RESUME: Devant une petite maison au bord de la route, un garçon de sept ans attend. Il attend celui qui viendra égailler sa journée, parce qu'il s'ennuie et qu'il n'a personne avec qui jouer. A l'intérieur, un adolescent de quatorze ans s'attelle à ses devoirs, trop concentrer pour songer à son jeune frère. Et, en route pour chez lui, un jeune homme arrive à grands pas, ne pensant à aucuns de ses deux frères, mais plutôt à la jolie blonde à son bras. Leurs noms sont Sherlock, Mycroft, et Sherrinford Holmes, et ceci est le début de leur histoire.
COMMENTAIRE: Salut les lecteurs! Comment allez-vous depuis dimanche? Comment je vais, moi? Mais que c'est gentil de demander! Eh bien, je vais très bien, merci, car après plus d'un mois sans rien écrire de nouveau ( cette fic étant déjà terminée depuis longtemps, le seul travail qu'elle demande, c'est des corrections), j'ai enfin trouvé le temps, ( et l'inspiration), de m'y remettre! Et ça m'avait manqué. Mais du genre, vraiment beaucoup. J'ai deux chapitres d'une nouvelle fic de rédiger, et ma petite tête fourmille d'idée. Bon, j'en parlerais plus après avoir posté le prochain chapitre ( qui est aussi le dernier :(). Sinon, voici la suite. Merci à vous de continuez à suivre (aller, courage, plus qu'un chapitre!) et Bonne lecture! :D
DISCLAMER: Les personnages de Sherlock et Mycroft Holmes appartiennent à Sir Arthur Conan Doyle, les noms de Sherrinford, Siger, et Violet Holmes sont issus du livre "Holmes de Bakerstreet", écrit par William S. Baring-Gould, et cette fic reprend la version de la série BBC "Sherlock", co-créée par Mark Gatiss et Steven Moffat.
Sherrinford fixait pensivement une craquelure du plafond de béton, au-dessus de lui. Sa main droite tapotait mécaniquement la table. L'auriculaire, l'annulaire, puis le majeur et enfin l'index. Le sang qui tachait encore en partie sa peau et ses ongles créait de brefs éclairs rouges, accompagnant le mouvement.
Les effets du manque ne l'avaient pas quitté. Les crampes, les brèves nausées, l'étreignaient tour à tour. Mais il se sentait apaisé. Ses angoisses s'étaient tues lorsque son couteau avait pénétré la poitrine de Peat. Peut-être aussi que son corps commençait à s'habituer à ce sevrage forcé.
Il ferma les yeux, se remémorant avec délectation l'instant où Peat avait compris qu'il avait fait une erreur. L'erreur qui lui avait coûté la vie. Vie qu'il lui avait prise.
Comme en témoignait encore le sang qui tachait son blouson et le T-shirt qu'il portait en dessous. Son jean et ses baskets en étaient également imbibés. On lui avait proposé de se débarbouiller, dans un évier. Il n'en avait rien fait. Il voulait qu'on sache, qu'on comprenne, en le regardant, ce qu'il avait fait.
Il voulait voir la peur sur leurs traits.
C'était tellement jouissif.
Alors le sang avait séché, au fil des trois heures qu'il avait passé là, assis sur cette chaise qui commençait à lui flanquer un horrible mal de dos, les mains menottées, posées sur la table.
Il y avait d'abord eu un premier interrogatoire. C'était tellement amusant de leur sourire en silence pendant qu'ils tentaient de lui soutirer des aveux, des explications, un mot, n'importe lequel. De s'obstiner à vouloir le comprendre. Mais ils ne pouvaient pas comprendre, parce qu'ils étaient faibles, inférieurs. Aucun d'eux ne pourrait admettre la joie que l'on ressentait quand on faisait ce qu'il avait fait.
Ils voulaient aussi voir naître sur son beau visage les traces de la culpabilité, aussi infime soit elle. Comme s'il allait se sentir coupable. Il ne regrettait absolument pas. Il avait tué, et alors ? C'était considéré comme mal, et alors ? Cela lui avait fait du bien, un bien fou, alors que cela soit contraire à la loi, il s'en contrefichait.
Oui, ils étaient bien drôles, les quelques policiers qui s'étaient succédés devant lui. On lui avait parlé de ses droits. Le fait qu'il était encore mineur avait semblé les perturber. Et oui, il avait dix-sept ans. Dix-sept, pas encore dix-huit. Mais ça, c'était le problème du juge, avait dit l'un des flics.
