Dragonna : Tu as aimé voir Kanon en marieuse? Ben il a pas fini de régler les problèmes de couple de ses copains. Il va peut-être se lancer dans ça à temps plein. Merci de ta patience, j'espère que tu auras le temps de lire.

Milo VI

Milo avait marché près de 7 jours avec Crystal, sans faire montre de quelconques arrières pensées à son égard. Il avait été galant et respectueux, pas à l'excès, mais, à la juste mesure qui lui était si rare de réussir à conserver. Le chevalier faisait preuve d'humour, d'attention et même, de préoccupation. Lui-même n'y comprenait rien ou faisait comme si. Peut-être était-ce de savoir ce qu'elle pensait de lui qui l'avait tellement piqué au vif qu'il se sentait obligé de lui prouver le contraire.

Peu importe pourquoi, la jeune femme fut agréablement surprise par le comportement de son compagnon de route. Jour après jours, devant son entrain, elle laissa poindre un peu plus sa personnalité de femme troublée par une société trop conservatrice. Il se dégageait d'elle une douceur et un besoin d'être écouté si évident que le scorpion ne pu faire autrement que de le remarquer. Grand partisan de la justice, il s'était déjà juré de redonner un goût de liberté à la belle rousse venue le voir pour aider son peuple.

-Alors comme ça, ton meilleur ami était le chevalier du verseau?

-Oui, disons que moi et Camus, ça remonte à loin, Nous étions comme les deux doigts de la main, toujours à traîner ensemble. Je ne sais plus combien de fois le vieux Dhokko nous a sermonné pour avoir fait tel ou telle bêtise. Mais il faut dire que c'était surtout moi qui entraînait Camus dans des trucs abracadabrants. Lui, il était plus sage. Si ça n'avait pas été de moi, je crois bien qu'à part lire pour les entraînements, il serait resté cloîtré entre 4 murs avec une pile de livres pour seule compagnie.

-Un grand intellectuel, déduit-elle tandis qu'ils avançaient dans la forêt à une bonne vitesse.

-Tout le contraire de moi dans le fond. J'ai toujours cru en la pratique, non en la théorie. Il me faut du tangible, pas des mots sur du papier.

-Comment êtes-vous devenus amis? Alors que vous étiez aussi différents?

-Eh bien, c'est dur à expliquer, commença-t-il. Camus est quelqu'un de très distant, difficile à ébranler et reste souvent indifférent à toute tentative d'attirer son attention. Il n'écoute que s'il y voit un réel intérêt, enfin, pas seulement pour écouter si tu vois ce que je veux dire.

-Il veut contrôler tout ce qui l'atteint. Il ne prête pas attention à ce à quoi il ne veut pas penser.

-Principalement, reconnu le scorpion. Mais si on est devenu amis, je pense que c'est surtout parce que nous nous comprenions l'un l'autre. Enfants, on ne nous a pas mené la vie facile et comme on a tout de suite vu et respecté les limites de l'autre, on a pu s'habituer à cohabiter.

-Qu'est-ce que tu veux dire?

-On se supportait l'un l'autre, avec nos défauts, nos qualités et nos manies. Je n'essayais pas de le faire changer sa façon de faire tel chose et lui ne me disait pas comment me battre par exemple. On était très différents, mais on l'acceptait et ça faisait tout le charme de notre amitié.

-Pourquoi est-ce que tu ne parles qu'au passé?

Il ne répondit rien. Depuis quelques minutes déjà, il avait l'impression de patauger dans ses phrases. Jamais il n'avait parlé de lui et Camus aussi ouvertement avec quelqu'un. D'habitude, ça lui faisait trop mal, ça lui rappelait de si mauvais souvenirs. Des bons aussi, mais, le mauvais ressortait plus.

-Sujet douloureux?

-Je ne sais même pas s'il est encore en vie, soupira-t-il avant de se forcer à se reprendre. Mais assez parler de moi. C'est ton tour.

-Oh, je n'ai pas grand-chose à dire.

-Je suis certain du contraire, la nargua-t-il.

-Milo, ce n'est pas drôle.

-Allez, parles-moi un peu de toi, je ne te raconterais pas mes combats, l'invita-t-il.

