Scorpio-no-caro : J'espère aussi. Voici Milo! Merci pour la review, ça m'a encouragé à m'y remettre un peu.

Dragonna : Pas vrai qu'il est chouette mon DM, hein, pas vrai? Bon, je ne m'étendrais pas sur mon absence, si ce n'est pour dire qu'elle fut tout simplement beaucoup trop longue. C'est juste que je commence à m'ennuyer un peu retapant les aventures de Saint-Seiya.

Message à tous et à toutes :

Qui saura me redonner le goût des CDZ? J'aimerais avoir un site sur le quel je pourrais lire les mangas de saint-seiya. Sincèrement, elles sont introuvables et rarissimes dans mon lointain pays du canada et encore plus dans ma malheureuse province. Merci à ceux qui répondrons, s'il s'en trouve pour répondre!

Milo IV

Milo ne s'était jamais senti le pied marin. Quand il avait dû s'embarquer avec Crystal dans un navire plus sal que répugnant, il avait douté de réussir la tâche qu'il avait promis de faire. On les avait laissé faire partie du voyage à condition que la jeune femme cuisine et que le chevalier fasse partie des rameurs.

Ses arrangements de dernière minute faits avec un pur inconnu n'enchantaient guère l'équipage. Ainsi, Milo se doutait un peu qu'il serait mal reçu à bord. Mais au point de se retrouver à devoir dormir avec la cargaison de malades, qui se trouvaient être des lépreux… C'était choquant! Pas du fait qu'il doive dormir avec ces pauvres gens, mais plutôt du fait que Crystal devait faire de même. Il n'y avait plus de place nulle part aux dires du capitaine.

« En tout cas, ce n'est pas ce qui s'appelle voyager en première classe… » soupira-t-il mentalement.

Crystal ne fit aucune plainte face à ce traitement. Elle semblait même habituée, Chose que le chevalier n'apprécia pas plus que le reste. Sa passivité du début était revenue. Milo nota tous ces changements avec une fureur contenue. Mais si jamais quelqu'un s'arrangeait pour qu'il doive en venir à sévir, il n'aurait aucune honte à le faire. Alors le scorpion se promit de garder les yeux bien grands ouverts pour tracer la moindre injustice.

Il obéit au capitaine du navire et rama avec les autres marins. Il se tua à la tâche tout autant que les autres, plus que les autres, comme s'il avait quelque chose à prouver. Quant à la femme lui ayant été sacrifié, elle cuisinait en silence en lançant quelques regards à la dérobée vers son « maître ». Parfois l'homme sentait un regard plus brûlant que le soleil dans son dos et alors, il savait que c'était Crystal. Alors, il forçait un peu plus pour qu'elle puisse admirer le travail des muscles sous sa peau.

Il faisait tellement chaud que les hommes ne portaient que leur pantalon et les femmes, des robes légères. Mais peu importe ce que les marins faisaient pour échapper à la température, ils finissaient toujours en sueurs à la fin de la journée. À l'heure la plus cuisante du jour, le midi, les femmes allaient porter leur ration aux rameurs. Crystal s'était attitré le droit de servir Milo et ce dernier s'attirait ainsi donc les regards noirs et envieux de ses compagnons de rames.

L'Égyptienne d'adoption était très convoitée sur le navire, on racontait que le capitaine lui-même lui avait fait des avances. Mais elle aurait refusé. Le seul qui pouvait l'approcher sans qu'elle ne dise quoi que ce soit, c'était Milo. Un avantage à deux tranchants. Un cadeau pour lequel le chevalier aurait été prêt à mourir, mais aussi un présent empoisonné qui fit qu'aucun homme du bateau ne devint son ami.

Mais l'attention tout particulière, ainsi que le respect, avec lesquelles il traitait la guérisseuse faisait aussi des envieuses. Personne n'ignore que le scorpion, étant fort bel homme, créait bien des remous dans les cœurs et les esprits. Son esprit vagabond repéra même 2 belles prises parmi les cuisinières, mais il obligea ses pulsions à rester uniquement des arrière-pensées.

Les premières nuits parmi les lépreux de la cale ne furent pas de tout repos. Les malades ne laissaient presque pas de place aux deux nouveaux venus. Alors, Milo décida qu'ils dormiraient l'un contre l'autre, pour prendre le moins de place et éviter d'entrer en contact avec leurs colocataires. Le chevalier se couchait sur le dos et forçait Crystal à dormir sur lui. Ainsi, elle ne courait presque pas de risques.

