RESUME: Devant une petite maison au bord de la route, un garçon de sept ans attend. Il attend celui qui viendra égailler sa journée, parce qu'il s'ennuie et qu'il n'a personne avec qui jouer. A l'intérieur, un adolescent de quatorze ans s'attelle à ses devoirs, trop concentrer pour songer à son jeune frère. Et, en route pour chez lui, un jeune homme arrive à grands pas, ne pensant à aucuns de ses deux frères, mais plutôt à la jolie blonde à son bras. Leurs noms sont Sherlock, Mycroft, et Sherrinford Holmes, et ceci est le début de leur histoire.

COMMENTAIRE: Hello les lecteurs! Comment allez vous ? De mon coté, un peu triste, je dois l'avouer. Ceci est le dernier chapitre, et bon, voilà quoi, ça va me faire bizarre de ne plus revenir chaque dimanche poster un nouveau chapitre :(. Brefons, l'instant mélancolie, je le continue en fin de chapitre ( dans un longue, longue note d'auteur). Concernant le chapitre, et bien, voilà, c'est le dernier ( woua, quelle éloquence XD). Je pense bien que c'est le plus long posté jusqu'ici, il faut croire que je n'ai vraiment pas envie d'abandonner mes trois petits Holmes XD. Comme promis, voici l'apparition de James Malcom, personnage très secondaire, qui ne sert presque à rien mais que je me suis bien amusé à créer. J'espère que cette fin vous plaira, qu'elle ne vous décevra pas en tout cas. Bonne lecture! ( allez, courage, il ne reste qu'un chapitre ;)).

RAR : Bee : Eh oui, il fallait bien que ça se termine un jour ;). Pour mes projets, j'en parle en fin de chapitre ! Merci pour ta review, j'espère que la fin te plaira! :D.

DISCLAMER: Les personnages de Sherlock et Mycroft Holmes appartiennent à Sir Arthur Conan Doyle, les noms de Sherrinford, Siger, et Violet Holmes sont issus du livre "Holmes de Bakerstreet", écrit par William S. Baring-Gould, et cette fic reprend la version de la série BBC "Sherlock", co-créée par Mark Gatiss et Steven Moffat


James Malcom avait toujours été un gars honnête, qui avait un travail honnête et menait donc une vie tout ce qu'il y a de plus honnête. Marié depuis ses vingt-cinq ans, une femme merveilleuse et deux beaux enfants, un travail et un toit, bref, une vie calme et une routine bien installée, ce qui n'était pas pour lui déplaire.

Devenir policier avait été un rêve d'enfant. Et bien que le rêve et la réalité était complétement à l'opposé l'un de l'autre, il n'avait jamais eu à se plaindre. Il passait le plus clair de ses journées au poste de police, prenant les appels et s'occupant des rares prisonniers qu'ils hébergeaient parfois pour une nuit, le tant qu'ils dégrisent, dans l'une des trois cellules de son commissariat, qui n'en avait pas besoin de plus, tant le quartier était calme.

Le peu d'agitation lui convenait à ravir, et quand il arrivait, environ une fois par semaine, qu'une affaire plus grave retienne leur attention, cela ne dépassait généralement jamais l'agression.

James aimait sa routine, il aimait sa tranquillité relative, et par-dessus tout, il aimait être tenu loin des ennuis.

Ce fut dans cette mentalité qu'il fut contraint d'accueillir, la veille au soir, dans une de ses cellules, un jeune homme roux. Il aurait pu penser à un nouveau junkie arrêté sur la voix public, aurait pu se mettre mentalement à pester contre cette jeunesse qui partait dans tous les sens et se mettre à prier pour que ses deux fils n'empruntent pas cette voie, une fois un peu plus grands.

Il aurait pu, si le jeune homme n'avait pas eu ces taches de sang sur ses vêtements, et ce regard brillant d'une douce folie, tandis que ses lèvres, en le voyant, s'étiraient en un sourire moqueur.

Les yeux aciers avaient parcouru son corps bedonnant, s'étaient arrêtés à quelques plis dans ses vêtements, sur son crâne déjà un peu dégarni et les lunettes rondes qu'il portait en bout de nez.

James n'avait pas eu le temps de songer à cette analyse dont il venait de faire l'objet, en à peine quelques secondes, qu'un de ses collègues enfermait déjà le jeune homme. On lui avait remis son dossier, puis on l'avait laissé seul. Seul comme toujours, pour trois cellules, pas besoin de plus d'un gardien.

Alors que, bien décidé à passer outre ce nouveau résident bien intriguant, il allait retourner s'asseoir, une voix claire avait brisé le silence du poste. Nul besoin pour James de tergiverser très longtemps pour en deviner le propriétaire : il était tout bonnement seul avec le jeune homme roux, dont le nom étrange s'étalait sur le dossier qu'il tenait encore en main.

