Et voilà le quatrième chapitre de cette fiction. Sans plus attendre je vous laisse lire! :)


Chapitre 4:

J'arrivai à peine à marcher, mon esprit était complètement embrumé et j'aurai bien été incapable de dire quel jour nous étions. Je m'affalai sur le sofa en cuir où mes amis étaient déjà installés, certains dans un état pire que le mien. Comme toujours, il était là, plus souriant que jamais et toujours aussi beau. Comme à chaque fois que je le voyais, mon cœur s'emballa et je me sentis fondre. Il me parla mais je n'entendais rien. Étais-ce la musique qui était trop forte? Ou étais-je dans un état si pathétique? Il s'approcha de moi mais alors que je m'attendais à ce qu'il m'embrasse, je sentis ses mains autour de mon cou, se resserrant de plus en plus, me coupant la respiration.

Je me réveillai en sursaut, moite de sueur, mon cœur battant à cent à l'heure. Je portai une main à mon cou en revoyant encore ce visage qui m'était si familier, ses cheveux blonds, ses yeux vers dans lesquels j'adorai me plonger. Mais c'était il y a longtemps. Il ne faisait plus parti de ma vie. Plus maintenant. Je rejetai la couverture et sorti du lit. Ma gorge était sèche et j'avais beaucoup trop chaud. Je jetai un coup d'œil à la vieil horloge qui trônait dans la chambre, il était près de 4 heures du matin. Sans faire un bruit, j'enfilai un vieux jogging et une veste assez chaude pour ne pas attraper froid. Je n'arriverai jamais à me rendormir, je n'y serai jamais parvenue. Je m'attendais à ce qu'il surgisse en face de moi à tout moment alors que c'était impossible. Il se trouvait à des centaines de kilomètres de la Push. Bien loin de ma vie.

Je descendis les escaliers, essayant de ne pas réveiller la petite famille. Jared avait l'ouïe fine et protecteur comme il était, il voudrait savoir ce que je faisais à cette heure et ne me laisserait certainement pas sortir dehors. Je n'eus aucun mal à sortir, la porte n'étant pas verrouillé. La Push avait toujours été paisible et avec des loups dans le coin, il ne fallait mieux pas tenter un cambriolage. Le voleur qui déciderait de s'attaquer à la maison des Najera ferait mieux de courir très vite.

Je ne pus m'empêcher de sourire en imaginant le pauvre homme face au colosse que représentait mon frère. Le loup garou de la famille... Même après autant d'années, j'avais encore du mal à croire ce qu'il était. Lui comme toute sa meute. Comme Collin... Depuis mon retour à la Push il y a plus d'une semaine, il était plusieurs fois venu chez Jared et Kim, à chaque fois avec une bonne excuse mais je ne pouvais m'empêcher de penser que c'était pour moi. Ce qui était absolument stupide. Quelle raison aurait-il? On ne s'était adressés que peu de fois la parole et à chaque fois, je préférai fuir la conversation. Je n'avais nullement l'intention ni l'envie de me lancer dans une nouvelle relation. La dernière m'avait déjà apporté bien trop d'ennuis.

Je me mis à courir à petite foulée essayant de me vider l'esprit et de ne penser à rien d'autre que courir. J'avais toujours détesté le sport, je préférai largement rester sur mon canapé à ne rien faire. Mais pendant ce "séjour", courir avait été mon seul moyen d'oublier un instant l'endroit où j'étais et les raisons qui m'y avaient poussés. Cela me vidait complètement l'esprit. A cet heure-ci, je ne risquai pas de croiser quelqu'un. Personne n'était assez tordu pour aller faire un footing aussi tard dans la nuit ou aussi tôt dans la matinée. Ma balade matinale me mena à la plage. Les vagues s'écrasaient contre les rochers, le vent plaquait mes mèches folles contre mon visage mais cela ne m'empêcha pas de m'asseoir face à ce spectacle qui m'avait étrangement manqué. Je respirai un grand bol d'air et fermai les yeux. J'étais en sueur, essoufflée et exténuée mais je n'avais jamais été aussi bien. Loin de tout. Peut-être devrais-je m'exiler quelque part ou personne ne viendrait me parler. Ma famille me manquerait mais au moins n'auraient-ils aucune occasion d'avoir honte de moi. Un jour, ils se rendraient compte de ce que j'étais devenu... Que diraient-ils? Ils auraient honte de moi. Mes parents s'en voudraient de ne pas avoir vu ce qu'il m'était arrivé, Jared regretterait de ne pas avoir été présents. Je sentis les larmes couler lentement sur mes joues sans que je ne puisse les retenir. J'avais besoin de m'abandonner juste quelques instants, quelques minutes avant de refaire comme si de rien n'était.

