Après Grunlek, Mahyar puis Bob, c'est à Théo que m'attaque! J'aime beaucoup ce personnage, je trouve ses réactions hilarante en jeu et j'adore le duo qu'il forme avec Balthazar mais probablement un des plus dur à écrire pour moi.

En espérant que je m'en sois sortit, En joie.


La journée fût rude, fatigante, riche en bataille. Chacun se délassait à sa manière : Bob avait remit le nez non pas dans un grimoire mais dans un de ses romans favoris, Shin était parti marcher seul dans la forêt, et Grunlek jouait un peu plus loin avec Eden pendant que le repas du soir bouillonnait tranquillement sur le feu. Quand à Théo, il psalmodiait à voix basse, assis en tailleur sous un arbre.

« Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. Heureux ceux qui font preuve de bonté, car on aura de la bonté pour eux. Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront la Lumière. Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de la Lumière »

La méditation jouait pour lui un rôle essentiel : C'est ainsi qu'il se ressourçait, coupé du reste du monde. Au contraire de Balthazar qui parlait trop pour couvrir les voix qui ne cessait de l'assaillir, le paladin avait la capacité de les faire taire à volonté. C'est comme ça qu'il était aussi sûr de lui, de sa mission, et de ses choix : Il devait être efficace et le doute n'avait pas sa place dans son crâne. A chaque fois qu'il réapparaissait, il le chassait d'un revers de prière.

Tout ça, il l'avait appris parmi l'église de la Lumière. C'était dans les dogmes de tout bon inquisiteur qui se respectait. Oui, on pouvait dire d'un regard extérieur qu'il était endoctriné, mais Théo était très heureux comme ça. Il connaissait la vérité, il avait vu la lumière et rien autour n'existait. Tout se justifiait par elle et pour elle, même la plus grande violence. Servir une cause noble nécessitait parfois de se salir les mains. Il n'avait alors pas non plus de remords, ni d'anxiété.

Il aurait dû être serein comme l'était son maître, mais il était né la rage au ventre. A l'intérieur, il n'était qu'un grand océan de colère qui voulait bouffer le monde tout entier en lui hurlant dessus, pour prouver ce qu'il valait. Il n'avait pas encore ce stade de béatitude, celle si froide qu'arborait le vieux magister sous la forme d'un sourire permanent. A la fois il l'enviait, à la fois ça lui donner envie de lui coller une droite. Il n'était heureusement pas à ce stade de déshumanisation, parfois à son grand désarroi car il est dur de vivre avec soi-même. Une fois en colère, il était bien incapable de se stopper…

Théo était parti déjà très loin en son for intérieur quand un jappement lui parvint. Il l'ignora tout d'abord, puis il sentit le museau d'Eden contre son pantalon, puis sa tête contre sa main. Il était habitué à faire fit des stimulations extérieures : Il avait appris l'art de la méditation sous la pluie, en plein hiver (ah, les joies de la vieille école). Mais elle insistait, quémandant des caresses. Il augmenta un peu le volume de sa voix, tentant à la manière de son camarade demi-diable de faire taire le reste.

« Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux leur appartient. Heureux serez-vous lorsqu'on vous insultera, qu'on vous persécutera et qu'on dira faussement de vous toute sorte de mal à cause de moi. »

Une autre voix résonna au loin : « Eden ! Au pied, laisse-le tranquille ! » et obéissante, la louve rejoignit Grunlek, ou vu qu'elle n'appuyait plus son museau entre les plaques de sa jambière, ce qu'il en déduit. Ce qu'il n'avait pas vu, c'était le nain, surpris par le spectacle, qui s'empressa d'aller demander au mage ce qu'il était en train de fabriquer.

« Oh rien, lui répondit Balthazar, il médite.

-Il médite ? Je sais que Théo en général fait peur, mais là c'était particulièrement dérangeant.

-Oui ça surprend les premières fois. En faite il est plus proche d'une sorte de transe que d'un état méditatif. Mais c'est normal, c'est comme ça qu'il répare sa psyché.

