Note : un chapitre très, très court. Mais la suite arrive. Le découpage m'a posé problème mais l'action se précipitant, j'ai eu peur d'étouffer mes lecteurs. Et puis, vous verrez que celui-ci est court mais... dense. Enfin je crois. Courage.

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- Venez, dit le premier nain, armé d'une lance.

- Tous les trois ? demanda Fili.

- Non, seulement vous deux.

Le jeune prince jeta un regard navré en direction de Balin puis sortit de sa cellule, ainsi que Kili. Ils étaient trois, tous trois armés, qui les entraînèrent vers l'escalier. En un sens, ils en étaient tous les deux soulagés. Ils ne savaient pas où on les conduisait et leur inquiétude pour Ori et Balin n'était pas moins vive que deux heures plus tôt, mais ils commençaient à se dire que tout valait mieux que l'ennui mortel d'être là, entre ces quatre murs (non, trois murs et une grille… la nuance était maigre), sans rien savoir et sans avoir rien à faire pour s'occuper. Par ailleurs, Fili avait l'espoir, si toutefois on les conduisait auprès de Thorin, de parvenir à lui parler de l'état de Balin et à lui répéter qu'Ori n'avait absolument rien à se reprocher. Tout comme son frère, Fili était horriblement inquiet pour son cousin et se demandait ce qui lui était arrivé. C'était comme une main invisible qui lui tordait les entrailles. Pourquoi s'en prendre à Ori ? Hélas, Thorin ne paraissait plus capable du moindre discernement, pas plus que d'une seule décision cohérente.

Leurs gardiens conduisirent les garçons jusqu'à la salle du trône. Ils auraient assurément préféré retrouver leur oncle en privé, dans un cadre plus chaleureux et moins impersonnel, mais c'était toujours ça, se dirent-ils, un peu nerveux malgré tout.

Pourtant, lorsqu'ils arrivèrent au pied des marches au sommet desquelles était érigé le trône d'Erebor, ils éprouvèrent tous deux le même coup au cœur : ce n'était pas Thorin qui se trouvait là. Enfin, celui qui dardait sur eux des prunelles fulgurantes, à l'expression sauvage, altérée, ressemblait trait pour trait à Thorin, bien sûr, mais son expression et jusqu'à sa manière de se tenir étaient tellement changées qu'ils eurent presque peine à le reconnaître.

- Thorin ? C'est bien toi ? ne put s'empêcher de demander Kili, horrifié.

Le regard de feu le cloua littéralement sur place et le garçon déglutit presque malgré lui. Celui qui lui faisait face évoquait bien davantage un démon assoiffé de carnage que le nain qui l'avait élevé. Il y eut un long silence.

Défi. Blasphème. Orage. Quelque chose enflait en lui, quelque chose de noir, de terrible, quelque chose qui... qui lui faisait peur... ?

Personne ne pipant mot, Fili prit sur lui de parler le premier :

- Mon oncle, commença-t-il, aussi calmement que cela lui fut possible, Balin se porte mal. Très mal. Autorise-le à…

Dwalin, qui se tenait debout près du trône, tressaillit. Mais Fili ne put poursuivre car Thorin lui coupa la parole dans un rugissement qui parut lui écorcher la gorge au passage :

- Ne m'appelle plus ainsi ! Plus jamais ! Ton frère et toi, je vous renie ! Vous m'avez trahi de la pire des manières, je vous désavoue à tout jamais !

C'était tout de même dur à entendre. Kili émit un son étranglé, ses yeux s'agrandirent brutalement, Fili changea de visage. Aucun d'eux n'eut plus ensuite l'occasion de prononcer un seul mot pendant un long moment : comme un barrage qui se rompt, Thorin laissa brusquement libre court à sa furie et à toutes les chimères qui avaient envahi son cerveau. Les deux jeunes nains s'entendirent traiter de « fils de crapaud » et qualifier d'un certain nombre de termes particulièrement fleuris, qui leur firent monter le rouge aux joues et qu'ils ne se seraient pas volontiers résignés à employer. Puis ils apprirent qu'ils avaient volé l'Arkenstone « au prix d'une perfidie bien digne de la vermine rampante qu'ils étaient », dans le but de rassembler une armée et de détrôner Thorin, avec la complicité de plusieurs des siens. Il ne connaissait pas encore le nom de tous les conjurés, précisa le roi, bien qu'il ait des soupçons, mais cela ne tarderait pas et tous les parjures se verraient traités comme ils le méritaient.

