KyraMB : Pas mal trouvé, pour la musique. Je sais que tout le monde attend de savoir ce qui va arriver à Fili, Kili, Balin et Ori. Eh bien, ça vient. Pas dans cet ordre, mais ça vient.

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La nouvelle de l'arrestation d'Ori ne tarda pas à se répandre dans Erebor. On dirait que ce genre de rumeur se répand toujours d'elle-même, traversant les murs et les portes fermées, sans que personne réellement n'ai besoin de les rapporter pour que très vite chacun soit au courant.

Dès que le bruit en vint à leurs oreilles, Dori et Nori se précipitèrent vers les geôles. Ils voulaient voir leur jeune frère, s'assurer qu'il allait à peu près bien et lui demander ce qu'il avait bien pu faire pour se retrouver derrière des barreaux car, encore une fois, personne ne semblait en mesure de dire de quoi exactement il était accusé. Cependant, les deux nains durent très rapidement déchanter : le seul moyen d'accéder aux cachots était un long et étroit escalier taillé dans la roche mais ils ne purent l'emprunter : la porte de chêne massif, bardée de métal, qui d'ordinaire était en permanence rabattue contre le mur était fermée et un garde se tenait devant, une lance à la main.

- Le roi interdit à quiconque de descendre sans qu'il lui en ait donné personnellement l'autorisation, expliqua ce dernier.

- Voilà autre chose ! explosa Nori. Notre frère est en bas, nous voulons le voir !

- Demandez au roi.

- Très bien !

Furibonds, les deux frères se ruèrent au pas de charge vers la salle du trône. Ils surent tout de suite que Thorin s'y trouvait en voyant trois nains armés devant la porte et ils eurent bien du mal à rester à peu près polis lorsqu'ils leur demandèrent de leur céder le passage.

- Je ne ferais pas ça, si j'étais vous, intervint soudain une voix rocailleuse dans leur dos.

Ils pivotèrent sur leurs talons pour voir Dwalin sortir de l'ombre du couloir. Ils le toisèrent sans aménité, peu disposés à se laisser intimider.

- Ne parlez pas d'Ori à Thorin, reprit le géant. Vous ne ferez qu'empirer les choses.

- Ah, siffla Nori, furieux, parce que définitivement, on ne peut plus parler, ici ? Ni parler à Sa Majesté ? Il est devenu trop grand seigneur pour entendre ce que ses anciens amis ont à lui dire ? Il ne faisait pas tant la fine bouche au temps où il cherchait des compagnons pour risquer leurs vies dans SA quête ! Ou bien est-ce que c'est toi qui décides qui peut l'approcher ou non ?

- Je ne décide rien du tout, répondit calmement Dwalin. C'est un conseil d'ami que je vous donne.

- Oooh, vraiment ? Parce que tu as encore des amis, toi ? persifla le nain à la chevelure en étoile d'un ton volontairement insultant, tandis que son frère jetait un regard méprisant à leur interlocuteur. C'est drôle, ça... parce que je croyais que tu n'avais même plus de famille, tu vois... Libre à toi de renier ton propre frère, mais tu voudras bien admettre que Dori et moi ne sommes pas prêts à lâcher le nôtre !

Tout en parlant, Nori avait discrètement glissé ses doigts sous ses vêtements et les avait refermés sur le manche d'un petit poignard dissimulé sous l'étoffe : il savait Dwalin prompt à l'emportement et savait aussi qu'il n'était pas nain à se laisser provoquer sans réagir.

- Si ton amitié est du même genre que celle de Thorin, ajouta-t-il avec mépris, ses yeux pareils à ces pierres froides et lisses que l'on trouve au fond des torrents de montagne, tu peux la garder, Dwalin !

Nori se tenait sur la défensive, prêt à soutenir une attaque qui cependant ne vint pas. Silencieux, Dwalin fixait sur lui un regard impénétrable.

- Lâche ça, dit-il enfin, au bout d'interminables minutes de silences, en désignant du menton la main dissimulée sous les vêtements. Si tu veux te battre avec moi tu ne gagneras pas, je te le garantis.