Le juge… Il allait être jugé. Passer devant une cour, plaider pour sa cause. Finir en prison, sans doute.
Il ricana. La prison. Il n'en avait pas peur, mais quand même, perdre plusieurs années de sa vie dans une cage n'était pas pour lui plaire.
La porte qui menait à la salle d'interrogatoire s'ouvrit soudainement, et il se redressa, intéressé de voir les visages des nouveaux venus. Allaient-ils encore essayer de le faire parler ? Il en riait d'avance.
Mais ce ne fut pas un nouveau policier qui passa le pas de la porte, ou plutôt si, il y en avait bien un, mais il n'était pas seul. Violet et Siger Holmes l'accompagnaient.
Sherrinford se renfonça dans sa chaise, et laissa venir à lui ses parents, un sourire amusé sur le visage. Les cheveux roux de Violet, ceux dont elle était si fière, étaient complétement décoiffés, et ses mèches folles encadraient son visage hagard. Siger semblait avoir pris vingt ans d'un coup et ses épaules étaient basses. Ses deux parents s'assirent face à lui, tandis que le policier restait de garde devant la porte.
L'aîné des Holmes se laissa dévisager en silence. Les yeux, d'habitude si intelligents de sa mère, avaient pris une lueur perdue, et son père demeurait impassible, sa moustache frémissant au même rythme que son souffle.
Sherrinford devina sans peine les pensées qui devaient les animer. « Comment ? Notre fils aîné est un tueur ? Mais c'est impossible, Sherrinford a toujours été un ange », devait assez bien résumer leur état d'esprit.
Ils se rendaient compte que cela devait faire plusieurs années que leur fils leur cachait une grande partie de sa personnalité. Peut-être qu'ils comprenaient enfin certains évènements, comme le chat retrouvé un jour dépecé au fond du jardin, quand Sherrinford avait neuf ans, et qu'ils avaient mis sur le compte d'un rapace.
Le frère de Sherlock et Mycroft retint un ricanement moqueur en pensant à la crédulité dont ils avaient fait preuve tous les deux. A le considérer comme le fils parfait, si gentil et attentionné. C'était tellement stupide.
- On dit bonjour, quand on est poli, susurra t'il doucement.
Le son de sa voix sembla avoir l'effet d'un électrochoc sur ses parents. Violet se redressa subitement, son regard se posant, indéchiffrable, sur son aîné, et Siger sursauta, cessant de fixer un point quelque part au-dessus de la tête de son fils.
- Bonjour, souffla Violet.
Sherrinford sourit à sa mère. Il l'avait toujours bien aimé. Elle était légèrement moins stupide que le reste du monde, un peu comme Sherlock et Mycroft. Son père, par contre, n'avait rien de remarquable. Il n'avait, en conséquence, jamais rien éprouvé d'autre qu'une profonde condescendance à son égard.
- Dis-moi que c'est faux, intervint Siger, d'un ton tremblant, suppliant.
Sherrinford se tourna vers lui, levant un sourcil sarcastique. Il voyait, quand même, le sang qui couvrait ses vêtements. Il savait que cela n'était pas faux.
Siger comprit que le silence de son fils équivalait à un aveu et poussa un profond soupir, prenant sa tête entre ses mains. Violet, elle, fixait toujours son fils d'un air froid.
- Pourquoi ?
Son aîné reporta son attention sur elle.
- Mais parce que, répondit-il doucement. Il n'y a pas de raison particulière.
C'était faux, bien sûr, mais comment leur expliquer la sensation merveilleuse qu'il avait ressentie ?
- Comment cela se fait-il que tu aies fait ça, s'interrogea son père. Nous t'avons pourtant bien élevé, tu n'as jamais été exposé à… ce genre de chose.
Le regard de Siger dériva sur la manche remonté de son fils, et Sherrinford devina qu'il fixait les traces de piqures encore fraiches.
Il devait avouer que, question éducation, il n'avait pas à se plaindre. Il avait été un enfant choyé et adoré, aîné de deux frères, avec des parents aimants et ensemble. Il avait eu une famille parfaite. Alors pourquoi avait-il tourné comme cela ? Mais tout simplement parce qu'il était ainsi depuis sa naissance. Il avait toujours été celui-là. Toujours été supérieur et l'avait toujours su.
