Chapitre 4 : Rêves et Clairvoyance
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Sonja n'avait eu aucune difficulté à convaincre son père d'aller faire un tour avec sa sœur, il en avait même profité pour lui demander de passer apporter une somme d'argent conséquente à un artisan dont le talent lui aurait été bien utile autrefois.
« _ Alicia ralentit ! Tu vas beaucoup trop vite ! C'est une forêt voyons ! Il y a des arbres ! Hurle Sonja à l'adresse de sa jeune sœur loin devant, parmi les arbres touffus.
_ Waouh ! C'est trop bien ! Je suis dehors ! Dépêche toi So' ! Donne Alicia pour toute réponse.
_ Non, mais tu es vraiment inconsciente, ma parole ! Gronde Sonja en arrivant près d'elle. On a du te le dire au moins mille fois depuis que tu es née ! Cette forêt est infestée de loup-garous ! Alors s'il-te-plaît, évite de les inviter vocalement à se joindre à nous !
_ Tu ne penses pas que s'ils avaient eu envie de venir, ils seraient déjà là ? Réplique la fillette.
_ Peut-être bien, oui, cependant je n'ai pas envie de faire de mauvaises rencontres et surtout pas avec toi ! D'ailleurs c'est étrange qu'avec tout le boucan que tu fais il n'y en ait pas un ou deux qui soient venus voir.
_ Oh, mais, ne t'en fait pas, ils sont bien là !
_ Quoi ? Pardon ? Tu peux répéter là ? S'étrangle la vampire.
_ Bah, oui, il y en a, tu ne les vois pas ? Questionne la petite vampire les yeux pétillants.
_ Alicia, c'est pas drôle, arrête de me faire marcher !
_ Non, bon, ne t'inquiète pas, Lucian m'a certifié qu'aucun loup ne viendrait nous faire perdre notre temps ! Lance la brunette. »
Sonja réfléchit, Lucian a dit cela à Alicia sans savoir si c'était vrai ou faux, sûrement pour la rassurer, pense-t-elle. Quoique, peut-être qu'il avait la certitude que le don de la petite fonctionnerait comme répulsif, ou en tout cas, que les loups resteraient à distance respectable d'elle. Elle est plutôt frustrée, Lucian semble mieux comprendre la situation qu'elle et ça la préoccupe... « Au moins, se dit-elle, si jamais il m'arrive quelque chose, il y aura toujours quelqu'un pour comprendre mon extraordinaire petite sœur et garder le secret de ses dons, surtout devant Viktor ou un autre membre du conseil... ».
_ « Pourquoi t'arriverait-il quelque chose ? Demande Alicia d'une mine perplexe.
_ Quoi ? Mais qui t'a dit ça Alicia ? Répond la guerrière, choquée.
_ Tu... tu ne l'as pas dit ? Mais je l'ai entendu pourtant... Bredouille l'enfant.
_ Tu l'as entendu... bon, du calme Sonja, ma vieille ressaisit toi, ta petite sœur vient juste une nouvelle fois de créer un lien permettant d'unir les pensés de deux individus. Du calme, c'est tout à fait normal.
_ Euh, So' ? Ça va?
_ Oui, ne t'inquiète pas. Vivement qu'on trouve Corvinus...
_ Je suis vraiment désolée, je ne contrôle vraiment rien...
_ Ce n'est pas grave Alicia, ce n'est pas grave. Et pour répondre à ta question, il ne m'arrivera rien, je te le promets, je serai toujours là pour toi, je te le jure, je serai toujours là pour veiller sur toi. Et tu peux toujours compter sur Lucian, si un jour je ne suis pas là.
_ Je sais. Mais je sais aussi que tu t'inquiètes beaucoup en ce moment. C'est à cause de moi ?
_ Je te mentirais si je disais que non. Oui, je suis inquiète, d'une part parce que tu évolues et grandis trop vite à mon goût et d'autre par car Père et la grande majorité des vampires se méfie de toi et pause des questions. Tu es très intelligente Alicia, tu apprends plus vite, tu comprends plus vite, tu as besoin de te nourrir moins souvent que les autres, tu es légèrement plus forte, plus habile dans le contrôle de ton côté vampirique plus que n'importe qui. Ils ont peur, peur qu'un jour tu sois plus forte qu'eux, peur qu'un jour tu les renverses. Peur que tu prennes le parti des lycans aussi, car tu t'apitoies sur leur sort d'esclave, peur d'un soulèvement. Tu n'es qu'une enfant, c'est absurde bien sur, mais il y a eu des problèmes. Je ne devrais pas t'en parler, mais certains clans ont du mal à '' tenir '' leurs lycans, il y a des murmures, comme quoi, il y aurait une autre personne comme Lucian, un '' vrai '' lycan, un enfant et qu'il chercherait quelqu'un. On l'a entendu, à ce qu'il paraît, on l'a entendu dire ton prénom, il te cherche selon certains dires. C'est totalement stupide bien sur, mais le conseil est très méfiant, et cet enfant bien mystérieux...
_ Sonja... Je... tu sais... cette autre personne comme Lucian, je l'ai déjà vue...
_ Quoi ? Où donc ?
_ Dans un rêve... Et ce dont je me souviens le plus ce sont ses yeux, ils avaient, la couleur de l'argent, Sonja, ils étaient d'un argent pur, du même argent pourtant fatal à leur espèce...
_ Pourquoi ne me l'as-tu jamais dit ?
_ Parce que c'est juste un rêve So', pas la réalité.
_ Tu vois, je me méfie un peu de tes rêves, ils sont souvent bien trop réels à mon goût. Qu'as-tu vu d'autre ?
