Voici la suite! :)


Chapitre 17 : Avenir et souvenirs (partie 2)

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Sonja est en train d'enfiler son armure lorsqu'Alicia ouvre les yeux ce soir là. Depuis que Manuel est parti avec Olek il y a de cela presque trois mois, elle reste constamment avec sa sœur, ne supportant pas la solitude. La jeune fille proteste en faisant remarquer à son aînée que leur père va encore être d'humeur effroyable si elle n'assiste pas au conseil. Celle-ci se contente de lui répondre qu'elle a beaucoup plus important à faire et que de plus elle sait pertinemment que la politique est loin d'être une de ses passions. L'adolescente pousse un énième soupir lorsque Sonja claque la porte derrière elle.

Après une toilette rapide elle se dirige vers sa propre chambre afin de poursuivre la lecture du journal de sa mère. Elle était tellement collée à sa grande sœur ces derniers temps qu'elle n'a guère eu le temps d'en continuer la lecture. Elle grimpe sur son lit et sort le précieux ouvrage de sa cachette. À la vue de l'écriture parfois hésitante qui couvre les pages de celui-ci, elle se permet de repenser à ces quelques heures passées avec sa mère sous sa forme humaine.

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Alicia, encore tremblante après le réveil de Manuel s'assura d'abord qu'elle ne risquerait pas de déranger les retrouvailles de ses parents en demandant la permission d'entrer dans la chambre par une voie qu'elle qualifie de non-conventionnelle. Ilona répondit au bout de quelques minutes et la jeune vampire entra.

Viktor était en train de boutonner sa chemise en grommelant quelque chose, lorsqu'il vit Alicia il lui sourit, puis avant de sortir, passa sa main dans ses cheveux en lui promettant que tout irait pour le mieux et que cette affaire dans laquelle Manuel et elle étaient impliqués serait bientôt définitivement close. Alicia, surprise d'un tel comportement affectif ( Viktor ne fait jamais vraiment de câlins à ses filles ), ne dit rien sur le moment. Lorsque l'aîné referma la porte derrière lui elle porta son regard sur sa mère, vêtue d'une simple tunique et rougissante, assise sur le bord du lit. Au bout de quelques instant à se fixer sans savoir quoi faire, la jeune femme tendit timidement les bras vers sa fille. Bras vers lesquels celle-ci se rua sans réfléchir davantage.

Elle avait besoin de s'assurer que tout ceci était bien réel, que tout n'allait pas lui être enlevé d'une seconde à l'autre, elle avait besoin d'une réalité palpable pour contre-balancer son surnaturel quotidien. Elle serra sa mère contre elle en lâchant quelques larmes qu'elle se maudit de ne parvenir à retenir, elle pleurait décidément trop ces temps-ci, il allait falloir qu'elle y remédie, qu'elle s'endurcisse un peu. De son côté, Ilona sanglotait sans retenue en pressant sa fille contre sa poitrine comme si elle craignait que l'on la lui prenne d'un instant à l'autre. Elle nicha son nez dans les cheveux d'ébène d'Alicia et murmura tous les mots d'amour qu'une mère peut dire à son enfant en quatorze ans.

La jeune fille réalisa à quel point cette présence maternelle lui avait fait défaut, un instant le vide que Sonja avait essayé de combler était de nouveau présent. Elle finit par se dégager l'étreinte de la femme-loup afin de pouvoir mieux voir à quoi elle ressemble, le trait qui la marqua le plus fut sa jeunesse apparente. Elle se fit vite la réflexion que Sonja faisait facilement plus âgée que sa propre mère, en effet, Ilona n'était plus grande d'Alicia que de seulement quelques centimètres et son physique plus proche de celui d'une adolescente que d'une femme d'age mur. Et elle devait bien admettre qu'elle lui ressemblait beaucoup.

Ilona capta son trouble et lui répondit qu'elle pensait que c'était du à sa transformation précoce en vampire, que cela avait sans doute affecté sa croissance d'une manière ou d'une autre. Sa fille acquiesça et Ilona enchaîna en lui disant qu'elle pouvait lui poser toutes les questions qu'elle voudrait, qu'elle tacherait d'y répondre pour le mieux. L'adolescente ne se le fit pas dire deux fois.