Il haussa nonchalamment les épaules en guise de réponse, et il vit les poings de son père se serrer et se desserrer, convulsivement. Il ne voulait pas s'expliquer car il savait qu'ils ne comprendraient pas.
- Il a toujours eu ça, en lui, murmura Violet.
Sherrinford tourna un regard surpris vers sa mère, qui le fixait, désolée.
- J'ai toujours senti ce petit quelque chose qui détonnait, chez toi. Mais j'ai cru… J'ai cru que tu avais réussi à passer outre. J'ai eu tort de le croire. Mais Je pensais que tu avais réussi à surmonter tout ça. Tu étais si gentil, avec Sherlock, si sociable…
L'aîné des Holmes afficha un court instant une expression surprise, avant de reprendre son air amusé. Sa mère était intelligente, certes, mais pas assez pour avoir pu saisir toute l'ampleur de ce que d'autres appelleraient un problème, mais que Sherrinford considérait plutôt comme le signe de sa supériorité. Elle s'était laissée duper. Comme tous les autres.
- Je suis désolée, Sherrinford.
Des excuses étaient la dernière chose à laquelle il s'attendait. Il aurait voulu des cris, des pleurs, des insultes. Pas cet air navré qui couvrait à présent le visage maternel. Il ne voulait pas d'excuse. Il se tourna vers son père, guettant les réactions attendues, mais celui-ci se contenta de baisser la tête, sans un mot.
- J'aurais pu empêcher cela, continua Violet.
Comment pouvait-elle croire qu'elle aurait eu suffisamment d'emprise sur lui pour l'empêcher de faire ce qu'il voulait ? Comme pouvait-elle croire qu'elle aurait pu le contrôler ? Le changer ? Elle qui était faible, alors que lui était si puissant.
- Non, dit-il, tu n'aurais rien pu faire.
Voyant que Violet s'apprêtait à répliquer il la devança.
- Tu l'as dit, j'ai ça en moi. Et j'aime tellement ce que je suis. Tu n'aurais jamais pu m'en empêcher, maman.
Le dernier mot résonna un moment, moqueur. Violet croisa les bras contre sa poitrine et planta ses yeux bleu-gris dans ceux de son fils.
Elle sembla chercher un instant quelque chose qui lui ferait savoir que son petit garçon roux qui courait dans le jardin en riant était encore là. Bien enfoui, mais pas totalement disparu. Que derrière ces yeux gris sans expression, elle pourrait encore voir le sourire et le rire. Elle aurait aimé voir que son petit garçon n'était pas devenu ce jeune homme qui avait commis un meurtre et semblait avoir apprécié. Elle aurait tant aimé.
Mais au fond des yeux de son aîné, elle ne vit que sa folie, sous jacente, son mépris, sa fierté. Et cette colère, encore brûlante, bien qu'il ne le montre pas, bien qu'il ne la ressente peut-être presque plus. Cette colère qui l'accompagnerait chaque jour de sa vie, prête à exploser à la figure de celui qui l'aurait attisée.
Mais qu'avait-elle fait pour que son petit garçon soit tellement en colère ?
Elle aurait aimé le savoir, mettre un nom, un évènement à l'origine de tout cela. Mais comme elle l'avait dit, il lui semblait que Sherrinford avait toujours eu cela en lui.
C'en était d'autant plus frustrant.
Sherrinford soutint le regard de sa mère aussi longtemps qu'elle continua son analyse silencieuse. Siger, à côté d'elle, ne faisait plus un bruit, plus un geste. Il paraissait entrer dans une bulle de silence et d'immobilité, où il espérait peut-être trouver réponse à ses interrogations.
Quand Violet détourna finalement le regard, son fils aîné put voir que ses yeux brillaient plus que de coutume et que ses fines lèvres tremblotaient légèrement.
Un pincement au cœur, si fugace qu'il devait l'avoir rêver, l'étreignit à cette vision. Cela le déstabilisa légèrement, mais il se reprit vite. Il n'avait rien ressenti. Rien du tout.
Ce fut ainsi qu'il nia ce qui était sans doute la dernière pointe de compassion qu'il ressentirait un jour.
Il demeura silencieux et pensif un long moment après le départ de ses parents. L'euphorie qu'il avait ressentie commençait à doucement s'estomper.