- Je pourrais avoir de l'eau, s'il vous plaît ?

Le ton poli déstabilisa un instant le pauvre gardien. Il ne voulait pas savoir ce que ce Sherrinford Holmes (avait-on idée de donner un nom pareil à ses enfants ? Puis on s'étonnait qu'ils tournaient mal) avait fait pour se retrouver là ce soir, mais il se doutait que le sang n'était pas anodin. Il s'était attendu à une voix rauque et insultante, pas à ce timbre d'enfant de bonne famille. Il avait apporté son eau au prisonnier, sans plus se poser de questions, parce que les questions, cela ne menait jamais à rien de bon, il fallait en croire son expérience.

- Merci. Quel est le score ? avait encore demandé ce Sherrinford, en buvant au gobelet que James venait de lui faire passer à travers une ouverture prévue à cet effet.

Pour le coup, le gardien avait été complétement décontenancé. Comment ce gamin pouvait-il savoir qu'il écoutait les matchs de foot à la radio durant ses heures de travail ? Il avait toujours dissimulé ce petit fait, et personne, à sa connaissance, n'en avait jamais rien su.

- Deux à trois en faveur de Manchester, avait-il bégayé.

Le jeune homme avait hoché la tête, ce que James avait pu parfaitement voir à travers l'ouverture grillagée, au niveau des yeux, pratiquée dans la porte.

- Logique, ils ont une meilleure défense.

Cette affirmation n'était pas pour plaire à James, qui s'était empressé de démentir. C'en était suivi une conversation qui avait duré jusqu'à la fin de son service. Conversation au cours de laquelle, d'ailleurs, James s'était retrouvé, il ne savait trop comment, assis sur un lit de la cellule, à côté de son prisonnier, agitant les bras et levant la voix avec dévotion pour son équipe, oubliant presque les traces de sang sur les habits de Sherrinford. James avait quitté le poste, un peu hébété, mais assez content, en se demandant tout de même ce qui avait bien pu l'amener à parler si passionnément avec un prisonnier. Il avait haussé les épaules au moment de rentrer chez lui. Peu importait, après tout. Il avait rarement eu l'occasion de discuter ainsi de son passe-temps. Il était très content, finalement.

C'était dans cet état d'esprit qu'il revenait ce matin, prendre la place du gardien de nuit, qui, d'ailleurs, n'était pas là. Sans doute était-il parti plus tôt, appelé en urgence chez sa femme. Il se souvenait vaguement que celle-ci devait bientôt accoucher, son collègue, dont il arrivait à situer le visage mais pas le nom, lui en avait parlé, quelques jours plus tôt.

Quand il s'installa à son bureau, James eut l'étrange sensation qu'il lui manquait quelque chose, sans qu'il ne pût mettre un nom dessus. Il avait aussi bien envie de retourner voir ce Sherrinford, qui, après tout, lui était bien sympathique. Mais avant, il avait quelques dossiers à consulter, et il se mit au travail, sans plus tarder.

Ce fut ainsi qu'il était déjà onze heures du matin passé quand il avança de son pas dandinant vers la cellule qui abritait le jeune homme. Quand il jeta un coup d'œil par les barreaux, et qu'il la trouva vide, il crut d'abord s'être trompé de numéro. Mais en revérifiant, il se rendit compte que son prisonnier devait bien se trouver là. Un peu tremblant, il passa en revue chacune des cellules. Lorsqu'il arriva à la troisième, il sentit son cœur s'arrêter un court instant, et de grosses perles de sueur se mirent à rouler sur son front.

Il revérifia les cellules, encore et encore, puis finit par s'arrêter, saisi par un détestable tournis.

Il venait de se rendre compte de ce qu'il lui manquait. Ses clefs, d'ordinaire accrochées à sa taille, n'étaient plus là.

Le cœur au bord des lèvres, les jambes tremblantes, James Malcom tituba jusqu'aux toilettes. Dans l'intention d'y régurgiter son repas, ou de simplement se verser de l'eau sur le visage, il poussa la porte d'une main livide.

Et ce fut là qu'il se figea. Affalé au sol, sous les lavabos, le gardien dont James ignorait le nom papillonnait des yeux en geignant douloureusement. Du sang séché maculait son visage, et une ficelle que James identifia comme venant de son tiroir à fourniture lui serrait les mains et les jambes.

Et James sut qu'il était fini. Il lui sembla que sa tranquille vie routinière s'éloignait de lui en agitant la main. Il ne put rien faire d'autre que de lui rendre son salut et de se précipiter sur son téléphone.


