Dragonna : Pas mal hein? Athéna va en avoir des problèmes avec ses deux là, Aioros et Kanon… C'est qui Sorrente? Une fille? Un mec? J'en sais rien, j'aimais ça comme couple et un truc de juré (Kanon n'a jamais voulu se ramasser dans une relation pareille, c'était non-consenti, mais bon, plus de détail plus tard, j'ai un bus à attraper)
Elle te fait peur Groundy? Attend de voir les 3 autres spectres de Mars Mwahahahahah! Hum, ça va, je me calme.
Enfermé Sion avec Dhokko. Tu penses vraiment que ça va tout régler. Pour l'instant, moi aussi j'ai envie de le frapper ce bélier, mais sinon, je pense que c'est aussi l'envie de Dhokko et un taloche du tigre, c'est pas le genre de truc dont on peut se foutre… (Ça doit faire mal…) Je vais y penser.
Shiryu, trouvé, solution? Nah, disons qu'il a l'esprit ailleurs pour le moment, te laisse voir…
Shiryu
C'était le jour J. Shiryu prit une profonde inspiration. Jamais il ne s'était senti aussi seul. Aucun de ses amis chevaliers n'était là. Ses parents ne pouvaient pas venir, il ne les avait jamais connus. Il n'avait plus d'amis au village. Dans la salle, il n'y avait que la famille d'adoption de sa promise.
Il était à genoux, assis sur ses talons, devant l'arrière arrière-grand-père de Shunreï. La jeune fille assise comme lui, à sa gauche, lui tenait la main et à sa droite, il y avait son futur beau-père. Le dragon songeait que ce mariage ne valait rien, mais il gardait ses pensées pour lui, pour ne pas choquer quelqu'un. Il préférait se dire qu'après, pour leur noce, lui et sa douce seraient seuls et qu'il ferait en sorte qu'ils gardent tous deux le plus beau souvenir possible de ce jour.
Il subit la cérémonie, prononçant les paroles rituelles quand il le fallait, restant plongé dans le silence et les ténèbres le reste du temps. Il ne semblait ni nerveux ni aux anges. Il récitait une leçon, comme un automate. Il aurait préféré de loin un mariage peu orthodoxe où lui et Shunreï auraient tout prévu et tout planifié. Mais non, à la place, il avait l'impression d'être au tribunal, sur le point de signer un contrat avec le père adoptif de sa fiancée.
En fait, c'était exactement ce qui arrivait, mais il refusait de le reconnaître. Rebuté à l'idée qu'on pouvait utiliser des contrats pour sceller la vie de couple de deux personnes comme on scelle l'achat d'une maison. Mais comme c'était la coutume, il se pliait à la tradition. Après le mariage, il ferait à sa façon.
Shunreï serra sa main un peu plus fort, doutant de ses motivations à voir son air d'enterrement. Il s'efforça à lui sourire, rassurant. Il ne devait surtout pas l'inquiéter où lui faire honte en ayant l'air ennuyé, c'était lui qui avait insisté pour devancer la date de la cérémonie. Embêté comme il devait le sembler, plusieurs pourraient s'interroger sur les raisons de son empressement. Il ne serait pas avisé d'attirer une fois de plus l'attention sur lui dans ce village.
Une fois, par contre, que tous les papiers furent signés, les courbettes exécutées et les discussions entamés, Shiryu retint un soupir. Il aurait voulu s'enfuir avec sa femme pour ne plus se sentir enfermer dans un carcan de politesse. La sagesse le poussait à contenir son élan tout en ravalant son ennui face à ses beaux-parents.
-J'espère que vous nous honorez de beaux garçons, et nous éviterez de devoir dire adieu à de charmantes petites filles, disait la mère de Shunreï. Une fille, c'est tellement plus de problème, et ça fini toujours par vous être enlevé au profit d'un garçon. Sans parler de la dot, qui, dans votre situation, serait difficile à entretenir pour attirer de bons partis.
Sur ses mots, il fallut toute la bonne volonté du dragon pour qu'il ne quitte pas l'assistance. Shunreï, à côté de lui, faisait comme si de rien n'était.
