avec moi ? C'est une affaire sur des poseurs de bombes.

Des poseurs de bombes ? J'avoue que je n'en avais jamais entendu parler... Cette affaire m'intéressait bien, mais si je devais venir, le butin serait partagé en deux… C'était gentil, mais je voulais qu'elle s'occupe avant tout d'elle, plutôt que de moi…

-Désolée Summer, je dois refuser. J'ai des trucs à faire aujourd'hui… Tu bosses toi maintenant ?! La taquinais-je

-Ah ok, pas grave ! Tout l'argent sera pour moi hehehe ! Eh ouais, tu vois, je ne suis pas une glandeuse !

Si, en fait, elle était glandeuse tout le reste du temps où elle n'allait pas faire ses rares affaires sous les bras… Mais je me retenais de faire cette remarque, et je raccroché sur un bref « a plus ! »

Je soupirais et retournai dans le salon. Art me regarda est demanda, perspicace :

-Elle te demandait pour une affaire ?

-Ouais, mais j'ai refusé, je ne voulais pas partager son argent…déjà que les affaires se font de plus en plus rares là-bas…

-Je vois… (Il continuait de regarder la télé pendant qu'il parlait). En parlant de ça, tu devras peut-être aller retirer de l'argent pour t'occuper de tes cheveux.

Je touchai mes cheveux, gênée de sa remarque. Je réfléchissais : je n'avais pas un sou sur moi… Alors imaginer aller chez le coiffeur, c'est mission impossible… Art semblait deviner mon problème :

-Tu n'as qu'à aller à la banque en bas de la rue ! Tu as de l'argent sur ton compte, non ?

-Euh…répondis-je, incertaine du montant. Je dois avoir dans les 10 000 yens[1]…

-Moi qui pensait que tu étais ruinée jusqu'à l'os ! Soupira Art. Pourquoi tu n'utilisais pas cet argent pour te nourrir ?

-Eh bien…J'économisai pour une nouvelle tente !

Il plissa les yeux et arqua un sourcil, trouvant cette idée complètement stupide :

-T'es sérieuse ?

-Ouais, ils avaient sortis un nouveau modèle au magasin de sport ! J'aurai trop voulu l'acheter ! Il parait qu'elle était même imperméable, la classe…

-Pour un SDF, oui…répondit Art méchamment

Je ne répondis pas à sa provocation, puis pris ma veste pour aller dehors.

-Bon, je vais à la banque ! Déclarais-je

-A tout à l'heure, répondit-il simplement sans détacher le regard de la télévision.

Sans me retourner, je descendais la ruelle et tournai au coin de rue pour aller rejoindre la banque la plus proche. Il y avait quand même pas mal de monde, et je fis la queue. Tout ça juste pour une coiffure ! Non mais je vous jure !

J'arrivai enfin au guichet pour retirer l'argent. Alors que j'allai prononcer le premier mot de ma phrase, j'entendis un gros bruit de vitre brisée. Prise de panique, je me retournai, puis un grand homme, corpulent et chauve entra dans le bâtiment par la vitre cassée. Tout le monde le regardait, n'osait bouger.

-Ceci…est un braquage…disait l'homme avec un sourire en coin. Donnez-moi l'argent, ou sinon, vous le regretterez…

Eh bien, ce n'était pas ma chance, en ce moment ! Le grand type jouait avec une pièce dans sa main en attendant quelconque réaction de la part de quelqu'un. Il avança vers la caissière, et moi en même temps, puis posa ses deux grandes mains sur le comptoir. Ayant le dos tourné, certaines personnes s'enfuyaient discrètement.

-Donnez-moi l'argent ! Disait-il sur un ton un peu plus agressif

-Vous ne pourriez pas faire la queue comme tout le monde ? Demandais-je sans la moindre politesse. J'étais là avant.

Je tenais à récupérer mes sous, moi ! Il me regarda de travers, puis joua avec sa pièce de plus en plus vite. Il la lança, et elle retomba sur la partie face. Il me regarda intensément, puis écarquilla les yeux. Mais rien ne se passa.