- Tu en es si sûr que ça, mon gros ? Et si on faisait un essai, juste pour voir ?

Encore une fois, Nori s'était montré volontairement insultant, les muscles tendus dans l'attente d'une réaction... qui ne vint pas.

- Qu'est-ce que Thorin reproche à Ori ? intervint Dori, revenant au sujet qui le préoccupait par-dessus tout.

- D'être descendu dans les cachots voir les autres, répondit gravement Dwalin.

- C'est tout ? Et c'est un crime, ça ?

- C'est de l'abus de pouvoir ! explosa Nori, trop furieux pour être encore prudent. Il n'a pas le droit de faire ça ! Même le roi doit respecter les lois. Sauf erreur de ma part il en est même le garant !

Aucune réponse ne vint.

- Faites ce que vous voulez, dit enfin Dwalin, je vous aurais prévenus : si vous allez parler de ça à Thorin, vous ne ferez qu'aggraver les choses. A vous de voir.

- Qu'est-ce qu'il t'a promis ou donné pour que tu lui lèches les bottes comme ça, Dwalin ?!

Même les nains de garde devant la porte bronchèrent en entendant l'insulte, lancée d'une voix vindicative. Le seul qui parut ne pas l'entendre était celui auquel elle était destinée.

- Faites ce que vous voulez, répéta-t-il.

Et il tourna les talons.

- Attends, fit Dori.

Il avait fait un effort sur lui-même pour parler. Il n'avait plus tellement de sympathie pour Dwalin, à cette heure. Mais Ori avant tout.

- Qu'est-ce que... est-ce qu'on lui a fait du mal ? demanda-t-il en essayant de ne pas laisser chevroter sa voix.

- Non.

Nori regarda son frère aîné et fronça les sourcils. Pourtant, la première colère passée il réfléchissait maintenant à toute vitesse. Au fond, qu'est-ce que Dwalin avait à gagner en essayant de les empêcher de voir Thorin ? Le protéger ? Quelle blague ! Fou ou pas, Thorin était un combattant redoutable, il était tout à fait de force à les écraser tous les deux, son frère et lui, en cas de besoin. Et puis il y avait quelque chose d'étrange, dans tout ça. Ça ne ressemblait pas du tout à Dwalin d'encaisser comme ça, sans réagir. En revanche, une chose était certaine : il était l'un de ceux qui connaissaient le mieux Thorin et qui pouvaient juger au mieux de ses réactions.

- Pas pour le moment, précisa Dwalin, répondant toujours à Dori. Je ne peux pas jurer de ce que sera demain.

- Dwalin...

Le ton de Dori était, cette fois, presque implorant.

- Tu sais bien qu'il n'a rien à se reprocher. Tu sais aussi combien il est attaché à Fili et Kili.

- Je sais.

- Ecoute... si tu penses qu'il vaut mieux éviter, on ne va pas parler à Thorin, mais... mais qu'est-ce qui va se passer pour Ori ?

- Je ne sais pas.

- Tu ne sais pas, tu ne sais pas ! s'emporta Dori. Et tu crois que je vais me contenter de ça ? Tu crois que je vais abandonner mon frère, comme toi tu as abandonné le tien ?

Dwalin le regarda avec un calme étonnant au vu des circonstances.

- Et tu vas faire quoi ? demanda-t-il seulement.

Cela coupa le sifflet aux deux autres. L'espace d'un très bref instant les barrières tombèrent et ils se retrouvèrent, tous les trois, tels les compagnons d'armes qu'ils avaient été. Dori et Nori comprirent combien Dwalin songeait à son propre frère emprisonné et combien il se rongeait d'impuissance. Pourquoi il ne faisait rien, ils ne le savaient pas. Au fond, ils ne savaient même pas s'il avait déjà tenté quelque chose, s'il avait un plan ou l'intention d'agir... Non, ils ne savaient rien. Mais ils sentaient qu'il n'oubliait pas. Finalement, vaincu, Dori souffla seulement :

- D'accord... Ecoute, si tu peux, tu veux bien lui dire que nous voulions le voir mais qu'on nous en a empêchés ? Et que... nous ne l'abandonnerons pas ? Tu as raison, je ne sais pas quoi faire pour le moment, mais on ne le laissera pas tomber. Ca je peux le jurer. Tu veux bien le lui dire ?