-Alors que des fils pourraient suivre les traces de leur père et avec une bonne réputation, ils pourraient devenir de très bons partis et être désirer par d'excellentes famil…
-Je ne vois pas pourquoi, si j'avais des filles, elles ne pourraient pas marcher sur mes traces. Il y a des femmes chevaliers vous savez, interrompit Shiryu, exaspéré.
-Je t'en pries, chuchota sa belle, en posant une main sur son avant-bras.
-Vous ne vous jugez pas capable d'avoir de fils, alors…
-Ça n'a rien à voir avec ma capacité à en avoir ou pas, que mes enfants soient des garçons ou des filles, je les chérirais tous autant les uns que les autres. Je me fiche de leur sexe, répliqua le dragon, cette fois, profondément outré. Il détestait tout ce que cette femme laissait sous-entendre. Tout le monde sait bien qu'il n'y a que les vrais hommes qui peuvent avoir des enfants, selon les anciens mythes.
Cette rigidité des concepts, ces stéréotypes et toutes ces idées préconçues par des générations d'adeptes de la non libre-pensée l'écœurait. Les exclamations qui retentirent suite à sa déclaration laissèrent comprendre que ses mots n'étaient pas passés dans du beurre. On l'avait très bien entendu et on était offusqué de ses paroles.
-C'est un manque aux convenances que d'interrompre deux fois de suite votre belle-mère, s'emporta la père de Shunreï.
-Comme c'est un manque de convenance que de ne pas me laisser placer un mot dans la discussion, qu'on soit ma belle-mère ou pas.
-Il est vrai que…
-Ce mariage est terminé, je n'ai plus rien à faire ici, alors vous pouvez tous rester là et jouer aux dés et faire des paris pour savoir si mon premier-né sera un garçon ou une fille. J'en ai assez de cette comédie.
Tant pis pour la discrétion et la retenue. Il n'aurait pas pu supporter ça plus longtemps. Il sortit de la salle et de la grande maison, suivit par Shunreï, qui semblait paniquée. Mais elle garda ses reproches pour elle jusqu'à ce qu'ils soient devant leur maison. L'adolescent resta figé devant la porte, sans vouloir entrer. Elle le rejoint, furieuse.
-Mais qu'est-ce qui t'as prit Shiryu ? Pourquoi tu leur as fait une crise comme ça ? C'était presque fini, fit-elle en venant s'appuyer contre son dos.
-C'est parce que je t'aime Shunreï. Quand je t'ai demandé en mariage, je n'avais ni l'intention de tatouer mes initiales sur la chair de ton cou, ni celle de faire un contrat avec ton père pour t'avoir pour femme. C'était une véritable mascarade que cette cérémonie.
-Alors, tu n'as pas aimé ça ? Tu t'es senti humilié ?
Il ne répondit rien. Refusant de dire que c'était par orgueil qu'il avait quitté cette salle.
-Avoue qu'à la fin, tu t'es senti trop humilié pour ne pas t'enfuir avec ton orgueil blessé.
-Ils t'ont humilié autant qu'ils m'ont humilié, finit-il par dire.
Elle lui encercla la taille de ses bras minces et cala son visage contre son épaule.
-Tu n'aurais pas pu supporter cette humiliation pour moi ? Par amour pour moi ?
-Pas en les entendant te rabaisser toi aussi.
-Sinon, tu l'aurais fait ?
-J'imagine qu'oui.
Elle soupira, doucement, avec soulagement.
-Au moins, tu es sincère.
Il resta silencieux, fermant ses yeux gris pour oublier la noirceur perpétuelle de son monde, pour goûter cet instant, seul à seule avec elle. Elle apprécia aussi ce moment, calme, si doux comparé aux paroles sarcastiques de sa mère et à la cérémonie endormante auxquels ils avaient dû se soumettre.
-Maintenant Shiryu, nous sommes mari et femme.
-Oui, répondit-il, avec un mince sourire.
-Te rappelles-tu de ce que font les mariés, le jour de leur noce ?
Il ne dit rien, attendant d'entendre ce qu'elle ajouterait.
