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Lendemain matin, Appartement de Sakura


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La jeune femme était rentrée chez elle seulement depuis quelques minutes et était en train de ranger ses affaires lorsque l'on toqua à la porte d'entrée. Se dirigeant vers la porte, elle aperçut le reflet de ses cheveux bruns dans une fenêtre.

« Il faut vraiment que j'aille chez le coiffeur pour faire enlever cette teinture, soupira-t-elle, le brun ne me va pas du tout. »

Sur cette réflexion, elle atteint la porte et la déverrouilla. Elle l'avait à peine entrouverte qu'une voix bien connue se fit entendre.

- Sakura-chan ! Je suis passé à l'hôpital hier mais tu dormais ! Tu vas mieux ? Je t'ai déjà dit plein de fois de ne pas soigner tout le monde au point que tu ne puisses même plus t'occuper de toi ! Les médecins ont dit que c'était surtout de la fatigue mais j'étais inquiet tu sais ! Bref ! Je sais que Saï t'a déjà tout dit mais devine qui je t'amène ?! enchaîna Naruto à toute vitesse tandis que Sakura finissait d'ouvrir la porte.

- Ne parle pas si vite Naruto ! le réprimanda Sakura. Sérieusement, j'en ai à peine compris… la… moitié, termina-t-elle du bout des lèvres, toute son attention fixée sur la personne qui se tenait derrière le blond énergique.

- Sakura.

La voix calme et basse qui avait prononcé son prénom la fit frissonner. Elle se retint au chambranle de sa porte, sentant ses jambes flageoler : elle ne s'attendait pas à la voir si vite. Déconcertée, elle prononça le seul mot qui lui vint à l'esprit.

- Sasuke.

Les deux anciens coéquipiers se fixèrent en silence tandis que Naruto les observait, ne pouvant s'empêcher de trépigner.

- Tu as teint tes cheveux, remarqua calmement le dernier Uchiwa.

La remarque laissa Sakura pantoise : après tout ce temps la première chose dont il lui parlait était ses cheveux ?

- Euh oui… Enfin, c'est temporaire. C'était, c'était pour une mission, expliqua confusément la jeune femme encore surprise.

- Je vois.

Le silence se fit de nouveau jusqu'à ce que Naruto le brise.

- Sérieux, c'est tout ce que vous avez à vous dire ? s'exclama-t-il dépité. Et depuis quand tu es versé dans les styles capillaires Sas'ke ? ricana le blond.

- La ramène pas abruti, se renfrogna le brun.

- Me traite pas d'abruti, crétin !

- Et toi de crétin, abruti !

- Crétin !

- Abruti !

« Sérieusement ? pensa Sakura, exaspérée devant leur comportement enfantin. Ils se moquent de moi là ? Et en plus, ils vont finir par déranger les voisins ! »

- Vous êtes tous les deux aussi stupide l'un que l'autre, asséna-t-elle avant de leur claquer la porte au nez.

« Non mais je vous jure ! C'est bien la peine de venir si c'est pour se prendre le bec deux minutes après être arrivés ! »

La voix de Naruto se fit entendre à travers la porte qu'elle venait de refermer.

- Tu verrais la tête que tu fais Sas'ke ! se moqua très clairement le blond. T'as vraiment l'air stupide !

- Mais tu vas la fermer oui ! T'as tellement l'air toujours stupide qu'on ne voit même plus la différence alors ne la ramène pas !

- Quoi ! Tu vas- Ah ! Non, Sakura-chan est fâchée, pleurnicha le blondinet.

« Et c'est maintenant qu'il s'en aperçoit cet idiot ? Quand je pense à ce que j'ai dit à Saï, il va vraiment croire que je me suis moquée de lui, soupira Sakura. »

- Et c'est maintenant que tu t'en rends compte abruti ?

- Sakura-chan ! Sakura-chan, ouvre-nous ! On est désolé Sakura-chan… Comment on va faire si elle ne veut plus nous ouvrir ? se lamenta le blond.

- C'est de ta faute.

- N'importe quoi, c'est toi qui m'as traité d'abruti en premier !

- Et c'est toi qui…

« Mais j'y crois pas ! Ils remettent ça en plus ? »

Elle ouvrit la porte dans un grand fracas, prête à leur hurler dessus, quand elle perdit tous ses mots face à la scène qui se déroulait devant elle : Sasuke était en train d'essayer d'étrangler Naruto pendant que ce dernier essayait de faire avaler sa sandale au brun. Et tout cela sur fond d'une dispute pleine d'arguments très recherchés.

- … et puis c'est quoi ces vêtements ? T'as l'air ridicule !

- Regarde-toi avant de parler espèce de tache !

- Et tu-

- Ça suffit ! cria Sakura devant ce spectacle pitoyable. Non mais sérieusement, vous avez quel âge ? C'est pas possible, vous me faîtes une blague ? On ne dirait vraiment pas les deux plus grands ninjas qui ont sauvé le monde il y a deux ans ! Et vous allez finir par déranger les voisins en plus ! Dépêchez-vous de rentrer et arrêtez de vous battre comme des chiffonniers, c'est affligeant, termina-t-elle en se pinçant le nez et en ouvrant davantage la porte pour les laisser passer.

- Merci Sakura-chan ! s'exclama joyeusement le blond en entrant rapidement de peur qu'elle ne change d'avis.

Il se dirigea vers la cuisine alors que le brun restait en retrait, toujours sur le pas de la porte.

- Sasuke ? appela la jeune femme en tournant la tête vers lui.

- Hm ? Oui, désolé, répondit le brun en s'avançant.

Elle le laissa faire quelques pas dans le hall avant de l'appeler de nouveau.

- Sasuke ?

- Oui ? répondit-il en se tournant vers elle.

- Je suis contente que tu sois rentré.

