RESUME: Devant une petite maison au bord de la route, un garçon de sept ans attend. Il attend celui qui viendra égailler sa journée, parce qu'il s'ennuie et qu'il n'a personne avec qui jouer. A l'intérieur, un adolescent de quatorze ans s'attelle à ses devoirs, trop concentrer pour songer à son jeune frère. Et, en route pour chez lui, un jeune homme arrive à grands pas, ne pensant à aucuns de ses deux frères, mais plutôt à la jolie blonde à son bras. Leurs noms sont Sherlock, Mycroft, et Sherrinford Holmes, et ceci est le début de leur histoire.

COMMENTAIRE: Bonsoir les lecteurs! Alors, un chapitre assez tardif, car corrigé en fin d'après midi, pour cause de surabondance de devoir. J'essaie pour l'instant de sauvegarder ce document sur notre merveilleux site, qui s'obstine à ne pas me laisser faire. Espérons que cette fois-ci sera la bonne. Bref, passons : JE SUIS HEUREUSE DE VOUS REVOIR! Enfin, techniquement je ne vous vois pas, mais vous me comprenez. Sérieusement, depuis la dernière fois, mon compteur de vue est passé de 317 à 411, soit près de cent vue en une semaine! CENT ! Vous êtes les meilleurs, je vous aime ( si, si, c'est sincère!). Laissons place au chapitre, qui j'espère, vous plaira!

DISCLAMER: Les personnages de Sherlock et Mycroft Holmes appartiennent à Sir Arthur Conan Doyle, les noms de Sherrinford, Siger, et Violet Holmes sont issus du livre "Holmes de Bakerstreet", écrit par William S. Baring-Gould, et cette fic reprend la version de la série BBC "Sherlock", co-créée par Mark Gatiss et Steven Moffat.


- Cela fait longtemps qu'on n'a pas joué ensemble, petit frère, tu ne trouves pas ?

Sherrinford s'assit à côté de Sherlock, sur le lit aux draps bleu dans lequel Barberousse s'était installé, truffe entre les pattes et ses yeux noirs fixant attentivement les deux Holmes. Près de deux semaines s'étaient écoulées depuis ce jour où l'aîné des Holmes avait senti pour la première fois le goût de la défaite. Quelques jours qu'il avait en partie passé à l'hôpital, sous l'attention inquiète de sa famille, qui n'arrivait pas à croire que leur quartier si calme et si paisible ait pu abriter des brutes capables de s'en prendre à leur fils sans défense.

Sherrinford en aurait ri de leur crédulité. Il en avait ri, le soir, dans son lit.

Tout ce qu'il lui restait, pour preuve de cette altercation, c'était un bandage au poignet, cassé d'après les médecins, des hématomes et quelques coupures déjà en voie de se cicatriser. Rien de grave, en somme.

Il aurait voulu venir trouver Sherlock dès qu'il était rentré chez lui, mais ses parents l'en avaient empêché en le mettant au repos forcé. Cela avait fait sourire Mycroft.

Mais aujourd'hui, on ne l'empêchait plus de rien, et c'était donc le parfait jour pour mettre ce qu'il considérait comme une vengeance à exécution. Sortir jouer avec Sherlock, sous le nez de Mycroft, pour que celui-ci comprenne bien que Sherrinford Holmes gagnait toujours. Mycroft pouvait penser ce qu'il voulait, dire ce qu'il voulait, la vérité était là. Il lui était supérieur, car il avait le pouvoir de le faire souffrir. Et il allait s'en servir.

Sherlock releva la tête de l'épais livre, sans doute dérobé à l'un de ses deux frères, qu'il avait posé sur ses genoux, et planta ses iris bleutés dans celles de son frère, son intérêt éveillé.

- On pourrait aller dehors, ce soir, qu'est-ce que tu en dis ? proposa l'aîné.

Un sourire excité naquit sur les lèvres du jeune géni qui acquiesça vivement.