« _ Comment as-tu fait pour redevenir humaine ? Je pensais que tu étais bloquée en loup et condamnée à ne plus te retransformer…

_ C'est beaucoup plus compliqué que cela Alicia. Je peux me transformer en loup depuis mes sept ans, c'est une aptitude avec laquelle je vis depuis deux siècles, il y a eu des périodes où j'étais beaucoup plus sous cette forme que sous une autre, lorsque j'ai perdu ma famille, je suis restée loup pendant la moitié d'une année… et lorsque je suis tombée enceinte de ta sœur, je ne me suis plus transformée pendant presque dix ans. Je n'ai pas toujours très bien contrôlé cette sorte de dualité et ton père, en me transformant m'a aidé à me maîtriser sans le savoir, comme si le côté vampire cherchait à prédominer sur le côté loup. » Ilona hésita un peu avant de poursuivre.

« _Le loup c'est ma forme 'refuge', elle est le témoin de ma colère, de ma douleur et de ma peur, c'est une sorte d'échappatoire. Peut-être que si j'avais abandonné l'idée de poursuivre mes transformations je n'en serait pas là aujourd'hui et tu aurais pu avoir une vraie famille, seulement j'en étais bien incapable. J'ai toujours adoré être sous cette forme, sans contraintes, libre d'aller où je souhaitais. C'est égoïste de ma part, seulement j'ignorais totalement où cela me mènerait, je pensais garder le contrôle, ne libérant le loup que lors de rares occasions, j'y suis parvenue pendant tout le temps où je me suis sentie en sécurité… et puis un jour l'instinct de survie a repris le dessus et tout est devenu incontrôlable. Je pensais réussir à reprendre la situation en main lorsque je suis tombée enceinte de toi, mais mon passé me rattrapait au galop et il était déjà trop tard. J'étais à bout de force lorsque j'ai accouché, et un instant j'ai cru que ma vie s'arrêterait là, en fait j'ai été suffisamment égoïste durant quelques secondes pour souhaiter mourir… mais j'ai toujours été une survivante et cette fois-ci n'a guère été différente des précédentes : j'ai réussi à te serrer dans mes bras et la minute d'après je luttais pour ne pas que ma vraie nature prenne le dessus… » La jeune femme marqua une pose et resserra ses bras contre sa poitrine. Une larme coula sur sa joue et elle baissa les yeux devant ceux visiblement choqués d'Alicia. Elle reprit finalement d'une voie tremblante.

« _ Je… je l'ai supplié de me tuer, je refusais l'idée de devenir un animal incontrôlable, je refusais de passer dans le camp d'adverse. Bien entendu, il a répondu à ma demande avec un non tranché, jamais il n'aurait épargné un loup, j'étais sa seule exception. Il t'a pris dans ses bras et t'a mise dans ceux de Sonja qui était à la porte. Ensuite il m'a emmené dehors, dès que j'ai senti le froid du dernier jour de l'hiver je me suis transformée. J'ai jeté un dernier regard à ton père et à la vie que je laissais et je me suis enfuie. La dernière chose que j'ai vue avant de tourner le dos à mon existence ce sont les larmes de ton père, à l'aube de ce jour, j'ai vraiment compris à quel point il tenait à moi. Je me suis retrouvée coincée dans la forme que j'avais tant affectionnée étant plus jeune, quelle ironie ! Les premiers temps je me suis laissée allée, vivant au jour le jour, après la mort d'Ana c'était encore pire. J'ai divagué plusieurs années, ne sachant où aller, résistant à l'idée de quitter ce monde une bonne fois pour toutes. Et puis j'ai rencontré un petit garçon, et cet enfant était en train de discuter avec un loup. Mon passé m'a traversé comme une flèche et je me suis vue dans ce petit, je t'ai vue en lui. Lorsque je me suis approchée et qu'il s'est tourné vers moi je suis tombée de haut, ses yeux d'un gris froid comme l'argent ne laissaient aucun doute quant à sa parentelle.

_ Manuel… Souffle Alicia légèrement étonnée car son ami ne lui a jamais parlé de cette rencontre.