Mycroft fixait son père, apparu il y avait quelques instants dans l'embrasure de la porte de sa chambre, sans comprendre. Il coula un regard vers Sherlock. Son petit frère affichait une étrange expression, entre la stupeur, le doute et l'incompréhension.

Il tourna à nouveau la tête vers Siger, attendant qu'il lui répète ce qu'il venait d'annoncer.

- Sherrinford s'est enfui. Il faut qu'on aille au poste.

Sherrinford. S'enfuir.

C'était fou ce que deux mots totalement ordinaires pouvaient perdre tout leur sens une fois mis dans la même phrase. Mycroft sentit Sherlock se raidir, derrière lui. Il lui jeta un coup d'œil et vit que son petit frère avait pris un air totalement fermé. Ses yeux ne trahissaient plus aucune émotion, et ses lèvres conservaient une moue droite, inerte.

Tandis que Mycroft assimilait lentement les quelques mots qui avaient jailli de la bouche de leur père, gelant l'atmosphère de la chambre, Sherlock se sentit se couper du monde.

Il vit Mycroft se lever lentement, il entendit leur père leur dire de s'habiller. Il se sentit bouger pour regagner sa chambre, Barberousse collé aux talons. Il vit les vêtements qu'il jetait pêle-mêle sur son lit, il perçut les mouvements qu'il fit pour les enfiler.

Il savait qu'il faisait tout cela, mais il n'arrivait plus à avoir la moindre pensée cohérente.

Il descendit au salon, tel un automate, ne réagit pas quand sa mère, le visage défait, le prit dans ses bras, quand Mycroft arriva pour demander ce qu'il s'était passé, d'une voix éraillée. Il monta dans la voiture familiale sans un mot, passa le trajet à ignorer les coups d'œil inquiets de Mycroft, les sanglots étouffés de Violet, le visage pâle de Siger.

Il voyait tout cela, sentait l'odeur du parfum de sa mère, de l'après rasage de son père, entendait le souffle de Mycroft, à côté de lui. Mais son esprit refusait de donner un sens quelconque à tout cela.

En sortant de la voiture, Sherlock adopta un pas mécanique, suivant ses parents, ne réagissant pas à la paume de Mycroft qui venait de se poser contre son épaule.

Il se retrouva devant une cellule vide à la porte ouverte. Ses parents se mirent à parler avec un petit homme assez enveloppé, sa mère sanglota, son père cria. Lui resta là, à contempler cette cellule où il savait que Sherrinford aurait dû se trouver, allongé sur ce lit à l'air inconfortable, son éternel sourire railleur sur le visage, ses cheveux roux en pagaille sur son oreiller.

Sherrinford aurait dû être là, mais il n'y était pas. Il n'y serait plus jamais.

Les yeux de Sherlock papillonnèrent quand il prit brusquement conscience de cela. Son frère était parti. Il s'était enfui. Et on ne s'enfuyait pas pour revenir.

Son grand frère ne reviendrait pas. On allait le chercher mais on ne le retrouverait pas. Parce que c'était Sherrinford.

Il ne le verrait plus, cet air moqueur sur son visage, il ne les entendrait plus, ses mensonges auxquels il voulait pourtant tellement croire.

Il sentit son cœur se mettre à le brûler, et ses yeux commencèrent à le piquer. Ses petits poings se serrèrent le long de son corps. Il avait tellement mal.

Et c'était injuste. Injuste qu'il n'y ait que lui pour souffrir de ce frère qu'il aimait encore malgré tout. Qu'il aimerait encore toujours, sans doute.

Le regard bleu se durcit légèrement. C'était injuste, que ce soit lui qui ait mal. Injuste que ce soit lui que les souvenirs, heureux comme malheureux, les souvenirs de son frère, brûlent. Injuste que ce soit dans sa poitrine que ce vide immense commence à se creuser.

Injuste parce qu'il n'avait rien fait. Rien fait d'autre qu'aimer son frère. Encore maintenant.

Il se haït d'être aussi faible. Il haït ces sentiments, qui semblaient le brûler de l'intérieur. Il voulut haïr celui qui était la cause de tout cela. Mais il ne put pas. Et il se haït encore plus. Tout cela c'était la faute de ce sentiment stupide. S'il n'avait pas aimé Sherrinford, il n'aurait jamais eu aussi mal. Son cœur ne se serait pas consumer de la sorte.

Il n'aurait pas eu cette boule au travers de sa gorge, cette furieuse envie de pleurer qu'il combattait de toutes ses forces.

Une colère sourde fit mine de vouloir commencer à courir dans ses veines. Il l'en empêcha. Il ne pouvait pas se mettre en colère, car cela ne lui ferait encore que du mal à lui. Et à lui seul. La rage le brûlerait de l'intérieur, aussi sûrement que l'amour.