- On pourra emmener Barberousse ?

En entendant son nom, le cocker leva la truffe, et Sherrinford se retint de lui lancer un regard dégoûté.

- Non, Sherlock. Il pourrait être gênant.

Le garçon afficha une mine déçue mais n'insista pas. Sherrinford se releva, ébouriffa les boucles de son cadet, tandis que celui-ci reprenait sa lecture, et quitta la chambre. Avant que le soir ne tombe, il devait encore allait travailler chez Lise. Ou plutôt faire semblant, jusqu'à ce qu'elle se persuade de tout faire seule. Il soupira, ennuyé d'avance.


Sherlock leva des yeux anxieux sur le vendeur qui lui faisait face. Il déglutit difficilement en remarquant la lueur furibonde dans les yeux de ce dernier et sa main se resserra sur le paquet de cigarettes qu'il tenait. Le carton plia entre ses doigts. Sherrinford, derrière lui, jura mentalement, la main encore posée sur la caisse enregistreuse qu'il s'apprêtait à forcer.

Tout avait pourtant débuté normalement. Ils avaient fait diversion, envoyant les vendeurs voir ce qu'il se passait à l'extérieur, s'étaient retrouvés seuls dans le magasin. Ils avaient pu commencer leur chapardage, Sherlock avait déjà trois paquets dans ses poches et lui avait presque réussi à ouvrir la caisse. Mais voilà qu'un des vendeurs était sorti brusquement de l'arrière boutique, et cela, ce n'était pas prévu, mais alors pas prévu du tout.

- Je me répète, gronda l'homme, que faites-vous ?

Sherlock se recula légèrement, cherchant peut-être inconsciemment la protection de son grand frère, effrayé. Pourtant, il n'y avait pas lieu de l'être. Il suffisait que Sherrinford explique à l'homme qu'ils ne faisaient que jouer et il ne leur arriverait rien. Mais une peur sourde prenait tout de même le cadet Holmes au ventre face au regard furieux du vendeur. Il n'avait pas l'air prêt à comprendre qu'ils n'avaient rien fait de mal.

Sherrinford demeura indifférent à l'angoisse qui étreignait son cadet, trop occupé à chercher le meilleur moyen de s'en sortir. Les solutions qui se présentaient à lui étaient loin d'être satisfaisantes.

Il n'arrivait pas à le croire. Il avait encore commis une erreur. C'était insensé. Il n'avait pas pu, pas encore.

Pourtant, le vendeur était là pour en témoigner, poings sur les hanche et regard de tueur. Sherrinford se rendit brusquement compte qu'aucune idée de génie ne viendrait lui sauver la mise, et que ce n'était pas Sherlock, tremblant de peur à côté de lui, qui allait pouvoir les aider.

Le roux fit alors l'unique chose, peut-être stupide, qui lui semblait réalisable. Il saisit brusquement Sherlock par le bras et se mit à courir à toute jambe. Il fonça dans le vendeur, qui, heureusement pour lui, n'était pas d'un gabarit trop important. L'homme, surpris, tituba en arrière, dégageant le passage vers la porte qu'il bloquait jusque là. Sherrinford n'hésita pas un instant, et continua sa course effrénée à l'extérieur. Une fois sur le trottoir verglacé par le froid de décembre, il dérapa légèrement, entendit pousser un petit cri aigue de surprise, rapidement rejoint par la voix enragée du vendeur, raffermit sa prise sur le poignet de son frère et reprit sa course, Sherlock traîné derrière lui, tenant tant bien que mal de suivre le rythme imposé par son aîné.

Sherrinford n'avait jamais choisi la fuite comme solution et pour cause, c'était fatiguant et lâche. Mais il décida qu'en certaine circonstance, la lâcheté se justifiait amplement, et que la fatigue n'était qu'un faible prix à payer.