-Dans mon pays, les femmes ne peuvent pas parler, à moins qu'on leur en donne l'ordre.

-Nous ne sommes pas dans ton pays, lui fit-il remarquer.

-Mais qu'est-ce que je pourrais bien te raconter que tu ne sais pas déjà?

-Des tas de choses, ne t'imagine que je suis un dieu et que je lis dans tes pensées.

-Chez-moi, les femmes n'ont pas le droit de penser par elles-mêmes.

-C'est de l'esclavage! Et puis, c'est complètement faux! On ne peut pas empêcher quelqu'un de penser. On pense continuellement, que ce soit pour obéir à des ordres ou pour respirer.

-Mais alors justement, on peut empêcher les personnes de penser. Il suffit de les tuer.

Milo figea en l'entendant dire ces derniers mots. Comme il n'avançait plus, elle s'arrêta aussi, mais garda la tête baissée, fuyant son regard. Le scorpion avait de la misère à accepter ce qu'elle venait de lui dire.

-Tu n'es pas sérieuse au moins?

Son ton surpris Crystal. Il s'y cachait un petit quelque chose de fragile qui l'attendrissait. Elle releva la tête. Cet homme à côté d'elle se battait et tuait au nom de la justice. Il avait des principes et il croyait en ce qui était juste. Il avait besoin d'y croire. Milo n'avait plus l'habitude des injustices simples comme celle que venait d'exposer la jeune femme. Avec ses frères d'armes, il ne pouvait même pas venir à bout des dogmes de société qui brimaient la vie des gens. Comme elle ne répondait pas, il s'obligea à se reprendre et se remit à marcher. Elle lui emboîta le pas.

-Parles-moi d'autre chose.

-Tu as déjà été amoureux?

-Quoi!

-Ben, je pensais que comme tu es une sorte de don juan, tu devais bien avoir été, au moins une fois, en amour avec quelqu'un.

L'adulte poussa un soupir, avant de détourner le regard.

-Si ma réputation dit que je ne suis qu'un coureur de jupons, elle dit peut-être vrai, mais je n'ai jamais mis mon cœur dans la balance de mes mésaventures « amoureuses. » Je n'ai jamais rencontré de femmes qui vaillent la peine pour que je sois amoureux d'elles. Je sais que je n'ai pas toujours été très gentil avec elles et que parfois, mon attitude fut franchement déplacée. Mais je suis quelqu'un d'impulsif et d'assez incontrôlable avec de l'alcool dans les veines.

-Alors, chaque fois, ce n'était qu'un jeu, une expérience pour toi?

-Écoute, je traite tous les gens comme je pense qu'ils le méritent, que ça te plaise ou non. J'ai peut-être fait quelques fois des erreurs, mais ça ne te regarde pas. Je ne suis pas parfait. Et j'ai toujours eu beaucoup de misères à respecter les femmes.

-Alors tu les traites comme des moins que rien? Toutes sans la moindre exception et sans même rien savoir d'elles?

Milo fut surpris de voir qu'elle continuait d'argumenter même s'il commençait à élever la voix. Elle alimentait sa colère et son irritation aidait la jeune femme à s'affirmer un peu plus. Comme si un défi l'encourageait plus que le reste à se faire entendre. Sa surprise amusée ne fit pas, par contre, disparaître la colère en lui. Il détestait s'entendre traiter de don juan ou de courailleur. Ça faisait longtemps qu'il ne jonglait plus d'une fille à l'autre. Depuis sa mort en fait, il s'était montré plutôt abstinent.

-Eh, je n'ai jamais battu aucune femme, c'est contre mes principes. Si j'en ai blessé moralement, c'était parce qu'elles s'arrangeaient pour que je le fasse. Elles avaient comme le besoin d'être écrasées. Quand le trois quart des dames croient que l'homme idéal est tout juste bon à être viril et violent, c'est pas facile de leur donner autre chose. Surtout si c'est ce qu'elles veulent.