Aussi sûrement que n'importe lequel des sentiments.

Les sentiments étaient une faiblesse humaine. Une faiblesse ordinaire. Il ne voulait plus y céder. Il ne voulait plus rien ressentir. Pas si cela le faisait encore souffrir.

Les yeux du garçon cessèrent de le piquer, et il détendit ses poings. Sa gorge se dégagea et il respira profondément. Les sentiments étaient une anomalie chimique, il l'avait lu dans un des livres de Mycroft. Présente chez les faibles et les perdants.

Il ne voulait être aucun des deux.

Alors il ignora le vide brûlant de sa poitrine et jeta un dernier regard froid à la cellule. Ce n'était plus qu'une pièce vide. Il tenta de s'en persuader.

Sherlock pivota pour regagner la sortie, ne prenant pas la peine de prévenir ses parents, puisqu'après tout, il comptait les attendre à l'extérieur.

Une fois devant la porte du commissariat, il s'adossa à un mur, et attendit que les pas qu'il avait entendus le suivre le rejoignent.

Mycroft jeta un regard à la silhouette de son frère, appuyé contre le mur. Les yeux calmes et froids regardaient droit devant lui, semblant passer chaque détail de la rue au peigne fin.

Mycroft vint s'adosser aux côtés de son cadet, et laissa son regard imiter les mouvements de celui de Sherlock.

Intérieurement, Mycroft se battait encore contre des émotions contraires. Pouvait-on vraiment être à la fois triste, soulagé et en colère ? Il fallait le croire.

Il se sentait perdu. Complétement largué. La veille il songeait que la prochaine fois qu'il verrait son frère, ce dernier serait derrière des barreaux. Aujourd'hui, il ne savait même pas si Sherrinford ferait un jour un nouveau passage dans sa vie.

Il ne savait même pas s'il espérait que ce soit le cas. Voulait-il vraiment que tout cela recommence ? Les mensonges, la violence, les cris ?

Il n'en avait aucune idée.

Le visage de Sherrinford traversa son esprit. Il sentit brusquement un poids tomber sur ses épaules. Il ne le reverrait plus. Il ne fallait pas se poser plus de questions. S'il s'était enfui, c'était pour ne pas revenir.

Mycroft sut alors lequel de ses sentiments dominait tous les autres. La tristesse. Il était infiniment triste. En deuil, presque. Pour la deuxième fois en deux jours, il eut brusquement envie de pleurer.

- Il est parti.

La voix de Sherlock brisa le silence qui s'était installé entre les deux frères. Mycroft acquiesça douloureusement à la constatation de son petit frère. Il sentait ses yeux le brûler et sa gorge le nouer. En deuil de son grand frère.

Il baissa le regard, pour le porter sur Sherlock, cherchant sur le visage impassible de son cadet l'écho de ses propres sentiments, de sa tristesse. Mais rien ne semblait animer les traits de Sherlock. Il se contentait de continuer à fixer la rue, les traits inexpressifs.

- Il est parti à cause de nous.

Mycroft voulut démentir l'affirmation de son petit frère, mais les mots restèrent bloqués dans sa gorge. Parce que ce qu'il aurait voulu nier, c'était la culpabilité de Sherlock, leur culpabilité. Mais dans le ton plat et neutre de son cadet, il n'y avait pas trace de culpabilité. Sherlock ne faisait qu'énoncer une évidence, un fait. Aucun sentiment n'avait à voir là-dedans.

Mycroft referma donc la bouche, incertain. Sherlock tourna brusquement la tête vers son aîné.

- Je ne dis pas ça pour m'apitoyer. Mais son départ, c'est à cause de nous.

Le visage de Sherlock était impassible, neutre. Comme s'il parlait de la pluie et du beau temps. Mycroft fixa les traits de son petit frère, décontenancé. Ce n'était pas la réaction que Sherlock aurait dû avoir. Il devrait être triste ou en colère, pleurer ou crier, où même avoir l'air absent qu'il avait eu la veille. Mais pas cette expression ennuyée, pas ce regard froid. Ça, ce n'était pas son frère.

Mycroft comprit brusquement. Non, cela, ce n'était pas le Sherlock habituel. C'était un garçon qui en avait assez de souffrir, qui ne supportait plus la douleur que ses sentiments lui avaient infligé. Et qui avait donc choisi de les ignorer.

Parce qu'avoir mal le faisait se sentir faible et vulnérable, que ses larmes le dégoûtaient.

Parce qu'il voulait être fort.

- Sherlock, murmura Mycroft, tu as la droit d'être triste, tu sais. C'est normal.

Lui, il l'était bien, triste.

Sherlock leva vers lui un regard hautain.

- Ce qui est normal est ordinaire, et ce qui est ordinaire est ennuyant, énonça t'il platement, en retournant à l'observation de la rue.