-Ils consomment le mariage, dit-elle, avec un voile de gêne dans la voix.
-Tu es un peu vite en affaire là, non ?
-Depuis le temps qu'on se connaît, Shiryu.
-C'est que je ne voudrais pas sauter des étapes, s'expliqua-t-il.
Elle recula, pour lui faire comprendre qu'elle savait ce que cachait ses excuses. Elle ne voulait pas qu'il doute de lui, pas maintenant.
-Perfectionniste, le décrit-elle.
-Idéaliste, compléta-t-il en se retournant vers elle et rouvrant ses yeux aveugles qui ne pouvaient plus la voir, mais ne la regardaient qu'elle.
À ce moment, l'adolescente ne trouva rien à dire. Le dragon la souleva dans ses bras forts. Elle passa un bras autour de son cou, un sourire naissant sur son visage. Un frisson glissa en lui quand il la sentit si fragile et petite contre lui. Mais l'instant n'était plus aux incertitudes. Il entra dans leur maison, sa femme dans les bras. Shunreï, sa femme…
Il la déposa avec douceur sur leur lit, avant de s'asseoir à côté d'elle. Il savait qu'elle avait peur, pas beaucoup, mais assez pour que lui aussi ait peur. Mais il ne pousserait rien, ils iraient à leur rythme.
-Il est encore tôt, sourit-il.
-On en n'est encore qu'au milieu de l'après-midi, fit-elle, d'une petite voix.
-Tu n'as pas peur de moi au moins ?
-Non, pas de toi.
Elle était assise face à lui, plongé dans les doutes et cette crainte que toutes les jeune filles ressentent à ce stade leur vie. Elle aurait voulu les avoir écartés, comme on lui avait dit qu'elle devait le faire. Mais jamais elle n'avait…
-Viens sur mes genoux, suggéra-t-il, apaisant.
Elle s'exécuta, appuya son dos contre son torse et sentit ses bras venir la protéger de tous les maux extérieurs. Non, elle n'avait pas de doutes à avoir avec lui, il la respecterait jusqu'au bout.
-Tu te sens bien , demanda-t-il.
-Oui, pourquoi ?
-Tu dois être toute pâle tellement tu es nerveuse, se moqua-t-il. Une vraie boule de nerfs, et pourtant, tu es aussi immobile qu'une statue.
-Tu exagères, je ne suis pas si pire que ça et puis, toi aussi, tu es pâle.
Ils restèrent silencieux un instant. Pas dans un silence mal à l'aise qui ressemble à un piège, mais dans une compréhension silencieuse qui les liait plus que tout les discours du monde.
-Tu porterais mes enfants , demanda-t-il soudain, dans le but de la faire sourire.
-Tu me laisserais porter tes enfants , fit-elle, poursuivant la plaisanterie.
-Pourquoi t'aurais-je marié sinon ?
-Tu ferais mieux de me donner une ribambelle de fils, tu sais ?
-Je te ferais remarquer que ce sera de ta faute si nos enfants ne sont que des filles.
-Et malheur à moi si cela arrive, continua-t-il, taquin.
-Ce qui arrivera certainement, les dragons sont d'une puissance si risible.
-Ils sont comparables aux poissons qui se laissent pêcher d'eux-mêmes tellement ils sont stupides.
-Et ils n'ont jamais de fils, c'est pour ça que la race est sur le point de s'éteindre.
-Non, mais tu es dure avec moi ! l'arrêta Shiryu, avant qu'ils n'éclatent de rire tous les deux en repensant aux simagrées et au ton de la mère de Shunreï.
L'adolescent avait passé ses mains autour de la taille de son épouse, qui était à genoux sur ses cuisses, aussi proche de lui que possible l'était. Leurs visages se touchaient déjà presque quand les lèvres du dragon glissèrent sur la joue de la jeune fille. Elle n'avait rien vu venir, mais le laissa faire, plus confiante. Ses bras entourèrent le cou de Shiryu tandis que leurs lèvres se rejoignaient, dans une mince hésitation, vite évanouie ou ravalée. Leur baiser n'atteint pas la passion, ç'aurait été trop tôt. Mais la douceur qui l'imprégna vint les toucher plus qu'ils ne l'auraient cru possible.