- Moi aussi, dit-il avec un léger sourire avant de rejoindre le blond.

La jeune femme le regarda s'éloigner avant de prendre la direction de la cuisine à son tour : aujourd'hui, elle ne penserait pas aux nombreux doutes qui l'assaillaient, elle profiterait de l'événement que Naruto et elle attendaient depuis tellement d'années maintenant : le retour définitif de leur ancien coéquipier.

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Quelques heures plus tard


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La discussion avait duré si longtemps que les deux jeunes hommes étaient restés manger chez elle et qu'ils étaient encore en train de parler. Sasuke leur avait parlé de son voyage et des rencontres qu'il avait faites, des pays qu'il avait visité et Naruto s'était fait un devoir de retracer tous les événements qui s'étaient déroulés en son absence même si Sakura avait cru comprendre qu'il avait déjà plus ou moins tout raconté à Sasuke pendant qu'elle était en mission. Lorsque le blond s'était éclipsé pour aller aux toilettes, Sasuke lui avait glissé que Naruto était déçu qu'elle ne soit pas là lorsqu'il était revenu et qu'elle ne puisse pas partager avec eux cette première grande discussion. Sakura avait sourit tendrement en se promettant de remercier le blond pour sa délicatesse plus tard. A sa grande surprise, elle avait découvert tout au long de la journée un Sasuke plus ouvert, moins froid. Bien sûr, il n'était pas devenu soudainement aussi expressif ou bavard que Naruto mais il semblait plus chaleureux et son regard était plus vivant, moins vide. C'est quand elle avait comprit que l'origine de ce changement était sans doute son voyage que ses doutes étaient revenus au grand galop, figeant son visage dans une expression troublée.

...

Sasuke l'avait remarqué mais il n'avait rien dit, préférant lui lancer un long regard scrutateur. « Elle est loin la gamine qui courrait toujours derrière moi en criant des "Sasuke-kun" à répétition » avait-il songé. Il se doutait qu'elle aurait changé après ces deux années mais il la trouvait presque étrange, presque trop différente. Naruto l'avait prévenu qu'elle était plus distante avec ses amis depuis quelques mois et qu'elle s'était isolée avant de devoir partir en mission mais il ne pensait que ce serait à ce point là. Il ne l'aurait peut-être pas remarqué si rapidement si le blond ne l'avait pas mis au courant mais les faits étaient là : la Sakura joyeuse et chaleureuse dont il se rappelait ne serait jamais mis à ce point en retrait de la conversation pour seulement faire quelques remarques de temps en temps. Non, la Sakura qu'il connaissait se serait battue avec Naruto pour avoir le monopole de la discussion et aurait sans doute gagné avec facilité. Il avait l'intuition qu'elle cachait quelque chose, un secret qui devait sans doute lui peser mais, lorsqu'il avait voulu interroger la jeune femme, Naruto était revenu dans la cuisine et l'avait bruyamment interrompu en se plaignant du patriarche Hyûga qui contrariait régulièrement, et de façon tout à fait volontaire selon le blondinet, ses plans de sorties avec Hinata. La conversation alors repris de façon animée et Sasuke avait rangé dans un coin de son esprit les interrogations qu'il nourrissait au sujet de son ancienne coéquipière.

...

Ils étaient sur le point de partir lorsqu'un bruit se fit entendre derrière eux, vers les fenêtres qui longeaient le balcon de l'appartement de la jeune femme. Tout en poussant un long soupir d'exaspération, Sakura lança vivement un kunaï en direction de l'intrus, sous le regard effaré de Naruto et celui légèrement surpris de Sasuke.

- Tu devrais vraiment revoir ta façon d'accueillir les gens chez toi… Personne n'a envie de rendre visite à une folle furieuse, énonça le dit intrus d'une voix indifférente en récupérant le kunaï qui s'était fiché dans le mur, à quelques centimètres seulement de son oreille gauche.

- Et toi Saï, tu devrais vraiment revoir ta façon d'arriver chez les gens. Ce serait dommage pour un ninja de ton niveau de finir en brochette parce que tu n'as pas pris la peine de frapper à la porte non ? remarqua Sakura en adressant un sourire sarcastique au jeune homme tout en jouant nonchalamment avec un deuxième kunaï.

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Naruto blêmit devant la menace à peine voilée de sa coéquipière : Saï devrait vraiment commencer à se méfier et faire plus attention. La jeune femme pouvait sembler douce à première vue mais tout le monde savait parfaitement qu'il valait mieux ne pas trop la contrarier.

...

Sasuke, lui, fronça discrètement les sourcils : depuis quand ces deux là étaient-ils devenus si proches ? La conversation, qui semblait anodine au premier abord, était faite sur un ton à travers lequel transparaissait clairement l'habitude : à combien de reprises Saï avait-il fait irruption de cette manière dans l'appartement de Sakura pour ne plus être surpris par le lancer de kunaï de la jeune femme ? Sans parler de leur façon d'exclure automatiquement les autres personnes présentes lorsqu'ils commençaient à parler. Sasuke souffla, agacé : qu'est-ce qui lui prenait d'être ennuyé par si peu ? Ils pouvaient bien faire ce qu'ils voulaient, il s'en fichait.

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Bien loin des états d'âme de ses deux amis, Sakura porta toute son attention sur le nouvel arrivant. Etrangement, il lui avait semblé moins mordant lors de leur échange habituel et, maintenant qu'elle le regardait plus attentivement, elle trouvait qu'il n'avait pas l'air bien. Elle l'observa plus en détail lorsqu'elle mit le doigt sur ce qui la dérangeait : pas de sourire hypocrite ou de visage neutre. Saï ne cachait pas sentiments et il semblait… Perdu ? La jeune femme n'était pas certaine de son analyse le brun ne laissait pas souvent voir ses failles et elle ne connaissait pas assez bien ses expressions faciales pour être sûre d'elle. Alors qu'elle allait prendre la parole, une exclamation de surprise se fit entendre.

