Les gardes les ramenèrent à leur cachot ainsi qu'ils en avaient reçu l'ordre, avec plus d'égards sans doute que jamais prisonniers avant eux. Ils ne virent nulle trace de Balin et aucun des insurgés n'en parla, afin de ne pas attirer l'attention de leurs geôliers sur sa disparition.

- Prince Fili, fit Gulnir au moment de refermer les grilles, si je peux faire quelque chose pour vous…. je veux dire... sans enfreindre les ordres du roi...

Il hésita, se balançant d'un pied sur l'autre d'un air gêné, conscient que ses paroles flirtaient dangereusement avec la trahison tandis que ses yeux s'excusaient de la nuance qu'il avait apportée à ses paroles.

Fili ne répondit pas mais désigna, d'un léger mouvement du menton, Dwalin qui chancelait, ses mains comprimant sa blessure et le sang suintant entre ses doigts, ainsi qu'Ori qui serrait lui aussi son bras ensanglanté de sa main valide. Le nain comprit et eut un bref hochement de tête. Dès que ses hommes et lui-même se furent éloignés, Fili, Kili et Ori entourèrent Dwalin et l'aidèrent à s'asseoir contre la paroi (il refusa catégoriquement de s'allonger).

- Ca va ! bougonna le guerrier avec humeur. Ne me tournez pas autour comme ça. J'ai connu pire.

- Laisse-moi regarder, dit Fili.

Mais Dwalin le repoussa.

- Fiche-moi la paix, gamin, je n'ai pas besoin d'une nourrice. Occupe-toi plutôt de lui, ajouta-t-il en désignant Ori du menton.

- Moi ce n'est pas très grave, répliqua aussitôt le jeune nain de sa voix douce.

Agenouillé près du géant, en face de son frère, Kili le regarda avec gravité :

- En tous cas tu as sauvé la situation, dit-il. Tu as détruit l'Arkenstone. Si Thorin a désormais une chance, c'est grâce à toi.

Fili approuva :

- Je dois dire que j'ai eu peur, en te voyant arriver. J'ai bien cru que tout était perdu. Tu paraissais tellement braqué…

Dwalin haussa ses massives épaules :

- Je connais Thorin depuis l'enfance, grogna-t-il. Il a toujours surmonté toutes les épreuves. Toujours. Je ne voulais pas admettre que son état perdurerait. C'est vous qui m'avez finalement convaincu, ajouta-t-il dans un soupir. Je pensais que vous agissiez comme des enfants gâtés qui ne supportent pas que les choses n'aillent pas comme ils veulent…

- Merci quand même ! répliqua Fili en riant doucement.

- … mais j'ai finalement admis que vous aviez raison et que vous n'étiez plus des enfants. Et puis j'ai pensé à… à Balin…

- Nous te devons beaucoup, insista Fili. A commencer par le fait d'avoir pu sortir d'ici. Allons, avoue-le : tu as volontairement laissé la clef sur la porte, n'est-ce pas ? Et tu t'es arrangé pour éloigner les gardes ?

Dwalin ne répondit pas et regarda ailleurs.

- ... comme tu as "oublié" les ordres de Thorin nous concernant...

Le visage aux traits tirés du blessé s'assombrit. Il y avait des choses que Dwalin n'admettrait jamais. Fili le comprit et, pour changer de conversation, il se tourna vers Ori, silencieux comme à son habitude :

- Merci à toi aussi, dit le prince. C'était vraiment très courageux.

Ori rougit de confusion et se contenta d'incliner la tête.

- Comment se fait-il que tu nous aies rejoints dans les forges ? demanda Kili, curieux. Tu ne devais pas partir avec Balin ?

- Je pensais que ma place était avec vous.

- Tu as vu les autres, alors ?

Ori opina :

- Ils sont venus à notre rencontre. Nous les avons croisés en arrivant à la sortie des cachots.

- Et tes frères n'ont rien dit, quand tu les as laissés ?

- C'est moi qui ne leur aie rien dit. Je leur ai faussé compagnie pendant qu'ils se disputaient pour savoir s'ils devaient partir à pieds ou prendre des chevaux.