_ Oui, le fils d'Ana et William Corvinius, l'enfant né le même jour que ma fille. Il a tendu la main vers moi, comme on le fait à un animal blessé ce que j'étais au plus profond de mon être. À cet instant précis j'ai retrouvé le courage qui avait tant séduit ton père et pour la première fois depuis des années j'ai souhaité aller de l'avant. Je me suis approché de Manuel et j'ai su, au moment même où il passait sa main dans mon cou en me disant qu'il était heureux de rencontrer quelqu'un comme lui, que je voulais tout faire pour te voir toi et te protéger. Il a tout de suite su que je n'étais pas un vrai loup, mais il respectait mon silence concernant mon identité. Je lui ai expliqué, au fil de nos rencontres régulières, que je souhaitais te revoir toi et également ta sœur et ton père. Je ne lui ai jamais dit qui j'étais même s'il avait de gros soupçons, étant en communication avec toi. Au travers de lui je t'ai veillée à distance. Voyant mon désarrois il s'est mis en tête de m'aider à redevenir humaine, par tous les moyens possibles et une nuit c'est arrivé : nous étions tous deux en train de courir, il s'était transformé et nous faisions la course. Nous sommes tombés sur des villageois et face à leurs lances nous n'avons pu que nous enfuir, l'un d'eux a tiré et j'ai pris le carreau d'arbalète à la place de Manuel. Malgré la douleur j'ai continué ma course et c'est uniquement après être arrivée à mon refuge que je me suis effondrée. Je me suis évanouie pensant que tout était terminé pour moi.

_ Et après ? Tu t'es réveillée humaine ? Questionna Alicia.

_ Oui. Répond Ilona les yeux dans le vague. Lorsque j'ai rouvert les yeux j'étais allongée 'chez moi', j'ignore comment l'enfant qu'était ton ami à l'époque a réussi à me monter jusqu'en haut de mon repère mais toujours est il qu'il dormait à côté de moi, roulé en boule comme un petit animal perdu. J'ai assez vite remarqué deux points essentiels : nous étions sains et saufs et j'étais humaine. Cette dernière chose m'a laissée sans voix. Cela faisait huit ans que j'étais sous forme de loup et ça ne s'était jamais produit. J'ai jeté un coup d'œil à l'endroit où j'avais reçu la flèche, tout juste restait il une légère rougeur. Je me suis levée en redressant la couverture sur Manuel et j'ai enfilé une tunique qui traînait dans l'un des placards, j'ai essayé de faire le vide dans ma tête afin de comprendre comment tout ceci était possible mais je n'ai trouvé aucune réponse plus plausible que celle de l'émotion et de la douleur. En regardant le soleil encore bas dans le ciel, j'ai évalué que j'avais dormi environ six heures, seulement j'étais bien incapable de savoir depuis combien de temps j'étais humaine.

_ Il ne me l'a jamais dit ! L'interrompit Alicia. Pourquoi m'a-t-il caché un truc pareil ?

_ Pour ne pas que tu puisses avoir de faux espoirs me concernant. Commença Ilona.

_ De faux espoirs ! De faux espoirs ! Non mais tu te rends compte de ce que j'ai pu penser de moi pendant toutes ces années ? Tu as une idée de ce que ça fait de penser qu'on est responsable du malheur des personnes qui nous entourent ? Que toi tu ne me l'ais pas dit, ça passe encore, je me doute que ce n'était pas facile de m'aborder et puis après tout tu m'as laissé pas mal de signes pour que je découvre la vérité par moi-même… Mais Manuel ! C'est injuste ! Je lui fais confiance, je serai prête à faire n'importe quoi pour lui et… et j'ai l'impression que comme la majorité de mes proches, il passe son temps à me mentir ! S'énerva Alicia en se levant.

_ Toute vérité n'est pas bonne à dire tu sais. Et je doute que ce soit le genre de sujet que les enfants de neuf ans abordent régulièrement ! Je me doute que tu dois te sentir perdue mais je te promets que tout ceci sera bientôt très clair dans ton esprit ! Maintenant calme toi ! Hurler ne sert à rien ! Répondit sa mère en haussant à son tour le ton.

_ C'est facile pour toi de dire ça ! Tu n'étais même pas là ! Tu aurais pu me contacter bien avant ! Au moins pour me dire ce qui m'attendait ! J'avais l'impression d'être une sorte de monstre, une chimère conçue par des inconscients ! Sérieusement, vous pensiez à quoi le jour de ma conception ? Certainement pas à mon avenir à moi ! Toi même tu n'assumes pas ta nature mais ça ne vous a pas empêché, en toute connaissance de cause, Viktor et toi, de m'imposer une vie dans ce monde où je n'ai de toute évidence pas ma place ! Pourquoi voudrais-tu que, moi, j'arrive à vivre avec ce que je suis alors que toi tu en es incapable ? » Continua Alicia avec fureur, des larmes coulant sur ses joues.