- Woh ! C'est bien la forme d'une main sur ta joue ? Oh toi, t'as foiré ton rendez-vous ! s'exclama Naruto. T'as encore dû dire un truc bien délicat comme il faut à Ino pour prendre une baffe pareille ! continua à se moquer le jeune homme.

- Naruto ! cria Sakura, sidérée par une telle absence de tact.

« Mais c'est pas vrai ! Comment fait-il pour toujours mettre les pieds dans le plat celui là ?! pensa-t-elle, désespérée. »

- Oh ouais, désolé vieux ! T'inquiète pas, ça va vite s'arranger ! Tu connais Ino, elle… Euh, elle… pataugea le blond en essayant de se rattraper.

- Naruto, siffla Sakura, furieuse.

Le jeune homme se tassa sur lui-même lorsqu'il entendit la rage contenue dans son simple prénom.

- Je te préviens, continua Sakura, si tu rajoutes encore un seul mot, je te promets de faire en sorte que ce soit le dernier que tu puisses prononcer. Saï, dit-elle doucement en se tournant vers lui, va t'assoir dans la cuisine, je te rejoins tout de suite.

- Hm, acquiesça le jeune homme avant de se diriger vers la pièce en question sans faire cas des autres hommes présents.

Sakura le suivit du regard avant de reporter son attention sur Naruto et Sasuke. Elle fusilla du regard le blond qui se tassa davantage sur lui-même en laissant échapper un couinement sous le regard mi-railleur mi-agacé de Sasuke.

- Sasuke, désolée pour tout ça, je serai bien allée boire un verre en ville avec vous mais Saï n'a vraiment pas l'air bien, s'excusa la jeune femme qui semblait avoir décidé d'ignorer Naruto. Ce sera pour une prochaine fois ! ajouta-t-elle en ayant parfaitement conscience qu'elle mentait.

- Hn. Naruto, bouge-toi, on y va, dit-il froidement en tournant la tête vers le jeune homme blond

Et sur ces paroles, sans attendre Naruto, il se dirigea vers la sortie et quitta l'appartement laissant Sakura et Naruto bouche bée. Le jeune homme mis quelques secondes à se ressaisir et se lança à sa poursuite en s'excusant auprès de Sakura. Restée seule dans le salon, Sakura eut un peu de mal à se reprendre, stupéfaite devant le changement de comportement soudain de Sasuke. La froideur dont il avait fait preuve envers elle trouva un écho dans ses souvenirs et une image de Sasuke datant de quelques années auparavant se superposa au visage qu'avait arboré le jeune homme quelques secondes plus tôt. Sakura tressaillit en se rendant compte qu'il avait retrouvé son expression d'antan et elle ne pu empêcher son cœur de se serrer : après tout ce qu'ils avaient vécu, il finissait par la traiter de nouveau comme il le faisait dans le passé. Elle avait pourtant eu l'impression de faire la rencontre d'un nouveau Sasuke au long de la journée mais, soudainement, l'enfant distant et glacial qu'elle avait côtoyé toute son enfance avait refait son apparition : quelle mouche avait bien pu le piquer ? Même Naruto avait semblé éberlué devant le brusque changement de comportement de celui qu'il considérait comme un frère.

« Tant pis, décida-t-elle soudainement. S'il choisit d'agir comme avant avec moi, ce sera plus facile de rester à distance et de renoncer à lui. Ce n'est pas comme si j'avais eu la moindre chance de toute façon. »

Et sur cette décision, elle rejoint le jeune homme qui l'attendait calmement dans la cuisine.

- Tu veux un thé Saï ? proposa la jeune femme en entrant dans la pièce. Ça pourrait te faire du bien.

- Je veux bien, accepta-t-il d'une voix faible.

Sitôt les boissons prêtes, Sakura les déposa sur la table, tira une chaise et s'installa en face du jeune homme. Elle le laissa boire quelques gorgées de son infusion avant de prendre la parole.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé Saï ? demanda-t-elle doucement.

Le jeune homme prit son visage dans ses mains et secoua la tête d'un air désespéré : Sakura ne l'avait jamais vu aussi perdu.

- Je ne sais pas Sakura… se lamenta-t-il. Je- Tout allait bien pourtant : je lui ai apporté un portrait que j'avais fait d'elle comme tu me l'avais conseillé, je lui ai fait un compliment sur sa tenue et on est allé au restaurant que l'on avait choisi. C'est là bas que ça a commencé à mal tourner et- Oh, je crois que j'ai vraiment dit quelque chose de mal Sakura… Peut-être même plusieurs choses en fait, avoua piteusement le jeune homme.

- Ça va Saï, calme-toi, ça ne doit pas être si terrible, essaya de le rassurer la jeune femme. Explique-moi ce que tu lui as dit.

- On était en train de commander et Ino hésitait entre deux plats… Elle m'a demandé mon avis et c'est là que j'ai repensé à notre discussion sur la loyauté et l'amitié et au fait qu'il fallait penser au bien de la personne sans attendre de reconnaissance…

- Qu'est-ce que tu as dit Saï ? demanda Sakura mortifiée, commençant à entrevoir ce qui avait pu se passer.

- Je lui ait dit que c'était plus intelligent de prendre la salade si elle voulait rester mince, bredouilla le jeune homme, déconfit.

- Saï ! s'exclama Sakura, médusée. J'y crois pas ! Mais qu'est-ce qui t'a pris de lui dire un truc pareil aussi ? Et ne va surtout pas me dire que c'est à cause de ma définition de la loyauté ou je te passe par la fenêtre ! le prévint-elle.

