Dragonna : bavard hein, le Camus? Mais bon, je suis contente que tu continues de suivre. Moi même, des fois, j'ai de la misère. Oh fait, t'es revenu de tes vacances? Si oui, répond, si non, ben, amuse-toi bien.
Deathmask III
Il tremblait sur le canapé, il était tout en sueur. Gabrielle se demandait ce à quoi il pouvait bien rêver pour être dans un tel état. Elle se répétait son nom d'assassin, Deathmask, sans comprendre. Il avait l'air si doux, si dépendant quand il dormait. Et pourtant, dès qu'il était réveillé…
Sa peau était bleue, non, en fait, tout était bleu. Elle marchait sur un sable fin, pâle comme la lune. Il faisait nuit. Elle était nue, ou bien elle portait une robe transparente et… Non, elle était nue, floue, irréelle. Son corps marchait dans l'eau, chacun de ses gestes pleins de grâce, de langueurs. Non, son corps n'était pas parfait, elle était un peu trop mince, ses hanches et ses seins n'avaient pas fini de se former et…
Elle était humaine quoi. Une jeune fille de tout juste 16, 17 ans. Il n'arrivait pas à voir sa tête. Puis, il frémit en réalisant. Elle n'avait pas de tête. Son cou tranché en plein milieu ne laissait couler aucun sang. Derrière elle, sa tête, encore fraîche, aux paupières closes, reposait dans le sable. On aurait pu croire qu'elle avait été enterrée jusqu'à la gorge si on n'avait pas vu le reste de sa personne s'avancer à quelques pas.
La lune brillait, très loin, au-dessus de la surface de l'eau. La jeune fille marchait lentement, vers une pierre. Il pouvait entendre ses pensées. Tout avait soudain une netteté terrifiante. La pierre n'était pas une pierre. C'était la tête d'un homme. Plus vieux qu'elle. Il n'arrivait pas à le reconnaître, mais son visage ne lui était pas étranger. Il n'y avait pas de corps. Il n'y avait rien d'autre que lui sur le sable. Que ce visage blessé et abandonné, et ses cheveux courts, rendus bleus par l'eau de mer. Non, ils étaient dans un lac. « Tu étais si beau » pensait-elle.
L'adolescente s'agenouilla devant la tête du défunt et la prit dans ses bras. D'une main, elle retira de son front la lame d'un couteau fait en tête de poisson. De l'autre, elle caressait ses cheveux. Derrière l'arme, il n'y avait qu'un petit trou de vide, comme s'il y avait toujours eu de la place pour cette lame dans le crâne de l'homme mort. Elle serra le malheureux contre sa poitrine, sans que le moindre sang ne se répande nulle part. « Pourquoi es-tu parti? » demandait-elle dans le silence.
Tandis que son corps étreignait la tête du défunt, le rêveur pu voir en même temps l'expression du visage de la jeune fille, resté derrière. Sa tête se releva, nez pointé vers le ciel, comme une femme qui s'abandonnerait à un vide cruel dans l'espoir inaccessible que quelqu'un vienne l'aimer. Le regret sur sa figure faisait mal à voir, presque autant que la perte que supportait ce visage rendu irréel par sa couleur bleutée. « Je t'ai aimé, oui, je t'ai aimé… »
Finalement, son corps laissa retombé la tête, la décapitée se retourna et se mis à marcher de nouveau, en sens inverse. Il y avait quelque chose de morbide dans cette vision qui écrasait la tristesse et l'émotion de l'adolescente. L'absence de sang? Les deux têtes coupées? Ce corps qui se mouvait seul, sans rien au-dessus de ses fragiles épaules? Les lèvres de la jeune fille laissèrent échapper un cri muet, s'entrouvrant sur l'eau du lac. Il y avait de la musique qui jouait, comme pour marquer la cadence de ses pas. La musique était aussi triste et mélancolique que l'étrange promeneuse. Et elle faisait froid dans le dos…
« Je reviens à la case de départ. » pensait-elle. Mais elle marchait si lentement, jamais elle ne se rendrait. Puis, elle ralentissait à chaque nouvelle avancée qu'elle faisait. La musique s'arrêta. Il ne sut jamais si elle se rendit jusqu'à sa tête.
DM se réveilla, mort de peur, un cri lui résonnant dans les oreilles, comme si les échos seuls du cri de la jeune fille pouvaient être entendus. Il tremblait de la tête au pied, couvert de sueurs froides. La couverture avait glissé par terre, à côté de lui. Gabrielle écoutait de la musique, la même que dans son rêve. « Un rêve ! » réalisa-t-il.
-Ça va?
-D'après toi? rugit-il, furieux contre lui-même. Il n'arrivait pas à retrouver son calme. Il avait trop mal, trop peur. Pas juste de son rêve, mais surtout, de son symbolisme.
-Pas de veine, c'est ça?