Le son sec d'une gifle la fit émerger de sa colère, suivie d'une vive douleur à la joue. L'adolescente pris alors conscience de ses paroles mais ne les regretta cependant qu'à moitié tant la douleur du mensonge était cuisante. Puis regardant la jeune femme en face d'elle qui semblait vraiment peinée et au bord des sanglots se sentit brusquement honteuse. Elle s'apprêtait à s'excuser lorsque sa mère la coupa net.

« _ Es-tu calmée à présent ? »

La jeune fille hocha la tête sans rien dire et se rasseya à côté d'elle sur le lit. Elle réfléchit un instant avant de bredouiller :

« _ Je suis… » Mais elle fut vite interrompue par Ilona qui trancha nette son début d'excuses.

« _ Non, tu n'as pas à me présenter tes excuses parce que ta colère, je l'ai méritée, je l'assume. C'est toi qui a du le plus souffrir de la situation alors tu as parfaitement le droit de m'en vouloir, et d'en vouloir à ton père ou à Manuel. Quoique ce dernier voulait certainement juste t'épargner. Il faut que tu saches que tu as raison, sur toute la ligne dans ce que tu as énoncé. C'est exact, je n'ai pas une très grande opinion de ce que je suis, je peux même te dire qu'à certains moments de ma vie je me suis haïe. C'est vrai que ton père et surtout moi, avons été égoïstes et particulièrement inconscients de souhaiter avoir un deuxième enfant sans savoir si son avenir serait garanti. C'est donc à moi de te présenter mes excuses. Cependant, tu as le droit d'être en colère, c'est un sentiment humain que tout le monde peut ressentir, seulement ne la laisse jamais prendre le dessus, même la plus innocente des personnes peut être menée à accomplir des actes impardonnables sous son emprise… » Expliqua la femme-loup qui avait retrouvé un calme quasi-olympien en l'espace de quelques secondes. Son regard laissait néanmoins supposer qu'elle était profondément malheureuse.

« _ J'ai compris. Murmura Alicia en levant son regard vers le sien. Tu peux continuer ton histoire, j'aimerai beaucoup savoir ce qui s'est passé ensuite.

_ Et bien, après je n'ai pas grand-chose à dire si ce n'est que Manuel s'est réveillé et m'a demandé qui j'étais exactement. Au début je n'ai rien répondu et puis je l'ai senti dans mon esprit et cela m'a dérouté. C'est toujours moi qui créé les liens entre les personnes que je souhaite, jamais personne ne m'avait imposé une communication avec elle-même. Je n'ai pas répondu à sa question mais je pense qu'il a vu ce qu'il souhaitait en moi car il ne m'a jamais plus reposé celle-ci.

_ Et après ? Tu es redevenue loup en combien de temps ? La pressa Alicia en cherchant du regard celui de sa mère qui semblait bien perdue dans ses songes.

_ Une heure ou deux, ce fut très bref, mais suffisant pour me faire sortir de ma léthargie des huit dernières années. Encore une fois je fut sauvée par l'un des membres de la famille Corvinius, quelle ironie lorsque l'on sait que c'est en grande partie à cause d'eux que j'en suis là… Ah ce brave Alexander, toujours à tenter de réparer les erreurs de ses fils…

_ Je ne te suis plus… Tu fais partie de cette famille n'est-ce-pas ? Tu es une descendante des Corvinius, non ?

_ Oui, c'est exact, plusieurs générations me séparent néanmoins de Markus et William. Mais effectivement, je descends du troisième fils d'Alexander, qui était un humain immortel d'après mes sources, ce qui d'ailleurs expliquerait de nombreuses choses… Je ne sais pas grand-chose sur lui et sa mort même n'est pas officielle. Lorsque j'étais plus jeune je l'ai cherché pour avoir des réponses mais j'ai fait choux blanc, cet 'homme' est un vrai fantôme. Mon père avait bien un arbre généalogique mais il en manquait certaines branches, j'ai bien essayé de le compléter mais sans succès. Autant je descends d'une branche ayant connue des immortels et des mortels, au vu de certaines dates je me suis rendue compte que certains de mes ancêtres avaient vécus parfois presque cent ans ce qui est quasiment impossible si l'on se renseigne sur l'espérance de vie moyenne à leurs époques respectives. Autant certaines branches sont uniquement composées d'humains, c'est comme ça que j'ai pu relier Ana à cet enchevêtrement, ceci peut expliquer le pourquoi des capacités de Manuel, j'ai fait le calcul et depuis l'apparition de cette espèce de maladie qui fait qu'il y ait des immortels, environ un enfant naît, tous les siècles, avec des capacité propres aux première et deuxième générations. Bien plus si l'on provoque de manière voulu ou non l'union de deux personnes possédant des ancêtres de cette lignée. Expliqua Ilona.