- Mais je voulais bien faire ! Ino est toujours en train de me parler des régimes qu'elle fait et ça a l'air important pour elle alors je voulais simplement l'aider. Moi je m'en fiche, je la trouve très bien comme elle est, se défendit Saï comme il pu. C'est elle qui veut absolument être mince !

Sakura sourit devant sa réponse : Saï ne s'en rendait probablement pas compte mais il était vraiment en passe de devenir quelqu'un de foncièrement gentil et d'attentionné. Ino avait de la chance de l'avoir. Encore fallait-il que leur relation ne meurt pas étouffée dans l'œuf.

- Je vois… dit Sakura, songeuse. Un simple malentendu alors ? Mais pourquoi tu ne lui as pas dit ce que tu viens de me dire ?

- J'ai essayé mais je crois que je me suis mal exprimé et tout ce que je disais semblait aggraver la situation expliqua piteusement le jeune homme. Et finalement elle m'a giflé et elle a quitté le restaurant en disant qu'elle ne voulait plus jamais me voir. Quoiqu'elle n'ait pas vraiment utilisé ces termes là, dit-il en frissonnant lorsqu'il se souvint de ce qu'Ino avait hurlé en partant.

- Ino peut avoir un vocabulaire haut en couleurs dans certains cas, acquiesça tranquillement Sakura. Ne prend pas à cœur ce qu'elle t'a dit, elle n'en pensait sûrement même pas la moitié, le rassura-t-elle.

- Mais qu'est-ce que je fais maintenant ? Ino, elle- Sakura, je crois… Je crois que je l'aime vraiment bien tu comprends ? murmura le jeune homme en rosissant légèrement.

- Je sais, répondit Sakura avec un sourire attendri. Ecoute Saï, je ne peux pas te dicter quoi lui dire, il faut que ça vienne de toi, lui expliqua-t-elle patiemment. Mais si tu veux un indice, ce que tu m'as dit tout à l'heure me semble être un très bon départ ! La seule idée que je puisse te donner c'est de lui écrire une lettre : avec ça, tu as peu de risques de créer à nouveau un si grand malentendu et tu pourras lui dire tout ce que tu veux sans te faire interrompre. Ecris-lui juste clairement ce que tu penses. Ino est quelqu'un de très curieux, elle ne pourra pas s'empêcher de lire ta lettre même si elle est fâchée, rit doucement Sakura.

- Une lettre ? Ça pourrait marcher… réfléchit Saï qui semblait un peu moins inquiet.

- Mais franchement, tu devrais essayer de réfléchir un peu avant de lui dire des trucs pareils, tu sais bien qu'elle démarre au quart de tour…soupira-t-elle.

- Je suppose que ça aussi ça appartient aux vérités qu'il vaut mieux garder pour nous ? remarqua nonchalamment Saï.

- Je vois que tu a l'air d'aller beaucoup mieux tout à coup, rétorqua Sakura en levant les yeux au ciel.

- Parler avec toi est apaisant : tu es une personne assez fiable quand il s'agit de régler les problèmes des autres. C'est regrettable que tu ne fasses pas de même avec tes propres problèmes néanmoins, soupira Saï.

Sakura se crispa à cette remarque et jaugea du regard le jeune homme qui lui faisait face. Elle avait longuement regrettée son mensonge de la veille alors elle décida de se lancer.

- Saï… Je, je n'ai pas tout à fait été honnête avec toi hier… avoua-t-elle piteusement pendant que le regard de son ami se faisait plus sérieux.

- A quel propos ?

- C'est vrai que je n'avais plus assez de chakra pour me soigner lors de la mission mais… Je ne suis pas sûre que j'aurais réussi même en en ayant davantage.

- Tu veux dire que tu ne peux plus te soigner ? demanda Saï.

- Je… Lorsque je force, je peux soigner des blessures peu sévères sur les autres sans trop de problèmes mais, depuis quelques semaines, je ne parviens même plus à soigner les coupures que je me fais lors des entraînements. Je pense pouvoir soigner les autres normalement dans trois semaines mais je ne serai pas capable de me soigner. A dire vrai, je doute d'en être de nouveau capable un jour, dit Sakura avec une voix qui laissait transparaître son désespoir.

C'était la première fois qu'elle énonçait à haute voix cet état de fait. Et le fait de le dire à quelqu'un rendait la situation tellement plus réelle que Sakura se rendit soudainement compte qu'elle ne s'était jamais clairement avoué que sa situation puisse être irréversible. Cette violente prise de conscience causa une douleur lancinante au niveau de sa poitrine et elle sentit des larmes brûlantes de désespoir couler sur ses joues. La digue qu'elle avait érigée pour garder ses sentiments enfouis au fond de son esprit semblait s'être effondrée et la jeune femme se sentie écrasée par le chagrin insupportable qui l'accablait. Elle connaissait son crime et elle savait qu'elle ne pourrait sans doute jamais se pardonner mais comment était-elle censé essayer de contrebalancer ce qu'elle avait fait si elle n'était plus capable de rien ?

- Qu'est-ce que je vais faire Saï ? sanglota-t-elle. Etre un ninja médical c'est toute ma vie, c'est mon identité. Qu'est-ce que je deviens si je ne peux pas utiliser ce qui fait de moi qui je suis ?

Désarmé face à la peine immense qui semblait ravager Sakura, Saï tendit doucement son bras sur la table et attrapa la main de son amie, la serrant aussi fort qu'il le pouvait, lui montrant qu'il restait là, à ses côtés.

- Ça va aller Sakura, ça va aller. On finira par trouver une solution, dit-il doucement.

Et Sakura lui en fût extrêmement reconnaissante. Parce que non, rien n'allait et sans doute que rien n'irait bien mais les mots qu'avait prononcé Saï étaient tout ce qu'elle avait besoin d'entendre pour le moment.