En s'étendant contre lui, elle se raidissait, terrifiée par leur nouvelle proximité. Sentir des bras si forts et autres que ceux de son défunt père l'entourer dans la nuit, deviner le cœur de ce guerrier à qui elle avait été promise, battant juste là, à quelques centimètres. Ne plus seulement le deviner, l'entendre, c'était trop pour elle. Milo avait beau lui murmurer que même s'il avait eu de mauvaises intentions, il n'aurait jamais osé s'essayer avec autant de gens autour d'eux, elle avait de la difficulté à s'y faire. Pour la faire sourire, il ajoutait qu'il valait mieux ne pas s'essayer surtout du fait que leurs colocataires étaient tous lépreux…

La jeune femme savait qu'il plaisantait, que ce n'était pas ses seules raisons et qu'il la respectait. Mais le malaise demeurait. Suite à tout ce qu'elle avait entendu, à tout ce qu'elle avait déjà subi, il ne pouvait pas encore en être autrement. Des fois, dans ses rêves les plus fous, elle se prenait à désirer des choses. Des choses qu'elle n'avait jamais désirées autrement qu'en rêve. De se faire embrasser, aimer, caresser, de trembler sous l'amour de quelqu'un. D'entendre quelqu'un lui dire qu'il l'aimait. Et d'aimer cette personne en retour. Mais à chaque fois, l'inconnu n'avait ni visage ni couleur. C'était une ombre, une image floue. Un pur inconnu à la voix chaude, bonne, au rire franc.

Elle s'était imaginée la rencontre parfaite, l'amour parfait, l'homme parfait, sans oser lui donner de nom, de peur d'admettre l'existence de cet idéal inaccessible qu'elle avait. Elle s'était créée un conte de fée impossible. Elle savait pourtant qu'elle n'avait pas le droit d'agir ainsi. Que son rêve n'était qu'un rêve. Que les hommes de son peuple se contrefichaient des femmes et étaient loin d'être seuls. Au début, elle croyait que Milo faisait parti de ce genre d'hommes. Maintenant, elle n'était plus sûre de rien.

Mais ça n'empêchait pas que l'homme de ses rêves commençait à prendre des traits précis. Ses cheveux devenaient longs, bleu foncé, ses yeux aussi. Il était très grand, une tête de plus qu'elle. Son visage devenait blanc, quoique un peu bronzé. Il portait quelques cicatrices des nombreux combats qu'il avait livrés. Ses mains fortes semblaient posséder tous les pouvoirs. Autant celui de construire que de détruire. Il n'était plus aussi parfait que dans ses premiers rêves. Sa voix n'était pas toujours aussi douce. Mais pire que tout, il avait un nom. Milo.

Ce dernier ne savait rien de l'influence qu'il exerçait sur elle, mais affrontait ses propres questionnements et insécurités. Depuis longtemps, il se méfiait de ce qu'il ressentait. Depuis le jour de sa rencontre avec Camus. Le jour où il était devenu un homme…

Ignorant tout des inquiétudes qu'elle suscitait, Crystal s'amusait à imaginer le chevalier succombant devant ses charmes. Ce serait bien de pouvoir être libre pour une fois. De flirter, de découvrir le pouvoir de toute femme sur un homme, mais surtout, celui qu'elle, elle possédait. L'idée d'être soumise dans tout la dérangeait depuis toujours. Elle aussi aurait voulu pouvoir dominer des fois. Que les rôles soient partagés et échangés dans un couple. Le jour, elle entretenait des idées contradictoires et jouait la servante docile. Mais dès la nuit tombée, au fond de son cœur, elle se dévergondaient et abolissait tout ce qu'elle pouvait sur son passé d'esclave. Elle comprenait qu'elle commençait vraiment à aimer Milo, puisqu'il lui permettait d'être elle-même, ce que même son père ne lui avait pas permis. Selon lui, une femme devait rester à sa place. Le scorpion soutenait le fait que seul ceux qui luttaient pour se faire une place dans la vie avaient la place qu'ils se méritaient, homme ou femme.

Alors, Crystal se surprenait à désirer l'amour inconditionnel de l'homme qui devait sauver son pays. Elle voulait qu'il l'aime, non pas parce qu'elle était vierge, qu'on la lui avait sacrifiée, ou parce qu'elle était une femme. Elle voulait qu'il l'aime parce qu'elle était elle et pour tout ce que cela voulait dire. Et alors qu'en esprit, elle rêvait de lui, la jeune femme faisait tout ce qui était physiquement possible pour s'éloigner de lui.