Gabrielle avait éteint sa radio de malheur tandis qu'il s'assoyait sur son divan pour se calmer. Elle avait l'air indifférente à ce qu'il endurait, pour la bonne raison qu'elle ne savait rien de ce qu'il endurait, mais ça lui faisait mal. Il aurait voulu qu'elle le comprenne ou qu'elle le laisse seul. Mais pas qu'elle s'assoit à côté de lui et pose une main apaisante sur son épaule pour le forcer à s'appuyer au dossier du fauteuil.
-Tu me racontes ton cauchemar? suggéra-t-elle.
Il secoua la tête en se débarrassant du contact réconfortant de la jeune fille. Elle lui rappelait l'adolescente de son rêve avec sa peau pâle éclairée par la lampe de chevet bleue posée près du sofa. Il avait peur.
-Deathmask? demanda-t-elle, innocemment. Qu'est-ce que tu as?
Comme électrocuté, il sauta sur ses pieds et se retourna, avec un regard noir. Il détestait entendre ce surnom, il lui était impossible d'entendre quelqu'un l'appeler ainsi après être sorti de l'enfer. Il n'était plus un assassin, il n'avait plus le désir de tuer. Il n'avait plus aucune envie meurtrière. Et pourtant, il serrait si fort les poings que ses jointures étaient sur le point de craquer.
-Qui est-ce que tu veux convaincre comme ça? Toi-même peut-être? fit l'adolescente en croisant ses bras sur sa poitrine encore jeune.
Pas complètement formé, ni des seins, ni des hanches ne pu s'empêcher de songer l'adulte, partagé entre l'effroi et l'envie. La taille fine comme dans son rêve. Et cette tête d'homme aux cheveux bleus foncés, n'était-ce pas la sienne? Quelle folie! Encore un de ses fantasmes tordus dont il avait le secret! Ou peut-être que… Il frémit, dégoûté par lui-même. Comment pouvait-il…?
-Qu'est-ce que tu racontes? Je n'ai encore rien dit pour convaincre quelqu'un ou peu importe! Tu ne peux pas lire dans les pensées à ce que je sache.
Il venait juste de prononcer ces quelques mots qu'il se disait qu'il n'en savait presque rien justement. Et la peur était toujours là, elle lui donnait l'envie de tout casser.
-Tu es beau quand tu es fâché, soupira-t-elle avant de s'expliquer. Et puis, je ne lis pas dans les pensées, là-dessus, tu as raison, mais il est facile de lire dans tes yeux. Ils disent tous ce que tu veux garder pour toi.
-Bien sûr, grogna-t-il en posant ses poings sur ses hanches. Tu lis les lignes de la main, les regards assassins. Les feuilles de thé aussi j'imagine?
-Non, les boules de cristal.
-Arrêtes de te moquer, j'en ai marre! Je te jures, c'est pas parce que tu as une tête d'ange que t'en es une!
La jeune fille lui décocha un sourire charmeur, digne des flèches de cupidon. Oui, elle avait un visage angélique, c'était certains. Et le compliment dit sans le vouloir l'enchantait. Elle se leva et l'attrapa par le poignet droit, sachant parfaitement que c'était sa seule façon de manipuler ce colosse. Les occasions de le faire devenait plus rares de jour en jour, puisqu'il guérissait vite. Autant en profiter tant qu'elle le pouvait encore.
-Tu serais si adorable si tu t'y mettais vraiment. Mais il faut toujours vous prendre comme vous êtes vous les hommes, on ne peut pas vous changer.
Elle l'entraîna avec elle, jusque dans sa chambre, sous les protestations du guerrier.
-Tu peux m'expliquer ce qui te prend, espèce de …
-Mon beau démon a fait un mauvais rêve et doit se changer les idées. Moi, je sais parfaitement quoi faire pour que tu ne repense plus à tes idées noires. Mais, avant de sortir, il va falloir que tu te changes.
Avant qu'il ait pu répliquer, elle l'avait pousser dans la salle de bain, avec une paire de pantalon de cuir noir et une camisole argent et noire. Ainsi que l'ordre de ne pas sortir avant qu'elle ne se soit elle-même changer complètement. Elle avait aussi dit que s'il ne mettait pas les vêtements qu'elle lui avait donné, il s'en mordrait les doigts.
DM obéit, plus par curiosité que par complaisance. Il pesta une fois de plus en apercevant son reflet dans le miroir. Son corps puissant était si bien moulé par ce qu'il portait, qu'il aurait pu se promener tout nu, la seule différence aurait été la couleur de sa peau. En tout cas, les dames allaient baver rien qu'à le voir.
-Tu es prêt, j'ouvre! fit Gabrielle avant de s'exécuter. Ce que chacun découvrirent les laissa tout deux pantois un instant. Il était beau comme un dieu et sexy comme ça devrait l'être interdit. L'adolescente de son côté, avec sa minijupe de cuir, son top lui découvrant les épaules et le ventre lui était bien assortie. Il remarqua seulement à ce moment que ces cheveux verts étaient bleu pâle. Elle les teignait différemment presque tous les jours. Un décolleté plongeant sertis de paillettes, le dos de la pauvre à demi nu, avec ses bottes de cuir qui suivait la courbe de ses jambes, il était prêt à tomber à genou.