Il continua à courir, indifférent aux regards parfois surpris, parfois réprobateurs, qu'il suscitait sur son passage, pas plus qu'il ne prêta attention aux quelques personnes contraintes de se déplacer vivement de côté pour les éviter. Il sentait le vent siffler à ses oreilles et ses joues rosissaient à cause du froid, tandis que ses cheveux roux lui battaient les tempes et que son souffle se faisait haletant.

Il acheva brusquement sa course, s'adossa contre le mur d'une ruelle qu'il avait emprunté au hasard, main sur son cœur emballé. Sherlock s'échoua à ses pieds, les joues rouges et son souffle formant de la buée au contact de l'air frigorifiant. Quelques minutes de silence s'écoulèrent ainsi, durant laquelle chacun tenta de reprendre une respiration et rythme cardiaque normales. Puis Sherrinford éclata de rire, s'attendant à être rapidement suivi par celui, léger, de son cadet. Mais Sherlock se contenta de le dévisager, nez relevé vers lui, une lueur d'incompréhension flottant dans ses prunelles claire.

- Qu'est ce qu'il y a, petit frère ? s'enquit l'aîné. On s'en est plutôt bien sorti, tu ne trouves pas ?

Sherlock fronça les sourcils et secoua lentement la tête, agitant ses boucles.

- Pourquoi tu ne lui as pas dit qu'on faisait que jouer ?

La demande enfantine eut le mérite de faire mourir son rire dans la gorge de Sherrinford. Il se rendit brusquement compte qu'il n'avait pas pensé aux mensonges qu'il servait à longueur de journée à son petit frère lorsqu'il avait pris la fuite. Il se mordit la lèvre, en colère contre lui-même.

Encore une erreur, peut-être plus lourde de conséquence encore que la dernière. Ce n'était certainement pas son jour. Le contenue de la seringue qu'il s'était injecté quelques heures plus tôt embrumait sans doute encore un peu son esprit.

- Parce que je n'y ai pas pensé, répondit-il, en s'efforçant de prendre l'air enjoué.

Cela ne prit pas avec Sherlock, qui pencha un peu plus la tête de côté, perdu. Sherrinford n'aurait jamais oublié une chose pareille, qui leur aurait évité à tous les deux cette course folle dans les rues, il n'aurait jamais dû fuir puisqu'il avait une explication à donner, et cette moue factice sur son visage, qu'était-ce, au juste ?

Sherlock ne comprenait pas, pour la simple raison que le comportement de son frère n'avait pas de sens.

Sherrinford vit à l'expression de son cadet qu'il était loin d'avoir fait taire ses interrogations par sa réponse évasive. Pire, il n'avait fait qu'en soulever de nouvelles. Il se mordilla à nouveau la lèvre, et s'accroupit pour se mettre à la hauteur du visage enfantin.

- J'ai un peu paniqué, Sherlock, d'accord ?

- Pourquoi tu as fui ? Ce n'est pas bien. Tu aurais dû rester, on aurait pu s'expliquer.

L'ainé des Holmes retint une grimace exaspérée, et tenta à nouveau de se justifier.

- J'ai eu peur qu'il ne comprenne pas qu'on ne faisait que jouer. Les adultes ne comprennent pas tous le jeu, il aurait pu croire qu'on voulait vraiment le voler.

Sherlock afficha alors une expression d'incompréhension telle que Sherrinford se demanda s'il ne s'était, par hasard, pas mis à discourir en allemand.

- Mais tu viens de dire que tu n'avais pas pensé à lui dire qu'on jouait, fit remarquer la voix hésitante du cadet des Holmes.

Sherrinford ouvrit la bouche pour répliquer, mais rien ne lui vint à l'esprit pour couvrir son mensonge. Il ferma les yeux un instant, agacé. Ses poings se serrèrent et Sherlock fit un pas en arrière en le remarquant.