Durant tout le temps que le roi parla, ou plutôt vociféra avec une hargne qui ne paraissait jamais devoir se tarir, les deux frères passèrent par divers sentiments, allant de la gêne au chagrin et de l'hébétude à la consternation, tandis que leurs visages parcouraient toute la gamme des couleurs. Jamais, aussi emporté qu'il puisse être, leur oncle ne leur avait parlé ainsi. Ils ne se rappelaient d'ailleurs pas qu'il ait jamais parlé à quiconque de cette manière. Thorin avait toujours été très direct, certes, et dans leur enfance ses neveux avaient plus d'une fois été sévèrement grondés, mais rien qui s'approchait, même de très loin, de ce ressentiment, de cette rage et d'une telle virulence dans les propos.

Peu à peu leur peine fit place à la colère : lèvres serrées, sourcils froncés, ils s'efforçaient d'encaisser en silence, par respect pour celui qu'ils avaient jusqu'à ce jour considéré comme leur père adoptif, d'une part, et afin de ne pas envenimer encore la situation d'autre part. Mais la moutarde commençait sérieusement à leur monter au nez ! Ils avaient beau se dire que Thorin ne se rendait plus vraiment compte de ce qu'il faisait ou disait, perdu qu'il était dans son monde intérieur, il dépassait tout de même les bornes ! Tant et si bien qu'il arriva un moment où Fili ne fut plus capable de se contenir :

- Est-ce que tu t'entends, Thorin ? demanda-t-il d'un ton sec. Est-ce que tu entends ce qui sort de ta bouche ? Je pensais t'expliquer pourquoi nous avons agi, Kili et moi, mais après ça je crois qu'il est inutile que j'essaie de me justifier. N'est-ce pas ? De toute façon, ça ne t'intéresse manifestement pas.

Affront. Insolence. Fureur. Destruction.

Tous les regards s'étaient posés sur Fili. Replié sur lui-même, comme enroulé, pareil à un animal sauvage acculé dans un coin et en même temps voûté comme un vieillard, Thorin darda sur son neveu le feu de ses prunelles puis dit simplement, sans tourner la tête :

- Dwalin.

En cet instant, le guerrier se serait volontiers saisi la tête à deux mains pour s'arracher le peu de cheveux qui lui restait ! D'abord Ori -auquel il n'avait même pas pu délivrer le message de ses frères, car il était inenvisageable de le faire en présence de Thorin- et maintenant... Après ce qu'il venait d'entendre, Dwalin était quasiment dans le même état d'esprit que les deux princes. Les pupilles de Thorin, dilatées par la folie, se tournèrent vers lui et sa voix glaciale résonna dans la salle :

- Fouette-les tous les deux jusqu'à ce qu'ils demandent grâce. Et s'ils doivent en mourir, qu'il en soit ainsi. Ne fais preuve d'aucune pitié, d'aucune faiblesse. Fais seulement ce que je dis. C'est compris ?

Qu'ils apprennent la leçon une bonne fois pour toutes, quitte à crever de l'avoir apprise !

Malgré toute l'emprise qu'il possédait sur lui-même et la loyauté aveugle dont il faisait preuve, le colosse sursauta et faillit avaler de travers :

- Qu... quoi ? fit-il, peinant à croire qu'il avait bien entendu.

- Ils l'ont mérité. Et il est temps, grand temps qu'ils apprennent à obéir et à faire preuve de respect. La prochaine fois, s'il y en a une, qu'ils paraîtront devant moi, je les veux à genoux, soumis et repentants.

Thorin réalisait-il ce qu'il exigeait ? Ce qu'il disait ? Avait-il oublié la fierté, le courage et l'obstination de ses neveux, tous traits de caractère hérités de leur lignée ? Ou bien fallait-il croire... et s'ils doivent en mourir, qu'il en soit ainsi... mais par le sang de la terre, ils ALLAIENT en mourir ! Jamais ils ne céderaient... ou alors il serait trop tard.

- Thorin... fit Dwalin d'une voix étrangement douce, comme s'il s'adressait à un enfant malade. Ce sont les fils de ta sœur. Ce sont des princes du sang.