Je m'allongeai malgré les nombreux cailloux présents. La plage de la réserve était loin de ressembler à celle que l'on voyait sur la carte postale, mer bleu et sable fin mais c'était comme ça que je l'aimai. J'allai sûrement attraper froid si je restai ici...

Quelque chose me touchait le visage, quelque chose de visqueux. J'ouvris les yeux et vis un énorme chien au dessus de moi qui s'entêtait à vouloir me lécher. Je l'écartai prestement, m'écartant vivement de ce colosse. Il ne devait pas être méchant étant donné qu'il ne m'avait rien fait mais je préférai me méfier.

J'entendis un éclat de rire tonitruant et vis Brady non loin de moi. Enlevant la bave qui me restait, je m'approchai de lui restant à bonne distance du molosse.

- Il est à toi ce monstre? m'enquis-je.

- A Piper en fait mais c'est pareil. Qu'est-ce-que tu faisais à dormir sur la plage?

- Je... Il est quel heure?

- Près de 8 heures je dirai.

- J'ai dû m'endormir. Et qu'est-ce-que tu fais là?

- Je promène Zane, le chien ce qui est beaucoup plus normal que de dormir sur la plage tout seule, du moins à mon humble avis.

- J'arrivai pas à dormir, j'ai juste voulu faire un petit tour.

- Quelque chose qui te tracasserait? Peut-être quelqu'un qui te plairait?

Qu'est-ce-qu'il voulait insinuer? Tout en marchant ensemble, il continuait de me regarder mais je n'avais aucunement l'intention de lui répondre. Il n'y avait personne dans ma vie et c'était mieux ainsi.

- Oh je suis sûre qu'il y a bien quelqu'un, continua t-il avec un sourire malicieux collé au visage.

- Je t'arrête tout de suite Brady, qu'est-ce-que t'es en train de me dire?

- Rien, c'est juste une question.

- Faudrait que tu apprennes à mentir, ça pourrait t'aider.

Et je savais de quoi je parlai. J'avais passé des mois à mentir à mes parents et maintenant je mentais aussi bien à Jared qu'au reste du groupe.

- C'est juste que ça pourrait être bien.

- Et qui à penses-tu en me disant ça?

- Je crois que tu le sais déjà. Quelque chose me dit que tu penses à ce garçon sans que je n'ai besoin de l'évoquer.

Le nom de Collin me vint immédiatement à l'esprit. Je ne le connaissais pas et pourtant, je pensai plus souvent à lui que je ne l'aurai dû. Comment pouvait-il autant me fasciner? Brady me sourit mystérieusement mais comment aurait-il pu le savoir?

- Pourquoi dis-tu ça? C'est totalement absurde.

- Vraiment? Moi je crois que quelque chose est possible.

Il me mettait mal à l'aise même s'il ne semblait pas s'en rendre compte mais l'air supérieur qu'il affichait ne me plaisait pas. Il était si sûr de lui en évoquant son ami. Il n'avait pas dit son nom mais j'étais convaincu que nous parlions bel et bien de la même personne. Mais j'avais bien envie de le taquiner.

- Tu es sûr de toi? Parce que je me demande si ça marcherait.

Il se tourna brusquement moi, ravi de mon nouvel intérêt.

- Certain! affirma t-il en lançant un bout de bois qui traînait à Zane qui s'empressa de lui courir après.

- Alors qu'il est marié. Il a même des enfants. Je ne pourrai pas briser un ménage.