Un soir, alors qu'ils auraient déjà du dormir, elle se raidissait à son contact, une fois de plus. Chaque nuit, c'était la même histoire, il devait l'apprivoiser de nouveau, comme un animal sauvage qu'on aurait battu autrefois. Milo soupira, luttant à la fois contre la douleur que lui infligeait le manque de confiance de l'Égyptienne d'adoption et une envie terrible de lui prouver qu'elle avait raison de ne pas lui faire confiance. Elle était presque plus dure à approcher que Camus. Mais, étrangement, c'était pire après le coucher du soleil.

-Bon sang, Crystal, tu t'es fait violée ou quoi?! Maugréa-t-il tout bas, pour éviter d'être entendu par leurs voisins.

-Non, je suis gênée, c'est tout.

-Ça fait déjà une semaine que ce voyage dure, et tu es toujours aussi gênée qu'au début…

-Je suis désolée, c'est plus fort que moi, je ne peux m'empêcher…

-…D'avoir peur de moi, c'est ça, hein? Dis-le donc…

-Ce n'est pas de ta faute, j'ai toujours été sur la défensive…

-Tu as peur de moi, oui ou non?!

-Non, mais…

-Quoi?! Exigea-t-il de savoir, exaspéré.

-Il y a cette blessure que tu traînes partout et que je n'arrive pas à t'enlever qui m'énerve. Je ne le comprend pas, puis d'ailleurs, tu la caches bien, mais…

-Non, c'est pas vrai ça, tu changes le sujet de la conversation pour ne pas avoir à me dire la vérité!

-Mais c'est la vérité. Si je me raidis, c'est parce que ça me fait mal de voir combien tu souffres en silence sans rien pouvoir y faire.

Milo ne dit rien. Il n'était pas sûr de ce dont elle voulait parler. Si c'était ce qu'il pensait, alors là, ça remontait à loin, il avait bien une plaie restée ouverte dans son cœur depuis longtemps, mais comment avait-elle pu la découvrir? Camus était le seul à savoir et à le remarquer. Devant son silence, elle se força à s'étendre contre lui, en tremblant un peu. Elle n'avait pas menti. Elle avait juste oublié de mentionner que cette proximité la rendait aussi mal à l'aise. Quand Crystal glissa son visage dans son cou, il fut secoué d'un léger tremblement et se maudit intérieurement.

Elle avait mis le doigt sur la blessure qui lui avait pris le plus de temps à guérir et dont il n'était jamais tout à fait revenu. Celle ayant fait de lui un casanova…

-Prends-moi dans tes bras, Milo, je t'en prie.

Bien que sa demande le surprenne, il obéit. Il éprouva même du réconfort quand elle se détendit contre lui et s'endormit, après s'être excusée de ressasser de douloureux souvenirs. Une fois qu'elle fut complètement endormie, l'adulte se permit de caresser ses cheveux roux et de glisser une main sur sa nuque. Elle frémit, mais ne se raidit pas. En se rappelant des évènements ayant eu lieu 8 ans plus tôt, Milo songea qu'il aurait bien aimé lui aussi que quelqu'un le prenne dans ses bras. Malheureusement, Camus n'était pas là pour le calmer. Ça faisait longtemps que le Verseau n'était plus là pour lui.

Le lendemain, quand il se réveilla, ce fut au milieu de cris de joie et de bonheur. Ouvrant de grands yeux, le scorpion découvrit autour de lui les lépreux composant leur voisinage. Ils étaient entièrement guéris, à moins que ce ne soit une illusion. Mais non, ils ne portaient plus une trace de maladie.

-C'est un miracle!

-Ils nous ont envoyés un ange!

-Nos prières ont été exaucées!

Milo fronça les sourcils, avant qu'on ne lui dise que la femme qui venait dormir dans ce compartiment avec lui était fabuleuse. Alors, le guerrier comprit et paniqua.

-Elle n'a pas fait ça? Elle veut se tuer en guérissant autant de gens d'un coup!

Il ne connaissait pas grand-chose à son pouvoir de guérisseuse, mais se doutait bien qu'elle utilisait son cosmos pour faire disparaître les maux et les problèmes physiques. D'ailleurs, il ne le sentait presque plus celui-là. Il se leva, complètement réveillé et bien décidé à passer un sermon à la jeune femme pour usage abusif de pouvoirs. Qu'est-ce qui lui avait pris de faire ça?