Il comprit alors l'étendue du problème auquel il faisait face. Il allait sans doute finir en prison pour un long moment. A moins qu'on ne préfère l'asile psychiatrique. Dans tous les cas, être enfermé n'était pas une perspective qui le réjouissait. Comment pourrait-il supporter de passer ses journées entre quatre murs alors qu'à l'extérieur il y avait tellement de chose qu'il pourrait faire ? Etre retenu en cage, devoir obéir à des règles qu'il n'aurait pas lui-même fixer. Il grimaça. Il n'endurait pas cela très longtemps avant de devenir complétement fou. Véritablement fou, s'entend.
Ses pensées prirent doucement un autre chemin.
Un sourire désabusé barra son visage. Ses qualités de logicien lui avaient appris que tout problème avait sa solution. Et il lui semblait bien qu'il venait de la trouver.
Mycroft ouvrit péniblement les yeux. Il se redressa, ses paupières papillonnant, et se massa sa nuque douloureuse. Pas étonnant lorsque l'on venait de passer la nuit la tête entre les bras, à moitié couché sur un bureau. Le jeune Holmes ne se souvenait même plus s'être endormi. Il avait attendu le retour de ses parents, parti voir Sherrinford, mais n'avait apparemment pas réussi à rester éveillé.
Il fit tourner la chaise, montée sur roulettes, sur laquelle il était assis et son regard se posa sur la petite silhouette endormie dans son lit. Les boucles brunes de Sherlock lui tombaient devant les yeux et se soulevait au rythme de son souffle régulier, ses poings serraient la couette de Mycroft et sa bouche était crispée. A ses pieds, Barberousse dormait également. Le cocker devait être venu de lui-même, quand il avait senti que son petit maître dormait là, pour une nuit.
Mycroft soupira, tentant toujours de faire passer la douleur de sa nuque. Ses souvenirs de la veille semblaient flotter dans un espèce de brouillard. Il y avait tout d'abord eu le poste de police, où ils avaient attendu leurs parents. Mycroft tenait toujours Sherlock dans ses bras, son petit frère ayant refusé de lâcher son cou. Puis Violet était arrivée, seule, et les avait ramenés sans un mot. Il voyait encore son air pensif, ses yeux absents.
Ils s'étaient tous les trois assis au salon, et Sherlock avait délaissé son frère pour se recroqueviller au coin du canapé. Les yeux bleus d'habitude si vifs n'avaient plus d'éclat.
Il se souvenait qu'il avait passé de longues minutes, peut-être des heures, à observer tour à tour sa mère et son frère, ne sachant décider lequel des deux l'inquiétait le plus.
Siger était rentré. Il entendait encore la discussion animée de ses parents, dans le hall d'entrée. Les cris de son père. La voix calme de sa mère. Et ils étaient partis.
Il s'était retrouvé seul avec Sherlock qui n'avait plus prononcé un mot depuis son faible « Je sais ».
Ils étaient restés ainsi, en silence, jusqu'à ce que les yeux du plus jeune se ferment doucement, le soustrayant enfin aux pensées déroutantes qui l'animaient.
Mycroft avait pris son petit frère contre lui et l'avait monté dans sa chambre. Il avait légué son lit à Sherlock, pensant ainsi pouvoir garder un œil sur lui jusqu'à ce que leurs parents rentrent et qu'il puisse aller se coucher.
Il s'était assis à son bureau, et son regard avait glissé sur ses devoirs qu'il aurait dû rendre le lendemain. Des devoirs qu'il avait rédigés seulement quelques heures plus tôt. Quand tout cela n'était pas encore arrivé. Quand Sherlock n'avait pas vu son frère poignardé un homme. Quand lui-même n'avait pas encore vu cette folie dans les yeux de Sherrinford. Quand tout était encore comme avant. Il n'aurait jamais cru qu'il regretterait un jour leur vie qu'on ne pouvait guère qualifiée d'ordinaire, leur vie épuisante, où il lui semblait constamment qu'il était inutile. Mais pourtant, là, alors qu'il regardait ses cours soigneusement classés, une larme avait lentement dévalé sa joue, s'écrasant sur une page de son livre d'histoire. Etait-ce une larme de regret, de peine ou de colère ? Sans doute un mélange des trois.