Il déglutit et elle se reprit pour lui faire enfiler un bracelet de stud et un collier de chaînes partiellement rouillées. C'était lourd dans les mains de la petite, mais sur le poitrail massif de Deathmask, c'était d'une légèreté risible. Lui qui était habitué à porter son armure n'avait aucun problème. Non, le problème, c'était Gabrielle. Elle était beaucoup trop… Toutes les pensées avides et sales qui traversèrent DM à cet instant, il refusa de les compter, mais son dégoût pour lui-même ne fit qu'augmenter.
Son bel ange s'était déguisé en femme fatale. C'était dur à admettre, encore plus à voir. Mais en même temps, il ne pouvait s'empêcher de se délecter de la vision qu'elle lui donnait. Il craignait juste de savoir où elle voulait l'emmener, vêtue comme ça.
-Allez viens, tu vas voir, ça te fera du bien, déclara-t-elle en l'entraînant à sa suite en-dehors de l'appartement. Il la suivit dans le couloir, entre les portes closes. Il la suivit dans l'escalier. Il la suivit jusque dans la rue, la main de l'adolescente toujours serrée autour de son poignet blessé. En passant sous la seule fenêtre éclairée de leur immeuble, il eut une drôle d'impression. Comme si un autre chevalier d'or se trouvait là-haut. L'Italien hésita avant de traverser la rue, mais finit par se décider, avec dans l'idée qu'il ne suivait l'adolescent que pour assurer sa sécurité. Il se mentait à lui-même, il le savait.
Elle le conduisit au travers de toute la ville et à la fin, l'Italien ressentait avec colère la dépendance qui le reliait à la jeune fille. Il ne pourrait jamais s'y retrouver dans ce dédale de rues sans son aide. Ils finirent par découvrir leur but, un splendide bar, converti à moitié en discothèque. Sur le coup, l'assassin n'y crut pas vraiment. Comment pouvait-elle fréquenter un tel endroit? Elle était un ange, non? En apercevant son reflet terrible dans la vitre d'un magasin adjacent, il se fit la réflexion que lui, d'ailleurs, n'était qu'un monstre. Une bête. Hideuse et repoussante. Mais si hypocrite, qu'il cachait toute sa laideur au fond de lui.
-Tu sais danser au moins? demanda-t-elle en poussant la porte avec un sourire en coin.
Il ne répondit pas. Il la laissa filer vers la piste de danse, sans oser la suivre. Il préféra s'adonner à une activité plus captivante. La regarder danser, depuis le bar, un verre à la main. Le peu de femmes présentes dans la salle, une vingtaine environ, tournèrent la tête au passage du colosse. Le barman le cadra tout de suite dans sa catégorie de client préféré. Silencieux qui cale ses bières à une vitesse terrifiante pour son porte-feuille.
-T'es arrivé avec la petite Gabrielle, toi, non? interrogea une des serveuses. Je me demande où elle a pu te dénicher.
-Dans un lac, grommela-t-il entre ses dents, avant de se commander un martini, pour commencer avec classe.
Il s'accouda au comptoir, après avoir vidé son verre d'un trait et en avoir commandé un autre. Là, seulement, il apprécia le spectacle qu'offrait l'adolescente qui s'occupait de lui. Elle s'était vite mêlé à la danse et passait d'un cavalier à l'autre, donnant à tous la vue de sa complète émancipation. Elle dansait comme une flamme au milieu de la foule sous les néons, les flashs hallucinants, la fumée et la musique assourdissante. Elle était sensuelle dans tous ses mouvements, elle avait le rythme dans la peau.
À la voir se défouler, Deathmask n'était plus habité que par quelques pensées obsédantes. Posséder la jeune fille devenait la plus récurrente d'entre elles. Il détestait la voir danser sous les yeux avides de tous ces autres hommes. Il détestait la voir se donner à tant de monde à la fois sans la moindre gêne, par le biais de cette danse. La jalousie le brûlait, insidieusement. Il en avait presque mal. Il aurait voulu qu'elle soit à lui seul et toute entière. Il vit ses yeux dans l'obscurité et comprit qu'elle faisait exprès. Elle l'avait emmené là pour jouer avec lui. À des jeux d'adultes. Il en était à son 5e verre et songea que c'était dommage pour la jolie Gabrielle. Elle n'était pas tombé sur quelqu'un possédant assez de scrupules pour ne pas se prêter à son jeu. Pour lui avoir changer les idées, elle avait réussi, mais ça ne serait pas bien beau à voir s'il devait en venir au main. Parce qu'il était prêt à la forcer s'il le fallait.