-Je t'aime, murmura-t-elle, émue par la tendresse qui se dégageait de lui.
-Moi aussi, tu sais, glissa-t-il, tout en laissant son visage s'appuyé contre la joue de l'adolescente. D'une main, il défit ses cheveux longs et sa coiffure compliquée. De l'autre, il vint caresser sa nuque, la faisant frissonner. Ça fait si longtemps que je… il se tut et posa un baiser sur le front de la jeune fille.
-Que tu quoi ? Shiryu ? sourit-elle, son visage et ses yeux fixés sur lui.
-Que je t'attends, répondit-il, verbalisant la pensée qui avait traversé la jeune fille de très nombreuses fois durant les derniers jours.
-Je sais, mais il n'y a plus à attendre maintenant.
-Non, tu m'as demandé d'attendre jusqu'à ce que tu sois prête et je veux vraiment attendre jusqu'à ce que tu le sois.
-Mais je le suis !
En prononçant ces mots, elle sentit la vérité grandir en elle. Elle était d'abord prête parce que c'était son devoir de l'être le jour de ses noces. Et non pas parce qu'elle était vraiment prête. Mais, au fond, elle le savait. Malgré ces faits outrageants qui lui permettaient de croire que certaines jeunes femmes vivaient un cauchemar le jour de leur noce, elle se sentait vraiment prête à atteindre l'ultime étape de son amour pour Shiryu. Comme ce dernier avait été capable d'attendre pour ce moment, l'aimant assez pour comprendre ses scrupules. L'aimant assez pour l'attendre.
-Tu veux qu'on ait des enfants, pour de vrai, je veux dire ?
-Oui, chuchota-t-elle, comme si c'était une déclaration trop fragile pour être crié, comme si de parler fort aurait brisé ses mots.
-Beaucoup ?
-Pas plus que deux, pour ne pas laisser trop d'orphelin derrière toi si tu devais mourir.
-Je t'ai déjà dit de ne pas penser à ça.
-Je ne me sentirais jamais assez forte pour élever plus de deux enfants en me retrouvant régulièrement seule face à eux pour maintenir une forme de discipline, s'expliqua-t-elle.
-Mais, je ne serais pas toujours parti, la reprit-il, souhaitant l'encourager.
-Tu es un chevalier d'Athéna, tu seras parti dès que la déesse sera en danger, ce qui arrive au moins une fois par mois.
Se renfrognant, il jugea préférable de changer de sujet.
-Tu veux des garçons ou des filles ?
-Un de chaque, de préférence. Il te ressemblerait et je ne me vois pas sans au moins une fille. Elle m'aiderait à la maison et le petit me ferait penser à toi quand tu ne serais pas là, ce serait encourageant. Ça m'aiderait à tenir.
-Tu as raison, ce serait bien. Mais ne pense pas à quand je ne serais pas là, pour le moment, on est ensemble et c'est tout ce qui comptes, proposa-t-il en la serrant contre lui.
Elle lui rendit son étreinte avec un sourire, avant d'ajouter :
-Si on a une fille, je voudrais l'appeler soi Suzuki, soi Tsubasa.
-Mais, il fronça les sourcils, Suzuki, c'est une marque de voiture et Tsubasa, une collection de mangas japonaises !
-Et alors ? C'est pas comme si je voulais les appeler lapin et fromage ! J'aime ces prénoms là.
-Moi, ça ne me dérange pas, tu sais, tu choisiras leur nom, mais il ne faut rien devancer non plus, dit-il en relâchant son étreinte sur elle pour la regarder en face.
-Tu veux dire, ne pas parler de comment appeler nos enfants avant de les concevoir ?
Il se sentit rougir, juste assez pour qu'il soit mignon à croquer. En se raclant la gorge, il répondit :
-Entre autre.
-Alors qu'est-ce que tu attends ?
-Tu te sens vraiment prête ?
-Oui. Je vais finir par croire que c'est toi qui…
-Non, à part pour mes yeux, je ne me sens pas si hésitant que ça.