- Pas tout le temps, corrigea Mycroft.

Il savait que son intervention tomberait dans l'oreille d'un sourd. Sherlock n'admettrait jamais une chose pareille.

Cependant, Les paroles de son grand frère perturbèrent Sherlock suffisamment longtemps pour que les souvenirs qu'il s'efforçait à tenir à distance refassent surface.

Il se revit, attendant Sherrinford, perché sur le toit. Il vit son frère arriver, une fille avec lui. Ou encore Barberousse dans ses bras, emmailloté dans son pull boueux. Il entendit encore son rire, sa voix, il sentit encore ses yeux gris se poser sur lui, cette lueur admirative – qu'il savait désormais fausse- brillant dans le regard.

Il pourrait être triste, à savoir que plus rien de semblable n'arriverait jamais, qu'il ne reverrait jamais son frère rire et sourire. A la place, il ne sentit que le gouffre s'ouvrir à nouveau dans sa poitrine. Un gouffre, rempli de vide. Le vide que son frère avait laissé.

Un amer goût d'abandon empli la bouche du petit garçon brun au teint trop pâle.

Il ferma les yeux un court instant. C'était encore lui qui souffrait. Et il ne voulait pas.

Ne plus rien ressentir. Juste, ne plus rien ressentir.

Quand il rouvrit les yeux, se fut pour tourner un regard condescendant sur son grand frère.

- Etre affecté n'est pas un avantage, Mycroft. Les sentiments nous détruisent de l'intérieur. Pourquoi devrions-nous souffrir par la faute des autres ?

Mycroft regarda cet enfant, qui n'en était pas vraiment un, cherchant dans les yeux bleu-gris une trace de cette souffrance, de ces sentiments que Sherlock ne pouvait pas encore avoir totalement annihilé. Mais il ne trouva rien.

Les sourcils de Mycroft se froncèrent légèrement, et il se mit à réfléchir à ce que son petit frère venait de dire. Si un garçon de sept ans arrivait à repousser loin de lui ses sentiments négatifs, arrivait à ne pas souffrir, peut-être le pouvait-il aussi ? Il en avait également assez d'être affecté, comme disait Sherlock. Cela devrait être si tranquille de ne rien ressentir.

Son regard parcourut à nouveau la rue. Ses propres souvenirs avec Sherrinford l'envahir. Il y eut tout d'abord ses souvenirs d'enfant, heureux. Puis il y eut ceux des trois, quatre, dernière années, depuis qu'il s'était rendu compte de qui était vraiment son grand frère.

Ses poings se serrèrent. Il ne se souvenait désormais plus que de la colère. Et même de cette colère, chaude, brûlante, il n'en voulait plus. Elle l'épuisait, lentement, à petit feu, mais elle l'épuisait sûrement.

Il vivait dans un monde incompatible avec son géni, il l'avait depuis bien longtemps compris. Alors, peut-être serait-il temps pour lui d'arrêter de vivre comme l'entendait ce monde. D'arrêter de faire preuve des mêmes sentiments niais, qu'après tout, il n'avait jamais véritablement supporté, que le reste de ce monde.

Peut-être devait-il tout simplement se rendre insensible à tout cela. Enfermer son cœur dans une prison de glace, pour ne plus laisser un autre Sherrinford, une autre personne, le blesser à nouveau. Le faire souffrir.

Il baissa lentement les yeux sur Sherlock, qui le fixait toujours, attendant sa réaction.

- Etre affecté n'est pas un avantage, répéta Mycroft. Tu as sans doute raison, mon cher frère.

Il adressa un pâle sourire à Sherlock, qui ne le lui rendit pas.

Pendant un instant, un court instant, le cadet souhaita que son frère l'ait contredit.

Mycroft lut la brève hésitation dans le regard de son frère. Au fond de lui, il eut brusquement envie que Sherlock ne prenne pas la même décision que lui, ne se coupe pas totalement du monde et des sentiments. Il était trop jeune, encore trop fragile. Mais son regard se durcit. Les rêves et la naïveté enfantins avaient failli le briser une fois. Jamais il ne laisserait cela se reproduire. Il aiderait, forcerait si il le fallait, Sherlock à s'endurcir. Pour le protéger de ce monde qui n'était pas pour eux.

La prison de glace fondit légèrement. Parce qu'il l'aimait.

C'était une constatation douce à faire. Oui, Mycroft ne voulait plus rien ressentir. Mais jamais, jamais, il n'effacerait l'amour qu'il avait pour son petit frère. Alors, peut-être, peut-être seulement, qu'il laisserait parfois la glace fondre. Mais pour Sherlock. Seulement pour Sherlock.