-Mais tu as beau avoir fait de nombreuses conquêtes, tu ne peux pas savoir tout ce que désirent le trois quart des femmes de la planète. Ce n'est pas parce que toutes celles que tu as connues voulaient se faire malmener qu'elles le veulent toutes. Et puis, peut-être que tu ne leur as pas donné ce qu'elles voulaient seulement parce que c'était tout ce qu'elles désiraient de toi. Peut-être parce que c'était parce que tu choisissais préalablement tes dames, pour qu'elles ne demandent pas plus que ce que tu pouvais offrir.

-Qu'est-ce que tu essaies d'insinuer là?

-Si tu ne veux même pas le dire toi-même, c'est que tu as compris et que c'est la vérité, mais que tu ne veux pas l'admettre parce que ça t'énerves que ce soit vrai.

-Pour quelqu'un de soumise et obéissante qui n'a pas le droit de penser par elle-même, tu as un sens de la répartie très développé. À t'entendre, j'ai l'impression que tu es quelqu'un d'autre, railla-t-il.

-J'ai cru comprendre que tu me donnais le droit de m'exprimer comme je le voulais. Si je n'ai jamais pu le faire auparavant, et que j'ai toujours tout gardé pour moi, c'est un peu normal que la première fois que je laisse sortir ma frustration, ça soit un peu démesuré, non?

-Ouais, mais c'est toujours pas une raison pour cracher ton venin sur moi. C'est pas moi qui t'as forcé à vivre avec des contraintes.

-Non, et ce n'est pas toi non plus qui a décidé que je serais le paiement de tes services, maugra-t-elle.

Ce coup-là le blessa profondément. Il n'était pas un macho et il ne lui avait jamais semblé en être un. Oui, une fois que son meilleur ami, Camus, l'avait profondément blessé, le chevalier s'était rabattu sur les femmes et l'alcool. Mais ça n'avait pas duré. Et que des gens pensent que ses instincts primaires étaient assez forts pour qu'il demande une jeune vierge en échange de services rendus, ça l'horripilait.

-C'est drôle, mais ce que tu dis, ça remonte pas trop mon estime en moi.

Comme elle restait silencieuse, mais qu'elle avait pris de l'assurance, il décida de se venger un peu de ses dernières paroles. Il n'appréciait pas du tout ce qu'elle sous-entendait depuis tout à l'heure.

-Toi, tu as déjà été amoureuse?

-Non, je n'aurai même pas osé me permettre d'en rêver.

-Pourquoi ça? Qui saurait que tu en rêves?

Elle secoua la tête, comme pour dire qu'il ne pouvait pas comprendre.

-Est-ce que tu m'as regardé un instant? Je ne suis pas Égyptienne. On m'a adopté. Aucun homme ne voudrait de moi avec de bonnes intentions. Aucun homme ne pourrait m'aimer, j'ai la peau trop pâle et les cheveux rouges. Je suis comme une bête de foire pour eux, ça finit là.

La rancœur dans sa voix frappa Milo. Il lui jeta un regard de biais et comprit en voyant son visage. Elle voulait qu'il aide son peuple, mais ce n'était pas par patriotisme. Les parents l'ayant adoptés lui avaient insufflé un grand sens du devoir. Qu'elle aime ce qu'on l'obligeait à faire ou non, elle le ferait, parce qu'elle devait le faire. Alors ce fut plus fort que lui, les mots sortirent tout seuls.

-Moi, je trouve que tu es très belle.

Elle haussa les épaules, sans même sourire.

-Venant de ta part, je me demande si je dois bien prendre ça comme un compliment, déclara-t-elle au bout de quelques secondes.

-Mais j'ai dit ça sans la moindre arrière-pensée! TU es BELLE, on ne peut pas dire le contraire!

-Et comment peux-tu dire ça?

Il se sentit rougir bien malgré lui. L'explication vint ensuite.

-J'ai toujours eu un faible pour les rousses. Tes yeux bruns sont adorables et tes taches de rousseurs te vont bien quand tu es fâchée. Puis, il y a ta personnalité qui t'appelle à la liberté et en même temps, il y a une autre part de toi qui a peur d'arrêter d'agir comme on t'a toujours forcé à le faire. Tout ça avec ton sourire hésitant et n'importe qui serait conquis.

-Qu'est-ce que tu insinues là?