Pendant un bref instant, il parut être complètement perdu avant de se rendre compte que je me fichai de lui. Il me poussa gentiment mais je manquai de tomber. Il ne se rendait même pas compte de sa propre force.

- Rassures moi, j'espère que tu ne fais pas ça à Piper, lui dis-je en me frottant l'épaule.

- Je suis très doux.

- Permets moi d'en douter là.

Il se mit à plaisanter de tout et de rien ne parlant plus de Collin. Et c'était mieux ainsi. Je préférai ne pas évoquer ce sujet aussi longtemps que je le pouvais. L'attirance qui me poussait vers lui était inexplicable. Je préférai rester aussi loin de lui que possible. Brady continuait de ne sortir que des âneries tout en parlant du temps que nous avions passés ensemble à l'école alors que nous étions encore des enfants.

- T'étais une vraie teigne!

- C'est absolument faux, répliquai-je.

- Comment est-ce-que tu peux nier? Tu te souviens de Abigail Johnson? Tu lui as cassé un dent et arraché une touffe de cheveux.

- Elle l'avait cherché. Elle n'arrêtait pas de se moquer de moi.

- Tu étais un monstre, avoues-le.

- Je ne peux que le confirmer, nous interrompit une voix grave qui me provoqua des frissons bien malgré moi. Je me souviens encore du jour où la petite Gabrielle Najera m'a collé la tête dans la cuvette des toilettes.

Les mains dans les poches, Collin me fixait, un sourire malicieux fixé sur ses lèvres. Face à Brady, il m'était facile de répliquer mais face à lui, c'était différent. Pourtant, nous avions le même âge, avions été dans les mêmes classes mais... je n'y arrivai pas.

- Tu m'as frappé une fois, lui rappelai-je alors. J'avais eu un sacré oeil au beurre noir et ma mère m'avait passé un sacré savon. Elle n'arrêtait pas de me dire que je l'avais mérité.

- Et c'était le cas mais je m'en excuse. Depuis, j'ai apprit qu'on ne frappait pas une femme si ça peut te rassurer.

Continuant de me sourire, il me regardait étrangement et ne semblait pas se rendre compte de la présence de Brady. Ce dernier ne s'en souciait guère. Bien que se tenant à côté de moi, il aurait tout aussi bien pu être invisible. Il fixait quelque chose à l'horizon qu'il paraissait être le seul à voir.

- Je ne savais pas que les gens de la Push étaient aussi matinales, constatai-je alors. Les loups ne dorment-ils pas? m'amusai-je.

- J'ai juste... passé la nuit dehors, m'apprit-il alors.

- Oh! Désolée, ça ne me regarde pas avec qui tu passes la nuit.

- Quoi? Non, c'est pas du tout ça. J'étais avec Seth. Enfin... on patrouillait.

- Ce que mon ami essaye de te dire, commença Brady qui s'était enfin décidé à se joindre à la conversation, c'est qu'il n'a pas de petite amie et qu'il faisait seulement son devoir de loup.

- Je crois qu'elle avait comprit, grommela Collin. Elle n'est pas aussi idiote que toi. Pas que tu le sois hein, rajouta t-il précipitamment. Je suis sûre que tu es très intelligente.

Je ne pus m'empêcher de rire alors qu'il s'empêtrait au fil de sa phrase. Brady, lui aussi, se délectait devant le spectacle que Collin nous offrait. Il était presque inconcevable que ce grand gaillard manque autant d'assurance.

- Je vous laisse les gars. Si Jared est réveillé, il va se demander où j'étais.

Je les saluai d'un geste de la main avant de m'éloigner à grandes enjambées. Je voulais mettre le plus de distance possible entre Collin et moi. Sa présence me dérangeait sans que je n'en trouve les raisons. Je me sentais attirée comme un aimant vers lui. Que m'arrivait-il? Je venais à peine de rentrer, ma vie redémarrait tout juste et alors que je m'étais jurée de ne plus m'approcher d'un garçon avant une dizaine d'années, je ne tenais même pas quelques jours. Que m'avait-il fait? Il n'était pas mon genre... D'accord, il était séduisant, c'était un fait, le type de beaucoup de filles mais je n'avais jamais aimé ceux qui étaient parfaitement conscient de leurs charmes et changeaient de fille comme de chemises. Alors pourquoi? Coupant court à mes interrogations, je m'empressai de rentrer, priant pour que Jared dorme toujours. Il n'avait jamais été matinale de toute façon. Arrivée devant la petite maisonnette, je poussai la porte alors que l'odeur du petit déjeuner fraîchement cuisiné vint titiller mes narines. Kim devait déjà être debout mais elle ne me poserait pas de questions. Depuis mon arrivée ici, elle respectait mon intimité et avait changé de discussion chaque fois que l'une de ses questions me mettaient mal à l'aise.