- Ça va aller, répéta une nouvelle fois le jeune homme, presque plus pour lui que pour elle. Je reste avec toi, tu n'es pas toute seule.

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Le lendemain matin, Appartement de Sakura, neuf heures


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C'est une secousse brutale qui réveilla Sakura. Elle l'identifia rapidement comme le réveil abrupt de Saï qui avait bondit du lit comme un ressort. Les yeux encore gonflés des larmes qu'elle avait versées la veille, elle tourna la tête vers son réveil, essayant de déchiffrer les chiffres qui y étaient inscrits. Malheureusement, elle ne parvenait pas à se concentrer suffisamment puisqu'une certaine personne semblait s'obstiner à lui parler.

- Saï, je ne peux pas- Quoi ? s'exclama-t-elle paniquée lorsque l'une des phrases qu'avait prononcées Saï se fraya un chemin vers ses oreilles.

- On est en retard pour l'entraînement, il est déjà neuf heures ! Bouge-toi, on part dans deux minutes ! la houspilla Saï.

Sakura bondit sur ses pieds et attrapa les premiers vêtements avant de se changer précipitamment devant son coéquipier. Ils s'étaient changés de nombreuses fois l'un devant l'autre et elle n'y faisait même plus attention maintenant. La pudeur n'avait pas lieu d'être lorsque l'on était un ninja : elle l'avait compris à la dure en partageant une tente simple avec ses deux coéquipiers peu de temps être devenue Genin. Et depuis, elle n'avait fait que confirmer cette pensée, se retrouvant avec des vêtements complètement déchirés et presque inutiles après un combat d'entraînement contre Lee (qui s'était d'ailleurs platement excusé à de nombreuses, très nombreuses reprises), devant partager une chambre simple avec toute son équipe lorsqu'ils s'étaient trouvés coincés dans une auberge du pays de la pluie qui n'avait plus qu'une chambre de libre… Les occasions n'avaient pas manquées pour qu'elle en arrive à décider une bonne fois pour toute que, définitivement, pudeur et ninja n'allaient vraiment pas de paire.

Elle enfilait ses chaussures lorsqu'elle repensa à ce qui s'était passé la veille. Elle avait longuement pleuré et Saï l'avait laissée faire, n'essayant pas de l'interrompre ni de lâcher sa main un seul instant.

- Saï, à propos d'hier… commença-t-elle, hésitante.

- Plus tard ! Il faut vraiment qu'on y aille maintenant, on en parlera après l'entraînement.

- Très bien, soupira Sakura, soulagée de pouvoir repousser un peu la discussion.

- De toute façon, je voudrais que tu relises la lettre que j'ai écrite à Ino donc on rentrera ensemble, annonça naturellement le jeune homme tout en se dirigeant vers la porte d'entrée.

- Tu as fait ça cette nuit ? s'étonna la jeune femme. Tu avais le temps, dit-elle en lui emboitant le pas.

- Non, je veux lui donner dès que possible. Je ne voudrais pas risquer que la situation s'envenime davantage, expliqua posément Saï.

- C'est vrai, autant éclaircir le malentendu le plus rapidement possible ! acquiesça Sakura.

Ils sortirent rapidement de l'appartement et se mirent immédiatement en route, empruntant les toits pour arriver le plus vite possible.

- J'espère qu'ils n'auront pas attendu trop longtemps, s'inquiéta Sakura.

- Qu'ils aient attendu longtemps ou non, je suppose que ça ne les empêchera pas de râler, soupira Saï.

- Sans doute, sourit la jeune femme. Enfin, ne te laisse pas impressionner pour autant ! C'est peut-être ton premier jour mais tu restes le capitaine de l'équipe ! s'exclama Sakura.

- Ce n'est pas ça non plus qui va empêcher Naruto de se plaindre comme à son habitude.

- Ne le prends pas personnellement, rien ne pourrait l'empêcher de se plaindre. A part peut-être Hinata ? ricana la jeune femme, tirant un léger sourire à son coéquipier.

Ils avaient à peine posé un pied sur le terrain où leurs coéquipiers les attendaient que les protestations bruyantes de Naruto se firent entendre.

- Ah bah enfin ! Ça fait presque dix minutes qu'on vous attend ! brailla le jeune homme sans aucune autre forme de procès.

- Naruto, Sasuke, salua rapidement Sakura. Désolée pour le retard, c'est de ma faute, s'excusa-t-elle immédiatement. Mon réveil n'a pas sonné et je ne me suis pas réveillée, termina-t-elle en s'éloignant vers le centre du terrain.

- Et toi Saï ? insista Naruto qui avait pardonné sa coéquipière à la seconde où elle avait commencé ses excuses. C'est quoi ton excuse pour arriver en retard alors que t'es le capitaine ?

- Sakura vient de te le dire, son réveil n'a pas sonné. Et ne râle pas, si je ne m'étais pas réveillé, on serait arrivé encore plus tard, répondit nonchalamment Saï.

- Qu-quoi ? bredouilla Naruto. Vous avez dormi tous les deux ?

- C'est pas comme si c'était la première fois, asséna Saï, achevant définitivement le jeune homme, avant de se diriger vers le centre du terrain d'entraînement pour rejoindre Sakura.

- Ma- Ma Sakura-chan, si pure… et avec un tel goujat ! couina Naruto.

- Tss.

- Quoi encore Sas'ke ? Depuis hier t'es vraiment d'une humeur de chien, se plaignit le jeune blond avant d'écarquiller les yeux. Non… ? Me dis pas que tu es jaloux de Saï quand même ?

...

Sasuke avait senti venir l'idiotie en voyant les deux yeux exorbités de son coéquipier et ça n'avait pas manqué. Lui, jaloux de cette pâle copie de lui-même ? Et puis quoi encore ? Que possédait-il qu'il ne possédait pas lui-même ?