_ Une sorte de crypte, un endroit sombre où hurle quelqu'un, un loup... Il ne peut bouger, il est fou... Il y a aussi une jeune fille, dans une ferme, elle a peur, elle tremble, des cris, du... du sang par terre, elle pleure, la mort... il s'est passé quelque chose, avant. Une salle, dans la lumière...
_ Pourquoi t'arrêtes-tu ?
_ Parce que dans la suite de mon rêve, tu... tu es morte So'. Tu es dans la lumière, mais tu ne peux pas sortir, tu... tu brûles. »
Des larmes coulent le long des joues de la fillette.
_ « C'est un rêve Alicia, ça... ça n'arrivera pas, je te le promets. Qu'as-tu vu d'autre sur la jeune fille et le petit garçon ? La questionne la jeune femme en passant sa main dans le dos de sa sœur.
_ La jeune fille, à un moment, elle est avec Viktor et... c'est bizarre, elle lui est fidèle d'une certaine manière, elle l'observe comme si il était son sauveur ou autre chose, ce n'est pas elle que je vois le plus. C'est plutôt Manuel...
_ Manuel ? Qui est Manuel ? C'est le nom du garçon ? S'exclame Sonja.
_ Oui, murmure Alicia piteusement.
_ Et pourquoi est-ce-que tu ne l'as pas dit plus tôt ?
_ Pour ne pas que Lucian ou toi me trouviez bizarre...
_ Euh, pour ça, c'est déjà fait, je pense qu'on est blindé dans le genre bizarreries.
_ En fait, je vois au travers de lui, enfin, ce qu'il veut bien me montrer. Je l'ai toujours ressenti, c'est comme s'il était une part de moi. Je l'entends et il m'entend, on se ressent, et... il me cherche parce que moi, je ne peux le chercher. Il... il est comme moi, étrange, il m'a montré un vieux monsieur mais qui en même temps paraissait être intemporel, je crois que c'est le Corvinus que tu cherches.
_ Et tu es sure de là où il se trouve ?
_ Il sera là où on voudra qu'il soit. C'est ce que Manuel m'a dit. Ne dit rien à personne sur lui ! Il se ferait traquer, ils ne comprendraient pas qu'il est différent.
_ Mais tu ne l'as jamais vu réellement ?
_ Non, jamais.
_ Que te montre-t-il ?
_ La liberté. Dehors, le monde, le soleil qui ricoche sur les pierres au bord d'une rivière, ce que je ne vois pas en somme. Tu sais, je pense que nous sommes aussi esclaves que les lycans, la logique voudrait même qu'ils aient le dessus, l'argent les tuent, on en trouve pas partout de l'argent. Alors que les vampires c'est le soleil, le soleil, Tanis me l'a montré dans un livre de botanique, le soleil fait pousser les plantes, le soleil permet la vie en somme, c'est nous, les pires aberrations, non ? De plus, leurs chaînes à eux sont peut-être visibles, mais cependant les nôtres nous entravent tout autant : on ne peut pas penser ce qu'on veut ni même l'exprimer, nous croulons sous les règles, nous ne pouvons nous mouvoir à notre guise, nous ne voyons rien du vrai monde tellement nous sommes confinés dans le notre. Notre prison est dorée, la leur est d'argent, mais So', ça reste une prison.
_ Tu as vraiment le don de mettre en relief la vérité Alicia, tu es d'une innocence improbable dans ce monde de haine. Et tu as la clairvoyance, mais je t'en pris, n'ait jamais de tel propos face au conseil ou face à père ou face à n'importe quel vampire, ils en ont massacré pour beaucoup moins que ça. Tu n'es qu'une enfant, tache de le rester le plus longtemps possible, car croit moi, le monde adulte n'a rien d'enviable. Tu vois pourquoi je suis inquiète pour toi, il faut absolument que ces paroles restent entre nous. Dit, moi, il a quel âge ce Manuel ?
_ Comme moi je crois. Pourquoi ?
_ Comme ça, comme ça. Tu le ressens donc ?
_ Oui, je sais quand il est triste, quand il est heureux, et je vois ce qu'il me montre. J'aimerai bien le voir, je ne connais personne de mon âge.
_ Je ne pense pas que cela soit une très bonne idée, vous vous mettriez en danger l'un l'autre.
_ Tu as sûrement raison, mais, je sens qu'il faut que je le vois, et je sens que je vais le voir, mais je ne sais pas pourquoi.
_ Hum, d'accord, tu sais, les rêves sont parfois porteurs de sens, si tu veux on en reparlera tout à l'heure, je dois avouer que ce Manuel m'intrigue. Mais pour l'instant il nous reste une bonne route avant l'abri pour la journée, donc dès qu'on sort du bois, il va falloir accélérer un peu !
_ Oui, chef ! Merci So', merci d'être là pour moi, merci de m'aimer pour ce que je suis.
_ Tu n'as pas à me remercier pour cela, je suis ta sœur, c'est normal que je te soutienne quoiqu'il arrive et que je t'aime.
_ Peut-être, mais Viktor est mon père, et pourtant, il sait à peine que j'existe...
_ Je sais, c'est compliqué tu sais, je ne cherche pas à l'excuser, mais, ta naissance a été plutôt compliquée et il n'a jamais accepté le fait que tu ne sois pas exactement comme il l'aurait souhaité. Enfin, en tout cas, moi je t'aime comme ça ! Et Lucian aussi, il t'adore !
_ Oui c'est vrai. Merci, si vous n'étiez pas là, je me demande ce que je serai. »
Sur ce, les deux sœurs talonnent leurs montures et partent au galop au travers de la plaine.
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