Un gloussement typiquement féminin me parvint alors que j'approchai de l'embrasure de la porte de la cuisine.

Kim était accoudé contre le meuble de la cuisine tandis que Jared lui chuchotait quelque chose dans l'oreille. Cette scène était dégoulinante de guimauve mais je ne pus m'empêcher de sourire.

Je me raclai la gorge pour me faire remarquer alors que le couple se tournait vers moi. Étonnamment ce fut Jared qui fut le plus gêné alors que Kim se contenta d'un sourire.

- Déjà levé? s'enquit mon frère qui ne s'était apparemment pas aperçu de mon absence.

- Heureusement. Qui sait ce que j'aurai vu si j'étais arrivé un peu plus tard? les taquinai-je.

- Des choses que tu n'es pas censé faire, sourit-il.

- Jared, ne sois pas si naïf. Ta sœur est bien trop jolie pour ne pas attirer les garçons. Tu ne crois quand même pas qu'elle va rester célibataire toute sa vie.

- Faudrait mieux pour eux.

Mon frère était le cliché du grand frère protecteur, persuadé que sa petite sœur chérie resterait célibataire toute sa vie et ignorerait tout des choses de la vie. Finalement, j'avais peut-être eu de la chance de passer mon adolescence à Los Angeles. Sans ça, je n'aurai certainement jamais eu de petit ami avec Jared dans le coin.

- Heureusement que Kim n'a pas de frère sinon tu serais dans le pétrin.

- C'était déjà assez dur avec son père, grimaça t-il.

- Oh le grand Jared aurait-il peur de son beau papa, me moquai-je.

- Non, il n'avait pas peur, le défendit Kim. Il était juste extrêmement timide. Il ne disait pas un mot, c'est à peine s'il osait manger.

- C'est seulement que ton père attendait toujours que je fasse un faux pas. J'avais l'impression d'avoir un fusil braqué sur moi qui n'attendait que de tirer à la première occasion, dit-il tout en mimant le geste.

- Tu exagères! Et puis, je te signale qu'avec toutes tes idioties, il aurait eu de quoi en parler pendant des années. Rien que le jour où il t'a trouvé dans ma chambre.

- Vilain garçon! ris-je.

- Faudrait mieux que je ne trouve personne dans ta chambre, me conseilla t-il.

- Ne t'inquiètes pas, je ferai en sorte que tu ne les trouve pas.

Il fit mine de me fusiller du regard sans pour autant être vraiment en colère. Mais ça n'avait pas d'importance, je n'avais aucunement l'intention d'amener quelqu'un dans ma chambre. C'était même tout le contraire.

- Au fait, j'ai invité les garçons à venir manger ce soir, m'informa Kim. Ça ne te dérange pas?

Kim était chez elle après tout. Je ne pouvais tout de même pas lui dire que j'aurai préféré passer ma soirée tranquillement rien qu'avec eux. La maison allait être bruyante entre les rires de la meute et les braillements des enfants.

- En fait, j'ai déjà prévu quelque chose, mentis-je. Je devais voir une vieille amie ce soir. Je ne pourrai pas être là.

- C'est dommage mais ce sera pour une autre fois alors.

- Tu vas voir qui? me questionna Jared en me tendant une assiette rempli de pancakes.

- Mary, fis-je aussitôt.

Étonné, il me regarda pendant quelques minutes avant de d'asseoir face à moi. Mary avait été ma meilleure amie lorsque j'étais petite. Si j'étais restée à la Push, elle le serait certainement encore. Nous nous entendions à merveille. Tout comme avec Aaron. Nous étions un trio infernal, sans cesse en train de nous chamailler mais nous ne passions jamais une seule seconde l'un sans l'autre.