_ Euh, c'est un peu complexe ce que tu me racontes. Lui fit remarquer Alicia en fronçant les sourcils.

_ Oups ! Désolée, c'est que j'oublie parfois que tout le monde n'est pas aussi calé que Markus ou moi en histoire. Enfin bref, ce n'est pas d'une importance capitale.

_ Quand as-tu trouvé le temps de faire toutes ces recherches ?

_ Chacun s'occupe comme il le peut. N'oublie pas que j'ai plus de 200 ans. J'ai eu largement le temps de lire de nombreux ouvrages et archives. Et comme j'étais plus ou moins interdite de conseil de sorties, bon, je l'avoue le jour personne ne me surveillait donc je pouvais agir à ma guise mais passons tout ça pour te dire, que j'ai eu pas mal de temps libre.

_ J'ai le droit de savoir pourquoi tu n'avais pas le droit de siéger au conseil ?

_ Tu le sauras bien assez tôt et en fin de compte ce n'était pas vraiment une punition pour moi ! Les écouter se plaindre à longueur de journée et les voir geindre sans pour autant lever le petit doigt c'est assez exaspérant. J'avais franchement mieux à faire. Il m'est arrivé d'y assister à la demande de ton père ou de Markus ou Amélia mais c'était surtout pour ne pas les contrarier, généralement on me congédiait avant au bout de peu de temps. J'ai un gros problème avec le fait de ne pas pouvoir dire ce que je pense à cette bande d'hypocrites qui n'a pour ainsi dire presque jamais mis les pieds dans le monde réel.

_ C'est étrange, je pense la même chose d'eux ! Plaisanta Alicia. Et Sonja aussi est du même avis.

_ Oui… enfin concernant ta sœur, je préférais qu'elle occupe son temps libre à autre chose que se mettre continuellement en danger que ce soit à l'extérieur ou à l'intérieur de ces murs. Répondit-elle avec un regard lourd de sous-entendus.

_ Oh, tu le sais ? S'étonna Alicia, une pointe de crainte était perceptible dans sa voix.

_ Oui, je suis au courant depuis un certain temps, en même temps ce n'était pas bien compliqué à notifier. Il suffit de savoir bien observer et Sonja ne me l'a jamais vraiment caché d'ailleurs… J'ai un accord avec elle, j'espère juste pour sa sécurité qu'elle ne l'a pas oublié.

_ Qu'est-ce ?

_ Ce n'est pas important que tu le saches, je doute que ça se produise, si c'était vraiment possible, ce serait certainement déjà fait.

_ Très bien. Je pense avoir deviné de toute façon. Pour en revenir à Alexander, tu insinuais il y a quelques minutes qu'il t'avait déjà aidé ?

_ Oui, lorsque j'étais enfant. Il m'a recueilli lorsque j'ai repris forme humaine et je lui ai souvent rendu visite par la suite. J'ai cessé de le voir après ma transformation en vampire et je lui écrivais juste une lettre presque chaque mois, tout en restant discrète, ton père ne l'affectionne pas vraiment.

_ Et les autres ? Insista l'adolescente qui voyait le temps défiler.

_ William est en grande partie responsable de ce que je suis et quant à Markus c'est un bon ami, même si je reconnais que pendant un temps j'ai haït tous les vampires sans exception… Mais je ne souhaite pas en parler car cette histoire est aujourd'hui close.

_ D'accord, c'est un peu plus clair à présent mais certains détails sont quand même encore obscurs à mes yeux. Dit doucement Alicia.

_ Il existe un document capable de te fournir ce que je n'ai pas la force de te raconter de vive voix. C'est Markus qui le possède, je t'expliquerai où il se trouve exactement avant de nous quitter.