- Oui, répondit Dwalin, aussi calmement que si on lui avait demandé s'il pensait qu'il allait pleuvoir.

Les deux autres durent se contenter de cela et s'éloignèrent, la mort dans l'âme.

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- Eh bien ! Le temps se fait long, tu ne trouves pas, mon frère ?

- Puisque tu veux mon avis, je pense que Thorin a décidé de nous laisser périr d'ennui.

- Ça fait combien de temps que nous sommes là ?

- Difficile à dire quand on ne peut pas savoir s'il fait jour ou s'il fait nuit.

- Trois jours, fit la voix d'Ori dans la cellule voisine. Aujourd'hui c'est le troisième jour.

Pour vous. Enfin, je crois.

- Tu es sûr que ce n'est pas le troisième mois ?

Ori pouffa de rire :

- Oui, je suis sûr.

- Tu m'as l'air bien joyeux, toi. Ça va ?

- Ben oui, ça va... j'aurais préféré être avec vous, mais au moins je vous entends. Je ne suis pas vraiment seul.

Une quinte de toux les interrompit tous et Fili jeta un regard inquiet vers Balin. Celui-ci était allongé sur une couverture soigneusement pliée pour l'isoler du sol, emmitouflé jusqu'aux yeux dans les deux autres, malheureusement imbibées de l'humidité des geôles, mais son état se dégradait constamment. Il était maintenant brûlant de fièvre et sa respiration sifflait de manière significative.

- C'est Balin, qui tousse ? demanda Ori, inquiet.

- Oui.

Il y eut un silence.

- Fili, Kili ?

- Oui ?

- Qu'est-ce qui va nous arriver, maintenant ?

Double soupir.

- Je ne sais pas. Il semblerait qu'on nous ait oubliés.

De fait, le temps paraissait interminable aux prisonniers, qui se demandaient tous combien de temps leur réclusion allait encore durer. En dehors du nain qui venait deux fois par jour leur apporter de l'eau et de la nourriture, ils n'avaient vu personne depuis l'emprisonnement d'Ori. Ce qui valait sans doute mieux, étant donné les derniers événements. Même celui qui leur apportait à manger n'osait ni décrocher un mot ni seulement les regarder : il devait avoir peur d'être à son tour accusé de complicité. Fili et Kili avaient renoncé à faire semblant de se disputer pour passer le temps. Fili marchait de long en large, interminablement, comme un lion en cage. Kili restait presque toujours assis, sauf quand il était vraiment trop ankylosé et qu'il se levait pour effectuer quelques mouvements. Il s'amusait sans fin à faire sauter, d'une main dans l'autre, un vieux quignon de pain sec trop dur pour être consommé. De temps en temps, l'un ou l'autre s'approchait de Balin, essuyait la sueur aigre qui coulait sur son front, lui murmurait quelques paroles d'encouragement. Il leur semblait que cela faisait des semaines qu'ils étaient là.

- Nous allons sûrement devenir fous, émit Kili. Je n'en peux plus, j'ai envie de hurler tellement j'en ai assez ! Je préfèrerais... n'importe quoi, je crois.

- Il y a assez de fous dans la famille, répliqua Fili, plus sec qu'il ne l'aurait voulu. Mais j'admets que c'est assez insupportable, comme situation.

