Dragonna : Aphrodite the return, ouais, pas mal, il faudrait que je fasse Mu, the return aussi. Mais bon, là je suis pas très motivé, je vais me forcer pour rajouter quelques chapitres avant la fin des classes. Dans sept jours, c'est moi qui part en vacance. Et ça pourrait être long. Kanon III / Aioro III

Le dos appuyé contre un arbre, la mine basse, les jambes dépliés et le regard vague, Kanon soupira dans une brise, les yeux perdus dans la nostalgie des vagues de son passé. Il avait très longtemps marché pour s'éloigner des autres. Il ne se sentait pas bien. Il avait trouvé un petit lac à l'eau clair. Il aimait bien ce genre d'oasis et s'était arrêté devant, sans pouvoir résister. L'homme n'avait pas poussé l'audace jusqu'à se baigner, son cœur lui rappelant les tourments qu'il avait traversé pour oublier Julian.

L'eau était pure et de la même couleur que les cheveux de Poséidon. Il s'en rappelait comme si c'était hier. Il était mort alors, et on l'avait ramené à la vie. Il avait eu droit à tous les amours possibles. D'abord Thétis, la sirène, si charmante et sauvage à la fois. Puis Solo, qui avait perdu son flûtiste dans un accident bien malencontreux. Et bien étrange d'ailleurs, se permit-il de songer. Kanon essaya de ne plus y penser, de ne pas se remémorer les caresses enivrantes de cet homme au teint trop pâle. Il ne voulait plus rien savoir de ses bras forts qui l'avaient soutenu et de ce corps qu'il avait lui-même soutenu dans les périodes de doutes. Il n'aurait même pas dut se rappeler.

Mais les rides sur l'eau du lac lui rappelèrent le froncement de sourcils de Julian et sa façon qu'il avait de l'appeler son dragon des mers. Sa voix… Il gémit cette fois. Ça faisait mal d'y repenser.

-Puisses-tu être maudit Julian pour m'avoir empoisonné comme tu l'as fait, grinça-t-il sans parvenir à se séparer d'une certaine langueur. L'amour de cet homme n'avait pas été que violence, sinon, il ne l'aurait pas accepté. Mais c'était douloureux d'admettre que sa présence lui manquait. Il aurait voulu pouvoir le rayer complètement de la carte. Ou avoir quelqu'un pour qui il compterait enfin plus qu'un frère.

C'était bien beau la fraternité, mais à un moment donné, ça lassait. Que Saga soit amoureux, c'était une chose, qu'il puisse vivre son amour au grand jour, librement et être heureux, avoir plein d'enfants et mourir le cul béni par une pseudo déesse d'enfant gâtée à la moelle qui voulait tous les mettre dans son lit et fricotait avec d'autres hommes alors qu'elle était censé être avec Seiya, c'était autre chose.

-Tu entretiens de bien belles pensées, toi, souffla une voix bien trop jeune dans le vent.

Kanon sursauta, prit par surprise. Il n'avait pas sentit Aioro venir alors qu'il l'aurait du, le cosmos de l'adolescent n'était pas masqué. Ses intentions par contre n'étaient pas très claires.

L'adolescent s'avança jusqu'au bord du lac sans le regarder, pour se laisser choir sur la terre brune avec un soupir de satisfaction. Le chemin avait été long et il était plus que temps pour lui de souffler. Il avait eu bien de la misère à suivre la piste de son aîné.

-Qu'est-ce que tu fais là? demanda Kanon en considérant d'un regard perplexe le beau brun qui venait de s'étendre de tout son long sur le sol, à quelques pas de lui. Aioro se tenait en appui sur ses coudes et observait les rides sur l'eau en inspirant l'air frais à grandes goulées.

L'adolescent ne devait même pas avoir conscience que sa pose, couché sur le dos, relevé et en appui sur les coudes et la tête rejeté vers l'arrière dans un total laisser aller faisait un effet dévastateur sur le gémeau. Kanon se sentait proche de l'extase. C'était un des plus beaux spectacles qu'il lui ait été donné de voir.

-Je me suis dit qu'on ne devrait pas te laisser seul, répondit simplement le jeune homme avec un léger sourire en coin, sans pour autant lui jeter un regard.

-Tu te préoccupes beaucoup de moi, peut-être même trop. Il y a quelque chose qui ne va pas?

Aioro se retint de rire et laissa ses épaules toucher la terre pour croiser ses bras sous sa tête.

-Moi, ça va, c'est toi qui ne va pas, n'essaies pas de le cacher, je le sais, coupa court le sagittaire.