-Que je te trouve belle, tout simplement.

Ce n'est que là qu'elle le cru vraiment et rougit d'embarras. Elle avait contesté son compliment et il n'avait fait que l'appuyer davantage. Il le pensait vraiment.

-Tu as souvent des discussions comme ça, voulut-elle savoir.

Milo n'eut même pas besoin de réfléchir pour lui répondre.

-Non, j'imagine que toi non plus, fit-il, en laissant un petit sourire, presque maladroit, se former sur ses lèvres.

Elle allait secouer la tête quand un vent sec les frappa de plein fouet. Le grondement menaçant qui suivit mis tout de suite le chevalier sur ses gardes. L'air sembla se solidifier autour d'eux. Automatiquement, Crystal laissa échapper un cri d'avertissement.

-C'est un monstre qui a attaqué mon pays, s'exclama-t-elle.

Aux aguets, le guerrier s'était arrêté de marcher. Les arbres eux-mêmes étaient battus par la violence du vent qui soufflait, on ne pouvait pas parler de leurs pauvres branches. Bien campé sur ses jambes, le soldat gardait ses pieds plantés dans le sol. Il se tourna vers sa compagne de route.

-Attends qu'il apparaisse, puis mets-toi en sécurité, ordonna-t-il.

-Mais…

-Fais ce que je te dis, coupa-t-il tandis qu'une espèce de tornade de taille humaine arrivait sur eux. La jeune femme obéit, tout en jetant un regard inquiet vers l'ennemi du scorpion. Elle n'en avait jamais vu des comme ça auparavant. Et très peu si loin de chez elle.

Milo, de son côté, étudia son adversaire. Au premier coup d'œil, on aurait dit que cette chose était faite uniquement de vent et de poussière. Mais comme elle s'approchait, l'homme entraperçut dans le souffle curieux un éclat de métal assez révélateur, c'était un guerrier noir, tout en armure qui contrôlait de toute évidence le vent et pouvait ainsi déclencher des tempêtes. Ce qu'il faisait là, par contre, c'était moins clair.

L'ennemi fonça directement sur le scorpion, comme pour l'attaquer, mais à la dernière minute, il changea de direction et se rua vers l'endroit où s'était caché Crystal. Milo ne resta heureusement pas, planté là, hébété, mais parti à la poursuite de la furie venteuse. En filant à une vitesse sur humaine, il réussit à le rattraper avant qu'il n'ait atteint la cachette de la jeune rousse.

Comme l'homme du vent allait pénétrer les broussailles où l'Égyptienne avait trouvé refuge, le chevalier d'or vint lui donner un bon coup d'épaule et l'envoya rouler à des mètres de distance. « Mais c'est un débutant ou quoi? » s'étonna-t-il. La surprise fut vite remplacé par la rage. Cette tornade ambulante avait choisi de s'attaquer à une femme sans défense alors qu'il avait un homme de choix à combattre.

-Tu es le scorpion, alors? Demanda une voix d'adolescent tandis que le vent s'enflait autour de Milo et l'entraînait de force à son nouvel interlocuteur.

Ce n'est qu'à ce moment que le guerrier pu le voir clairement. Son opposant ne devait pas avoir plus de 19 ans. Il avait une longue chevelure blonde et des yeux jaunes. Son armure était sculptée de façon à ce qu'elle paraisse couverte de plumes d'oiseau de toutes tailles. Les plaques de métal étaient noirs comme la nuit.

-Qui es-tu ? demanda Milo.

-Qu'est-ce que cela peut te faire? Que tu me le demandes ou pas, je ne dirais rien, à moins que tu ne me tues.

-Alors soit.

La réponse du chevalier choqua beaucoup Crystal. Elle ne s'attendait pas à tant de dureté de sa part. Elle n'aimait pas ça. Puis elle se rappela que ces hommes en armures noires avaient tué son père adoptif, et alors, elle n'espéra lus qu'une chose. Que Milo mette ce garçon en pièce.