-J'avais presque oublié que tu étais…
Il ne la laissa pas terminer sa phrase. Depuis quelque temps, il n'arrivait plus à entendre le mot aveugle. Il la fit se taire d'un baiser plus fougueux que le précédant. Shunreï répondit si vite à ses lèvres qu'il en resta surpris un instant. Elle avait compris avant lui ce qui l'avait poussé vers elle si brusquement. Il avait besoin de ressentir son amour, sa présence, plus profondément qu'auparavant. Parce que malgré tout ce qu'il pouvait dire, il avait peur. Parce que malgré les incroyables capacités de son cosmos, il était aveugle. Ses yeux s'ouvraient sur des gouffres noirs et un néant de sons, d'odeurs et de textures qui n'éveillaient pas encore assez de choses pour que sa confiance soit totale.
Sur un champ de bataille, il avait déjà acquis l'expérience nécessaire pour ne pas douter de lui. Alors que dans la vraie vie, il se sentait soudain pataud et maladroit. Les doutes de tous les villageois, de ses frères d'armes, de la famille de la jeune fille pesaient sur lui, quant à sa capacité de vivre sans son sens de la vue. Et sous ce poids, ses propres doutes ne pouvaient faire autrement que d'augmenter. Le rendant réellement pataud et maladroit. Dans ces conditions, il avait réellement besoin de savoir qu'elle l'aimait toujours autant, et même plus qu'avant, malgré sa cécité. C'était une de ses pires craintes.
Les lèvres de Shunreï la lui firent oublier quelques secondes. Quand ils se séparèrent cette fois, aussi essoufflé que troublés, ce fut lui qui murmura : Je t'aime. Elle lui sourit avant de s'étendre sur leur lit, le laissant le dominer de sa hauteur.
-Alors viens m'aimer.
Le sourire qu'il lui fit était plus timide qu'il ne l'aurait voulu. Mais, si elle n'avait encore jamais… Eh bien, il fallait dire que lui non plus…
-Tu ne dois pas douter de toi, l'encouragea-t-elle.
Il la considéra de ses yeux gris, sans la voir. Mais il la sentait dans tout son être, se tenant juste là, à côté de lui, avec lui, Prête. Et alors, seulement, lui aussi, se sentit prêt. Maintenant, ils atteignaient les préliminaires. Tout en douceur, il lui vola un baiser, puis un deuxième, puis une bonne dizaine d'autres, laissant la passion se mêler à leur hésitation. Elle trembla quand les doigts du dragon s'égarèrent sur elle. Quand ils se séparèrent, à bout de souffle, elle était accrochée à son cou et lui avait déjà retiré tout le haut de sa tenue.
Dans le regard de Shiryu, brillait une flamme qu'elle n'avait jamais vu, et l'amour pointé sur elle par l'acier de ses yeux la laissa frémissante et stupéfaite quelques instants, même après qu'il ait glissé son visage dans son col pour embrasser sa nuque. Est-ce qu'elle l'avait fait attendre trop longtemps ? Un feu explosa dans le ventre de la jeune femme comme il dévorait son cou de baisers de plus en plus ardents. Tout en progressant, le chevalier la déshabillait, si bien que sa robe était complètement ouverte sur son corps pâle. Dire qu'il semblait hésitant, il cachait bien son jeu.
Mais les caresses du guerrier instaurèrent en elle un désir vif et impatient qui demandait à être comblé. Shiryu se retrouva nu avant de s'en rendre compte et il n'était absolument pas la cause de cet état de fait. Ce n'est que lorsqu'il sentit ses intentions prendre une tournure presque animale qu'il se reprit, arrêtant net son avidité soudaine et ses baisers sulfureux. Ce n'était plus que des tremblements d'envie qui secouaient l'adolescente. Il avait pourtant l'impression d'avoir été trop loin.
-Shunreï, je…
-Tu ne t'es pas arrêter pour m'embrasser ? s'étonna-t-elle, d'un ton taquin.
-Mais…
-Je vais te rendre fou alors, fit-elle avant de l'attirer à elle en le tirant par ses longues mèches noires.