Kanon fut étonné par le ton sec de son frère d'armes, mais ne nia pas l'évidence. Il détourna le regard, le cœur gros, et Aioro compris qu'il lui avait fait de la peine en le forçant à admettre que ça n'allait pas. Le silence résigné qui suivit, aucun des deux hommes ne voulut l'interrompre avant un moment, trop effrayés qu'ils étaient de se blesser l'un l'autre.

-Mon frère, finit par soupirer Kanon. Mon frère est très loin en ce moment.

Aioro resta silencieux, prêt à recevoir ses confidences. C'était pour ça qu'il était venu. Il savait que le gémeau avait quelque chose sur le cœur et comme l'adulte l'avait aidé à se réintégrer parmi les chevaliers, et que lui-même s'était attaché à Kanon, qui semblait bien l'aimer, il ne pouvait pas le laisser comme ça.

-Il m'énerve à la fin, finit par se fâcher Kanon en secouant la tête. Il m'enferme, il se suicide, il revient, laisse Athéna se tuer, il meurt à nouveau, il revient, il sait plus ce qu'il veut ou ce qu'il fait, il ourdi des complots, il s'envoie en l'air avec Pandore, qui ne l'aime peut-être même pas alors qu'il est raide dingue d'elle et moi…

-Et toi…? Continua Aioro, en se tournant un peu vers lui, attentif.

Kanon releva la tête et leur regard se croisèrent. Les yeux verts du plus vieux étaient plein de reproches. L'adolescent s'étonna même de comprendre que ces reproches lui étaient adressés. Qu'avait-il fait?

-Et moi rien. Point barre. Je veux pas en parler.

-Caches-toi pas derrière un mur de glace, c'est pas ton genre. Puis je sais que si tu veux pas en parler, tu peux pas t'empêcher d'y penser. En plus ça commence par un « p », se moqua Aioro. S'il voulait le faire réagir, il n'avait pas le choix, il allait devoir le piquer au vif.

Le résultat fut immédiat, Kanon sauta hors de ses gonds.

-Comment est-ce que tu…!

-Alors j'avais raison, déduisit le jeune brun en se recouchant d'un bloc et recroisant ses bras sous sa nuque.

Kanon grommela quelque chose d'incompréhensible, puis, il se leva et vint s'asseoir à coté du sagittaire pour lui dire le fond de sa pensée.

-Je ne vois pas de quoi tu parles.

-Tu ne veux pas en parler, mais ça te fait du mal de le garder pour toi, tu serais mieux de dire ce que t'as sur le cœur avant que ça te fasse trop de mal.

-Te revoilà parti hein? Tu joues les psy en herbes, c'est ça? Qu'est-ce que je t'ai fait pour que tu t'occupes de moi comme ça?

Aioro sourit en observant les nuages dans le ciel. Une tension mauvaise s'immisçait entre lui et le gémeau et il n'aimait pas ça. Pourtant le calme régnait en lui, olympien. Avec l'enfer et la mort, une simple dispute entre amis n'était pas la mer à boire. Quoique peut-être que oui. Ce n'était pas le genre de chose qu'il voulait vivre avec Kanon. Il aurait préféré se disputer avec tous les autres chevaliers, mais pas avec lui.

-Tu m'as aidé dès mon retour. Presque autant que mon frère. Dès que j'ai eu des ennuis, tu as été là pour rattraper le coup, alors, moi, je me sens redevable. Ça me fait peur.

-De quoi, ça te fait peur?

-Que tu broies des idées noires comme ça. Je n'aime pas te voir dans cet état-là.

-Ah non? Sourit Kanon, plus qu'intéressé à l'idée que l'adolescent se préoccupait de lui à ce point.

-Non, et ça aussi ça me fait peur si tu veux savoir, répliqua le brun en s'assoyant, se retrouvant de ce fait dos à l'adulte.

Kanon fronça les sourcils, surpris par le changement de ton de leur conversation. Qu'est-ce qui pouvait y avoir de mal dans le fait qu'Aioro se préoccupe de ce que lui, le frère jumeau et délaissé de Saga, éprouve? Pour une fois que quelqu'un s'occuperait de lui sans autre but que de lui faire du bien. Ça ce n'était pas comme Julian.

-On peut savoir pourquoi ça te fait peur?

-Non! Toi tu ne me dis rien alors moi je ne te dirais rien. J'étais pas venu pour te dire comment je me sentais dans ma peau, moi!

-Attends, tu ne vas pas me dire que tu ne veux pas en parler, après tout les arguments que tu m'as sorti contre le silence que j'ai gardé jusqu'à aujourd'hui sur mon passé.