L'ainé n'y prêta pas attention, trop occupé à bouillir intérieurement contre lui-même et ses erreurs qui se faisaient à répétition, aujourd'hui. Il aurait dû rester coucher. Ne pas quitter son foutu lit. Il n'aurait pas dû emmener avec lui ce gosse énervant qui remarquait toujours tout, posait des questions sur tout et arrivait à le déstabiliser. Il avait fait une erreur et Sherlock l'avait souligné. Il ne put retenir un grognement de rage, un peu dirigé contre lui, surtout contre l'enfant brun au teint pâle qui lui faisait face.

La lueur au fond des yeux bleus avait pris une teinte légèrement effrayée.

- Je n'ai jamais dit ça, Sherlock, affirma Sherrinford.

Sa voix était vibrante. Il ne voulait pas se mettre en colère, mais ce n'était pas des choses qu'il parvenait à contrôler. Et puis Sherlock était tellement agaçant, avec sa naïveté, son ignorance et son innocence. L'innocence d'un enfant, qui ne se savait pas déjà coupable.

Sherlock recula encore d'un pas, décontenancé. Il faillit faire remarquer que si, bien sûr que si, il l'avait dit. Mais ce qu'il retrouva, dans le regard de son aîné, le pétrifia sur place.

Il y avait dans les yeux de Sherrinford la même lueur démente que celle qui y avait brillé, un soir déjà lointain pour lui, un soir qu'il avait tout fait pour oublier, tout fait pour occulter. Un soir où Sherrinford était rentré avec une tâche de sang sur l'annulaire droit.

Une pensée traversa alors l'esprit confus, déboussolé, du garçon. Peut-être que ce soir, ce serait son sang qui entacherait la main de Sherrinford.

- Tu as compris ? Maintenant on peut rentrer ? demanda l'aîné, encore un peu agité.

La colère qui lui brûlait le ventre, lui criant d'enfoncer ses poings dans le petit corps qu'il avait face à lui, ne l'avait pas encore quitté, mais il s'efforçait de la combattre, de la museler. Il aurait trop de chose à expliquer sinon, beaucoup trop.

Ce fut un Sherlock raidi par la panique, qu'il tentait de juger irrationnelle malgré qu'une partie de son être lui hurlait que c'était loin d'être le cas, qui hocha la tête en tendant sa petite main à son grand frère, qui la saisit pour le ramener chez lui.


Sherrinford frissonna dans l'air glacial de la nuit. Décembre était bien là, installé depuis quelques jours, se faisant sentir et son maigre blouson ne parvenait plus à le protéger suffisamment du froid. Il devrait songer à en changer. Il enfonça profondément ses mains dans ses poches, tandis que ses pas le guidaient, mécaniquement, vers sa destination.

Son sac venait heurter son flanc à un rythme régulier, et il se mit à songer à la pochette de pharmacie vide qui s'y trouvait. Il avait consommé sa dernière dose la veille, il devait donc en racheter. Son nouveau dealer avait ses quartiers un peu plus loin que Peat, mais comme il n'avait toujours pas remboursé ce dernier, et n'en avait nullement l'intention, malgré que le délai de deux semaines qu'il lui avait donné s'était écoulé deux jours auparavant, il n'avait pas le choix.

Il leva le nez vers le ciel noir et nuageux. Il espérait qu'il ne se mettrait pas à neiger avant qu'il ne soit de nouveau à l'abri.

Il finit par s'arrêter, après plus d'une demi-heure de marche, à l'entrée d'un parc, assez semblable à celui où il venait prendre ses doses.

Il fit quelques pas dans l'herbe humide, s'attendant à voir se dévoiler, sous un réverbère planté au centre de l'espace vert, les trois hommes habituels, cigarettes en main et marchandise dans les poches.

Au lieu de quoi, sous le réverbère, ce fut une autre silhouette familière qui se redressa à son approche.

Sherrinford comprit, en reconnaissant le teint mat et les yeux ambrés, qu'il y avait quelque chose qui clochait. Peat attendit qu'il le rejoigne, adossé au lampadaire, le regard fixé sur lui.