J'arquai un sourcil : qu'est-ce que c'était que ce braqueur ? Il n'avait que ça à faire de jouer à pile ou face avec sa pièce devant moi et à me regarder ? Si c'était ça, l'arrêter serait simple… Mais j'avais pensé trop vite. Il répliqua après une seconde de réflexion :

-Tu es un Détenteur.

Je restai cloué sur place tandis que des murmures s'élevèrent dans la salle comment savait-il que j'étais un Détenteur ? Que je possédais un Minimum ? J'essayai de respirer profondément, gardant mon calme, puis disais :

-Et vous, un imbécile.

Il s'énerva, grinça des dents et me balaya de sa main. Sa puissance était telle que je tombais, m'écrasant le dos contre le comptoir, et retombai sur mes fesses, me plaignant. Ne me dites pas que j'allai retourner à l'hôpital, quand même ! Je ne bougeai pas, et le type posa ses yeux en direction de l'entrée, où de nombreuses personnes essayèrent de filer en douce. Il cria :

-Eh ! Vous là ! Restez ici !

Mais à quoi bon lui obéir ? Il n'avait pas l'air si dangereux. Franchement, ce braquage devient vraiment n'importe quoi…pensais-je. Mais à la seconde où je disais cela dans ma tête, le type relança sa pièce et tomba sur face, de nouveau. Il regarda alors intensément les personnes.

Puis soudain, il y eut quelque chose qui se produisit : le crâne d'un homme âgé dans la vingtaine commençait à gonfler, encore et encore. Il hurlait, et personne n'osai dire quoi que se soit, ni même lui venir en aide, regardant le spectacle écœurant. Sa tête grossit, encore et encore, jusqu'à un moment ou on entendit un bruit sourd, suivit d'une pluie de sang : sa tête avait littéralement explosé.

Son corps tomba majestueusement sur le sol, produisant une marre de sang sur la moquette de la banque. Les personnes aux alentours avaient reçu du sang sur leur visage, leurs vêtements. Ils n'osaient bouger, paralysés par la peur, puis ensuite, ils hurlèrent.

-Si vous faites comme lui, vous finirez dans le même état ! Ricanait-il

C'était un Détenteur. Prêt à tout pour arriver à ses fins. C'est à ce moment que j'eue une révélation : tout à l'heure, avant de me plaquer contre le comptoir, il avait fait ça aussi : il avait fait tourner sa pièce, puis m'avait regardé intensément… Alors il voulait me faire subir le même sors que ce type ? Des frissons parcoururent mon échine : mourir d'une explosion de cervelle ne me plairait pas vraiment…

Les personnes se tinrent à carreaux devant sa puissance, et bon nom d'entre eux étaient accroupies, les deux mains sur la tête, priant pour ne pas mourir. Le Détenteur se retourna vers la caissière, afin de lui demander de lui donner tout l'argent de la banque. Celle-ci lui disait de patienter une minute. Que pouvais-je faire ? J'avais bien regardé attentivement la scène, et j'avais émis l'hypothèse que sa pièce était la condition pour avoir son pouvoir.

J'ouvris mon livre discrètement, toujours proche de lui. Je me fis une coupure, laissai une goutte de sang tomber sur le papier, puis j'entendis mon cœur battre très fort dans ma poitrine…

New chapter.

Je posais la plume sur la page, puis j'écrivais discrètement en lettre de sang :

Et la pièce du cambrioleur disparut.

L'homme regarda sa main, troublé. La pièce à l'intérieur disparut, comme je l'avais écrit. Il me regarda d'un œil noir : il avait surement deviné que c'était moi qui étais derrière ça… Je reculai alors, consciente du danger, puis il plongea sa main dans sa poche pour en reprendre une autre, me narguant :

-Tu sais petite, disait-il d'une voix grave, j'ai un Minimum particulier… Celui de l'explosion. Si je tombe toujours sur la face de la pièce, je peux faire exploser n'importe quoi d'un simple regard… Mais il y a une faille : je ne peux pas toucher les Détenteurs…

Il continua d'avancer, lançant sa pièce dans le vague. Que pouvais-je faire ? Je regardai rapidement autour de moi, mais avant même que je ne pus réfléchir, nous entendions à nouveau un bruit sourd du côté des vitres. Je voulus regarder, mais le voleur ne lâchait pas sa pièce des yeux, qui, à mon grand soulagement, tomba sur pile.