Aioro se retourna vers lui, les yeux réduits à deux fentes par sa colère et le visage crispé par les souvenirs que lui-même avait de la difficulté à contenir. Il se revoyait face à Rhadamente au royaume des morts. Il réentendait les offres qu'on lui avait fait pour récupérer la vie. Comme des forfaits vacances. Il avait le choix. Il aurait pu se vendre à chacun des spectres, à n'importe lequel des hommes de main d'Hadès. Quel prix avait la vie? Quelle prix avait sa vie? Il aurait pu tout sacrifier en enfer pour revenir sur terre. Il avait tellement honte de ce qu'il avait failli faire. Des suggestions qu'on lui avait données. Il en tremblait encore. Se retrouver entre les bras du général blond. Quelle horreur!

-Pour rien. Parce que j'ai pas l'impression que ce soit normal. Enfin, je veux dire, corrigea-t-il en voyant Kanon prêt à prendre la mouche. Je n'ai jamais ressenti ça pour aucun autre chevalier, même pas pour mon frère. Ça me fait peur parce que j'ai l'impression d'être connecté à tes sentiments, je sais presque toujours où tu te trouves et pourquoi tu fais quelque chose.

-Quand tu dis ça, ça signifie quoi? Demanda Kanon en se penchant vers lui, son regard devenu aiguisé d'une envie irrépressible. Vite, vite qu'il parle et qu'il lui dise si ses impressions étaient bonnes, s'il pouvait avoir espoir.

-J'en sais rien, mais c'est très fort, soupira le jeune homme.

Kanon cru qu'il allait sauter dans le lac tellement le choc en fut grand. Le gamin avait des sentiments très forts pour lui! Et ce gamin, les dieux le savaient, il l'adorait.

-Et alors? Où est le problème?

Aioro leva sur lui un regard désolé. Il avait envi d'aller se cacher.

-J'ai jamais connu ça avant, tu peux comprendre? Et j'ai peur de ce que les autres pourraient penser, même si j'ai honte de me sentir comme ça en même temps. Je me sens perdu, on pourrait pas changer de sujet?

Kanon le considéra un moment. Ils étaient proches l'un de l'autre. Pas autant que le soir où l'adolescent était revenu à la vie, mais quand même assez proche. Peut-être même trop.

-Tu te sens mal à l'aise là-dedans c'est ça? Demanda-t-il avec un sourire en coin qui manquait d'enthousiasme. Tu serais pas le premier, mais est-ce que tu pourrais définir le là-dedans dont on parle depuis tout à l'heure?

Aioro se replia sur lui-même face à son ton qui montait dans la colère. Il se sentait si faible comparé aux autres hommes. Il se sentait adulte parfois, mais en ce moment, il n'était qu'un enfant. Qu'un vulnérable enfant faisant face à quelque chose d'inconnu qui le dépassait.

-Je sais pas justement! Cria-t-il presque. À présent, il n'était plus étendu sur le dos, mais assis, face au chevalier des gémeaux, prêt à s'enfuir en courant au premier signe de mauvaises intentions. La peur était plus forte que la raison.

Kanon lui, n'avait plus beaucoup de patience. Mais il n'aimait pas ça, parce qu'il se retrouvait presque dans la même situation que lui et Julian autrefois. Sauf que cette fois, c'était Aioro qui tenait le rôle de l'adolescent mitigé et c'était lui, Kanon, qui était le froid, téméraire et sombre Julian. Julian qui était prêt à tout pour arriver à ses fins. Et amoindrir sa faim sexuelle…

-D'accord, changeons de sujet, parlons donc de ce à quoi je pensais tout à l'heure et qui commençait par un P.

-Non, je veux pas en parler si ça va te faire du mal.

-Alors dis-moi ce que je dois faire pour te sortir de cet état. Je déteste te voir reculer devant moi comme ça. Tu sais bien que je ne te veux aucun mal. Mais tu as peur de moi et ça me …

Kanon n'arriva pas à conclure sa phrase. Sa gorge était trop serrée. Puis on ne dévoile pas ses faiblesses à un ennemi potentiel. Il avait cru aimé Julian et il avait souffert. Il aimait Saga et il avait souffert. Il avait aimé ses parents et il avait souffert. Et si ne plus jamais souffrir voulait dire vivre seul à jamais dans l'amertume la plus totale, alors soit, il préférait encore ça.

-Tu as déjà été amoureux? Ou cru l'être?

Devant cette question qui changeait radicalement de sujet, Kanon ne pu faire autrement que de hocher positivement de la tête.

