Finalement, au diable la Bactériologie, attendra! Ce soir j'écris!
Je préfère prévenir, ce chapitre est particulièrement déprimant je trouve... Rien que le titre annonce la couleur.
Bonne lecture!
Chapitre 22 : Le jour d'après
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Une branche déchire la peau tendre du visage d'Alicia. L'adolescente peste, serre les dents lorsque des épines de ronces s'enfoncent dans ses pieds nus et accélère. La jeune fille s'essouffle, elle sait pertinemment qu'elle va bientôt s'effondrer de fatigue. Néanmoins elle a réussi à courir beaucoup plus loin que d'habitude avant que les lycans ne se rendent compte qu'elle avait mis les voiles. Depuis un mois, son quotidien se résume à cela : tenter de fuir Lucian.
Lorsqu'il lui demanda pour la première fois, de localiser les vampires, elle pensa qu'il n'était pas sérieux. Seulement les coups qu'elle reçut après lui avoir fait part de son refus d'obtempérer étaient certainement bien réels ! Depuis ce premier interrogatoire, Alicia s'est totalement renfermée sur elle-même, n'accordant un peu d'intérêt qu'à Liam qui s'occupe d'elle autant qu'il le peut.
Lorsqu'il fut question de soumettre de manière plus absolue les loup-garous, Lucian décida de la priver de sang jusqu'à ce qu'elle lui obéisse. Il se rendit assez vite compte que l'adolescente ne l'aiderait jamais. Comme elle le répète si bien tous les jours : « C'est ta guerre Lucian, non la mienne. »
Depuis ce jour, Alicia est donc prisonnière de sa propre demeure, passant toutes ses journées dans sa chambre dont toutes les fenêtres ont été condamnées depuis que Lucian a compris que la jeune fille pouvait facilement s'enfuir par ces issues. Les rares fois où elle reçoit de la visite, un garde lycan est toujours dans les parages pour l'empêcher de partir. Liam tente constamment de raisonner Lucian, mais rien n'y fait.
Xristo n'a pas vu venir le coup lorsqu'Alicia l'a assommé pour s'échapper. Il faut dire qu'elle devient de plus en plus inventive. Lucian l'a traité d'incapable pendant une bonne dizaine de minutes avant de l'envoyer avec Raze et d'autres, rechercher la jeune fille de Viktor. Sous leurs formes de lycans ils parcourent la plaine en quelques minutes avant d'atteindre la forêt. Leur proie est très vite en vue, Alicia est épuisée, elle ne tiendra plus très longtemps.
En effet, la jeune fille butte sur une branche et tombe à plat ventre sur le sol boueux et parsemé de ronces tranchantes. Elle laisse échapper un glapissement de douleur avant de tenter de se relever. Malheureusement un pied, brutalement abattu sur son poignet gauche, l'empêche de faire le moindre mouvement. Antall lui adresse un regard mauvais du haut de ses deux mètres de haut et cent cinquante kilogrammes de muscles et lui écrase davantage le poignet. Les os d'Alicia émettent un craquement guère très rassurant. La jeune fille serre les dents avant de vociférer un flot d'insultes au lycan qui vient de lui briser un membre.
La deuxième montagne du groupe d'intervention ''spécial fugues d'Alicia'' dispute violemment Antall lorsqu'il arrive à sa hauteur. Le lycan relâche sa pression sur la jeune fille qui s'empresse de plaquer son poignet meurtri contre elle en sifflant en montrant les dents. Si la situation n'était pas aussi désastreuse, Sabas aurait très certainement rit face à la réaction d'Alicia. Mais voir la fille d'Ilona ainsi sale, amaigrie, malheureuse et faible lui fait beaucoup de peine.
Raze s'approche prudemment de sa captive qui lui adresse un regard d'avertissement. Le lycan l'ignore et s'accroupit pour être à sa hauteur.
« _ Montre-moi ton bras Alicia. » Lui demande-t-il avec douceur.
Avec de grandes difficultés, la jeune fille obtempère et tend son bras en tremblant. L'homme pose avec délicatesse ses doigts sur son poignet qui arbore un impressionnant bleu afin de considérer l'étendue des dégâts.
« _ Félicitations Antall. C'est cassé. Grommelle-t-il en immobilisant comme il le peut la main et le bras d'Alicia.
_ Ça lui passera peut-être l'envie de s'enfuir dans ce cas ! Rétorque-t-il.
_ Imbécile. Laisse échapper Sabas, entre ses dents, en se penchant pour prendre Alicia dans ses bras.