Le pauvre ne retrouva Crystal qu'après une demi-heure de recherche sur tout le bateau. Celui-ci s'approchant de la côte, le chevalier se verrait bientôt rappeler à l'ordre. Mais il n'avait que faire du capitaine pour l'instant. Il réussit à retrouver son « offrande » dans les cuisines du navire. Elle était en train de cuisiner tranquillement quand, sous les yeux consternés des autres servantes, elle s'évanouit. Il n'y avait même pas 5 minutes de ça. Milo ne passa pas par quatre chemins. Il demanda à ce qu'on lui arrange un coin où il pourrait être tranquille avec la jeune femme. Elle s'était surmenée. Pour la première et la dernière fois avec lui.

Quand il fut enfin seul avec elle, il se permit de laisser paraître son inquiétude. Il prit la jeune femme dans ses bras, la faisant s'asseoir de façon à ce que sa tête repose sur le haut de son bras droit. Elle se laissa faire, complètement vidée et molle comme une guenille. Est-ce qu'elle avait passé la nuit à soigner les malades ou quoi?

-Bon sang, Crystal, supplia-t-il en la secouant un peu, avec douceur. Réveilles-toi.

Elle resta comme morte et sans vie dans ses bras pendant quelques minutes. Elle respirait et son cœur battait, mais le niveau de force de son cosmos atteignait les limites du supportable. Il ne lui en restait presque plus en réserve d'énergie.

-Tu es folle de tout donner sans compter comme ça, il faut que tu gardes un peu d'énergie pour toi. Crystal, tu m'entends seulement?

Ce n'est que là qu'elle se décida à battre des paupières de la façon la plus touchante au monde. On aurait dit qu'elle venait de se réveiller. Ses yeux étaient clairs et sa peau très pâle. Elle lui sourit, si simplement qu'on croirait que le soleil s'était levé sur son visage. Elle était belle, belle, belle.

-Oh ce que tu m'as fait peur, gémit-il en l'attirant contre lui avec tendresse. La jeune femme se retrouva serrée dans une étreinte qui ne ressemblait à rien de ce qu'elle ait déjà connu.

-Qu'est-ce qu'il y a Milo?

-Qu'est-ce qui t'a pris de soigner tous ces gens comme ça, du jour au lendemain sans crier gare? Tu veux te tuer!?

-Je me disais que si je ne pouvais pas te guérir toi, je compenserais en soignant les autres.

Elle le regardait avec des yeux de biches pour se faire excuser de lui avoir fait peur. Ils étaient tout proche l'un de l'autre et pourtant, elle ne tremblait pas. Alors, elle dit ce qui devait l'achever pour de bon.

-C'était mon devoir d'aider ces gens, si j'en ai le pouvoir, je guérirais tout ceux que je veux.

-Tu serais prête à mourir pour remplir ton devoir, pas vrai. Il en irait de ton honneur. Si tu as attendu au dernier jour pour les soigner, c'était parce que tu savais que tu ne te permettrais pas de les guérir par à coups et que tu te doutais qu'une telle opération entamerait ton énergie, c'est ça?

Elle acquiesça avec un autre sourire. Le guerrier se sentit fondre. Malgré sa méfiance, elle respirait la bonté. La bonté, la pureté. Qu'est-ce qu'il était à côté d'elle, lui, assassin, monstre qu'on avait de la difficulté à voir comme un homme? Lui, pauvre humain, indigne. Lui, le saint d'or. Qu'est-ce qu'il valait comparé à elle? Rien. Quelque chose se comprima en lui et sa gorge se serra à un point tel qu'il lui devint impossible de parler.

Il hésita entre fuir et la serrer à nouveau contre lui. C'est à ce moment qu'une terrible impression d'être sal, sal et inhumain le força à s'éloigner, vite, très vite. Sans crier gare, il se sentait mal, idiot, il avait envie de disparaître. Ce qui se coinça dans sa gorge venait de la plaie dans son cœur. La douleur éclata dans sa tête puis partout en lui. Il devait s'en aller sous peine de la souiller de son contact impur. Les souvenirs s'emmêlèrent avec la peur de ces mauvais rêves qu'il avait su refouler. Ils allaient revenir s'il ne disait rien ou s'il restait.

-Milo? S'inquiéta-t-elle, voyant bien que ça n'allait pas.

Il avait été faible, faible, démuni, écrasé et si faible. Il secoua la tête en se relevant. Elle tendit une main vers lui, surprise. La bouche du scorpion s'ouvrit, sans pouvoir formuler quoi que ce soit. Puis, il émit un bruit, mélange de cri et de sanglot, que le silence suivit. Il l'abandonna, comme un voleur ou un vaurien. Elle le rappela, troublée par sa réaction. Elle l'avait bouleversé.

De son côté, l'adulte chercha à reprendre contenance. Il était bel et bien bouleversé mais refusait de le laisser paraître. Il devait cacher au moins ça. Son secret ne devait pas être éventé, pas tout de suite du moins.