-Et quand ça t'es arrivé, tu as compris que tu pourrais tout sacrifier pour la personne que tu aimais, absolument tout ce que tu avais?

Kanon acquiesça encore. Cette fois, Aioro sembla douter. Mais il continua sur sa lancée.

-Tu aurais vraiment pu tout sacrifier? Même tes valeurs?

-Mais oui bon sang! Si j'étais désespéré je sacrifierais tout ce que j'ai pour…

Il se tut une fois de plus, ne pouvant verbaliser son désir devant l'objet de ce désir. Ce serait signer sa perte. Mais Aioro n'était pas dupe.

-Pour quoi? Exigea-t-il de savoir, malgré son aspect fragile comparé à la carrure impressionnante du Grec.

-Pour toi, souffla Kanon sans détourner le regard, acceptant finalement de se jeter à l'eau. Et tant pis si ça ratait.

Le sagittaire s'en doutait, mais de se faire énoncer la vérité comme ça, toute crue fut pire encore. Ça rendait tout plus vrai. Il essaya de se rappeler s'il avait jamais eu un penchant pour les hommes. Mais non, ça ne lui venait pas. Il avait déjà eu un œil sur Marine, les dieux soient bénis que son frère ne soit pas au courant. Il avait toujours aimé les petites filles, particulièrement China, qu'il avait vu toute jeune. Mais les hommes, les garçons. Non. Il ne lui semblait pas. Kanon, était différent des autres, pas de doutes là-dessus, mais au point de…

Qu'est-ce que son frère penserait de ça? Comment les autres réagiraient? Et lui, était-il assez fort pour vivre un tel amour? Dans son âme et dans son cœur, il aurait bien voulu le croire. Mais physiquement, c'était difficile. Et son esprit s'opposait farouchement à cette idée. C'était l'inconnu et en même temps, le trop connu. Il avait failli y passer plus d'une fois. Il avait peur. Il ne pouvait pas. Pas tout de suite.

-Moi, je ne peux pas.

Kanon se leva sans dire un mot et sans plus lui adresser un regard. Il passa à coté d'Aioro dans un silence de mort, le dépassa et partit, en direction de l'auberge. L'adolescent se retourna, désorienté, plein de désarroi et écrasé par cet échec amoureux qu'il faisait subir à une âme déjà en peine. Mais il ne pouvait pas. Pas encore. Il avait trop peur. Après quelques pas, Kanon se retourna.

-Moi, je le ferais pour toi, répéta l'adulte aux cheveux violets avant de se détourner pour de bon.

Aioro songea qu'il l'avait tué une bonne fois pour toute. C'était fini. Jamais il ne pourrait se faire pardonner ça. Et en même temps, il était soulagé. Il avait eu si peur que Kanon essaie de… S'il avait tenté quelque chose, lui, du haut de ses quatorze ans, il n'aurait rien pu faire.

Les larmes lui montèrent quand même aux yeux. Il avait le don pour tout gâcher.

-Tu es un imbécile, se dit-il. Un idiot, tout ce temps il t'aimait en silence et toi, dès qu'il te l'avoues, tu le repousses parce que tu as peur. Et ça ose s'appeler chevalier!

Il se frappa la tête contre le sol, en désespoir de cause. Il se frappa encore et encore et il sembla alors que rien n'aurait pu l'arrêter. Pas même la volonté d'un dieu. Il finit par perdre connaissance et à s'écrouler contre le sol.

En chemin vers l'auberge, le cœur plongé dans des méandres dont son frère seul aurait pu le sortir, Kanon croisa Aiola, le jeune frère de l'adolescent qui l'avait replongé dans le doute.

Le lion était inquiet pour son frère. Il sentait son cosmos perturbé et dès qu'il eut dépassé le gémeau, il se mit à courir. Quand il rejoint son aîné, celui-ci était évanoui, le visage trempé de larmes et du sang sur le front. Il sentait qu'Aioro souffrait de quelque chose d'affreux, la culpabilité. Il le souleva dans ses bras, en essuyant le sang et les larmes sur son visage.

-Allons grand frère, lui murmura-t-il en le soulevant contre lui. Laisse pas notre célibataire te faire de la peine comme ça. Il est pas méchant. S'il te fait du mal par contre, je te jure qu'il va me sentir passer, mais sinon… Je sais que tu l'aimes bien, tu dois pas te sentir mal pour ça. Je peux comprendre, on est au-dessus de tout les préjugés que t'as connu autrefois. Sois heureux, c'est tout ce que je veux que tu fasses Aioro. Ça ira.