On commence par mon perso préféré, Grunlek ! Je suis toujours frustrée qu'il n'est pas eu un flashback pour son histoire, alors je comble comme je peux.
La timeline ce situe quelques années après qu'il est quitté sa famille et bien avant qu'il croise les autres.
En joie.
« Un homme sage m'a dit un jour que la famille ne se fait pas dans le sang.
Mais ca ne commence pas par là non plus »
Grunlek avait encore du mal à se faire aux cliquetis métallique de son bras quand Ugryn le manipulait : le moindre boulon qu'il resserrait provoquait une onde qui semblait résonner dans une chair fantôme, ou plutôt devenue câbles et ferraille. Le visage légèrement crispé, il se laissait néanmoins faire par l'ingénieur, le menton appuyé contre son poing fermé. Dans une veine tentative de masquer la sensation pénible mais plus étrange que douloureuse que cette énième calibration de sa prothèse lui provoquait, il avait laissé son esprit vagabonder.
Il repensait à sa famille ses derniers temps.
Non, elle ne lui manquait pas, et c'était bien là tout le problème. On lui avait apprit depuis petit à porter fièrement les couleurs des Von Krayn, à montrer un respect excessif à ses parents (et surtout son seigneur de père), à rester avec ceux de sa caste... Mais pour autant, il ne s'était jamais senti appartenir à sa propre famille ou à son propre milieu. Il était celui en retrait, celui qu'on oubliait de présenter alors que ses frères aînés avaient les lauriers. On le cachait parce qu'il était infirme, impropre à gouverner, ou à faire quoique ce soit d'autre de sa vie d'ailleurs. Et quand on ne le considérait pas comme inutile, on le plaignait. D'ailleurs, c'était encore pire à ses yeux : Rien que de repenser à la manière dont sa mère posait ses yeux emplis de pitié sur lui lui donnait la nausée. Bien sûr, rien n'était jamais dit frontalement, c'était l'aristocratie alors tout n'était que formules détournées, regard en biais et bruits de couloirs, et ça rendait la chose encore plus douloureuse.
Mais il ne s'était pas encore totalement défait du poids de son éducation, et il se demandait sérieusement si renier ainsi sa famille ne faisait pas de lui un monstre. Après tout, il n'avait manqué de rien, et si ses parents étaient trop occupés avec leurs tâches respectives, il avait toujours été entouré par de très gentilles gouvernantes et les meilleurs précepteurs de la région. C'est vrai, il aurait pu être battu ou être orphelin. Il était pourtant parti en claquant la porte du château, jurant de ne jamais y remettre les pieds.
«Oh je connais cette tête : T'es pas dans ton assiette ! Aller Gruny, raconte-moi donc ce qui te turlupine. Dit Ugryn, en ne prenant même pas la peine relever la tête.
-Rien.
-Tu t'obstines encore à vouloir me cacher des choses ? Tu sais que si je veux, je peux pincer le câble que j'ai dans la main et détraquer tout ton bras ?»
Le vieux mécanicien savait s'y prendre, et à force, il connaissait son protégé. Il savait parfaitement que si on ne lui tirait pas les vers du nez, il ne disait pas grand-chose. Grunlek tourna un peu la tête vers lui, résigné.
« Je repensais juste à ma famille.
-Tiens donc ! C'est qu'au final il doivent te manquer quand même un peu.
-Non, justement : C'est bien ça qui m'inquiète.
-Ah ? Va au fond de ta pensée fiston,tu sais très bien que si tu parles ça va pas tomber dans l'oreille d'un sourd. »
Le jeune nain soupira légèrement : Personne ne le connaissait mieux qu'Ugryn alors que pourtant,ils ne se côtoyaient pas depuis tant de temps que ça. Après avoir vagabondé un bon bout de temps en solitaire, bravant le monde avec un seul bras valide et toute la naïveté de la jeunesse, il était tombé par hasard sur ce vieux grigou alors qu'il était aux prises avec une bande de brigand qui avait reconnu un fils de la noblesse. Par fierté, il avait voulu les combattre seul, et Ugryn avait regardé la bataille de loin, ne lui proposant son aide qu'à la fin quand il gisait au sol avec le visage tuméfié. De là, il lui avait offert son toit, un bras neuf et toute l'affection qu'un entourage froid et distant n'avait jamais su lui donner. L'ingénieur n'avait jamais eu le temps de fonder une famille et en lui, il avait sûrement vu le fils qu'il n'avait jamais eu.