Il avait compris, à cet instant, qu'il ne retrouverait jamais leur normalité déroutante. Sherrinford allait finir dans un endroit un peu plus approprié pour lui, il allait sortir de leur vie, brutalement. Et même si Mycroft avait eu du mal à l'admettre, son grand frère laisserait un vide derrière lui. Il s'était doucement souvenu du garçon roux qui avait trois ans de plus que lui et qui lui apprenait à faire de la balançoire. De ce garçon roux, qui lui avait présenté, alors qu'il n'avait que sept ans, une petite chose qui allait devenir le nouveau membre de leur famille. De ce garçon roux qui avait changé, petit à petit, pour devenir cet adolescent, presqu'adulte, qu'il s'efforçait de mépriser. Mais qu'il ne pouvait s'empêcher d'aimer malgré tout. Parce qu'un frère restait un frère.
Et ce frère, il l'avait perdu, ce soir.
Alors une autre larme avait suivi la première, et une autre encore.
Mycroft s'était laissé aller à pleurer, silencieusement pour ne pas réveiller son petit frère. C'était sans doute peu après qu'il s'était endormi, tête posée contre le set de table en cuir qui protégeait son bureau.
Sherlock remua dans son sommeil et ses yeux papillonnèrent. Mycroft se leva pour s'agenouiller à côté de lui.
- Bonjour, pe…
Le « petit frère » resta bloquée dans sa gorge, refusant d'être prononcé. C'était Sherrinford qui les appelait ainsi.
- Bonjour, se reprit-il.
- Bonjour, murmura la voix endormie de Sherlock.
Le plus jeune des Holmes se demanda un instant ce qu'il faisait coucher dans le lit de Mycroft. Puis la soirée de la veille heurta sa mémoire avec la force d'un raz-de-marée.
Il y avait eu du sang, tellement de sang. Et le couteau aussi, il l'avait reconnu. C'était le couteau de chasse de grand-père. Mais ce n'était pas grand-père qui tenait le couteau, et ce n'était pas une biche qui se retrouvait de l'autre coté de la lame.
C'était la main pâle de Sherrinford qui serrait le manche et un homme au teint mat qui la recevait en pleine poitrine. Trois fois. Sherrinford avait frappé trois fois.
Les yeux de Sherlock se fermèrent douloureusement, tentant d'empêcher les souvenirs de l'emporter avec eux.
Mycroft vit les traits de son petit frère se crisper et il posa une main rassurante dans ses boucles. Sherlock mordit sa lèvre mais rouvrit les yeux au contact.
Ce que Mycroft vit au fond des deux prunelles bleu qui le fixaient, il sut qu'il s'en souviendrait toute sa vie. Il y avait de la peur, de l'angoisse. Il y avait de l'incompréhension, de la douleur. Et il y avait cette pointe d'absence. Cette absence qui avait empli tout le regard, la veille.
Sherlock semblait lutter pour ne pas retourner là où son esprit l'avait conduit la veille, pour ne plus se taire en se recroquevillant.
Mycroft laissa sa main glisser sur l'épaule de son cadet, et la pressa doucement, tentant de montrer son soutien.
Il y avait tellement de sang, plus que Sherlock ne pouvait en voir. Il ne voulait plus le voir, il voulait oublier. Oublier aussi, ce regard fou. Oublier, surtout, celui à qui il appartenait.
Mycroft vit le regard de Sherlock commencer à se voiler. Son petit frère allait à nouveau se murer. Comment lui en vouloir ? Il n'avait que sept ans. A sept ans, on n'encaissait pas ce genre de chose. On ne pouvait pas voir son frère poignarder un homme et réagir bien. Même quand l'on s'appelait Sherlock Holmes.
Mais Mycroft refusa de perdre à nouveau l'éclat d'intelligence dans les yeux de son cadet. Il ne voulait plus voir le regard terne et sans expression qu'il avait eu de trop longues heures, la veille. Il refusait de perdre un deuxième frère.
- Tu te souviens de miss Jenkins ?
Sherlock sembla remonter difficilement à la surface de ses souvenirs trop envahissants, trop durs à supporter.
- La vieille dame qui vivait en face ?
Mycroft hocha la tête, fixant ses yeux dans ceux de son frère. Il espérait que son regard pourrait maintenir l'éclair d'intérêt qui barrait celui de son frère.
- Oui, celle qui avait trente-six chats.
- Trente-huit, elle en avait trente-huit, le corrigea Sherlock, en se redressant sur ses coudes.