-Alors le jeune, prêt à retrouver la terre ferme? Lui demanda le capitaine du navire. Milo hocha affirmativement de la tête. Oui, quitté ce rafiaux l'aiderait peut-être à se reprendre.

Quelques minutes plus tard, dans un lourd silence, le guerrier et la belle rousse quittèrent le bateau pour traverser le Caire. Crystal ne passa aucun commentaire sur la réaction de Milo, mais il se doutait bien qu'elle brûlait d'envie de savoir ce qu'il avait. Pourtant, ils restèrent dans un lourd silence durant toute leur traversée de la capitale. Puis, ils s'arrêtèrent dans un oasis désert, vers le milieu de l'après-midi. Crystal leur prépara un repas avec des provisions venues des cuisines du bateau, puis lui proposa de faire un somme. Il s'endormit comme une masse. À croire qu'elle lui avait jeté un sort pour qu'il dorme.

Mais il fit un cauchemar. Un vrai cauchemar. Milo grelotta, gémit et supplia dans son sommeil, mais personne ne vint arrêter sa terrible vision. La chaleur le faisait-elle divaguer? Tout était noir dans sa tête. Il ne savait même plus qui il était. Il ignorait où il était, ce qu'il faisait là, comment il était arrivé là. Il se tortillait, gesticulait. Des coups tombaient de partout. Partout. Puis le noir. Camus. La lumière. Les bras. Les femmes. Les hommes. L'alcool, la lumière, l'obscurité, le goût du sang. Le sexe. La violence. Les nuits torrides. Le noir du début, les coups, les cris, le sang, son sang, leur sang, le sang partout, partout, partout. Non, pas de lumière! S'il se voyait à la lumière, il deviendrait fou. Laissez-le dans le noir! Laissez-le dans le noir! Faites que la lumière ne revienne pas, jamais! La lumière, c'est la honte. La honte, c'est le sang. Le sang est partout. Les femmes, les hommes, du sexe, dans le noir, sans rien voir, rien connaître, ne rien reconnaître et ne rien sentir. Dans le noir. Au milieu du sang. Le sang partout, partout.

Il se réveilla tout en sueurs, un cri au bord des lèvres et les yeux exorbités. Il avait peur, peur… Par tous les dieux, qu'est-ce qu'il avait fait pour mériter ça? Qu'est-ce qu'il avait bien pu faire? Un tremblement le secoua et il réalisa qu'il était seul.

-Oh maman, si tu m'entends, viens me chercher, demanda-t-il en levant les yeux au ciel.

Un bruit d'éclaboussure lui répondit. Il se tourna vers la source du bruit, alerté. Puis, il rougit jusqu'aux oreilles. Cela faisait 2 semaines que ni lui, ni sa compagne de voyage n'avaient pu se laver. Crystal avait décidé de profiter de son sommeil agité pour faire sa toilette. Au moins, elle en était à se laisser sécher, entièrement nue sur le sable, son dos livré aux rayons du soleil. Ça ne risquait pas d'être pour longtemps, puisque les roux résistent mal au soleil. Mais Milo en profita pour détailler ses jambes, ses cuisses, ses fesses et tout ce qu'il pouvait voir. Il n'en fallait pas plus pour qu'il oublie son cauchemar. Il s'obligea à se détourner pour ne pas se mettre à saliver.

-Elle est encore mieux que dans mes rêves, soupira-t-il avant de laisser échapper un énorme gémissement d'envie. Il allait devoir faire de très gros efforts pour soutenir ce genre de tentation.

Comme prévenue par un sixième sens, Crystal arriva bientôt à côté de lui, toute habillée. Les arbres entourant la source d'eau créait une ombre réconfortante pour les deux voyageurs.

-Ça ne va pas? Demanda-t-elle.

-J'aurais préféré que tu me dises que tu comptais prendre une baignade avant que je m'endorme.

-Pour que tu fasses semblant dormir

-Non, pour que je roupille plus longtemps.

-Quoi? Tu m'as vu? Elle n'avait pas l'air d'être trop enchantée par cette idée.

-Non, enfin, il rougit un peu, oui, mais pas au complet. Enfin, pas l'essentiel.

-Ah non?! Tu veux que je te frappe pour te faire ravaler tes blagues stupides?

-Si tu ne veux pas que ce genre de trucs arrivent, ne prend pas de risques!

Il se leva, pour mieux lui faire face, mais chancela, encore un peu secoué par son rêve.

-Bon sang, qu'est-ce qui t'arrive?