Les deux Holmes restèrent encore longtemps ainsi, côte à côte, tandis qu'au-dessus d'eux, les nuages amoncelés commençaient doucement à laisser échapper les premiers flocons de l'année. Aucun deux ne disait mot, aucun d'eux ne faisait le moindre mouvement.

Mais au fond d'eux, ils pensaient la même chose. Ils étaient frères, et cela, cela ne changerait jamais.


Sherrinford regardait la Tamise, qui s'agitait sous ses pieds. Il était assis sur le muret, le garde-fou où ne montaient que les suicidaires et les enfants qui échappaient à la surveillance de leur mère.

Il n'était ni l'un, ni l'autre, mais braver cette eau agitée en balançant ses pieds à plusieurs mètres de la surface lui tirait un sourire goguenard. Le risque de glisser, de tomber, de frapper l'eau glacée de plein fouet alors qu'il n'y avait personne pour le sortir de là, ne l'effrayait pas. Parce qu'il savait qu'il ne tomberait pas. Il savait qu'il pourrait vaciller au bord du gouffre autant qu'il le voudrait, jamais il ne tomberait. Parce qu'il était lui, et qu'il ne tombait jamais.

Le vent vient ébouriffer ses cheveux, déposant un peu de givre entre ses mèches. Il avait neigé, dans l'après-midi, mais il n'y avait pas fait attention, trop occupé qu'il était à enchaîner le stop et le bus pour finalement atteindre sa destination : Londres.

Londres, où perdu au milieu de million d'habitants, on mettrait plus longtemps à reconnaître son visage que les infos, il le savait, devait avoir diffusé dans la soirée.

Il faisait nuit à présent, et personne ne l'avait encore interpelé.

Un meurtrier en fuite, c'était ce qu'il était à présent. Et étrangement, cela lui plaisait bien.

Fuir de cette cellule de quartier avait été presque facile. Facile de subtiliser les clefs de cet idiot de gardien, en lui souriant, avenant, en le manipulant comme il savait si bien le faire. Facile de sortir, plus tard dans la nuit. Facile de bondir sur le policier qui assurait la surveillance, avant que celui-ci n'ait eut le temps de se lever. Facile de l'assommer grâce à une statuette indienne qu'il gardait sur son bureau. Facile de le traîner jusqu'au toilettes, et de l'attacher, s'assurant ainsi, au minimum, quelque heures d'avance.

Oui, cela avait été facile. Au point de se demander pourquoi il n'y avait pas plus d'évasion lors des gardes-à-vue. Probablement parce que ceux qui en connaissaient, savaient que, dès le lendemain, ils seraient libres, sans doute aussi parce qu'ils n'avaient pas un visage enjôleur et un sourire séduisant.

Le passage d'un bateau détourna l'attention de Sherrinford un court instant.

Il se demanda si les personnes, à son bord, avaient écouté le journal du soir, si elles connaissaient son nom. Cette pensée lui plût, énormément.

Un autre coup de vent s'engouffra dans son manteau, volé quelques heures plus tôt dans un grand magasin, avec d'autres affaires pour remplacer sa tenue tachée de sang. Il grelotta. Cela le ramena à la réalité immédiate.

Il avait réussi un coup de maître, tuant puis s'enfuyant, prouvant bien ainsi à quel point personne n'avait d'emprise sur lui, à quel point il était supérieur.

Mais il était désormais seul. Seul et frigorifié, sans toit sous lequel dormir, sans avenir.

Cette constatation n'était pas à son goût, et il esquissa une grimace agacée. Pourtant, elle était vraie, et il lui faudrait bien l'admettre.

Lui qui s'était imaginé aduler, réussissant tout ce qu'il entreprenait, sous les yeux éblouis du monde, ne pouvait plus désormais relever la tête sans qu'on ne reconnaisse en lui quelqu'un à enfermer.

Pendant un instant, ses traits se brisèrent, pendant un instant, il réalisa ce qu'il avait fait, ce que cela signifiait, pendant un instant, il regretta ce qu'il l'avait conduit sur ce muret. Pendant un instant, il vacilla près, trop près, du gouffre.

Puis une main s'abattit sur son épaule, et il tourna vivement la tête, poings serrés, mâchoires contractées. Son regard se posa sur une haute silhouette, celle d'un homme, vingt-cinq ans peut-être, qui s'était déjà reculé. Il laissa le temps à Sherrinford de bondir du bon côté du muret, toujours en position de garde, avant de lâcher :

- T'as l'air seul, gamin.

Il suffit d'un coup d'œil à Sherrinford pour détailler l'inconnu dans la pénombre. Bruns, yeux noisette, mâchoires carrés. Pas armé. Les épaules du roux se détendirent imperceptiblement, tandis qu'il relevait la tête, le regard froid.