L'homme du vent flotta à reculons, dans un saut prodigieux pour s'éloigner du chevalier d'or. Ce dernier ne courut pas vers lui pour le rattraper sachant pertinemment que ce serait une perte de temps et d'énergie. Si l'autre pouvait se déplacer comme il voulait, à la vitesse qu'il voulait, autant attendre qu'il vienne l'attaquer. Milo resta donc à la même place, sans faire mine de bouger, au grand dam de son adversaire.

Alors le grand blond piqua droit sur le chevalier, en sortant de son armure 5 plumes particulièrement tranchantes. Il les brandit, bien serrés entre ses doigts, prêt à frapper. Le scorpion prit son mal en patience, sans même se douter que la pauvre Crystal rongeait son frein à le voir immobile, attendant d'être attaquer pour répliquer. Il faut dire que le jeune homme aux cheveux blonds n,avaient laissé voir que quelques-unes de ses capacités. Il n'était pas si débutant que ça.

Car, en arrivant sur Milo, il lui fit une profonde entaille dans la gorge. Alors qu'il pensait pouvoir s'enfuir comme un rapace après son attaque, le chevalier d'or le retint par l'épaule et l'attaqua à son tour. En bon québécois il lui fit la passe.

Le scorpion laissa tomber sur l'adolescent sa plus fameuse attaque. Celle à répétition. Coup après coup, il frappa toujours avec le même acharnement et la même force. Impitoyable, instopable, le guerrier à la chevelure bleue foncée se défoula tout son saoul. Au début, l'autre se protégeait le visage et cherchait à fuir. Mais les frappes du chevalier étaient trop précises et trop fulgurantes pour en pas faire mouche.

Le blond s'écroula sous la masse de violence trop subite. Milo le força à se relever en le tenant par le collet. Sa respiration était rendue saccadée par l'effort et son cou était trempé de sang et de sueur. Mais il prit quand même la peine de rapprocher le visage couvert de bleu de son ennemi pour lui murmurer son jugement final.

-Dis-moi qui tu es et je te laisserais la vie sauve, proposa l'adulte, sur un ton sans appelle.

Le pauvre homme en armure ne réussit pas à parler avant quelques instants d'efforts et de toux. Il cracha du sang, signe évident que sa vie était déjà perdue. Ses yeux d'oiseau de proie se posèrent sur le scorpion en deux dards jaunes et assassins.

-Je ne suis qu'un des spectres qu'Hadès a fait formé, pas le meilleur, c'est vrai, mais un des spectres d'Hadès, répliqua-t-il, d'une voix brisée par la souffrance, mais bouffie d'orgueil.

-Quoi! Mais Hadès est…

-…de retour, coupa l'autre en enfonçant ses couteaux en forme de plumes dans le côté gauche de Milo, qui n'avait pas prévu que l'adolescent serait encore capable de faire un geste après tout ce qu'il avait supporté.

Avec un cri de douleur, le chevalier d'or relacha sa prise sur l'homme du vent, qui tomba presque aussitôt de poussière. Tandis que les miettes interstellaires qui restaient de son adversaire étaient soufflées par un vent de tempête, il se maudit mentalement de ne pas avoir fait plus attention. Tout à sa colère, il avait oublié toute prudence. Comme il n'y avait plus aucun danger à craindre, Crystal sortit de sa cachette et se précipita vers lui, très inquiète.

Elle le retrouva, debout, grièvement blessé, mais déterminé à pousser tout les jurons qu'il connaissait contre lui-même.

-Tu es fou ou quoi! Pourquoi tu n'as pas fait plus attention? S'écria-t-elle en attrapant le chevalier par les épaules, hors d'elle. Il aurait pu te tuer, comme les autres qui ont tué mon père!

Le simple fait de l avoir à côté de lui, à la fois furieuse et inquiète, calma le guerrier. Il poussa un profond soupir avant d'être pris par une terrible quinte de toux. L'inquiétude de la jeune femme se changea en peur, purement et simplement. Il avait tout juste cesser de tousser qu'elle l'entraînait derrière elle jusqu'à un arbre. Une fois rendu à l'abri du soleil, elle le força à s'asseoir sans s'expliquer.

-Tu as mal au bras gauche? Demanda-t-elle.

-Qu'est-ce qui te…

-Réponds-moi! Ordonna-t-elle en le faisant s'appuyer contre le tronc de l'arbre.