Ori ne parlait pas beaucoup. Il aimait entendre la voix de ses cousins, cela meublait sa propre solitude, mais il n'avait pas grand-chose à dire. Comme Kili, il restait plutôt assis et immobile, tout en faisant quelques pas de temps en temps pour faire passer ses courbatures. Il préférait s'adosser à la grille qui fermait son cachot plutôt que contre l'une des parois, car le froid de la pierre finissait toujours par transpercer ses vêtements. Oui, pensait-il, se remémorant les dernières paroles prononcées, cela devait faire environ deux jours qu'il était là, trois pour ses cousins, et il se demandait combien de temps cela durerait encore. Ori soupira. Mais après tout, il n'avait pas à se plaindre, songea-t-il. Il aurait pu, à cette heure, n'être plus qu'un vagabond sur les routes, loin de la Montagne Solitaire. C'était lui qui avait voulu rester, quel que soit le prix à payer pour cela. Il ne perdait pas de vue cet aspect de la situation.

Faute d'avoir quoi que ce soit à faire, il avait dû commencer à somnoler lorsqu'un bruit de pas encore lointain se fit entendre puis se rapprocha, répercuté par l'écho des galeries. Les pas de plusieurs personnes, cette fois. Le jeune nain eut l'intuition que cela le concernait. Il se leva et attendit.

Ils étaient quatre : Thorin en personne, Dwalin et deux gardes portant des torches, qui tous s'arrêtèrent devant sa cellule.

- Déshabille-toi, ordonna sèchement Thorin.

Ori s'interdit de penser à quoi que ce soit, de se poser la moindre question. L'heure était venue de payer sa dette et il était résolu à s'en acquitter. Il ne baissa pas les yeux, n'émit pas un son et ses mains étaient fermes lorsqu'il défit sa ceinture puis retira sa tunique et la chemise qu'il portait au-dessous. Torse nu, il frissonna dans la fraîcheur de la prison tandis que l'un des garde ouvrait la grille et lui faisait signe de sortir.

Automatiquement, son regard se porta sur la cellule voisine de la sienne : Fili et Kili se tenaient devant leur grille, les mains crispées autour des barreaux, le visage infiniment grave.

- Thorin, fit le premier. Pour l'amour de Mahal, ne fais pas de mal à Ori. Mon oncle !

Thorin ne tourna pas la tête, ne parut même pas l'entendre. Le seul qui regarda dans leur direction fut Dwalin. Mais son regard glissa sur les deux jeunes gens, cherchant la silhouette avachie tout au fond sur un grabat de fortune. Ses yeux s'obscurcirent d'un coup, ses épaules se raidirent, mais il ne prononça pas un mot et ne fit pas un geste.

- Venez, dit Thorin.

Il se dirigea vers le fond du couloir. Que diable cherchait-il là au fond ? Il n'y avait strictement rien que d'autres cachots, parfaitement semblables à ceux dans lesquels les prisonniers tuaient péniblement le temps. Tous les autres le suivirent cependant sans poser de question. Conduits par Thorin, les cinq nains longèrent le couloir des cellules et parvinrent ainsi devant une petite porte voûtée, quasiment invisible derrière un repli de roche, d'autant qu'elle était couverte de vert-de-gris et se confondait avec la paroi humide. Il fallait autant dire savoir qu'elle était là pour la repérer. Elle n'était pas fermée à clef et s'ouvrit en grinçant. Tous s'engagèrent alors dans un escalier aussi étroit que raide qui paraissait plonger dans les entrailles même de la terre et tournait plusieurs fois sur lui-même à angle droit. A mesure qu'ils descendaient, le froid se faisait plus vif, leur souffle se transformant en buée, et les parois rocheuses devinrent encore plus humides. Ils finirent par déboucher dans ce qui paraissait être une salle immense. La lueur des torches projetait partout des ombres fantastiques qui paraissaient prendre vie, galoper, se mouvoir, se chevaucher et les entourer d'un cercle infernal. En dehors duquel les ténèbres, opaques, absolues, profondes comme l'éternité. Ici, il n'y avait plus aucun écho. Le son lui-même paraissait se perdre dans l'infini. Ils s'avancèrent et même Dwalin parut mal à l'aise. Au bout d'une centaine de mètres, ils parvinrent à ce qui paraissait être le rebord d'une immense plate-forme rocheuse. Mais l'obscurité était si dense que l'on ne pouvait vraiment dire si oui ou non le vide s'ouvrait au-delà : c'était plutôt le néant à l'état pur.