- Comment tu l'as vu? Elle ne vit plus à la Push.

Il savait que je mentais. Il l'avait toujours deviné au premier regard.

- Je sais. J'ai croisé une ancienne fille de mon école qui m'a reconnu. On a parlé un peu et elle me l'a dit. Heureusement, elles étaient en contact et m'a donné son numéro de téléphone, dis-je naturellement en commençant à manger.

Il ne me croyait pas, cela se voyait comme le nez au milieu de la figure. Il se pencha vers moi et se mit à chuchoter de sorte que Kim occupé à cuisiner ne puisse l'entendre.

- T'as toujours pas apprit à mentir hein. Qui est la personne que tu ne veux pas voir ce soir? Ou qui vas-tu voir? Qu'est-ce-que tu me caches?

Mentir. C'est ce que je faisais depuis très longtemps maintenant. Mes parents n'y avaient vu que du feu et même si Jared avait percé ce mensonge là, il était encore bien loin de la vérité.

- Tu devrais prendre la voiture ce soir, dit soudainement Kim. Tu en auras plus besoin que nous de toute façon.

- Merci.

Je finissais de manger sous le regard insistant de mon frère. Que croyait-il? Que j'allai soudainement me mettre à lui dire la vérité? Il avait peut-être la trentaine mais parfois il était vraiment stupide.

Je conduisais sans aucune idée de savoir où j'allai. Je devais seulement m'éloigner de la Push. Jared ne pousserai jamais le vice jusqu'à me suivre. Bien qu'il en serait capable. Je ne pus m'empêcher de regarder dans le rétroviseur m'attendant à le voir sous sa forme de loup courir le long de la route. C'était n'importe quoi.
Je me garai dans une petite rue de Forks et attendis dans la voiture me demandant ce que j'allai bien pouvoir faire. Les garçons resteraient sûrement longtemps chez Jared. Nous étions samedi soir et aucun d'eux ne travaillaient le lendemain. Je n'allai tout de même pas rester dans l'auto à me glacer le sang. Si mes souvenirs étaient bon, il y avait un cinéma pas très loin. Peu importe que le film soit intéressant du moment que je passai le temps et que je me vidai l'esprit.
Les mains dans les poches, je marchai tranquillement regardant tout ce qui m'entourait. J'avais la sensation de visiter Forks pour la première fois alors que j'y avais été des centaines de fois. Mes yeux s'arrêtèrent brusquement sur un petit bar pouvant paraître presque invisible si on y était prêtait pas attention. Pendant quelques minutes, je restai là, à regarder la porte attendant quelque chose qui ne viendrait jamais. Je n'arrêtai pas de me dire qu'un verre ne me ferait pas de mal. L'alcool n'avait pas été mon problème, c'était la drogue. Un verre ne me ferait rien... Je restai là à tergiverser durant une éternité jusqu'à ce que la porte s'ouvre soudainement sur un homme complètement saoul, titubant à chaque pas. Un autre le suivait de près, beaucoup plus jeune avec un air étrangement familier.

- Allez sois cool, commença le plus vieux des deux qui devrait friser la quarantaine d'années. Un dernier verre?
- Tu dis toujours ça John. Rentres chez toi maintenant, ta femme t'attend.
- Cette vieille harpie, elle me fiche la paix au moins quand je suis là.
- Le taxi va pas tarder.

A ce moment même, une voiture arriva à l'autre bout de la rue et se gara juste devant les deux hommes. Alors que l'homme ivre s'engouffrait dans l'habitacle, le deuxième donna un billet au conducteur qui redémarra aussitôt.
Je dévisageai l'homme sans aucune gêne. La timidité ne faisait pas parti de mes caractéristiques. J'avais toujours été colérique, disant ce que je pensai sans tourner en rond. Du moins avant... Il devait avoir mon âge bien qu'il sembla plus vieux. Il possédait des yeux bleus et un sourire tout à fait charmant. Il n'était pas exceptionnellement beau, les filles ne devaient pas lui prêter une grande attention mais il était plaisant à regarder. Sentant certainement mon regard, il se tourna vers moi, me dévisageant à son tour.