« Sakura… souffla une voix dans son esprit. »

Il secoua brutalement la tête pour se débarrasser de cette pensée qu'il jugeait ridicule : sa coéquipière pouvait faire ce qu'elle voulait, il s'en fichait.

- Plutôt que de dire n'importe quoi, tu ferais mieux de bouger tes fesses, ils ont enfin l'air prêt à commencer, asséna-t-il au blond en se dirigeant vers les deux autres membres de l'équipe.

...

En entendant la voix une nouvelle fois glaciale de son ami et voyant le trouble de ce dernier, Naruto se dit que, décidément, il ne devait tout de même pas être bien loin de la vérité. Sakura et Saï s'étaient effectivement bien rapprochés pendant ces deux années et la jeune femme passait, à son grand désespoir, certainement plus de temps avec le brun qu'avec lui. Néanmoins, le blond savait que la jeune femme ne nourrissait aucun sentiment amoureux pour Saï à l'instar du jeune homme, dont la romance agitée avec l'héritière Yamanaka était connue de tous.

Seulement, la seule explication qu'il voyait au changement soudain de comportement de Sasuke était bel et bien le fait que ce dernier soit jaloux de Saï. Sasuke avait commencé à agir de façon froide lorsque l'ancien membre de la Racine s'était montré la veille et depuis, il n'avait presque pas desserré les dents. La seule interrogation qui perdurait était : était-il seulement jaloux de Saï qu'il avait toujours considéré comme son remplaçant ou bien était-il plutôt jaloux de la relation privilégiée que ce dernier avait avec Sakura ?

Naruto laissa échapper un rire léger. Il avait une préférence pour la seconde hypothèse et il ne doutait pas que l'avenir devienne beaucoup plus intéressant si elle se vérifiait. Avec un peu de chance, si, pour une fois, Sasuke comprenait ce qu'il ressentait et n'agissait pas comme un idiot, les choses pourraient finir de manière idéale. Peut-être même était-ce ce dont Sakura avait besoin pour aller mieux ? Naruto l'espérait : sa meilleure amie lui manquait et il se faisait du souci pour elle. L'utilisation soudaine de son prénom le surprit et le fit sortir de ses pensées.

- Naruto ! C'est pour aujourd'hui ou pour demain ?

Naruto fit un signe de main à sa coéquipière qui venait de l'interpeler.

- J'arrive ! s'exclama-t-il gaiement.

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Le même jour, peu après l'entraînement


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Sakura serra ses poings de frustration : l'entraînement était enfin fini et il n'avait rien eu d'une sinécure. Sasuke avait été tout simplement odieux avec Saï et elle-même sans aucune explication et ce sans la moindre accalmie. Naruto avait beau eu essayé de le calmer, l'idée de l'entraînement commun à quatre avait rapidement disparue et Saï avait décidé de jouer la sécurité en faisant deux groupes de deux. Ainsi, Naruto et Sasuke s'étaient affrontés sous le regard de Saï et Sakura avant d'échanger leur place avec ces derniers. A la fin de l'entraînement, ils avaient rapidement débriefé mais Sasuke s'entêtant à se comporter de manière exécrable, les quatre jeunes gens s'étaient rapidement dit au revoir pour partir chacun de leur côté.

Sakura poussa un long soupir tout en s'étirant et jeta un œil à Saï qui marchait tranquillement à ses côtés. Ils étaient presque arrivés chez elle et le jeune homme n'avait encore pas prononcé un mot, semblant perdu dans ses pensées. Sakura était en colère et blessée par le comportement de Sasuke mais elle se sentait surtout un peu coupable de la catastrophe qu'avait été l'entraînement : clairement, elle avait dû faire quelque chose pour énerver le dernier Uchiwa et cela rejaillissait maintenant sur toute l'équipe.

- Ecoute Saï, ne sois pas trop déçu pour l'entraînement… Je trouve que tu t'en es vraiment bien sorti, tu as su éviter les conflits et tu as tout de suite trouvé une solution de secours quand tu as compris qu'on ne pourrait pas s'entrainer à quatre, complimenta Sakura. Ne fais pas attention à Sasuke, il finira bien par se calmer… Sinon, j'irai m'excuser. Quoi que j'ais pu faire, quelque chose lui a apparemment déplu, soupira-t-elle. En tout cas, ça ne remet absolument pas en doute tes capacités en tant que capitaine, essaya-t-elle de rassurer son ami.

Saï la fixa quelques instants, semblant chercher quelque chose dans son regard, avant de détourner la tête et se reconcentrer sur ses pas. Sakura ne dit rien et le suivit, le laissant analyser ses paroles tranquillement. Alors qu'ils arrivaient au pied de son immeuble, Saï s'arrêta et prit la parole sous le regard attentif de son amie.

- Je pense que tu as raison : j'ai réfléchi et je pense n'avoir rien fait qui puisse justifier le comportement de Sasuke. Et il n'y a pas eu d'incidents majeurs durant l'entraînement : je suppose que ça aurait pu être pire, énonça le brun. Ton analyse est plutôt juste, termina-t-il devant l'air éberlué de Sakura.

- La prochaine fois, contente-toi de dire merci, soupira cette dernière en entrant dans le hall de l'immeuble.

- Sakura ? l'appela-t-il.

- Oui Saï ?

- Tu es une bonne amie.

Et sur ces paroles, Saï s'engouffra dans les escaliers, sans attendre sa coéquipière qui était restée figée sur place, médusée de ce que le brun venait de dire. Remise de sa surprise, elle esquissa un tendre sourire et entreprit de monter les escaliers menant à son appartement.