_ Oh, quand pourrai-je te revoir ? Demanda la jeune fille pleine d'espoir et néanmoins un peu triste.

_ Je suis désolée, j'ignore quand je pourrai reprendre forme humaine aussi longtemps qu'aujourd'hui. Tu as l'air ennuyée, ça ne va pas ?

_ C'est juste qu'avec ce que je t'ai dit, j'ai un peu peur d'avoir 'tout gâcher'… Murmura-t-elle.

_ Dans ce cas tu t'inquiètes pour rien ! Déclara Ilona avec un sourire. Je me serrais vraiment interrogée sur ta santé mentale si tu avais trouvé toute cette situation normale ! Puis elle continua sur un ton beaucoup plus sérieux : C'est moi qui n'aurais jamais du te gifler, c'était… bref, je n'aurais pas du me laisser emporter alors que tu ne faisais que me confronter avec la vérité qui n'est certes, ici, guère à mon avantage… J'aurais probablement réagit comme toi si ma mère m'avais fait un coup pendable, quoique dans son cas ça n'aurait pas été envisageable… » Soupira-t-elle.

Le silence s'installa pendant quelques secondes dans la chambre et Ilona en profita pour reprendre maladroitement sa fille dans ses bras. Elle posa son menton sur le sommet de son crâne tendis qu'Alicia collait son oreille contre sa poitrine. La femme-loup brisa le vide de parole en demandant à voix basse :

« _ Y-a-t-il autre chose dont tu voudrais parler avant que ton père ne revienne ?

_ Oui, je voudrais que tu fasses quelque chose pour Sonja qui s'en veut de la façon dont vous vous êtes dites 'en revoir'. »

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C'est ainsi qu'Alicia avait pu déposer une lettre au milieu des affaires de sa sœur. Celle-ci ne se rendrait sûrement pas compte de l'ancienneté ou non du message et dans tous les cas Alicia et Ilona espéraient que cela permette à Sonja de ne plus y penser.

Alicia ferme finalement le journal en se promettant de continuer sa lecture ultérieurement. Quand elle y repense, elle se rend compte qu'elle n'a pas beaucoup parler de sa dispute avec Ilona avec Manuel. Elle hausse les épaules. Après tout, elle n'avait certainement pas envie de se disputer avec son ami le jour de son départ.

Elle se décide à sortir dans la cour pour s'empêcher de penser au garçon avec qui elle a passé les meilleurs moments de son existence ces cinq dernières années. Elle range l'ouvrage dans sa cachette et enfile ses sandales avant de sauter de son lit. Elle se dirige rapidement dans les couloirs qu'elle connaît par cœur avant de déboucher sur la cour boueuse dans laquelle s'entraînent quelques soldats pendant que les autres vampires vaquent à leurs occupations respectives. Liam lui adresse un sourire discret lorsqu'il l'aperçoit et l'adolescente lui rend. Kosta l'a aussi vu et il s'apprête à vociférer quelques chose en levant son fouet dans la direction du fils de Markus lorsque son regard mauvais croise celui moqueur de la jeune vampire. Le garde se raidit et déglutit avant de faire celui qui n'a rien fait. Sabas, un peu plus haut se permet de lui faire un clin d'œil.

Le vampire au fouet se souvient encore très bien de la dernière fois où il a contrarié la seconde fille de Viktor. Il les avait poursuivit elle et Manuel pour une simple histoire de boule de neige et avait tenu des propos peu flatteurs à l'égard de la fillette et de sa mère. Viktor avait fait une chose totalement inattendue : il avait laissé Alicia choisir la punition de Kosta. Celle-ci avait décidé de l'humilier et depuis il ne l'avait plus jamais contrariée. Il faut dire que trois mois à récurer les cachots des lycans comme un vulgaire esclave cela lui avait passé l'envie de provoquer de nouveau la petite vampire et son ami lycanthrope.

Adressant un sourire radieux au vampire tortionnaire, la jeune fille prend inconsciemment la direction de l'armurerie. Elle atteint presque la porte lorsque Lucian la bouscule, une arbalète à la main. Alicia entend les cris caractéristiques du fait qu'une bande de loup-garous est en approche du château. Elle pousse un long soupir avant de prendre la direction des remparts.

On dirait bien que ma sœur a encore fait des siennes.

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Alors qu'en avez-vous pensé?