- On s'est déjà vu? m'interrogea t-il.

C'était la question que je me posai. Il me disait quelque chose. Des yeux comme ça, je n'aurai pas dû oublier. La peau clair, il n'aurait pas pu être à la réserve. Il aurait détonné parmi le paysage et il n'y avait qu'une seule personne dans la réserve qui avait toujours fait tâche.

- Aaron?

Il parut surpris que je dise son nom et me regarda suspicieux.

- On se connaît?

- Tu ne te souviens vraiment pas de moi? m'inquiétai-je.

- Si vous me disiez votre nom, peut-être que si.

- Tu m'appelais rarement par mon prénom si je me souviens bien. C'était plus des surnoms tous plus bizarres les uns que les autres sortant tout droit de ton imagination complètement tordue.

- Gabi? s'étonna t-il quelques secondes plus tard. Qu'est-ce-que tu fais là? Depuis quand t'es revenu? s'enquit-il.

Sans attendre, il me saisit dans ses bras me levant de terre par la même occasion. Bien que très fin, il semblait être beaucoup plus fort alors qu'il me serrait à tel point que je manquai de respirer.

- Tu m'étouffes, parvins-je à dire. Tu veux déjà me tuer, c'est ça? plaisantai-je.

- Je devrais avec tout ce que tu m'as fait endurer, rit-il en s'éloignant de moi. Tu rentres? Mon patron est sympa mais il va se demander ce que je fais.

J'hésitai quelques instants avant d'accepter sa proposition. Je prendrai un soda. Oui, un soda c'était bien. Je ne voulais pas être faible, je n'en avais pas le droit. Pas après tout ce que j'avais traversé, tout le soutien que Laura m'avait apporté à Los Angeles. Je voulais qu'elle soit fière de moi, pas qu'elle regrette de m'avoir soutenu durant tout ce temps.

Je m'installai à un des tabourets du bar alors qu'Aaron retournait derrière le comptoir, m'assurant qu'il s'occupait des clients mais qu'il ne tarderait pas. J'en profitai pour regarder autour de moi. La déco était simple, ressemblant à des dizaines de bars mais l'ambiance était conviviale. Les gens riaient mais n'étais-ce pas normal venant de gens pour la plupart éméchés? La salle n'était pas rempli mais les gens se parlaient, s'apostrophaient comme de vieux amis et plaisantaient à tout va.

- Alors qu'est-ce-que je te sers? me questionna Aaron me coupant dans ma contemplation.

- Un soda? Tu as ça?

- La petite Najera ne boirait-elle pas d'alcool?

- Je suis une fille sage.

Rien qu'en disant cette simple phrase, j'avais l'impression que tous les yeux étaient braqués sur moi, me traitant de menteuse, m'insultant de tous les noms. Pourtant, personne ne me regardait, personne ne faisait attention à la fille assise au bar, la fille banale qui n'attirait pas le regard.

- Qu'est-ce-que tu fais là? commença t-il. T'es revenu quand?

- Y a pas longtemps. Je viens rendre visite à Jared mais je pense sérieusement à rester.

- Et quitter Los Angeles? Quand on était encore en contact, t'avais l'air d'adorer la ville.

- La Push me manquait trop. Mais parlons de toi. Qu'est-ce-que tu fais dans ce bar?

- J'ai dégoté ce boulot et ça me plaît bien. Joe, le patron, va bientôt prendre sa retraite et je crois qu'il aimerait bien que je reprenne les affaires.

- C'est génial! J'ai manqué tellement de trucs. Tu as des nouvelles de Mary?

- Tu sais... quand t'es parti, c'était plus pareil. Finalement, c'était toi qui maintenait notre trio. On a fini par trouver d'autres amis. On se parlait de temps en temps mais ça s'arrêtait là. Maintenant, elle vit à Port Angeles. Je l'ai croisé la dernière fois qu'elle ait venu voir ses parents. Elle est comptable. Tu y crois toi? Alors qu'elle ne savait même pas faire une addition correctement, s'esclaffa t-il.