-J'ai envie de toi à mourir, souffla-t-il en retrouvant son équilibre.

-Je te demande pardon!?

Milo ne répéta ce qu'il venait de faire. C'était une erreur. Monumentale. Certaines ne l'auraient peut-être pas mal pris, c'était une forme de compliment, mais envers Crystal, c'était un affront.

-Il fallait bien que ça sorte un jour, soupira l'homme.

La belle rousse posa ses poings sur ses hanches, prête à entrer dans une colère noire. Ce n'est que rendu là que Milo réalisa que dès qu'ils s'étaient retrouvés seul, elle était redevenue elle-même, rebelle et insoumise.

-Je ne veux pas que tu me désires parce que je suis belle. Je ne veux pas que tu me désires avant de m'aimer! Je veux que tu m'aimes! Je voudrais que tu en sois capable et que tu ne sois pas comme on m'a dit que tu étais. Je voudrais que tu restes seulement un ami compréhensif comme tu as bien voulu l'être au début si c'est pour devenir le salaud qu'il t'arrive d'être. Je veux que tu me respectes, parce qu'on ne l'a jamais fait et qu'on ne m'a jamais donné le droit de me faire respecter! Je ne veux pas que tu fasses quelque chose qui puisse te rendre monstrueux à mes yeux. Parce que sinon, je n'aurais plus rien en quoi croire, à part les fantômes des paroles d'un homme qui a voulu se faire passer pour un humain.

Ce monologue lancé avec fougue, des sanglots dans la gorge et plein d'émotions dans la voix, Crystal le regardait droit dans les yeux, sans la moindre crainte. Un volcan venait de se réveiller. C'était son éruption. Le scorpion encaissa le coup en serrant les dents. Elle était dure avec lui. Elle ne savait presque rien de lui. Il n'avait pas besoin d'aide pour se rabaisser. Il savait très bien le faire tout seul.

-Tu as entendu ce que je t'ai dit?

-Oui, oui, j'ai très bien entendu.

-Mais est-ce que tu comprends alors ce que je peux ressentir en ce moment?

-Oui, mais est-ce que toi tu peux comprendre ce que moi je peux vivre en étant moi? En étant le pauvre type que tout le monde déteste? Est-ce que tu sais ce que c'est d'être le macho de service? La bête de sexe? De subir le regard des autres? Leurs injures et leurs faux sourires? Est-ce que tu sais ce que c'est de se réveiller avec une femme ou même un homme qu'on ne connaît pas et dont on ne se souviendra plus le lendemain? Est-ce que tu peux juste te représenter ce que ça fait de ne pas être vu comme un homme, mais comme un monstre? D'être l'éternel célibataire libertin? Est-ce que ta mère t'a demandé de faire un homme de toi quand tu étais enfant pour te voir devenir un monstre avant sa mort? Tu penses peut-être que ça m'amuse de me taper des inconnues à longueur de temps? Est-ce que tu as la moindre idée de la raison pour laquelle j'agissais ainsi tout le temps?

-Non, mais toi, tu ne sais pas non plus ce que moi j'ai pu vivre.

-C'est vrai, mais ce n'est pas une raison pour me juger comme ça. Toi, tu es pure comme du cristal, tu es belle comme un ange et la plus forte des femmes que j'ai rencontré pour te tenir ainsi, debout devant moi, sans la moindre gêne, avec tout ce que tu sais de moi et tout ce qu'on t'a fait croire sur les hommes. Moi, je n'en suis même pas un. Je le sais. J'ai arrêté d'être un enfant à 13 ans, mais je n'ai plus rien été par la suite.

-Quoi? Qu'est-ce que tu veux dire?

-Tu me tues. Tu me rends fou. Tu es la première à me faire sentir comme ça. Puis tu comprends tout de moi. Tu as deviné pour cette bon sang de plaie que m'a laissé mon passé. Tu sais comment me faire sentir mal, me mettre à bout et m'enfoncer aussi fond que possible. Pourtant, dès que je te regarde, j'ai l'impression que…

-Attends, qu'est-ce que tu voulais dire tout à l'heure?

-Tu sais ce qui fait des salauds des salauds? Demanda-t-il alors, avec un sourire. Elle secoua la tête. Il détourna le regard pour lui cracher son venin. Il se sentait si répugnant comparé à elle et si mal de l'aimer et de la désirer. Les salauds se font d'abord salir par d'autres salauds.

Sa voix avait faiblie, jusqu'à ne plus être qu'un souffle, un murmure. La douleur vibrait en lui. Il aurait voulut crier, mais sa force habituelle le quittait, l'abandonnant devant la femme de ses rêves, démuni et affaibli.