- Et alors, tu es seul aussi.

L'homme passa une main sur sa barbe de trois jours.

- Pas autant que toi.

Sherrinford haussa un sourcil.

- Qu'est-ce que tu veux ?

L'homme passa la main à l'intérieur de l'épaisse veste qu'il portait, et en sortit un sac en plastique, lui-même rempli avec des sachets, plus petits, remplis de poudre blanche.

- Je voudrai savoir si tu pouvais vendre ça. Pour moi, et mes amis.

Sherrinford aurait pu croire que le dealer lui demandait cela parce qu'il avait vu en lui un gamin paumé, l'avait abordé parce qu'il le pensait facile à recruter, facile à manipuler. Mais quand ses yeux gris croisèrent le regard brun, il sut. Il sut que cet homme l'avait reconnu, qu'il avait vu son visage à la télé. Et que c'était sans doute pour ça, qu'il faisait un pas vers lui.

- Je ne trempe pas là-dedans, répondit le roux, sans pour autant reculer.

- C'est bien payé. Et tu auras un toit.

Leurs yeux se croisèrent à nouveau. Et Sherrinford sut encore que cet homme voulait autant l'aider que profiter de lui. Et cela ne lui plût pas. Parce qu'il était lui, qu'il n'avait pas besoin qu'on l'aide, qu'on se soucie de lui. Parce que c'était lui qui se servait des autres, et pas l'inverse, certainement pas l'inverse.

Mais son regard se posa alors sur le sac, et il vit la route que cela lui ouvrait.

Il se vit, les premiers mois, montant les échelons avec aisance du gang, ou du cartel, pour lequel on essayait de le recruter, il se vit s'enrichir rapidement, aisément, parce que tout lui réussissait toujours, il se vit, d'ici un an, voir deux, avoir accumulé assez d'argent pour payer un faussaire et son voyage pour ailleurs. Et il se vit reconstruire sa vie dans un autre pays où on ne connaissait pas son visage, devenir riche, puissant. Devenir celui qu'il aurait toujours dû être.

Alors sa main se tendit vers le sac.

- C'est d'accord.

Sherrinford n'avait pas réfléchi plus de quelques secondes. Et ce geste allait décider de toute sa vie. Il esquissa un sourire. Il savait, non, il sentait qu'il faisait le bon choix.

Parce qu'il était lui, et qu'il ne se trompait jamais, ne s'inclinait jamais.

Les visages de sa famille, de ses frères, lui revinrent en mémoire. L'homme qui lui faisait face ne vit pas, dans la pénombre, le sourire de Sherrinford se figer.

Si, il s'était incliné. Devant eux. Parce qu'en partant ainsi, il n'avait pas pu refaire de Sherlock son jouet, il n'avait pas pu faire ravaler à Mycroft ses paroles acides. Il avait fui. Fui, et laissé ses frères gagner le jeu.

Sherrinford se ressaisit. Il était parti sur une défaite, mais d'autres victoires suivraient, il en était certain. Il se détendit légèrement. Qu'importait une défaite face à l'avenir brillant qui l'attendait ?

Il devait oublier. Oublier ses frères, oublier sa vie. Ce n'était pas comme s'ils avaient eu une quelconque importance.

Alors il emboîta le pas à l'homme dont il ignorait toujours le nom, la tête résolument tournée vers le futur.

Lorsque, bien plus tard cette nuit-là, allongé dans le matelas de fortune qu'on lui avait alloué sur le sol d'une planque crasseuse, les noms de Sherlock et Mycroft revinrent effleurer son esprit, il les chassa d'un geste de la tête.

Ce n'était pas important, ils n'avaient jamais été importants. Il s'en persuadait.

Mais au final, pouvait-il vraiment le croire ? Pouvait-il vraiment s'assurer sans mentir que ses frères, ses petits frères, ne comptaient pas, n'avait jamais compté ?

Quand il se réveilla, tard dans la matinée, ou tôt dans l'après-midi, entouré de corps suants et sales, empestant l'alcool et la débauche, ses pensées nocturnes lui étaient sorties de la tête. Seul comptait à présent le sac sous son oreiller, les sourires et les coups qu'il devrait distribuer pour se faire respecter, pour prouver sa supériorité. Il avait fait un choix, il savait où il allait. Et dans cette vie, Sherlock et Mycroft n'avaient pas leur place.

Du moins, c'était ce qu'il aurait aimé croire. Parce qu'un frère, même un frère qu'on méprisait, qu'on manipulait, dont on n'avait jamais eu rien à faire, restait toujours un frère.

Et ça, même lui ne pourrait pas l'oublier.


Voilà. C'est fini. Alors, surpris, déçu? Vous auriez préféré un Sherrinford en prison?