- A plat ventre.

Ori obéit, toujours sans un mot et, lorsqu'il s'étendit, le froid de la pierre mordit sa peau nue et lui coupa presque le souffle. Il eut l'impression de s'être allongé sur de la glace.

- Nous sommes ici au cœur de la montagne, dit Thorin. C'est un endroit particulier. Reste ici. J'enverrai quelqu'un te chercher demain. Si tu triomphes de cette épreuve, tu auras payé ta faute.

Puis il s'éloigna, sans état d'âme, et les autres se hâtèrent de lui emboîter le pas. Le bruit de leurs pas décrut très vite, avalé par le vide, et les ténèbres se refermèrent sur le jeune nain, si denses qu'elles en étaient quasiment palpables. Très vite ce fut le silence absolu, étouffant, terrifiant, même. On n'entendait pas seulement un bruit d'eau. Rien. Ori voulut se redresser, cela lui fut impossible. Une peur irrationnelle s'empara de lui : il lui semblait que s'il faisait un seul geste, le moindre mouvement, il tomberait ou serait emporté il ne savait où. Il eut beau essayer de se raisonner, son cœur battait à tout rompre et ses entrailles se nouaient.

- N'im... n'importe quoi... balbutia-t-il. To.. tout c...ce que tu veux...

Le propre son de sa voix l'épouvanta, comme si ce n'était pas la sienne, comme si une créature invisible et inconnue venait de susurrer à son oreille. Terrorisé, il ferma les yeux et se plaqua au sol glacé comme si sa vie en dépendait. Il comprenait pourquoi Thorin lui avait ordonné de s'allonger à terre. Bien que le froid soit pénible, il devait savoir que, debout, le malheureux n'aurait pu tenir, il aurait tourné en rond, affolé, jusqu'au moment où il serait tombé pour de bon et se serait blessé, tué peut-être si vraiment le vide s'étendait non loin de lui. Ori comprenait aussi pourquoi son roi avait parlé d'épreuve. Un terrible vertige le saisit.

- Sur quoi débouche cette porte, Balin ?

- Je ne sais pas, mon garçon, répondit le vieillard d'une voix faible. J'ignorais jusqu'à son existence.

- Il doit y avoir un escalier derrière, dit Kili. D'après le bruit de leurs pas, en tous cas.

Fili se mordait nerveusement les lèvres :

- Ce n'est pas ça qui m'intéresse, murmura-t-il. Mais plutôt ce qu'il y a au bas de cet escalier.

- Tu penses à quoi ?

- A rien de particulier, mais ça me fait peur quand même. Thorin nous a raconté mille histoires à propos d'Erebor et de la Montagne Solitaire, mais je ne me souviens pas qu'il ait fait allusion à une porte dérobée dans les cachots, et toi ?

- Non plus.

- Pauvre petit, murmura Balin, et ils comprirent qu'il parlait d'Ori.

Il se passa une bonne quinzaine de minutes avant qu'ils entendent un bruit de voix assourdi qui paraissait se rapprocher. Inquiets, tendus, ils guettèrent le retour de ceux qui étaient descendus.

Dans l'escalier qui remontait vers les cachots, Dwalin rompit soudain le silence qui s'était appesanti sur leur groupe après qu'ils aient quitté la salle souterraine :

- Curieux châtiment, dit-il. D'où t'est venue cette idée ?

- De mon père, répondit Thorin après un court silence.

Il se souvenait du jour lointain où Thrain l'avait conduit en cet endroit, dont il ignorait l'existence et où il n'avait par conséquent encore jamais mis les pieds.

- Ne reviens jamais seul ici, avait insisté le prince. C'est un endroit particulier, dangereux. Non pas qu'il recèle un péril concret, pourtant l'on pourrait très vite y perdre la raison.

- Comment cela, Père ?

- Reste là.