- Tu es seul aujourd'hui ou je dois m'attendre à voir débarquer d'autre de tes copains ?

Sherrinford avait demandé cela sur un ton d'indifférence qui fit sourcilier son interlocuteur. Le regard de Peat glissa sur le bandage au poignet de son ancien client, et il haussa les épaules.

- Je suis seul.

Le roux pencha la tête sur le côté, surpris sans trop vouloir le montrer.

- Tu espères me faire cracher ton argent sans aucune menace ?

Peat planta ses yeux dans les iris gris lui faisant face. Un discret sourire flottait sur ses lèvre, étirant le tatouage qu'il avait au menton. Sherrinford sut instinctivement qu'il n'aimait pas ce que ce sourire pouvait signifier.

Peat leva le regard, contemplant le ciel sombre, semblant plongé dans ses pensées.

Sherrinford le laissa faire, décidé à ne pas s'énerver par l'attitude du dealer, qui n'avait certainement pas d'autre but.

- La menace est là, devant toi, Sher, laissa échapper Peat, en laissant son regard retomber dans celui de l'aîné des Holmes.

Celui-ci ne put retenir un ricanement moqueur, avisant le jeune homme qui lui faisait face.

- Tu n'es pas si costaud que ça, pour croire que tu me fais peur.

Peat secoua lentement la tête, de gauche à droite, son sourire étirant davantage ses lèvres.

- Je ne te parle pas de moi, je te parle de ce qui n'est pas là.

Un éclair de lucidité passa dans les prunelles grises. Le parc était désert, il n'y avait qu'eux deux, sous le lampadaire. Où donc étaient-ceux qu'il était venu voir, de l'argent dans une poche, un sac vide sur l'épaule ?

Peat ricana à son tour, et le regard de Sherrinford se durcit, meurtrier. Le jeune homme au teint mat aurait préféré mourir que d'avouer que ce regard lui glaça le sang.

- Tu comprends vite, Sher, tu sais. Pour répondre à ta question intérieur, s'ils ne sont pas là ce soir, c'est parce qu'ils sont bien au chaud au poste de police. Quelqu'un les a vendu aux flics.

Sherrinford devina sans trop de peine l'identité de ce quelqu'un.

- Tu sais ce que cela signifie, Sher, poursuivit le dealer. Plus de fournisseur, plus de came. Les derniers dealers à des dizaines de kilomètres à la ronde sont moi et mes potes. Et c'est évident qu'on ne te fournira pas si tu ne me rembourses pas.

Evident. Evident et ingénieux. La force brute ne marchait pas avec lui, Peat s'en était rendu compte. Il avait donc choisi une parade plus adéquate, l'atteignant au point faible qu'était son addiction. Il s'était montré intelligent. Plus que lui, sur ce coup là.

- Le manque, Sher, c'est pas drôle. Je connais. Tu as des nausées, des tremblements, tes angoisses reviennent, renforcées. T'es vraiment pas bien et t'es bon à rien. C'est ce qu'il va t'arriver, Sherrinford, si tu ne me rembourses pas au plus vite.

Les poings de Sherrinford se convulsèrent, pendant qu'il comprenait, les yeux écarquillés fixant le sol, qu'il venait de se faire battre.

- Il y'avait près de trois cent livres dans ma pochette. Je veux le nombre rond, exigea Peat.

Il se détacha du réverbère, passa à côté du roux toujours immobile.

- Je ne te donne pas de délais, cette fois. C'est toi qui vois combien de temps tu peux tenir.

Sherrinford resta là, les yeux dans le vague, tandis que Peat quittait le parc. Ses poings fourmillaient. Ses jambes tremblaient. Sa tête bourdonnait de pensées diverses.

Il resta immobile un moment. Avant de relever brusquement la tête et de pousser un hurlement à s'en déchirer les cordes vocales. Il assena un coup violent dans le lampadaire, indifférent à la douleur. Il s'était fait battre, il avait perdu le jeu. Ses yeux brillaient de rage. De folie, aussi.