- Balin est avec eux, alors ?

Le garçon secoua la tête :

- Non. Balin a dit qu'il avait encore quelque chose à faire ici, à Erebor, et qu'il ne fallait pas l'attendre.

- Faire quoi ?

- Il ne l'a pas dit.

Fili et Kili échangèrent un regard sombre, inquiets pour leur vieux mentor. Que pouvait-il bien s'être fourré en tête ? Malade comme il l'était, la seule chose dont Balin aurait eu besoin était un lit chaud et une tisane bien corsée. Par ailleurs, ses os le faisaient tellement souffrir que chaque mouvement lui était pénible, ils avaient pu le constater. Pourquoi n'était-il pas resté avec les autres, qui auraient pris soin de lui ? Que pensait-il pouvoir faire dans son état ?

Aucun des prisonniers n'avait envie de le voir les rejoindre dans leur cachot, condamné comme eux à une mort lente et pénible.

- Je suis désolé que ça finisse comme ça, soupira Fili au bout d'un moment. Tu ne méritais pas ça, Ori. Aucun de vous, d'ailleurs.

Son cousin le regarda droit dans les yeux et esquissa un faible sourire :

- Je ne regrette rien, Fili, dit-il. Je sais que nous avons bien agi. Pour notre roi et non contre lui.

Il regarda Dwalin et ajouta :

- J'ai eu du mal à comprendre…. à admettre, moi aussi. Puis comme toi je me suis dit que Fili et Kili ne pouvaient pas vouloir trahir Thorin…

Il regarda à nouveau ses cousins :

- Je suis désolé d'avoir mis si longtemps à réaliser.

Fili lui donna une petite tape amicale sur le bras (son bras valide, bien entendu) :

- Tu es un brave, petit frère, dit-il avec chaleur.

Kili écarquilla les yeux de surprise : "petit frère" ? Mais finalement il dédia à son cousin un sourire plein d'affection et de reconnaissance. Il n'allait tout de même pas se montrer jaloux, à son âge !

- Je ne suis pas brave, murmura Ori, très bas.

Il pensait à la grotte. Personne n'aurait pu le trouver brave, estimait-il, en l'entendant hurler dans le noir, en sachant à quelles compromissions il aurait été prêt pour en sortir. Ori ignorait que l'atmosphère particulière de cet endroit aurait eu le même effet sur n'importe qui d'autre et pouvait définitivement réduire à l'état de loque n'importe quel être vivant, à plus ou moins longue échéance en fonction de sa résistance. Il ne songeait pas non plus que se rendre dans les forges pour aider ses cousins, au lieu de fuir après un tel supplice, relevait de l'héroïsme. Il ne pensait même pas à en vouloir à Thorin, qui après tout avait accédé à sa prière de ne pas le bannir. Quoi qu'il en soit, pour oublier ces affreux moments il se força à sourire et ajouta :

- Notre combat était juste. Cela en valait la peine.

- En tous cas nous aurons vraiment fait tout ce que nous pouvions, soupira Fili en réponse. Tout ce qui était en notre pouvoir.

- Est-ce que nous avons encore une chance ? demanda Kili. Je veux dire : maintenant que l'Arkenstone est détruite ? Tu crois que Thorin va redevenir lui-même ?

Fili hésita avant de répondre. Il aurait tant voulu donner de l'espoir à son frère et à ses amis ! Il aurait tant voulu y croire lui-même. Mais mentir, à ce stade, ne changerait plus rien.

- Je ne sais pas, dit-il d'une voix lasse. Je ne sais vraiment pas. Souviens-toi, nous n'avons jamais eu de certitude à ce sujet. Dès le début, nous n'avons fait qu'espérer. La seule chose dont nous pouvons être sûrs, c'est que cette pierre ne nuira plus jamais à personne, désormais.

Les yeux de Kili parurent soudain immenses :

- Je n'ai jamais eu aussi peur ! murmura-t-il enfin. J'ai vraiment cru qu'il allait te couper la main, tu sais.