-Je suppose que j'ai des lacunes à combler sur ma culture religieuse…

-Oui. Oh et, règle numéro un de la vie en communauté avec un inquisiteur de la lumière : Ne jamais, jamais le déranger pendant ses prières, ou il devient violent.

-Violent comment ? Comme d'habitude ?

-Bien pire.

-... Je vais garder Eden près de moi. Dis, tu as surveillé le feu ?

-Oui monsieur, ça devrait pas tarder à être prêt »

« Réjouissez-vous et soyez dans l'allégresse, parce que votre récompense sera grande au ciel. En effet, c'est ainsi qu'on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés. Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on? Il ne sert plus qu'à être jeté dehors et piétiné par les hommes. »

Au loin, le paladin avait pu se reconcentrer, se perdre sans fin dans un fil de pensée claire, pur, modeler celons des paroles lues et recopiées des centaines de fois. A chaque parole, il sentait sa force augmenter de nouveau, jusqu'à atteindre une plénitude presque totale, si ce nœud à l'estomac voulait bien s'en aller. Mais non, il était toujours là, et c'était ça précisément qui l'empêchait d'atteindre la communion sans bornes avec la Lumière. Parce que sa volonté de revanche sur ceux qu'il lui avait interdit sa voie était trop forte, mais paradoxalement, il ne pouvait pas s'en séparer car c'était son moteur, sa raison de vivre. Ce nœud maintenait son corps tout entier, et sans lui, il s'effondrerait.

Ou il serait sans vie. Il ne deviendrait que l'ombre d'un homme, marionnette d'une église dont il rentrerait dans les rangs. Mais Théo tenait en horreur d'exécuter ses actions sans cette ardeur héroïque qui l'animait au quotidien. Alors il essayait de trouver une balance parfois difficile à peser entre ce qu'il devait être, et ce qui faisait de lui un homme. Il y avait le Paladin Inquisiteur de la Lumière, et il y avait Théo de Silverberg. La rigidité faisait de lui le paladin, et sa rage de vivre faisait de lui Théo.

Une odeur lui parvint : Celle du ragoût de lapin. Il savait que c'était le signal pour l'heure du repas qui approchait, alors sans vraiment sortir de sa transe, il ouvrit les yeux, qui se posèrent sur le campement, et presque attendri par ses compagnons évoluant autour de la marmite, il esquissa un subtil sourire.

Il refusait de l'admettre car tout ce qui tenait de l'affection était une faiblesse pour lui, mais force était de constater que ses amis faisait aussi de lui ce qu'il était. Parce qu'il avait assez de furie pour quatre, et qu'ils s'étaient rajoutés à ses raisons de vivre, de continuer son éternelle fuite en avant au triple galop sur un cheval de guerre. Ils avait tous leurs blessures, leurs incertitudes, mais tous avaient été liées par leur envie d'aller contre le destin en lui mettant une bonne petite claque humiliante dans sa sale tronche au passage. Il se voyait comme le porte-étendard de cette volonté, un chevalier qui avait trouvé sa cause à défendre. Ils étaient sa cause, celle pour laquelle il serait capable de tout, même de donner sa vie. Il devait être fort et sans faille pour eux même dans les pires moments, et c'est ce qu'il l 'aidait à maintenir l'équilibre entre les deux côtés de sa personnalité.

Théo se releva, et en se dirigeant vers le groupe, il murmura la fin de son psaume.

« Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut pas être cachée, et on n'allume pas non plus une lampe pour la mettre sous un seau, mais on la met sur son support et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Que, de la même manière, votre lumière brille devant les hommes afin qu'ils voient votre belle manière d'agir et qu'ainsi ils célèbrent la gloire de votre Mère céleste. »


J'ai toujours vu l'église de la lumière comme une version old school de l'église catholique (celle à l'époque de l'inquisition justement), du coup les versets içi...Sont des vrais versets justement (ils sont juste réadapter pour quelques petites choses). Il viennent des béatitudes de l'évangile celons St Mathieu. Comme quoi mes cours de catéchisme auront finit par être utiles.