Sherrinford rentra dans la chambre de son plus jeune frère, tentant de camoufler ses tremblements, un sourire joyeux collé sur son visage. Quand il était rentré, la veille, il avait cherché en vain une solution miracle pour échapper au chantage de Peat. Il n'avait plus l'argent du dealer, ou plutôt, il en avait dépensé une bonne partie, son argent de poche s'était également envolé, et même en rajoutant ce qu'il lui restait, il n'avait pas assez. La seule solution pour qu'il puisse, le soir même, payer son dealer et passer à autre chose, était d'entraîner Sherlock dans un nouveau vol.

- Hey, petit frère, chantonna l'aîné.

Sherlock releva la tête. Il était assis à même le sol, son éternel chapeau de pirate en équilibre sur ses boucles brunes et Barberousse sur les genoux. Le regard du cadet se voila à la vue du rouquin. Il n'avait pas oublié la peur qui l'avait étreint la veille. Et surtout, il n'en avait pas oublié la cause.

A l'air impassible de son petit frère, Sherrinford comprit qu'il aurait plus de mal que prévu à le convaincre.

Il s'installa en face de son frère, et tendit une main pour caresser Barberousse.

- Je me suis dit que, comme hier cela ne s'était pas très bien passé, on pourrait retourner jouer, aujourd'hui, qu'est ce que tu en dis ? proposa t'il, son plus beau sourire apparaissant sur ses lèvres.

Sa main s'était remise à trembler, et il déglutit, déplia sa jambe courbaturée. Les effets du manque se faisaient déjà sentir, cela faisait quarante-huit heures que l'aiguille salvatrice n'avait pas pénétré ses veines.

A sa demande, Sherlock avait baissé les yeux pour recommencer à câliner Barberousse.

- J'ai pas envie, marmonna t'il.

La main de Sherrinford, toujours derrière les oreilles du cocker se crispa, et son sourire s'affaissa un court instant, avant de reprendre sa place, toujours aussi factice.

- Mais pourquoi, petit frère ? On va s'amuser.

- J'ai pas envie, Sherrin, c'est tout, murmura le plus jeune.

Sherrinford tira sa main de la fourrure du chien, et son regard perdu toute teinte enjouée.

- Alors fais comme si tu me rendais un service. Moi j'ai très envie de jouer.

Sherlock risqua un coup d'œil en direction de son frère, et frémit en rencontrant les prunelles grises. Sherrinford ne plaisantait plus.

- Je préfère rester à la maison. J'ai pas envie.

- Tu ne peux pas faire un effort, s'agaça Sherrinford, à voix plus haute qu'il ne l'aurait voulu.

Sherlock mordilla sa lèvre inférieure et secoua vaillamment la tête, caressant toujours Barberousse, puisant dans l'animal le courage qui lui manquait.

Devant le refus catégorique de son petit frère, Sherrinford sentit son agacement croître, prenant la forme de la colère, plus rapidement sans doute que si son état avait été normal. Il saisit le poignet de son cadet, empêchant ainsi ce dernier de continuer son mouvement mécanique dans la fourrure rousse.

- Tu peux arrêter de t'occuper de ce chien quand je te parle ?

- Sherrin, tu me fais mal, gémit l'enfant, en resserrant son bras libre autour du corps chaud de son unique ami.

Sherrinford serra d'avantage sa prise et des larmes commencèrent à perler au coin des yeux de son petit frère.

- Mais tu veux bien lâcher ce fichu chien ! s'écria l'aîné, en se relevant.

Il donna un coup de pied dans le flanc du cocker, la colère ayant remplacé les effets du manque. Une sueur froide coulait encore dans son dos. L'animal glapit et s'échappa des bras tremblants de Sherlock pour se réfugier dans un coin de la pièce.