- Moi aussi, admit Fili en baissant la voix. Et tu n'es pas le seul à avoir eu peur, je peux bien te l'avouer.

Il examina son frère d'un œil critique ; le sang qui avait coulé sur son visage et son cou commençait à sécher, en longues traînées brunes. Son bras demeurait collé à ses côtes douloureuses. Parfois, une grimace échappait à Kili, qui se tenait alors le ventre.

- Il t'a arrangé, dis donc, constata l'aîné avec tristesse.

Kili haussa les épaules et désigna leurs deux compagnons :

- Je n'ai rien, comparé à eux. Quelques bleus. Ça passera.

- Rien de cassé ?

- Non, je ne crois pas. Ne t'en fais pas pour moi.

Fili opina en silence, lugubre, puis ajouta :

- Le capitaine des gardes semble prêt à nous aider dans la mesure du possible. Je vais lui demander de dire à Thorin que je souhaiterais lui parler. Plus aujourd'hui, mais disons demain. J'espère que le choc sera passé. Et peut-être... peut-être sera-t-il disposé à entendre, à présent que... enfin, il faut au moins essayer. Si je pouvais renouer le dialogue avec lui…

Un bruit de pas l'interrompit. Gulnir était de retour. Il tenait des linges propres, qu'il fit passer à Fili à travers les barreaux, y ajouta du fil et une aiguille :

- Je l'ai passée au feu, précisa-t-il. Elle est propre.

Puis il tendit un petit cruchon de terre.

- Du vin, dit-il. Pour désinfecter. Je regrette, c'est tout ce que j'ai trouvé.

Fili haussa un sourcil :

- Du vin ? répéta-t-il, étonné.

- Pour nettoyer les blessures, répéta Gulnir. Rien d'autre.

- Bien sûr.

Le capitaine des gardes plongea soudain son regard dans celui de son interlocuteur. Il paraissait désespéré.

- Je suis sincèrement navré, Votre Altesse... Si cela ne tenait qu'à moi... Je ferai tout ce qu'il me sera possible... mais vous devez comprendre...

- Merci, dit simplement Fili. Merci beaucoup. Pourriez-vous faire savoir au roi que je souhaiterais lui parler ? Mettons demain, quand toute la tension de cette journée sera retombée ?

- Je le ferai ! assura le nain avec chaleur.

Il parut hésiter, avoir envie d'ajouter quelque chose, finalement s'éloigna sans rien dire, en laissant une torche allumée au mur en face du cachot.

- Vous aurez besoin de lumière, pour soigner les blessés.

Fili revint près de Dwalin :

- Allons, cesse d'être têtu, dit-il. Laisse-moi regarder ta blessure et…

- Donne-moi ça, grogna Dwalin en désignant ce qu'il tenait en mains. Je peux m'occuper de moi-même.

Il releva ses vêtements et tous grimacèrent en voyant la plaie, en guerriers qui ont déjà vu des lésions de ce type et savent jauger de leur gravité du premier coup d'oeil. Le colosse versa du vin sur la profonde entaille triangulaire que lui avait laissée Thorin, grimaçant de douleur sous la brûlure de l'alcool. Le sang et le vin se mélangèrent et coulèrent sur le sol. Puis, dents serrées, la sueur coulant sur son front, Dwalin recousit sommairement ses chairs béantes. Ori devint blanc et détourna les yeux, réprimant des hauts le cœur. Kili ne paraissait pas très à l'aise non plus et finit par regarder ailleurs lui aussi.

- Tu devrais me laisser faire, insista encore Fili. Tu ne recouds pas assez serré.

- Ca n'a plus d'importance, grogna Dwalin en pansant la plaie de son mieux. Sans boire, nous ne tiendrons pas longtemps. Quatre ou cinq jours, pas plus.

Personne ne répondit. Fili fit mine de ne pas avoir entendu et s'approcha de son cousin :

- J'espère que tu es plus raisonnable que lui, dit-il en désignant Dwalin d'un signe de tête. Montre-moi ton bras.