«Je m'en veux qu'il ne me manquent pas. Je viens d'un milieu aisé, n'ai jamais été malheureux. Enfin plutôt il ne m'ont jamais rendu malheureux directement. Je n'ai jamais été battu, ni humilié, ni insulté. Et pourtant, j'ai tourné le dos à tout le monde sans le moindre remord... »
Le vieil homme eu un rictus presque amusé, prenant cette fois la peine de relever les yeux pour plonger son regard sombre dans le sien.
«Dis-moi petit, tu penses vraiment que la famille ne s'arrête qu'au sang ?
-Qu'est-ce que tu veux dire par là ?
-Ce n'est que mon avis, mais moi je pense qu'on choisis la famille qu'on veut avoir. Franchement, à quoi bon rester avec des gens qui t'enfoncent et ne t'estiment pas pour ce que tu vaux vraiment ? A rien Grunlek, ça sert à rien.
-Oui mais... Je n'ai personne vers qui me tourner. Enfin, à part toi bien sûr. Je sais pas, c'est étrange de sortir de la norme de cette manière. Je me heurte au mur que ma propre éducation a dresser devant moi.
-C'est déjà un bon début. Pour le reste, ça viendra, soit patient : Tu sors à peine de l'oeuf ! Il va falloir du temps pour trouver ta place parmi ceux que tu désignera être les tiens et désapprendre tout les codes qu'on t'as inculqué.
-Oui t'as raison, merci Ugryn. »
Il baissa un peu les yeux, presque gêné la considération qu'avait l'ingénieur pour lui qui n'était un chien errant qu'on avait récupérer, mais il esquissa un faible sourire. Il était vrai que son maître était avant tout un mentor, un soutien sans faille, ferme mais juste, le père qu'il n'avait jamais vraiment connu. C'était peut-être le premier membre d'une famille dont il manquait encore des pièces.
Un dernier cliquetis se fit entendre, et son maître lui fit signe de se relever. Grunlek effectua quelques moulinets de l'épaule, vérifiant que tout était en place. L'articulation métallique était effectivement moins lâche qu'a l'accoutumée, comme d'habitude il avait fait des miracles !
« C'est mieux, merci. »
Ugryn lui tapota affectueusement l'épaule droite, encore faite de chair et de sang, comme pour qu'il ressente mieux toute l'ampleur du geste.
« De rien, c'est normal. Et puis, t'en fais pas pour ça : Ça arrive qu'on ne soit pas née au bon endroit pour soi, ça fait pas de toi un monstre! Un jour je suis sûr que tu rencontrera des gens comme toi,et tu trouvera tes réflexions actuelles très bête. »
Quelques années d'errances plus tard, Grunlek rencontrait Théo et toute sa compagnie. Et effectivement, il trouvait depuis ce genre de réflexions venant de sa part plutôt crétines…
Je ne prime jamais supernatural pour sa qualité, mais la fulgurance de certaines répliques ou perso m'est resté : Içi la phrase exacte est « A wise man once told me that family don't end with blood. But it doesn't have to start with it either ». Elle est tiré de la scène entre Dean et Crowley au bar, pendant la saison 10 mais je ne sais plus quel épisode. La qualité du double sens se perd à la traduction, c'est dommage. Mais je la trouvais adapté pour la réflexion sur la famille et le diktat qui nous pousse à penser que notre famille de sang doit être celle de coeur.
Et oui, Grunlek n'avait pas encore de barbe à l'époque. Il était encore vigoureux freluquet qui portait juste la moustache. Peut-être que Ugryn l'a influencé, va savoir...