Je pus alors me retourner, et quelle ne fut pas ma stupéfaction en voyant la personne arriver, pistolet à la main, passant dans la vitre brisée dans un pas triomphal :

-Summer !

-Tiens ? Fumiko ? Mais qu'est-ce que tu fais là ? Disait-elle, étonnée

-Je te retourne la question ! M'écriai-je

-Moi je viens pour lui, là… Elle désigna le cambrioleur du doigt

-Oh ? Alors comme ça je suis célèbre ? Disait-il en riant avec un sourire narquois mais satisfait

-Tu le connais ?! M'exclamai-je, plus que surprise

-Un peu oui ! Disait-elle, comme si cette info était évidente. C'est le « poseur » de bombe qui a ravagé des bâtiments et des personnes entiers. Mais d'après ce que je sais, il a le Minimum de l'explosion, c'est bien cela ?

-Oui, vous ne faites pas erreur, disait-il, sourire aux lèvres. Décidemment, l'agence Hamatora fait bien son boulot…

-Et vous, vous faites bien le vôtre… disait Summer, contemplant le corps sans tête avec dégout

-Cessons de bavasser, veux-tu ? Disait l'homme en relançant la pièce

Summer courra vers lui, puis prit un bout de verre qui trainait sur le chemin. Elle détacha ses deux mèches retenues par des pétales de fleur de cerisier dans ses cheveux, puis, c'est à ce moment que son pouvoir s'activa : le verre se transforma en une belle lame, mais extrêmement petite, ce qui réduisait son champ d'action. Dans un élan, j'écrivais sur mon livre :

Et la lame de Summer devint plus grande.

Le verre des vitres brisées se rassembla autour de sa lame, et le pouvoir de Summer rentra de nouveau en action, puis elle transforma le tout en une belle épée, manche en verre. Alors qu'elle allait le toucher, la pièce tomba : sur le côté face. L'épée se brisa en mille morceaux, explosant de l'intérieur. Quelques débris de la lame rentrèrent dans la peau de Summer.

-Summer ! Criais-je, inquiète

Et les morceaux de verre dans la peau de Summer disparurent.

Ils disparurent alors, et Summer, n'ayant plus que quelques écorchure, me remercia le pouce en l'air. L'homme rejeta sa pièce en l'air. Et Summer essayait de trouver rapidement une solution.

-Attention ! Criais-je à Summer, pensant que c'était elle qui était visée

Mais je faisais erreur. Ce n'était pas elle qui était visée. C'était moi. La pièce retomba sur face, et en un instant, le livre qui était à côté de moi, mon livre, mon précieux livre…Vola en mille morceaux. Les feuilles furent éparpillaient et dansaient autour de moi. Mes précieuses pages…Mon précieux livre…

Je commençai à trembler, et les larmes coulèrent le long de mes joues. L'homme ricanait pendant que Summer le regardait avec effroi.

-Fumiko, c'est bien cela ? Disait-il, me concertant du regard. Je te connais… Tu sais que tu peux être très puissante ? Tu sais que quelqu'un en ce moment cherche à libérer ton pouvoir ?

Je ne comprenais rien à ce qu'il disait : tout était flou, vague, comme si la perte de mon livre était une partie de moi-même qui s'effondrait. Summer siffla entre les dents, puis jeta un regard des plus noirs au responsable :

-Ordure…disait-elle

Elle prit rapidement un bout de verre au sol, puis la transforma en lame et la lança sur le type, furax. Elle répéta se schéma plusieurs fois, mais la colère brouillais sa précision, et elle manquait chaque fois sa cible, qui rigolait toujours devant elle.

