Dragonna : Bon, bé, tu doutes des sentiments de Pandore? Je vais les éclaircir un peu au fur à mesure… Kanon est trop tout seul, on va le sortir de son isolement dans pas trop longtemps. Et maintenant? Je me tape un trip solide sur Kanon, alors je parle encore de lui et dans le prochain chap aussi.
Kanon II (enfin, je crois que c'est ça…)
Le cadet de quelques secondes, l'air furieux, enfila un chandail pour compléter la tenue qu'il portait déjà et ne pas être indécent en ne portant qu'un pantalon. Comme il allait sortir de la chambre qu'ils se partageaient, il s'arrêter pour lancer les mots qui achèveraient son frère.
-Tu sais, tu m'as trahi Saga. Mais pas parce que tu as couché avec une femme. Ce n'est pas non plus parce que cette femme était Pandore. Tu m'as trahi en te mettant à l'aimer. C'est ton amour pour elle, ta trahison. Alors soit elle t'ensorcelé, soit tu rejoins son camp.
Sur ces derniers mots, Kanon sortit.
-Mais, enfin…
Saga s'effondra sur leur lit, atterré. Ça n'avait rien réglé de parler de cette histoire. Il ne savait toujours pas quoi faire et il s'était mis son frère à dos. Tout allait de mal en pis. Sa culpabilité ne faisait que monter. Il ne se voyait pas d'issue.
Le Grec claqua la porte de toutes ses forces, comme si ça pouvait réduire sa colère. Au contraire, elle ne fit qu'enfler en lui, comme un feu qui le brûlerait des pieds à la tête. Ses yeux étaient incandescents dans la noirceur de la nuit. Il devait se défouler le plus vite possible, le plus tôt et le moins violemment possible, ou le mal qu'on avait semé en lui se répandrait jusque dans ses veines, sans qu'il puisse le retenir.
Saga ferait mieux de le laisser partir, ou le Gémeau ne répondrait vraiment plus de rien. Alors, ils ne pourraient même plus se considérer comme des frères. Kanon jura haut et fort, se fichant complètement de ce que pourraient penser les autres chevaliers, qui devaient dormir à cette heure de la nuit. Non, il ne l'aimait pas le moins du monde. L'ex grand pope était trop imprévisible, trop changeant et trop différent et semblable à lui pour qu'il l'aime. Saga était son reflet, à la différence que lui aimait les femmes. Une en particulier. Celle qui venait tout changer, tout gâcher.
-Je te déteste au moins autant qu'elle peut t'aimer, grinça-t-il en sautant par dessus l'escalier de l'auberge et atterrissant sur l'herbe.
Il savait. Il y avait des détails qui ne mentaient pas. Pandore aimait Saga. Il le savait. Il l'avait compris assez vite. Le fait qu'entre Camus, Shura et lui, elle ne parle qu'à lui. Qu'elle lui demande pardon en quittant le château d'Hadès, parce qu'Athéna n'aurait pas le droit de tuer le dieu des morts, alors que c'était leur plan. Que ce soit lui qu'on incite à remplacer le grand pope, à le tuer d'abord, mais par dessus tout, à tenter d'assassiner Athéna.
-Oui, je te déteste au moins autant qu'elle t'adore. Parce que, qui aime bien châtie bien.
Son regard devint douloureux. Comme si la mer venait lécher des rives toutes proches et des plages qui sortaient en fait de son esprit. Il entendait les remous du ressac de l'océan. Il voyait les vagues se fracasser contre les rochers, les étoiles se refléter sur l'eau et son écume rivaliser avec la pâleur de la lune. Et il voyait Poséidon aussi, incarné en Julian, la peau pâle, les yeux hagards et les cheveux ébouriffés.
Une vague de douleur le traversa au souvenir de sa violence. Non, cet amour-là n'aurait jamais dû avoir lieu. Jamais il n'aurait dû se soumettre à cette douce cruauté, cette « tendre » violence. Ses mains si chaudes, si habiles, cette tentation trop forte. Il cru qu'il allait s'effondrer de honte.
Saga avait bien le droit d'aimer Pandore après ce que lui avait fait avec Julian Solo. L'océan se fit houleux dans ses yeux à ses souvenirs. Que de temps et d'énergie perdus à cette époque…
La colère lui revint tout à coup, pressante, imminente. Il était à quelques kilomètres de l'auberge. Devant des arbres maigres, chétifs, dévoués à mourir avant maturité. Ses yeux lui jouaient peut-être des tours. Alors, dans le peu de conscience que lui laissa la haine qu'il ressentait envers lui-même, Saga, les dieux et Pandore, il songea qu'au moins, il ne blesserait pas des hommes.
-Mais pourquoi fallait-il que tu fasses ça Saga ! Pourquoi ?
De son côté, l'intéressé se morfondait avec la même question. Même dans les pires situations, ils étaient décidément sur la même longueur d'ondes…