- J'aurai bien aimé avoir de ses nouvelles.

- Je peux avoir son numéro si tu veux. A la Push, tout se sait.

- Tu y habites encore? Je ne t'ai pas vu une seule fois.

- Non, j'ai prit un petit appartement sur Forks. Mais j'espère que ce n'est pas une raison pour ne pas venir me voir.

- Tu plaisantes? Je ne vais plus te lâcher maintenant.

- J'espère bien après tout ce temps. Tu m'as lâchement abandonné alors tu as intérêt à te faire pardonner.

Comment avait-il pu autant me manquer? Nous n'étions que des gosses à l'époque. Je le connaissais depuis notre plus tendre enfance mais nous avions bien vite été séparés. Tout en s'occupant de ses clients, Aaron parlait avec moi, me racontant toutes les choses que j'avais manqué et celles que j'avais vécu à Los Angeles, en omettant certains détails. Pourtant, j'avais envie de lui raconter que la petite fille qu'il avait connu n'était plus la même. C'était la première personne que je voyais à qui j'avais envie de me confier. Même Jared ne m'avait pas fait cet effet là alors qu'il était de ma famille.

La nuit était déjà tombée depuis bien longtemps lorsque je quittai l'endroit. Aaron travaillait encore mais la fatigue commençait à se faire sentir. Je lui avais laissé mon numéro et il m'avait promit d'appeler. Et il avait grandement intérêt à le faire ou la petite gamine violente et qui s'emportait sans la moindre raison risquait de refaire surface.

Quand je me garai enfin devant la maison, de la lumière filtrait encore à travers les fenêtres, me rappelant que les invités devaient encore être là. J'avais passé une soirée tranquille en compagnie de Aaron, oubliant momentanément tous mes ennuis mais j'allai devoir les affronter. Chaque fois, j'étais mal à l'aise malgré leurs efforts pour m'intégrer à leur groupe. Ils se connaissaient depuis longtemps, partageaient un lourd secret et j'avais l'impression d'être une étrangère. Cela aurait été encore pire si je n'avais jamais su pour les loups.

Je rentrai et me dirigeai immédiatement vers le salon où tous étaient installés. Du moins ceux qui restaient. Seuls les célibataires finalement: Embry, Quil, Seth et Collin. Les autres devaient certainement être rentrés à cause des enfants. Mon regard se fixa aussitôt sur Collin. Regard que je détournai aussitôt.

- J'ai bien crû que tu allais passé la nuit dehors. J'étais prêt à partir à ta recherche, rit Jared.

- Je suis une grande fille, lui souris-je. M'en voulez pas mais je suis fatiguée. Bonne soirée!

Je les quittai aussitôt les laissant à leur discussion alors que je ne pensai qu'à une seule chose: rejoindre mon lit. Je sentis leur regard me suivre jusqu'à ce que je sois hors de portée. Ils devaient se poser des questions. Pourquoi est-ce-que j'étais sans arrêt en train de les fuir? C'est du moins que je me demanderai à leur place.

Je m'engouffrai sous les couvertures sans même prendre la peine de me changer. J'étais exténuée, sans aucune envie de bouger ou de faire un quelconque effort. J'entendis leurs rires alors qu'ils s'esclaffaient tous au rez de chaussé. Alors que je fermai les yeux, ce ne fut pas le visage de Aaron qui m'apparut, ni même celui de Jared mais Collin. Collin qui m'obsédait. Quand je ne pensai pas à ce qui s'était passé à Los Angeles, c'était lui qui occupait mes pensées. Serait-il sorcier en plus d'être loup garou? Avais-je succombé à son charme comme tant d'autres filles auparavant? Sally... C'était le nom de la fille que Brady et Seth avaient évoqués. Sa petite amie? Une fille d'un soir? La voyait-il encore? Cela n'aurait pas dû m'intéresser. C'était un ami de Jared, un membre de la meute, rien d'autre. Et il ne serait jamais plus que ça. Il en était hors de question.


J'espère que vous avez aimés. Inutile de vous dire qu'un review peut sauver les ours polaires!? ^^