Dépourvu du moindre objet tranchant, il dut déchirer la manche d'Ori à partir de l'accroc occasionné à ses vêtements par la lame qui l'avait atteint, opération qu'il effectua lentement, pour éviter autant que possible que le tissu presse la blessure. Ensuite, il hocha la tête :

- Tu as encore eu de la chance. C'est une méchante coupure, mais rien de très grave.

Le muscle était fendu, non transpercé. Ça avait beaucoup saigné et bien que le flux ait diminué, ça continuait.

- Courage, dit Fili d'un ton encourageant.

Il versa le restant de vin sur la plaie et Ori se contracta brusquement, ses dents serrées grinçant les unes contre les autres.

- Il faudrait recoudre, dit Fili.

- C'est une manie, chez toi ? ironisa Dwalin d'une voix faible. Tu as manqué ta vocation, fiston.

Il était lui aussi très pâle et respirait avec difficulté.

- Je...

Ori avala sa salive.

- Je suis prêt, dit-il.

Fili retira l'un de ses gants d'épéiste et le tendit à son cousin :

- Mords là-dedans, conseilla-t-il.

Ori obéit et Fili fit de son mieux avant de bander soigneusement le bras du jeune nain. Il alla ensuite s'asseoir près de son frère et le silence se fit. Dwalin avait parfaitement raison : sans rien à boire, ils ne tiendraient pas longtemps. Ce serait plus pénible encore pour les blessés, surtout s'ils commençaient à avoir de la fièvre, ce qui était probable. Leur seul espoir était que Thorin s'adoucisse et revienne à de meilleurs sentiments avant que la soif ait fait son œuvre ou que la blessure de Dwalin, qui aurait nécessité les soins d'un vrai guérisseur, ne vienne à bout de lui.

OO00OO

Il était seul. Si seul désormais. Jamais encore il n'avait réalisé à quel point la solitude pouvait être aussi terrible. Aussi redoutable. Tous s'étaient détournés de lui. Tous l'avaient trompé. Trahi. Mais ça encore, il aurait pu le supporter, ce n'aurait pas été si grave si Elle n'avait pas disparu. "Ils" l'avaient tuée... et lui aussi, par la même occasion. En disparaissant, l'Arkenstone avait emporté avec Elle son cœur et tout ce qu'il avait jamais eu en lui. Alors à quoi bon désormais affronter la douleur ? Pour quoi, dans quel but ? Il n'avait plus de raison de vivre. Son existence n'avait plus de sens, plus aucune raison d'être.

Thorin dégaina sa dague, qu'il avait récupérée. Il n'avait pas pris la peine de l'essuyer depuis qu'il avait blessé Dwalin et les nains qui tentaient de le désarmer. Le sang qui couvrait la lame avait bruni en séchant, ternissant la brillance de l'acier.

Mais cela n'avait aucune importance. Plus rien n'en avait. Même "eux" n'en avaient pas. Peu importait désormais leurs actes méprisables, leurs pensées tortueuses, peu importait même ce qu'ils deviendraient. Cela lui était désormais totalement indifférent. Pour lui, tout était terminé. Il se remémora les événements funestes de l'après-midi et essaya d'éprouver quelque chose : de la colère, un désir de vengeance peut-être... de la peine, devant tant de malveillance ? Mais rien. Il n'était plus capable de ressentir ou d'éprouver quoi que ce soit. A quoi bon lutter encore ? Pour qui, pour quoi ? Ils avaient atteint leur but : ils l'avaient détruit, en même temps qu'Elle.

Thorin se trouvait dans ses appartements. Il n'y avait pas de feu et il n'avait allumé ni chandelle ni lampe à huile. La seule source de luminosité provenait de l'extérieur et du ciel nocturne, avec ses myriades d'étoiles.

Mais son étoile à lui avait disparu. Disparu. A jamais. Et il n'y avait plus rien pour lui en ce monde. Mahal lui-même l'avait abandonné.

Thorin se rapprocha de la fenêtre ouverte et contempla longuement la lame souillée de sa dague. Fasciné par son fil tranchant et sa facture parfaite.