_ Tu sais très bien ce que je pense des tortures administrées aux enfants, Antall ! Grogne Raze. Tu dépasses les bornes ! Cette petite ne t'a rien fait ! Lucian nous a demandé de la ramener, pas de la brutaliser ! Ce n'est pas un jouet !
_ C'est un vampire. C'est du pareil au même. » Réplique-t-il.
Sabas aurait d'ordinaire, été plutôt de l'avis d'Antall, les vampires méritent bien une bonne leçon pour les nombreuses décennies d'esclavage des lycans. Cependant, contre toutes attentes, certains lui sont assez sympathiques parmi eux se trouvent Alicia, Janelle et, autrefois, Ilona en faisait également partie.
Il glisse Alicia dans les bras de Raze et décoche une droite dans la mâchoire de l'homme qui lui fait face en y mettant toute son énergie. Ce dernier pousse un hurlement de douleur avant de se ruer sur Sabas. Les deux lycans se transforment et Xristo se voit contraint de les séparer. Antall parle de les dénoncer à Lucian, et les trois hommes haussent les épaules. Il n'est qu'un simple soldat, son avis n'a aucune importance à côté de celui des subalternes directs du leader des lycans.
Des larmes se mettent soudainement à couler sur les joues d'Alicia et la jeune fille enfouit son visage dans le torse musculeux du second de Lucian. Elle est exténuée. Exténuée et totalement désespérée. Elle se reprend bien vite, elle s'est jurée de ne plus pleurer après la mort de Sonja.
Sonja, rien que l'évocation de son nom est un sujet de discorde, très peu osent en parler en présence d'Alicia ou de Lucian. Pourtant, Raze se dit au fond de lui qu'il faudrait peut-être, au contraire, que quelqu'un parle avec l'adolescente. Mais les volontaires sont rares, ce qui s'explique assez aisément par le fait qu'Alicia a la fâcheuse tendance d'agresser quiconque s'approche trop près d'elle. Seuls Liam, Raze et Sabas semblent épargnés par ses canines acérées. Heureusement qu'elle n'est pas venimeuse, sinon, Lucian aurait déjà perdu beaucoup d'hommes.
Raze avise les pieds ensanglantés d'Alicia et frémit. Il a vraiment l'impression d'être un monstre en voyant son regard terrifié et accusateur. Qui donc serait assez cruel pour séquestrer une adolescente de quatorze ans dans le but de l'utiliser pour détruire sa propre famille ? Il ne pensait pas que Lucian en arriverait à de telles extrémités avec elle… S'il se comportait de la sorte avec Alicia, qu'en serrait-il lorsqu'il se retrouverait de nouveau face à Viktor ?
Car il y a bien une seule chose que l'amant de Sonja a réussi à arracher à la petite-sœur de celle-ci, c'est la survie de son père. La rage du lycan était telle ce jour là, que Raze a bien cru qu'il tuerait Alicia. Liam et lui étaient intervenus au bon moment et il avait sorti la jeune vampire de la pièce afin de lui éviter de se prendre des coups.
L'ordre de départ, donné par Sabas, tire Raze de ses pensés. Il cale Alicia dans ses bras et marche en tentant de la secouer le moins possible à cause de son bras. Il espère que Liam lui trouvera rapidement du sang afin qu'elle puisse reprendre des forces. L'adolescente ne bouge pas et son regard est hagard. Raze a parfois l'impression qu'il n'y a pas que Sonja qui soit morte, Alicia ne parle pas, ne sourit pas, ne pleure presque pas, elle reste bien souvent apathique.
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« _ Manuel, il n'en est pas question ! Tranche Olek.
_ Enfin, tu sais bien que lorsqu'Alicia a des ennuis c'est moi qu'elle appelle ! Vous savez tous ici que je suis le plus disposé à aller la chercher ! S'exclame l'adolescent en faisant de grands gestes saccadés, témoins de son inquiétude vis-à-vis de son amie.
_ Nous le savons Manuel. Tempère Helén. Seulement c'est bien trop risqué, si Lucian te met la main dessus et qu'il vous a, tous les deux, avec Alicia, il n'hésitera pas à vous utiliser à ses propres fins.
_ Nous nous enfuirons !
_ Parce que tu penses vraiment qu'il est si simple de s'enfuir du château de Markus ? Alicia est maligne, si elle avait pu s'enfuir elle l'aurait déjà fait, et elle serait parmi nous ! Rétorque Viktor.