Thrain s'était alors éloigné de quelques pas, masquant sa torche en la tenant devant lui. Thorin se souvenait de l'impression terrifiante qui l'avait alors saisi. Il avait de justesse retenu le cri qui lui montait aux lèvres et, alors qu'il voulait rejoindre son père, il s'était senti chanceler. Il ne savait déjà plus où il se trouvait. Heureusement, la lumière était réapparue, la main de Thrain s'était posée sur son épaule.

- Tu comprends ?

- Oui... avait balbutié le jeune prince, qui s'efforçait d'empêcher ses dents de claquer.

Non, Thorin n'ignorait pas ce qu'allait endurer Ori. Il était bien jeune, ce serait long jusqu'au lendemain. Terriblement long.

Mais il lui fallait décourager les traîtres potentiels, n'est-ce pas ? Peut-être qu'Ori avait subi l'influence des autres, en tous cas il voulait bien le croire pour le moment, mais après ça, il ne devrait pas être tenté de poursuivre dans cette voie. Il fallait du moins l'espérer. Et s'il y laissait sa santé mentale ? Eh bien, c'était un risque à courir. Après tout, il devait réagir avec vigueur et détruire tous les germes de tromperie et de traîtrise. Ne serait-ce que pour La préserver, les préserver Elle et lui de nouvelle tentative visant à les séparer. Du reste, il avait fait preuve de clémence envers ce petit idiot. Oui, si cruelle que soit l'épreuve, ç'aurait pu être bien pire.

Un moment plus tard ils débouchèrent tous dans le couloir des cellules et s'acheminèrent vers le second escalier, celui qui les ramènerait vers les parties habitées de la cité.

- Où est Ori ? demanda Fili dès qu'il les vit.

Thorin ne lui accorda pas même un regard.

- Mon oncle je t'en prie, réponds-moi. Qu'as-tu fait de lui ?

Pour la réaction qu'il obtint, il aurait aussi bien pu s'adresser au mur.

Il faudrait aussi s'occuper de ces trois-là. Enfin, surtout Fili et Kili. Mais eux n'étaient pas aussi inoffensifs qu'Ori, loin de là. Il ne pouvait se permettre de les traiter avec autant de mansuétude. A dire la vérité, il ne savait pas vraiment quoi faire d'eux. A moins qu'il les laisse tout simplement finir leurs misérables jours dans ce cachot, après tout ? Les geôles d'Erebor étaient sûres. Mouais... bon, il allait vraiment falloir y penser. D'autant que la colère enflait à nouveau en lui rien qu'à seulement évoquer les actes infâmes dont ils s'étaient rendus coupables.

- Dwalin ! cria encore Fili en désespoir de cause. Dis-moi ce qu'est devenu Ori ! S'il te plaît !

Le guerrier lui jeta un bref coup d'œil, parut hésiter mais poursuivit son chemin sans répondre. Bientôt, le bruit des pas décrut et s'éteignit, puis le silence retomba.

- Oh Mahal, gémit Fili. Pourquoi a-t-il fallu qu'Ori descende nous parler ? Qui sait où il est maintenant et… et…

- Tu ne crois tout de même pas…. commença Kili avec appréhension.

Il ne put finir sa phrase, tandis que son frère secouait la tête avec accablement.

- Je ne sais pas. Et je ne sais pas ce que je donnerais pour savoir au moins ce qu'ils lui ont fait.

- Nous n'avons rien entendu, dit encore Kili pour se rassurer. Aucun bruit, aucun cri…

- Non, en effet.

Fili n'ajouta rien, il n'avait pas envie d'en rajouter, mais il se disait à part lui que cela ne voulait pas dire grand-chose : après que les autres se soient engagés dans l'escalier, derrière la porte dérobée, tous les sons s'étaient évanouis en quelques instants, absorbés par l'épaisseur de la roche. Alors même si quelqu'un avait crié ensuite, rien ne disait qu'ils auraient pu l'entendre de là où ils se trouvaient.

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Gnia ha ha ha ! Alors, à qui le tour, à présent ? Je pense que vous le savez déjà. A la semaine prochaine !