« Toi aussi Saï, toi aussi. »

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Quelques heures plus tard


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Après avoir pris une rapide douche pour se débarrasser de la crasse qu'ils avaient accumulé lors de leur entraînement, Sakura et Saï s'étaient installés dans le salon, un thé fumant posé sur la table basse devant chacun d'eux et ils avaient abordé le sujet qui flottait entre eux depuis la veille. La discussion avait été longue mais ils étaient arrivés à un compromis. Saï savait qu'elle s'entraînait depuis plusieurs mois avec Lee pour améliorer son taïjutsu : il avait donc décidé d'assister à l'un de leurs entraînements et s'il jugeait que Sakura était apte à se défendre, il accepterait de dire à Kakashi que l'équipe était prête même si Sakura ne parvenait pas à se soigner elle-même.

Cette dernière lui avait fait comprendre que, son problème venant d'elle, regagner sa capacité à se guérir prendrait beaucoup plus longtemps que regagner sa capacité à soigner les autres. La jeune femme n'avait pas trop développé mais Saï avait rapidement compris que quelque chose de grave avait dû se passer pour qu'elle développe un blocage à ce point important. Il avait respecté son souhait de garder le silence mais il n'avait pas promis de ne pas enquêter davantage à ce sujet. Gardant ses suppositions dans un coin de sa tête, il proposa à Sakura de convenir d'un rendez-vous avec Lee pour le lendemain après-midi avant de revenir sur la lettre qu'il avait écrite à Ino, ce qui suscita quelques rires chez sa coéquipière.

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Trois semaines plus tard


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Figé, Saï observait le spectacle désolant qui se déroulait devant lui : ses deux coéquipiers, à bout de souffle, les mains sur les genoux, s'envoyaient un regard noir de colère devant une Sakura qui ne savait pas quoi faire. Cette dernière avait bien tenté de s'excuser auprès de Sasuke deux semaines plus tôt lorsqu'elle avait compris que ce dernier ne changerait pas de comportement mais cela avait seulement semblé enrager le jeune homme un peu plus. Depuis, l'ambiance était à couteaux tirés entre les membres de l'équipe sept et, quelques minutes plus tôt, une malheureuse remarque avait échauffé les esprits jusqu'à provoquer un violent combat entre Naruto et Sasuke.

Ces deux derniers se faisaient maintenant face, Naruto tenant son bras blessé par un Chidori particulièrement rageur de Sasuke tandis que ce dernier avait pressé une main sur son abdomen, barré d'une large plaie due à un Rasengan puissant de Naruto. Seul le bruit de leurs respirations haletantes se faisait entendre lorsque Saï s'éclaircit la gorge, les poings serrés sous la colère.

- Ça suffit : l'entraînement est terminé. Allez vous faire soigner à l'hôpital immédiatement, attaqua Saï d'une voix glaciale. Lorsque les médecins en auront fini avec vous, revenez ici : nous avons certaines choses à mettre au point.

Naruto tressaillit sous la voix emplie d'une colère froide de son coéquipier : il n'avait encore jamais vu le jeune homme énervé à ce point. Il jeta un rapide coup d'œil à leur coéquipière qui les fixait, l'air perdu.

- Euh… Saï, si tu veux qu'on revienne ici après… Sakura-chan peut s'occuper de nous soigner non ? Comme ça tu attendras moins longtemps ? proposa le jeune homme, hésitant.

Sakura lança immédiatement un regard paniqué à Saï malheureusement, il ne fût pas le seul à l'intercepter. Sasuke serra ses poings sous la colère : ces deux là cachaient quelque chose, il en était sûr. Et il découvrirait ce que c'était, quoiqu'il lui en coûte.

- Sakura a d'autre chose à faire que de gaspiller son temps et son chakra pour les deux idiots que vous êtes, asséna durement Saï sous le regard soulagé de la jeune femme.

- Tss.

- Est-ce que tu as un problème avec ça Sasuke ? l'interrogea Saï d'une voix dure.

Le jeune homme ignora totalement la question et se redressa avant de commencer à partir en direction de l'hôpital quand Saï l'interpella sous le regard angoissé de Sakura.

- Qu'on soit bien d'accord Uchiwa : ici, tu es un ninja comme les autres et je suis ton capitaine. J'attends de toi du respect, de l'esprit d'équipe et de l'obéissance lorsque je te demande quelque chose .Ne crois surtout pas que je tolèrerai un comportement pareil une nouvelle fois. Je te rappelle que tu es toujours en période de probation et que mon avis en tant que capitaine pourrait avoir un impact désagréable sur ta vie de tous les jours.

- C'est une menace ? se hérissa Sasuke.

- Prend le comme tu veux. Mais je suis censé dire à Kakashi-sama que nous sommes opérationnels d'ici deux jours. Et il est hors de question que je lui dise que nous sommes prêts à partir en mission si j'assiste de nouveau à quelque chose de la sorte, est-ce que vous m'avez bien compris tous les deux ? termina Saï en fixant aussi Naruto.

- Oui… Désolé Saï, je te promets que ça ne se reproduira plus, s'excusa Naruto.

- Sasuke ? demanda Saï devant le silence de celui-ci.

- Hn, acquiesça ce dernier avant de partir, rapidement rattrapé par Naruto, laissant Saï et Sakura seuls.

...

Sakura observa Saï d'un air compatissant, comprenant sans mal la colère qu'il devait ressentir. Il avait beau eu tenté de s'interposer entre les deux jeunes hommes lorsque le combat avait commencé, il n'avait rien pu faire et avait été obligé de se reculer, attendant que le combat se termine. La frustration de ne pas pouvoir intervenir ajoutée à celle de ne pas être reconnu comme source d'autorité par Naruto et Sasuke avait déclenché un cocktail de rage et de fureur qu'elle avait jusqu'à présent rarement aperçu chez Saï. Elle se rapprocha lentement de lui et déposa sa main sur son épaule, exerçant une légère pression qui se voulait réconfortante.