_ Permettez-moi, Viktor, d'avoir quelques doutes à ce sujet… Dit-il avec ironie. Je doute que quelqu'un de normalement constitué, soit très enclin à venir se jeter dans les bras de l'assassin de sa sœur ! »
Et c'est reparti… songe Helén en observant Manuel et Viktor se fusiller du regard et s'attaquer verbalement. Jorick et Olek tentent de les retenir afin qu'ils ne se blessent pas. Cette scène est malheureusement devenue quotidienne au château d'Olek. Helén comprend très bien le point de vue de Manuel, seulement il y a des façons un peu plus délicates que celle qu'il emploie pour faire entendre raison à Viktor. La jeune femme connaît Viktor depuis qu'elle est enfant et sait pertinemment que sous ses traits insondables est dissimulée une immense tristesse. Elle estime qu'il s'en veut suffisamment à lui-même et qu'il est donc inutile d'enfoncer, plus profondément, le couteau dans la plaie.
Les quatre hommes en viennent finalement aux mains et Helén commence à perdre patience. Elle supporte leurs disputes à longueur de journée, et aucun ne semble se soucier de ce qui lui parait pourtant essentiel : retrouver Ilona et trouver le moyen d'enlever Alicia à Lucian.
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Raze dépose Alicia sur son lit. La jeune fille arbore désormais un hématome supplémentaire, sur la joue cette fois-ci il est le témoin de la colère de Lucian concernant son énième tentative d'évasion. Le lycan soupire lorsqu'Alicia se dégage rapidement de sa poigne pour se rouler en boule dans un coin. Elle ressemble à un petit animal blessé de cette façon. Il s'approche tout de même d'elle afin de vérifier que l'état de son poignet ne s'est pas aggravé durant son ''entrevue'' avec Lucian.
Alicia se laisse finalement faire, voyant que Raze ne lui veut pas de mal. Elle le laisse palper sa peau bleuie en grimaçant. Ses os se ressoudent avec lenteur à cause du manque de sang. Lucian ne lui donne que ce qu'il faut pour qu'elle reste en vie et puisse marcher. Elle est bien incapable de se servir de ses capacités… Même communiquer avec Manuel lui est impossible, alors que c'est pourtant la chose qu'elle sait le mieux faire…
Raze hésite parfois, lorsqu'il la voit au bord de l'évanouissement, à lui donner son propre sang. Mais il ignore comment pourrait réagir l'organisme d'Alicia face au venin de Lucian qui coule dans ses veines. Il décide donc, après avoir passé une main presque paternelle dans ses cheveux, de la laisser se reposer tranquillement. De toute façon, Liam ne devrait plus tarder à rentrer au château.
Il referme la porte avec précaution, non sans capter le regard rempli de détresse de la jeune captive. Son cœur, pourtant broyé par la vie depuis longtemps, se serre dans sa poitrine. Il déteste qu'on s'en prenne aux enfants. Le fait d'avoir vu des enfants esclaves subir les pires atrocités dans son pays natal et d'en avoir également été un à la mort de ses parents, lui offre un regard différent sur la situation d'Alicia.
Il est parfaitement d'accord pour dire que les vampires ne payent rien pour attendre, mais lorsque ses yeux se posent sur Alicia, il ne voit pas le membre d'une race ennemie qu'elle représente, mais juste une jeune fille, à peine sortie de l'enfance, à qui on a volé quelque chose d'irremplaçable. S'il avait le courage de défier Lucian, il l'aurait depuis longtemps aidé à s'enfuir. Seulement à quoi bon ? Où irait-elle ? Il lui est impossible, de l'avis de Raze, de retourner auprès des siens après ce qu'elle a fait. Car après tout, du haut de ses quatorze ans, Alicia a quand même aidé à tuer une dizaine de personnes désarmées et enfermées dans une salle sans issue… Sans compter le conseiller qu'elle a décapité sans état d'âme.
Il hoche négativement la tête, si même les enfants deviennent des tueurs, que réserve donc l'avenir ?
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Manuel jette son sac de toile par dessus son épaule et regarde une dernière fois la petite mais chaleureuse pièce qui lui a fait office de chambre durant les derniers mois. Olek et sa femme Helén ont vraiment été très bons avec lui. Ils sont très différents de tous les vampires qu'il a pu croiser depuis sa naissance. Ils sont respectueux, calmes et très tolérants. Leurs enfants sont à leur image, toujours prompts à aider et ils possèdent une certaine gaieté qu'il n'a jamais connu nulle par ailleurs.
Enfin ça, c'était avant que Viktor ne débarque.