Je m'explique: J'avais deux fin de prévu: Celle-si et une ou on voyait le procès de Sherrinford. Le problème, c'est qu'il existe une loi, disant que les mineurs ne peuvent pas être condamné comme des adultes. Shit. Ce psychopathe serait donc sorti après quoi, cinq ans? Et je trouvais que ça ne collait pas au personnage, de laisser le destin se servir de lui comme ça. Cette fin-ci m'est venu beaucoup plus naturellement, c'est pourquoi je l'ai gardé ( en plus du fait que j'avais besoin d'un Sherrinford en liberté, mais ça, j'explique après.)

Maintenant, passons au plus important: Parce que sans vous, cette fic n'aurait pas lieu d'être: Les remerciements!

Tout d'abord, merci à tous mes reviewers, parce que chacun de vos commentaires m'ont fait plaisir, parce que certains d'entre eux m'ont fait gonfler de fierté, parce qu'ils m'ont motivé à écrire, écrire encore plus. MERCI, pour le temps qu'ils m'ont accordé à ( en vrac) : majamaja ; mayridever ; Dame Marianne ; Guest ; Bee et malya ! J'espère vous avoir tous trainer jusqu'à cet fin! :D.

Vienne ensuite Les followers et ceux qui ont mis en favoris, parce que ces petites alertes sur ma boite mail me faisaient sourire, parce que voir que cette histoire plaisait, c'était merveilleux, et savoir qu'elle s'ajoutait dans la liste des favoris de certains lecteurs encore plus : MERCI à ( toujours en vrac) : malya ; mayridever ; lurichio-chan ; Solane Helsalrogo ; Primitus Victor ( j'adore ce pseudo, au passage) ; NanayNaru ; tenshihouou ; majamaja ; MrSinnerman et Dame Marianne! Merci, vraiment :D.

Merci aussi à vous, lecteurs anonymes, qui font monté mon compteur de vue jusqu'à lui faire dépasser les 800. Merci beaucoup, j'espère que cette histoire dans son ensemble vous aura plus.

Et les meilleures pour la fin, celles qui ont du se demander pourquoi leur noms n'apparaissaient pas plus tôt XD :

Adalas! Merci pour avoir été la première à commenter, et avoir suivi chaque chapitre depuis. Merci aussi pour m'avoir appris ou mettre mes points d'exclamations et d'interrogations ( t'as vu, j'ai pas oublié! ), et avoir découvert ma vocation en tant qu'employée pour Carambar! Bref, Merci beaucoup, j'espère que cette fin t'aura plu! :D

Ellie Bluebell ! Merci, merci beaucoup pour avoir commenter chaque chapitre. Mais aussi, parce que je n'aurais jamais compris que Mycroft était Superman sans toi, que tu es la seule personne à te soucier du Microlock, parce que tu as accepté mon invitation à mon mariage avec mon Voldynoupinou au miel et parce que nos discussions-romans ( pour lesquelles j'ai du retard, j'avoue), sont complétement décalées mais me font mourir de rire : MERCI ( et cette fois tu es interdit de me remercier pour t'avoir dit merci XD)

Voilà, c'était des remerciement en règle, et plein de sentimentalisme, parce que j'en avais envie, voilà! XD.

Maintenant passons à la suite, et c'est le cas de le dire. Je vous en avais parlé la semaine passé, de mes projets en cours d'écriture, et je vais faire comme si ça vous intéressait. J'ai en ce moment une fic sur le feu, qui se situera après l'épisode 3 de la saison 3 ( parce que l'attente de la saison 4 est décidemment trop longue, et que donc je mets mon grain de sel dans tout ça). On pourrais considérer cette fic comme une suite à celle-ci, dans le sens ou certains éléments ( comme, par exemple, Sherrinford aura un rôle à jouer, et pour ça j'avais besoin qu'il soit libre. Tout est lié, je vous dis! XD) seront repris dedans, mais au final, ce serait plutôt une fic à part, avec une enquête et tout et tout! Au rythme au j'avance, sachant aussi que d'ici une semaine, je suis en vacances, youpiiiii , ( ouais, parce que je suis belge et que nos vacances commencent plus tard et dure moins longtemps. Monde cruel XD) je pense commencer à publier ( si l'histoire une fois finies me plait toujours) d'ici fin novembre. Mais il n'est pas exclue que d'ici là, je publie quelques Os, sur Harry Potter, ou autres. Voilà, vous êtes prévenu XD.

Voili, voilou.

C'était le dernier chapitre, alors je vous demanderais une chose, une seule chose : FAITES PETER LES REVIEWS! XD. S'il vous plait *puppies eyes*.

Aller, à la revoyure mes lecteurs que j'aime !

Kisssss les lecteurs!