- Tu es un bon capitaine Saï, exprima-t-elle d'une voix douce.

Elle dû patienter quelques minutes avant que ce dernier ne daigne se tourner vers elle mais, quand il lui fit face, ce n'était plus de la colère qui était imprimée sur ses traits mais bien du doute.

- Tu en es vraiment sûre ? Je n'ai rien pu faire pour les arrêter. En quoi est-ce que je suis un bon capitaine si je n'arrive pas à me faire respecter ?

- Saï… Personne n'aurait pu les arrêter : ils ont vaincu Madara… Et Kagura. Personne ne peut s'interposer lorsqu'ils combattent. Le fait que tu aies essayé est déjà assez impressionnant en soi. Quant au respect… Naruto a regretté ce qu'il avait fait à la seconde où tu as pris la parole : il ne recommencera plus jamais, lui assura la jeune femme. Sasuke… Sasuke est quelqu'un de compliqué : pour tout te dire, même Kakashi-sensei avait parfois du mal à le tempérer. Et si on rajoute à cela son comportement des dernières semaines, je trouve que tu t'en es plutôt bien sorti aujourd'hui. Il a besoin de sentir que tu ne laisseras rien passer et la discussion que tu as eue avec lui a été parfaite en ce sens : je pense que tu as gagné son respect. Même s'il n'est pas content, il t'écoutera dorénavant.

Saï la fixa quelques instants avant d'afficher un sourire fatigué.

- Des fois je me dis que c'est toi qui aurais dû être nommée capitaine.

- Certainement pas ! s'esclaffa la jeune femme. Sasuke ne m'aurait jamais respectée et je n'aurais pas réussi à canaliser Naruto comme tu le fais. Et puis ta capacité à rester calme dans n'importe quelle situation est bien supérieure à la mienne : tu étais fait pour ça Saï, lui dit Sakura avec fierté. Moi je suis juste ton oreille amicale, sourit-elle. C'est normal de douter de temps en temps, et c'est ce qui va faire de toi un excellent capitaine.

- Merci Sakura, déclara Saï après plusieurs secondes.

- Je t'en prie, dit cette dernière en souriant gentiment. C'est ce que-

- Les amis font, termina Saï. Je pense que je commence à comprendre, ajouta-t-il sous un éclat de rire de la jeune femme. Si tu m'assures qu'il n'y aura pas de problème, j'irai voir Kakashi-sama dès demain pour lui annoncer que nous sommes opérationnels. Lee s'est montré tout à fait catégorique quant à tes nouvelles capacités en taïjutsu et nous avons pu assez bien nous coordonner en entraînement. La mission ne devrait pas poser de problème.

- Je pense que ça devrait aller, assura Sakura, plutôt confiante. Tu passes ce soir ? Il faut que je te montre les résultats de mon entraînement.

- Hm ? Oui, je passerai dans la soirée. Je dois voir Ino avant, répondit tranquillement Saï. Tu te sens prête ?

- Ça fait quelques jours que je pense avoir à peu près retrouvé mon ancien niveau. Je ne pourrais pas faire tout ce que j'ai fait durant le combat contre Madara mais je pense pouvoir gérer des blessures sévères.

- Parfait, je te rejoins plus tard alors, dit Saï en commençant à s'éloigner.

- A plus tard !

Sakura fixa son dos jusqu'à ce qu'il disparaisse et décida de rentrer tranquillement chez elle. Le fait d'être parvenue à retrouver plus ou moins ses anciennes capacités de guérison lui faisait chaud au cœur. La jeune femme s'était fait la promesse au tout début de son entraînement qu'elle ne laisserait plus jamais quelqu'un mourir sous ses yeux. Ça avait été le déclencheur qui lui avait permis au fur et à mesure de pouvoir de nouveau soigner les autres sans gaspiller trop de chakra et en un temps limité.

Apercevant plusieurs enfants jouer dans le parc qui avoisinait son immeuble, la jeune femme se remémora une conversation qu'elle avait entendue quelques jours plus tôt dans l'épicerie où elle faisait ses courses. Shikamaru, revenu d'une mission au pays de la foudre, expliquait à Kurenaï que les villages pauvres par lesquels il était passé pour rentrer abritaient de nombreux orphelins qui avaient perdu leurs parents lors de la guerre. Malheureusement, le peu de ressources de ces villages rendaient leurs conditions de vie difficiles et nombreux étaient les enfants qui tombaient malades sans avoir accès à des soins satisfaisants. Alors qu'elle rentrait chez elle, Sakura était restée perdue dans ses pensées, cherchant sans s'en rendre comptes des solutions aux problèmes de ces enfants.

L'idée avait jailli le matin même, lorsqu'elle avait croisée une infirmière qu'elle savait travailler dans le service de pédiatrie au sein de l'hôpital. La solution à laquelle elle avait pensé semblait simple en elle-même mais Sakura n'en avait encore parlé à personne, commençant à réfléchir au coût de ce qu'elle souhaitait mettre en place et aux moyens nécessaires. De plus, si son projet marchait, elle pourrait aider des centaines d'enfants qui avaient injustement souffert des ravages d'une guerre entre shinobis. Quand elle repensait à ce qu'elle avait fait pendant la guerre, elle ne pouvait s'empêcher de se dire qu'il pourrait s'agir d'un bon départ pour trouver la rédemption et une bonne façon de contrebalancer, au moins un peu, le mal qu'elle avait pu faire.

Enfin arrivée chez elle, elle commença par prendre une bonne douche et lava ses cheveux, enfin redevenus roses après son passage chez le coiffeur quelques jours plus tôt. Puis, elle disposa son matériel médical sur la table de la cuisine. Elle se prépara rapidement un thé et se pelotonna dans un fauteuil de son salon, un traité médical sur les genoux. Elle n'avait plus qu'à attendre Saï.

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