-Non, il est juste un peu engourdi. À force de frapper comme un dingue sur ce drôle d'oiseau…

-J'en doute, fit-elle en s'agenouillant à côté de lui. Elle posa un genou sur ses cuisses pour lui faire comprendre qu'elle ne le laisserait pas se relever. Sans lui laisser le temps de faire un geste, elle lui retira sa chemise. Tu peux pencher ta tête vers l'arrière que je vois ton cou?

-Mais en fin, Crystal…

Elle le sidérait de sa nouvelle assurance. La voir, même la sentir si audacieuse tout d'un coup, ça le désarmait complètement. Il finit par se laisser faire, hébété. Les doigts légers de l'orpheline glissèrent le long de la gorge de Milo pour s'arrêter sur l'entaille qui y avait été faite. Il serra les dents durant l'inspection de la plaie, mais ne broncha pas. Ce que faisait la jeune femme l'intimidait plus qu'autre chose et leur proximité ne lui donnait qu'une envie : la prendre dans ses bras. Elle semblait si préoccupée, si inquiète.

-Tu as de la chance, finit-elle par dire en refermant la blessure et y apposant ses doigts avec une insistance qui étonna le chevalier d'or. Ta trachée aurait pu être tranchée net et tes cordes vocales être passées au ciseau. Mais ce n'est pas bien profond.

L'homme écarquilla les yeux en sentant la douleur lui brûlant le cou disparaître sous la main de Crystal. Quand elle retira ses doigts de sur sa blessure, le sang avait cessé de couler et il n'en restait pour toute trace qu'une fine cicatrice. Il allait dire quelque chose, mais elle le fit taire d'un regard.

-Tu n'avais pas remarqué que j'avais ce don? S'étonna-t-elle. Si mon peuple m'a accepté jusqu'au jour de mon sacrifice, c'était parce que je suis une sorte de guérisseuse.

Le pauvre en resta bouche bée. Pendant qu'il ravalait sa surprise, elle se chargea de faire cicatrisée la plaie ouverte au-dessus de son cœur, après s'être assurée qu'il n'y aurait pas d'infection. De la découvrir sûre d'elle tout d'un coup désemparait le chevalier. Il ne s'y attendait pas. Vraiment pas. Son attitude soumise ne l'avait pas préparé à ça. Quant à son don de guérisseuse, elle le lui avait bien caché, puisqu'il ne lui avait même pas détecté de cosmos suffisant pour une telle chose. Maintenant, pourtant, ça paraissait clair. Il le sentait même très bien.

-Voilà, dans une semaine, tu sera beau comme un sous neuf et ta peau sera redevenue douce comme celle d'un bébé, l'encouragea-t-elle en caressant doucement son torse, sans trop y penser.

Elle était assise sur ses cuisses, plus proche de lui que jamais et à cet instant, une pensée frappa de plein fouet le scorpion. « Hadès est de retour. » Alors que le dieu des morts aurait du être mort, un de ses spectres était venu annoncer son retour. Et lui, comme un imbécile, était en train de s'amouracher d'une rousse au regard de braise, tantôt pleine d'assurance et dominatrice, tantôt timide et prête à la soumission. Alors que ses frères d'armes faisaient il ne savait quoi au quatre coins du globe.

Alors, sans réfléchir ou s'expliquer, sans même comprendre pourquoi il le faisait, il la prit dans ses bras et la serra contre lui.

-Qu'est-ce qu'il y a? s'inquiéta Crystal.

-Rien, dit-il au bout de quelques minutes de silence. Au souvenir de l'enfer, d'Hadès et de la mort, un frisson glissa sur son dos. Il la serra un peu plus fort contre lui tout en essayant de comprendre pourquoi il avait besoin de la sentir toute proche de lui tout d'un coup. Quand elle se détendit entre ses bras et posa sa tête sur son épaule, il soupira. Merci, ajouta-t-il, tout bas.

Alors voilà, c'était notre Milo d'amour, qui nous reviendra sûrement bientôt.

Prochain chap, pas trop long, avec DM. (Ça fait pas longtemps pourtant…)