Ce serait facile. Très facile. Et rapide. La douleur même serait brève, bien que de cela il ne se soucie guère. Il n'avait jamais craint la douleur physique et aujourd'hui moins que jamais : il s'en moquait, comme de tout le reste. Il ne redoutait plus rien désormais, puisque le pire était arrivé. Rien ni personne ne pouvait plus l'atteindre. De toute façon, c'était la meilleure chose à faire. La seule, à vrai dire. Et cette fois, il n'y aurait personne pour l'en empêcher, pas comme tout à l'heure.

Thorin leva sa dague et en appuya la pointe contre sa gorge.

C'était si ridiculement simple. Un geste du poignet et tout serait terminé. Enfin.

Il ne ferma pas les yeux. Il n'y avait en lui ni peur ni regret, seulement ce cri lancinant, cet arrachement, ce manque... mais tout allait prendre fin, n'est-ce pas ? Il lança un bref regard vers le ciel brise légère souleva ses cheveux et il lui sembla entendre, très loin, très loin, l'écho d'un vieux souvenir :

- Fili, Kili ! Qu'est-ce que vous faites là ? Ca fait des heures que je suis à votre recherche !

- On regarde les étoiles... Balin dit que c'est la saison des étoiles filantes. On en a vu qu'une, jusqu'à maintenant.

- Je vais vous en faire voir, moi, des étoiles filantes ! Votre mère est dans tous ses états et je commençais à croire que vous étiez tombés au fond d'une crevasse...

Mais les deux petits démons savaient comment déjouer sa colère et ils avaient fini tous les trois étendus dans l'herbe, les deux enfants de part et d'autre de leur oncle, les yeux perdus dans le firmament (après avoir, toutefois, dépêché un message à Dis pour la tranquilliser).

A cette époque il se souciait beaucoup de sa sœur, qui avait déjà tant perdu.

Thorin haussa les épaules. Ce souvenir appartenait à un autre, dans une autre vie. Un autre monde. Il n'avait aucun intérêt.

Quelque chose pourtant s'efforçait de se frayer un chemin dans le chaos qu'étaient devenus ses sentiments. Une impression persistante et désagréable. Une petite voix intérieure lui chuchotait que c'était important... que ce souvenir avait plus de valeur et d'intérêt qu'il y paraissait...

Thorin repoussa cette idée. Il ne voulait pas entendre. Il ne voulait plus se laisser distraire. Seul comptait l'instant présent et surtout, ce qui viendrait après. Et s'il n'y avait que le néant, tant mieux. Au moins, dans ce cas il ne souffrirait plus de la perte de la seule chose dans l'univers qui ait eu la moindre importance, la moindre valeur. N'est-ce pas ? Pourquoi, tout à coup, cette voix intérieure, désagréable et pernicieuse, paraissait-elle s'évertuer à lui dire qu'il oubliait quelque chose ? Qu'il s'entêtait à ne voir que la moitié d'un tableau bien plus vaste qu'il y paraissait ?

Il la repoussa à nouveau et évoqua le Coeur de la Montagne. Il continuait à ne pas comprendre comment « ils » avaient pu avoir l'atroce courage d'annihiler une telle beauté, une telle présence, une telle magie. Le Roi sous la Montagne jeta à nouveau un coup d'œil vers le ciel et eut un sourire torve : il allait se vider de son sang sous la lumière froide et impersonnelle des étoiles, les yeux plongés dans leur lointain scintillement qui lui rappelait un peu, quoique de manière bien fade, hélas, la splendeur irréelle de son trésor perdu. Cette idée était étrangement réconfortante. Il n'avait plus à lutter. Tout finissait ici et maintenant. Ça aussi, c'était réconfortant. Le soulagement le submergea et il assura sa prise sur son arme pour en finir d'un seul coup, vite et bien.

- Je ne crois pas que tu veuilles vraiment faire ça. Ca n'a aucun sens et tu le sais, Thorin, dit soudain derrière lui une voix faible, cassée, qui s'interrompit dans une quinte de toux.

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Avouez, vous y avez cru, hein ?

Julindy : tu vois à quel point tu touchais la vérité du doigt !