-C'est inutile ! Il lança une pièce

Elle retomba sur face, puis les lames que voulait lancer Summer lui éclatèrent à la figure. Je criai son nom, mais elle ne me répondit pas : elle s'était chopé un sacré coup. De dos, je ne voyais que le sang qui tombait sur le sol. Summer ne disait rien, puis elle recula d'un pas, et cria :

-Fumiko ! Attrape ! Je veux que tu vises !

Elle me lança alors un pistolet. Je regardais le chargeur, mais il était vide, seulement rempli de…coton. Que voulait-elle que je fasse avec ça ? Puis soudain, je compris quand je croisais son regard. L'homme était tombé sur pile : c'était notre chance !

Summer se mit juste en face de moi, puis laissait un entrebâillement pour que je puisse viser. Je tirais alors une boule de coton, puis Summer sentit sa trajectoire, puis, du bout du doigt, elle effleura le coton pour le transformer en une petite lame tranchante. Elle fila à toute allure et alla directement se loger dans l'épaule du voleur.

Avec un petit cri de douleur, il contemplait la blessure : une petite entaille, certes, mais profonde. Je chargeais de nouveau, puis tirais. Summer se concentra, puis refit le même geste, et la lame s'enfonça dans sa jambe.

L'homme cria toujours, puis dans un dernier élan, il lança la pièce.

-Vas-y, Fumiko ! Charge à fond !

Au début, je faisais toujours une pause entre chaque balle, pensant qu'elle ne pourrait surement pas suivre le rythme mais son regard était empli d'une telle détermination, d'une telle volonté… Je souris, puis rempli le chargeur au maximum.

Alors je tirai, encore et encore, sans m'arrêter. C'est à ce moment que je vis l'étendu de la puissance de Summer, elle bougeait les bras, à droite, à gauche, puis effleura chaque boule de coton sans rater, afin qu'ils puissent se transformer en arme efficace. Tout ceci dans une vitesse impressionnante.

L'homme souffrait, se prenant balle sur balle, mais il n'arrêta pas la pièce, pensant surement que c'était son dernier espoir. C'est à ce moment là que tout ce jouait. Et le pire, c'est que tout ce jouait…sur la chance. Je priais intérieurement pour qu'il tombe sur pile, pour que son attaque rate, pour que la chance soit avec nous…

Face.

Mon visage se décomposa, mais maladroitement, il ne regarda pas mon pistolet, ni un client, ni quoi que ce soit à ce moment là… Non. Il se regarda, lui. Il regarda ses blessures, souriant. C'est alors que son corps commença à gonfler. Dans un dernier geste, il sortit un pendentif de sa poche, le regarda, puis je pouvais jurer d'avoir vu une larme sur son visage couler le long de sa joue.

-Non ! Cria Summer qui se rendait compte de se qui se passait

Puis, comme la tête de la personne à côté de moi, comme les vitre de la banque, comme mon précieux livre, comme les lames de Summer, il explosa. La chaire et le sang se repartit dans la pièce, et nous ne fumes pas épargnés : le sang gicla sur nos vêtements et sur notre peau : un sang chaud, humide, appartenant à un être humain. Un silence de plomb s'installa, puis bientôt, les gens s'enfuirent en hurlant, d'autre regardaient le corps, ou du moins se qu'il en restait, effarés. Summer retomba sur ses genoux, faible. La police arriva rapidement, et nous n'avions pas bougé. Art arriva en trombe en nous voyant.

-Fumiko ! Je m'étais inquiété comme un fou ! Est-ce que tu va bien ?!

Il regarda le sang sur mon corps, mais ce n'était pas le mien. Il soupira de soulagement, tandis qu'il allait voir Summer. Elle, en revanche, avait eue de nombreuses coupures, mais rien n'était très grave. Pouvant me relever, je m'avançais vers les décombres du voleur. J'essayais de m'empêcher de vomir devant tant d'horreur, puis je vis quelques pièces éparpillées : les pièces qu'il utilisait.

Je me penchais pour ramasser un pendentif celui qu'il avait vu avant sa mort. C'était une photo de lui, souriant avec surement sa femme et son fils, à présent baigné par le sang…


[1] Environ 73 euros.