L'intonation du Pont Mirabeau d'Apollinaire, incapable de remettre les mots dessus à cet instant, voici ceux qui me sont venus...

Les jours s'en vont, je demeure

Bonjour, bonsoir,

Il fait nuit et je me perds dans le noir, passent les jours et passent les semaines sans que ma vie ne revienne. Je n'ai pas peur, je n'ai pas froid, j'ai juste mal. Ce petit pincement au niveau de la poitrine, celui qui vous rappelle traîtreusement que vous êtes encore en vie, celui qui vous rappelle injustement que vous pouvez ressentir, celui qui inlassablement vous mine. Je n'ai pas perdu un proche dans cette Guerre, je n'ai pas perdu un membre de ma famille, je n'ai pas perdu un ami, je n'ai pas perdu un amour, j'ai perdu mon âme sœur, mon âme jumelle. Et ça, ça c'est pire que tout. Pas un jour ne passe sans que je pense à lui, dans la glace mon reflet ne se dédouble plus, pas une de mes phrases ne se termine, dans l'illusion que je suis qu'il le fasse pour moi. Le lit à côté du mien reste vide, mes rires sonnent creux, mes farces ne me font plus rire, je suis perdu. Je ne suis pas Fred et je ne suis plus George. Je suis George sans Fred. Pourquoi ne voulez-vous pas le voir ? Pourquoi persistez-vous à me donner ce rôle que je ne peux plus tenir ? Pourquoi m'enfermer dans cette image qui m'étouffe et me rappelle un peu plus que mon double n'est plus ? Que désormais c'est seul que je dois affronter ce qu'il a perdu. Un jour sans doute je comprendrai que vous faîtes ça pour mon bien et le votre. Pour l'instant je ne peux pas. Alors je pars. Ne vous en faîtes pas, n'est pas né celui qui me fera renoncer à ma promesse envers Fred, n'est pas venu le jour où je le rejoindrais, n'est pas arrivé le moment où je renoncerais à mes rêves. Mais aujourd'hui, j'ai besoin de temps. Juste de quelques grains de sable dans le sablier. Alors je pars. Mais je reviendrai. Et ce jour-là, attendez-vous à une belle farce pour fêter mon arrivée...

Forge sans Gred. (Cela veut-il dire encore quelque chose ?)