Un voile de tempête

Le vent soufflait. Il déversait sa colère sur les arbres environnants. Des torrents d'air passaient décimaient tout sur leur passage. Les branches les plus faibles flanchaient, les feuilles mal accrochées tombaient dans un tourbillon glacé. Une colonne dans le ciel avant de retomber, légères, sur la terre ferme. Les nuages grossissaient, s'emplissaient de l'eau de la mer, fonçaient leur couleur pour devenir noir d'encre. Il ne faisait pas encore nuit mais le ciel était déjà noir, violacé, comme tuméfié. Blessé. La mer au pied de la falaise se déchaînait. De gros rouleaux achevaient leur course perpétuelle sur les rochers, mourant dans un éclair de blancheur dû à l'écume. Ils s'abattaient sur la roche comme par désespoir, se faufilant dans chaque interstice, cherchant la faille. La mer ressemblait à une immense étendue blanche, de ce blanc éclatant de pureté, vaste surface tentatrice. Seules sur la falaise, deux silhouettes observaient ce spectacle. Teddy était venu pour l'après-midi à la Chaumière aux Coquillages et Victoire refusait qu'il parte dans ces conditions. Alors ils étaient descendus. Pour voir la plus belle scène du monde.