- C'est la seule raison pour laquelle ils respirent encore, fut la réponse.

Assez. Elle. Seulement Elle. Contrarié. Pourquoi ? Pourquoi…

Dwalin ouvrit la bouche pour protester à nouveau mais le regard halluciné, plongeant dans le sien, le fit frémir malgré toute sa bravoure :

- Tu es contre moi, toi aussi ? demanda Thorin de ce ton abrupt qui était désormais le sien.

Dwalin s'accorda une seconde de réflexion et répondit, en se détendant visiblement :

- Non.

- Tu vas faire ce que je dis ?

- Oui. Comme toujours, soupira le géant.

- Alors va.

Soulagement. Oubli. Seul. Elle. Partir tous. Elle.

Fili et Kili se regardèrent une fois encore. Ils n'étaient pas en état d'avoir peur pour eux-mêmes. Pas tout de suite, en tous cas. Ils étaient encore sous le choc. Cela faisait près d'une demi-heure qu'ils se trouvaient dans cette salle et leurs oreilles sonnaient encore de toutes les horreurs qu'ils avaient entendues. Mais surtout, réalisaient-ils, la mort dans l'âme, ils avaient définitivement perdu Thorin. Leur Thorin. L'Arkenstone avait ravi son esprit et détruit son cœur. A côté de cette épouvantable vérité, plus rien ne pouvait momentanément les atteindre. Une larme s'échappa du coin de l'œil de Kili. Fili avait l'impression qu'un poids énorme lui comprimait et lui broyait la poitrine.

Ce ne fut qu'après avoir traversé plus de la moitié d'Erebor dans un silence absolu qu'en atteignant l'escalier des cachots Fili s'arrêta, délibérément, et se tourna vers Dwalin impassible :

- Qu'est-ce qui est arrivé à Ori ? demanda-t-il.

- Qu'est-ce que ça peut te faire ? grogna le colosse. Tu ne crois pas que tu as assez d'ennuis comme ça, sans te soucier de ceux des autres ?

- Mais moi, du moins, j'ai essayé de retirer ce maudit joyau à Thorin. Ori, lui, n'a rien fait du tout. Il est innocent… tu connais ce mot là ?

- Ne joue pas au petit malin avec moi, gamin. Avance, ça vaudra mieux.

- S'il te plait, réponds-moi. Que lui avez-vous fait ?

- Rien.

- Rien ? Alors où est-il ?

Un soupir.

- Ca ne t'avancera à rien de le savoir. D'ailleurs je ne saurais même pas t'expliquer. Il est dans une caverne qui… un endroit étrange, dans lequel je n'aimerais pas retourner et encore moins rester. J'espère seulement qu'il n'y laissera pas sa raison, ajouta sombrement Dwalin.

Kili ouvrit la bouche à son tour mais le guerrier le coupa net :

- Non, ça suffit. Taisez-vous, descendez. Je ne vous dirai rien de plus. Vous feriez mieux de vous inquiéter pour vous-mêmes.

- Dwalin, insista désespérément Fili, quand Thorin a été atteint du mal du dragon, la première fois, tu as été le seul à oser l'affronter pour lui dire ses quatre vérités. Comment peux-tu aujourd'hui laisser faire tout ça sans réagir ? Sans même rien dire ?

- Tais-toi, répéta Dwalin dans un grondement. Je sais qu'il agit mal, mais il n'en reste pas moins le roi.

Les nerfs du prince héritier avaient été mis à rude épreuve depuis quelques heures, cette réflexion fut la goutte de trop :

- Nous l'aimons autant que toi, sinon plus ! Nous essayons de l'aider ! cria-t-il, exaspéré. De le sauver de lui-même. Tu as connu Thror, tu veux que Thorin finisse comme lui ? Il n'est pas responsable de ses actes, je le sais, il ne l'est plus, mais il n'est peut-être pas encore trop tard pour lui venir en aide et mettre fin à tout ça ! Tu ne peux donc pas comprendre cela ?

Dwalin le regarda longtemps. Longuement. Sans rien dire. Son regard s'humanisa un bref instant et Fili eut un regain d'espoir.

- Non, laissa finalement tomber le colosse d'un ton glacial, définitif, en poussant les deux frères en avant.

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Bon ben... je vous laisse, hein... -file me cacher, sous un tir nourri de tomates-

Reviews quand même ?