-Non, ce n'est pas…

-Je ne suis pas qu'un maudit vaurien! Du moins, si j'ai tout faux, au début, je ne l'étais pas. Tu es d'accord avec moi, les enfants ne peuvent pas naître mauvais, ils le deviennent.

-Milo, vas-tu me dire ce qui…

Il fuyait tant son regard que ça en devenait effrayant. Des tremblements le gagnaient. Pourquoi est-ce qu'elle ne se sauvait pas? Pourquoi est-ce qu'elle ne l'abandonnait pas tout de suite? Il allait la perdre de toute façon. Quand elle saurait la vérité, elle aurait trop honte. Elle remplirait son devoir, puis elle disparaîtrait de sa vie.

-Je ne veux pas te perdre, fit-il finalement, en osant la regarder droit dans les yeux.

-Je te demande pardon?

Si ce qu'il disait était vrai, alors peut-être qu'il…

-Je ne veux pas te perdre, je te respecte et je tiens à toi. Beaucoup plus que tu ne sembles le croire. Mais il y a des choses sur moi qui me font honte et qui te feront honte à toi aussi. Tellement honte que je te perdrais. Je ne veux pas que ça arrive. Je t'en pries, dis-moi ce que ça n'arrivera pas.

-Milo…

Sa voix fut plus forte que la peur grandissante du chevalier. Il enjamba la peur entre eux et attrapa la jeune femme par les poignets. Il ne pouvait plus se contenir. C'était trop fort. Elle eut un mouvement de recul face à sa brusque approche. Les mains de l'adulte glissèrent sur ses avant-bras. Avec une douceur digne d'un rêve. Pourtant, Crystal avait peur. Elle chercha à lui échapper. Il raffermit sa prise sur elle. Il ne la laisserait pas partir. Jamais. Il ne la perdrait pas. Il avait déjà trop perdu.

-Crystal, l'appela-t-il comme elle évitait son regard. Crystal, regardes-moi!

Trop habituée qu'elle était à obéir, elle s'exécuta. Il tremblait encore et elle aussi. Ses yeux étaient deux perles d'océans ballottés dans par orage fou, les sentiments s'y mêlant était contradictoires. Mais une douleur lancinante prenait toute la place. Il lui faisait peur. Et ça lui faisait mal. Il avait fait peur à Camus aussi un jour. Et leur amitié avait été brisé par ce choc.

-Milo, lâches-moi, je…

-Non, la coupa-t-il. Je te l'ai déjà dit pourtant Crystal. Tu ne dois pas avoir peur de moi. Je ne te veux aucun mal. Il faut que tu me croies.

-Je veux bien, mais arrêtes d'être imprévisible comme ça. Et dis-moi tout ce que tu as à me dire au lieu de me cacher le pire. Je…

Elle se tut et le considéra d'un regard nouveau. Où il pouvait lire à la fois la compassion et la pitié. Comme si elle savait tout. Et c'était vrai. Le cosmos de la jeune femme était partout, il le sentait jusqu'en lui. Il sentait sa main légère au-dessus de son cœur. Alors il comprit qu'elle savait tout. D'un geste, d'une pression du doigt, la vérité que tout son être voulait crier pour se défendre de ses actes, elle l'avait vu. Elle savait tout.

-Milo, ce n'est pas suffisant pour avoir fait ce que tu as fait à ces gens. Je comprend que tu ais souffert à travers ça, mais ce n'est pas une raison pour donner suite à ce genre de choses.

Il voulut lui dire qu'il était au courant, que ce n'était certes pas une excuse, qu'elle avait raison, mais rien ne sortir. Le guerrier ne voulait pas la mettre au courant et voilà qu'elle savait tout. Sans qu'il lui ait donné le droit, elle l'avait percé à jour. L'orage dans ses yeux noya ses iris et les larmes glissèrent sur ses joues tandis que l'Égyptienne le serrait dans ses bras. Il se laissa aller au sol quand elle s'agenouilla et le fit poser la tête sur ses genoux. Il suivit tous les gestes qu'elle fit pour effacer la douleur qui le dévorait de l'intérieur. Il alla jusque dans les sanglots, recroquevillé contre elle, bercé par sa voix, réduit au plus bas. Elle ne disparu pas dans sa tempête de pleurs. Elle ne sembla pas avoir honte comme lui avait honte. Elle ne lui parla pas de ces hommes qui s'étaient jetés sur lui autrefois sans raison. Elle ne lui parla pas non plus de l'adolescent qu'il avait été et qui avait été submergé par leurs coups.