- Barberousse ! s'exclama le garçon, en voulant se dégager de la prise de son frère pour se précipiter sur son chien.

- Laisse ce putain de clebs et écoute moi, vociféra l'aîné des Holmes, en forçant Sherlock à lui faire face. Ce soir, tu viens avec moi.

Les larmes s'étaient mises à rouler pour de bon sur les joues creuses de Sherlock, qui hurla :

- Non ! Je ne veux pas ! Je n'irai pas.

Sherrinford leva une main menaçante, la rage, accrue par la sensation de faiblesse qu'il ressentait, lui occultant tout raisonnement rationnel.

Une main ferme retint son bras avant que celui-ci s'abatte sur le garçon se débattant face à lui.

- Tu le touches, je te tue.

La voix, froide et coupante, de Mycroft traversa l'espace restreint de la chambre. Sherrinford se tourna vers lui, tenant toujours un Sherlock pleurant par le bras.

- Lâche-moi, siffla t'il, les ailes de son nez frémissant de rage.

- Lâche-le d'abord. Puis dégage.

Mycroft soutint le regard assassin de son aîné, avec un calme glacial. Il ne voyait plus devant lui qu'un junkie en manque. Et cela n'avait rien d'effrayant.

Sherrinford abandonna brusquement le bras du cadet Holmes et fit amplement face à Mycroft.

- Lâche-moi, répéta t'il.

Mycroft dégrafa sa prise et se décala sur le côté, libérant l'entrée.

- Sors, ordonna t'il.

Sherrinford le toisa, ses yeux gris métalliques brûlant de colère. Il voulut se jeter sur Mycroft. Lui enfoncer ses poings dans chaque parcelle de peau qu'il pourrait atteindre. Il allait le faire.

- Sherrinford ? Viens ici une minute !

La voix de Siger Holmes le retint dans son élan. Il jeta un dernier regard chargé de haine à son frère, qui lui en renvoya un indifférent, puis sortit, composant sur son visage un air avenant.

- J'arrive, papa !

Mycroft attendit que la porte se soit refermée derrière son aîné pour se tourner vers Sherlock. L'enfant était debout au milieu de la pièce, les yeux rouges et Barberousse se frottant contre ses jambes, se voulant sans doute apaisant.

Mycroft soupira, se sentant faiblir légèrement. Un déluge d'émotion qu'il avait retenu face à Sherrinford l'envahit brusquement. La peur lorsqu'il avait vu son aîné prêt à porter un coup à Sherlock. La colère. La haine. Le mépris. L'affection qu'il lui portait pourtant encore. Le dégoût. La révolte. La déception de le voir ainsi.

Il se laissa tomber à genoux, pestant contre ses sentiments contraires qui lui laissaient à peine assez de place pour respirer. Il aimerait tant ne plus rien ressentir de tel. Il releva la tête et croisa le regard tétanisé de son cadet. Sans un mot, il ouvrit les bras.

Un instant plus tard, il les referma sur un petit corps frêle et tremblant, qui se serra contre lui. Il posa le menton sur les boucles brunes et se mit à tracer des ronds imaginaires dans le dos de Sherlock. Il aimerait bien ne plus rien ressentir d'autre que cet apaisement lorsqu'il serrait son petit frère dans ses bras.


Alors, qu'en pensez-vous ? Peu importe que vous ayez aimé ou pas, avis positifs, négatifs, mitigés, ou tout simplement l'histoire du pigeon auquel vous avez donné du pain l'autre jour, m'intéresse tous grandement! Alors n'hésitez pas à me laisser une review, même si c'est pour me dire que vous avez des envies meurtrières sur la personne d'un prof/collègues/patrons !

Et, en fait, c'était le septième chapitre, il n'en reste donc plus que quatre avant que ce soit fini. Alors, soulagé par cette fin prochaine ? XD ( moi je déprime déjà à l'idée de devoir laissé mes petits Holmes, snif :,( ) ;D.

Kissss lecteurs de mon coeur !