D'abord choqué par ce revirement, Shiryu ne put opposer aucune résistance. Il ne lui semblait pas que les femmes prennent bien souvent l'initiative dans ce genre de situation. Du moins, pas comme ça. La jeune fille s'arrangea pour se retrouver au-dessus de lui, le dominant lui. Et cette fois, ce fut lui qui trembla sous ses caresses et ses baisers. Bien qu'il ne s'y attende pas, le jeune homme ne put qu'apprécier. Dans tous les sens qui lui permettaient de l'apprécier. Ce n'était pas tous les hommes qui se seraient laisser faire comme ça et ce ne serait pas toutes les femmes qui auraient agi de cette façon de leur propre chef non plus.
Mais s'ils étaient égaux, ils avaient autant le droit l'un que l'autre d'agir ainsi. Et que Shunreï prenne autant d'assurance, c'était qu'elle était bel et bien prête à ça. Il profita des baisers de l'adolescente pour finir de la dévêtir, tout en se sentant un peu démuni, elle, elle pouvait le voir, tandis que lui… Il chassa cette pensée de son esprit, songeant que s'il ne pouvait pas la voir, il la devinait plus que bien. Autant par le toucher que par l'esprit.
-Shunreï, gémit-il.
Leurs lèvres se rencontrèrent pour la énième fois, et sans qu'ils ne s'en aperçoivent, le dragon se retrouva à nouveau au-dessus d'elle. Alors seulement, quand il se détacha d'elle, juste assez pour croiser ses yeux pleins d'étoiles, il lui fit comprendre qu'ils atteignaient l'étape la plus importante. Ainsi, ils se décidèrent à s'apprivoiser pour finalement s'unir l'un à l'autre. Le temps dû s'arrêter à un moment donné, parce que toute cette fin d'après-midi leur sembla irréaliste et contraire à eux-mêmes. Ils s'aimèrent si longtemps que possible, comme si c'était la première et la dernière fois. Shunreï ne put s'empêcher de penser, en craignant d'être romantique, que chaque fois qu'ils feraient l'amour, ce serait semblable à cette fois-là.
Elle ne pouvait pas se douter jusqu'à quel point c'était vrai. Après tout, Shiryu n'était pas homme à faire les choses à moitié et quoi qu'il dise, elle aurait toujours peur de le perdre. Quand ils y repensèrent, ils se dirent que c'était ce qui faisait toute la beauté de leur amour. Qu'ils se soient finalement décidé à le vivre pleinement, chaque instant, presque chaque seconde.
Quand on aurait pu dire que leurs noces se terminèrent et qu'ils tombèrent dans les bras l'un de l'autre, comme mort d'amour, ils savaient que cette trêve n'était que la marque du début. Le début de quelque chose de plus grand qu'eux, plus grand que les deux amants les plus acharnés et passionnés, plus grand que tout ce qui existait pour atteindre la grandeur d'un amour inconditionnel, éternel et protecteur, partagé. Un amour unique entre tous, le seul qui rapproche le plus les hommes de la perfection. Un amour trop parfait pour que les dieux de la mythologie l'ait créé. Car sa perfection les supplantait tous.
L'amour humain le plus pur, léguer par l'amour lui-même, dont Héra et Aphrodite (Vénus) pouvaient être jalouses.
-Shiryu, murmura Shunreï en se pelotonnant contre lui, dans leur lit, dans leur petite maison illuminée par les étoiles. Tu as été parfait.
-Merci, chuchota-t-il à son oreille, sa joue se frottant doucement contre celle de l'adolescente. Mais, tu sais, tu ne méritais pas moins. Je t'aime et je te donnerais toujours le meilleur de moi.
Elle rougit entre ses bras. Dans son cœur, le dragon ressenti sa réponse : Je t'aime aussi, Shiryu, et tu mériteras toujours le meilleur de moi. Il trembla, troublé par cette révélation, la serrant plus fort contre lui. Le sommeil les trouva ainsi, nus, cachés par leurs cheveux noirs entremêlés, amoureux comme au premier jour, purs, comme des enfants…