Crystal ne lui dit pas non plus ce qui s'était passé une fois qu'il eut perdu connaissance, bien qu'elle l'ait vu. Le fait qu'elle l'épargne ainsi le fit se sentir à la fois plus coupable et plus honteux que jamais, mais aussi protégé. Accepté et en sécurité. Deux bras, pourtant frêles, l'encerclaient. Des mains d'habitude craintives et fuyantes touchaient son visage. La douleur morale s'estompa tandis qu'elle lui murmurait des mots doux à l'oreille. Des encouragements. Il frémit et elle le serra plus fort contre elle. Sa peine allait mourir.

-Ce n'était pas de ta faute, le rassura la rousse en lui caressant le dos.

Il se recroquevilla un peu plus sur ses jambes, tremblant de tous ses membres. Elle passa une main sur sa tête et secoua ses cheveux pour lui faire comprendre qu'il devait se relever.

-J'ai l'air idiot, gémit-il en reniflant avec difficulté. La main de Crystal attrapa son menton et l'obligea à se redresser tranquillement, pour que leurs yeux se rencontrent. Comme il arrêtait de relever la tête, elle la força à se mettre à genoux, pour qu'il ne profite pas du spectacle que sa position lui conférait.

-Pour moi, tu as surtout l'air humain, sourit-elle.

Cette déclaration l'acheva. Les mots qu'il allait dire explosèrent dans sa gorge et le flot de larmes redoubla d'intensité. La jeune femme le prit dans ses bras et guida son visage dans le creux de son cou. Elle le sentit se calmer sous la tendre caresse de ses mains. Elle tirait sur les cordes sensibles du chevalier.

-Sers-moi fort, je t'en pries, la supplia-t-il.

Elle obéit. Crystal devinait sa bouche dans son cou, mais réfrénait sa peur. Il laissait tomber ses défenses et lui donnait toute sa confiance, elle se devait de faire autant. Puis, il dit les quelques mots auxquels aucune femme ne peut résister :

-Crystal, j'ai besoin de toi.

-Moi aussi, soupira-t-elle en renforçant son étreinte.

La peine de Milo déserta, abandonnant ses larmes sur ses joues, en seule trace de son passage dévastateur.

Ils prirent du recul l'un de l'autre et se jaugèrent. L'Égyptienne en profita pour l'admirer dans toute sa fragilité. Puis elle prit les devants et approcha très lentement son visage de celui du guerrier. Les lèvres de Crystal goûtèrent les larmes du soldat. Il ferma les yeux, une vague d'espoir montant en lui. Il avait des chances de ne pas la perdre. Il sentit sa bouche sur la sienne. Un goût de sel et d'épice. Il frissonna, envahit d'une félicité nouvelle. Une crainte voila sa joie et l'obligea à interrompre leur baiser.

-Est-ce que tu fais ça par pitié ou…

-Non, je veux que tu m'apprennes, je n'ai pas ton expérience dans ce domaine, rougit la jeune femme.

Il la prit par la taille et l'amena contre lui d'un bras, frôlant son visage du bout des doigts.

-Je n'ai jamais vraiment aimé auparavant, alors j'ai autant d'expérience que toi. Mais je te donne deux options. Tu te laisses faire ou tu suis ton instinct.

Elle passa ses bras autour de son cou et se rapprocha de lui, presque lascivement. Ils s'embrassèrent une seconde fois, une troisième fois, une quatrième, une cinquième, une sixième… Toujours avec plus d'audace et moins de souffle. Bientôt, ils se retrouvèrent étendu au sol et Crystal monté sur Milo. Les mains de l'homme étaient sous sa jupe et celles de la femme dans son pantalon.

-Je te ferais tout ce que tu me feras, lui susurra-t-elle d'une voix suave.

Il arrêta tout geste à caractère sensuel pour qu'elle se calme, de peur de devenir incontrôlable.

-Alors, tu m'aimeras de toute ton âme?

-Seulement si tu le fais avec respect.

Il sourit, l'air taquin. Il la trouvait belle. Et pour une fois depuis des années, il se sentait en paix avec lui-même.

-Je te promets de t'aimer comme il se doit et comme je te le dois. Mais pas maintenant et pas ici. Je crois que pour l'instant, j'ai tout ce qu'il me faut pour être satisfait. Je ne me sens pas prêt à ça.

-Je t'ai guéri?!

-Tu m'as sauvé. Mais je ne dirais pas non à un autre baiser.

-Non. C'est moi qui te demande de m'embrasser!

-À vos ordres!

À suivre

Et comme de fait, prochain chap en vue? Hyoga!!!