Me revoilà pour le chapitre de la joie, des petits papillons et des bisounours!
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Non je rigole, ça parle de Bob en dépression et de drogue. En joie 8D
Oh, douce perdition.
Elle avait la douceur de la peau de ses femmes qui défilaient dans un lit qui changeait chaque soir, l'odeur âcre de la fumée de l'opium et le goût de liqueur à la qualité discutable. Allongé lascivement sur le sofa d'une fumerie quelconque, Balthazar contemplait la vacuité de son existence.
Depuis combien de temps errait-il de la sorte ? Il ne le savait même plus. Il y a peut-être quelques mois, il s'était fait renvoyer de l'académie suite à une démonstration qui s'était mal passée. Ah, invoquer un phénix c'était toujours très délicat, mais ça l'était encore plus quand quelqu'un sabote votre grimoire et changeait d'un mot la formule. Sa vision progressiste de la magie lui avait attiré un bon paquet d'ennemis, et ça s'était concrétisé à ce moment-là. De toute façon, il valait mieux que toute cette bande de branquignoles. Pour l'amour de Belzébuth, il était le fils d'un grand démon ! Tout le monde lui devait le respect, lui qui pourrait relâcher en un claquement de doigt une bonne portion de l'enfer sur cette terre qui ne méritait même plus son attention d'être supérieur.
Bob se laissait bouffer de l'intérieur par son démon, et par l'amertume. Il se laissait aller à écouter les plaintes de ce parasite et il devenait comme lui, prenant le même fil de pensée. Dangereuse symbiose, mais il était le seul avec qui il pouvait encore discuter. Lui, qui venait de se heurter en pleine ascension à un plafond de verre et de tout perdre avec (réputation, statut, le salaire qui va avec…), il n'avait plus la force de lutter au quotidien. Doucement, il se laissait glisser vers son côté sombre sans en avoir conscience, évoluant dans un épais brouillard qui ressemblait à l'énième bouffée qu'il expirait.
Bientôt le soleil allait se lever, et comme tous les matins, le gérant allait le mettre dehors, avec ou sans bonne compagnie. Il sortirait alors titubant pour aller dormir dans une chambre d'auberge louée au préalable, où il s'échouerait jusqu'au soir suivant. Cercle vicieux comme le serpent de l'Eden qui se mordait la queue, il ne semblait pas pouvoir en sortir et aurait bien vu la fin de sa vie comme ça : Dans la torpeur d'un naufrage sans conséquences, comme on s'échoue sur une plage.
Et effectivement, il fut bien mis dehors, et après avoir rendu le long d'un arbre le contenu de son estomac, il s'allongea dans l'herbe. Il souriait, mais c'était pour ne pas pleurer face au ratage complet d'une vie qui lui glissait entre les doigts. Il poussa un ricanement qui sonnait étrangement rauque, comme si ça ne venait pas de son propre larynx. Ses yeux rougeoyaient plus que de raison, et les mots qu'il murmura sonnaient avec le désespoir d'un homme qui disparaissait derrière ce que tout le monde disait être sa vrai nature.
« La vache, j'me laisserais bien crever ici. On est bien dans l'herbe...
-Oh non Balthazar, crois-moi que ça ne fait que commencer. »
Le demi-diable sursauta, tentant de se relever avant que son taux d'alcoolémie ne le cloue de nouveau au sol. Il ne distingua qu'une silhouette noire en contre-jour d'un soleil qui se levait pour l'aveugler, et puis... Plus rien. Trou noir. Quand il se réveilla, il était dans un lit et les murs lui paraissaient familiers. Comment était-il revenu là déjà ? Peu importe.
Il écrasa de nouveau son visage contre l'oreiller, remontant la couverture au-dessus de lui. Sous sa chrysalide de coton, il tentait d'oublier. Il aurait voulu s'en sortir, mais il était seul face à un lui-même qui était trop fort, horrible doppelgänger infernal. Il maudit son père mais ça ne changea rien, il maudit l'académie mais rien ne bougea non plus, et l'angoisse l'attrapa à la gorge. Il voulait juste rester ici et dormir éternellement, que tout le monde l'oublie et qu'il ne nuise jamais plus à personne, même plus à lui-même. Son passé de mage qui rendait si fier sa mère lui semblait déjà trop loin pour qu'il tente de remonter le temps, et il ferma les yeux, tentant de se rendormir pour ignorer ce sentiment torturé qui tordait ses viscères.
Pourtant, Balthazar le savait : Ce soir, il recommencerait.