Son aîné acquiesça à nouveau.
- Tu te souviens de la fois où on s'était introduit dans son jardin, avec Sherrinford ?
Le visage enfantin se crispa légèrement à l'entente de ce nom, mais le souvenir qu'il gardait de cette journée suffit à le faire penser à autre chose.
- Sherrinford avait décidé de voler un de ses chats, il disait que ce serait chouette, d'avoir un animal à nous. Il avait dit qu'il avait besoin de moi. Et toi…
- Je vous avais suivi pour vous en empêcher, acheva Mycroft.
Un petit sourire étira les lèvres fines de Sherlock.
- Tu n'as pas réussi à passer la barrière.
Mycroft sourit à son tour, se souvenant de la palissade en bois trop haute pour lui, alors âgé de douze ans. Il n'était pas aussi agile qu'un Sherlock de cinq ans ou que Sherrinford.
- Et quand Sherrin a mis la main sur un des chats, la vieille Jenkins est sortie en hurlant.
- Elle l'avait vu par la fenêtre de sa cuisine, compléta Mycroft.
Sherlock continua :
- Elle nous a crié dessus et nous a finalement proposé de prendre un thé.
Mycroft songea que l'air amusé de son frère à cet instant valait tout l'or du monde.
- Elle a même été ouvrir son portail pour que je me joigne à vous, précisa t'il encore.
- Tout était rose, chez elle.
Il eut un petit rire et Mycroft acheva :
- C'était d'un cliché. La vieille dame adoratrice de chats et dont le salon ressemble à l'intérieur d'une meringue rose.
Sherlock hocha la tête, un fin sourire demeurant sur ses lèvres. Le souvenir n'était pas vraiment amusant, l'après-midi avait même été plutôt ennuyant, mais ce n'était pas ça l'importance. C'était un souvenir du temps où Sherrinford leur paraissait encore être un grand frère aimant, du temps où Mycroft commençait à peine à se rendre compte de la douce folie qui habitait son aîné. C'était un souvenir d'innocence. Et c'était se rappeler que ça avait existé qui leur faisait du bien, à tous les deux.
Mycroft jeta un regard à Barberousse qui les fixait, s'étant sans doute réveillé pendant leur conversation. Il sembla considérer le regard de Mycroft comme un appel, et vint aussitôt se blottir contre le ventre de Sherlock. Le cadet des Holmes passa la main dans la fourrure de son ami, et Mycroft s'amusa un instant à le gratter derrière les oreilles.
- Mycroft, murmura soudainement Sherlock.
L'aîné se tourna vers lui, interrogatif.
- Est-ce que c'est mal ? demanda le plus jeune.
- Quoi ça Sherlock ?
Il sembla hésiter, mordilla sa lèvre, et cessa ses mouvements circulaires contre le flanc de Barberousse.
- De continuer à l'aimer. Malgré tout ce qu'il a fait.
Le regard de Mycroft s'échappa un instant, parcourant la pièce du regard. Quand il revint se poser sur son petit frère, Mycroft souffla :
- Non. Non, ce n'est pas mal, Sherlock. Il n'y a que toi que cela fait souffrir.
Le cadet ne réagit pas à la dernière phrase. Pourtant, il l'avait bien comprise.
Mycroft et Sherlock restèrent encore un long moment ainsi, les mains dans la fourrure chaude de Barberousse, leur esprit respectif occupé de leur côté.
Si les chiens pouvaient penser, on aurait pu dire que Barberousse sentait la tristesse ambiante qui émanait de ses jeunes maîtres. On aurait pu dire que s'il avait posé sa truffe contre la joue de Sherlock, laissant ainsi l'enfant échapper un petit rire, c'était dans l'intention de le réconforter. C'était peut-être vrai après tout.
Mycroft secoua la tête, chassant ces pensées saugrenues.
Voilà, un petit chapitre calme, mais bon, Sherrinford ne peut pas assassiner quelqu'un à chaque page. Si...?
Comme d'habitude, j'attends vos avis :D!
A la semaine prochaine, pour le dernier chapitre, où apparait pour la première (et dernière) fois, un certain James Malcom. Non, ne cherchez pas à vous souvenir de qui il s'agit, je l'ai inventé. Mais il aura sa petite importance, croyez-moi ;).
Kisssss lecteurs de mon coeur!