Manuel savait déjà depuis le début qu'il s'était passé quelque chose d'extrêmement grave, seulement il n'avait pas imaginé le tiers de ce qui s'est vraiment produit. Certes, il était connecté à Alicia pendant la révolte, l'attaque du château et la mort de Sonja, mais les images que son amie lui envoyait étaient vraiment très floues. Sa douleur, en revanche était très palpable. Il l'avait parfaitement ressenti lorsqu'ils s'étaient parlé. Le ton sec et amer qu'elle avait employé ne lui ressemblait pas.
Le fils de William a bien cru qu'il allait arracher la tête de Viktor lorsque celui-ci est passé aux aveux, ce n'est que grâce aux réflexes qu'Olek a acquis en côtoyant sa cousine Ilona, que l'aîné a encore sa tête solidement fixée sur ses épaules.
Le jeune homme passe la porte et croise le regard inquiet de Jolan. Le garçon d'un an son aîné l'observe avec un petit air crispé. C'est certainement celui des quatre fils d'Olek qui ressemble le plus à la tante d'Alicia. Il a le visage un peu plus fin que les autres et son caractère est très doux. Il tient un livre traitant des plantes médicinales contre lui, il voulait certainement me montrer quelque chose.
« _ Alors, tu t'en vas vraiment ? Demande-t-il du ton plutôt calme qui lui est propre.
_ Oui, il est temps que quelqu'un ici, pense vraiment à Alicia. C'est elle qui a le plus besoin d'aide dans la situation présente. Et je connais suffisamment Lucian pour être sur du fait que la colère peut complètement le transformer, au point où il serait capable de faire de lui faire du mal.
_ Ma mère va partir à la recherche d'Ilona. Vous devriez partir ensemble, cela me rassurerait. » Devant l'air un peu intrigué que Manuel, Jolan explique : « Ma mère pourrait t'empêcher de faire des âneries et tu pourrait veiller sur elle… Elle n'est qu'à demi-vampire et ce n'est pas une guerrière comme sa sœur... »
Le visage de Manuel s'illumine brièvement d'un sourire. Jolan materne sa mère autant que Helén fait de même. L'adolescent s'est tout particulièrement attaché à eux pour cette raison, ils sont en quelque sorte, l'image de la famille unie qu'il n'a jamais eu et n'aura jamais. Le fils de William lui promet de faire attention au sosie d'Ilona aux yeux bleus, et lui accorde une accolade amicale. Jolan lui souhaite bonne chance et ajoute avec un petit sourire qu'il est content de l'avoir eu comme ami. Le jeune homme hoche la tête en pensant qu'effectivement, il pourrait certainement considérer le cousin d'Alicia de cette façon.
Viktor est sorti avec Olek faire un tour. Le maître du château a jugé préférable de détendre un peu l'atmosphère électrique qui règne au château depuis que son ''beau-frère'' est arrivé avec les cercueils des aînés et Tanis. Le lettré ne quitte d'ailleurs jamais la bibliothèque du château. Il faut dire qu'au vu de l'issue de leur dernière entrevue, il ne tient pas vraiment à croiser Manuel au détour d'un couloir. Le jeune homme n'a pas vraiment été très heureux d'apprendre que Tanis avait fait chanter Sonja pour obtenir sa place au conseil. Place qu'il a dorénavant, étant donné qu'il est le seul membre encore vivant, à l'exception des aînés, de celui-ci.
Les humains ont progressivement déserté le château d'Olek. Ce dernier jugeant plus prudent, afin de les protéger, qu'ils n'approchent pas les nouveaux occupants qui affluent de toutes parts. Le conseil vampire étant détruit, il faut en élire un nouveau. Les couloirs, d'ordinaires calmes et joyeux sont à présent peuplés par des vampires de tous les horizons qui lancent des regards réprobateurs, voire apeurés lorsque Manuel passe devant eux, son sac sur l'épaule et son cou libre de tout collier empêchant la mutation en lycan.
Alors qu'il jette un dernier regard en arrière avant de passer les grandes portes du château. Le bruit d'un cheval le fait se retourner, Helén se tient derrière lui, tenant sa monture par la bride. L'adolescent pensait avoir le temps de se dégourdir un peu les jambes avant de prendre la route avec la jeune femme, mais celle-ci semble être aussi pressée que lui de quitter la grande demeure de pierre afin de retrouver sa sœur et sa nièce.
L'hybride lui propose un cheval, mais Manuel refuse. Ils marchent donc côte à côte dans le plus reposant et bienvenu des silences avant que le garçon ne demande la permission de se changer en loup pour voyager. Helén accepte sa requête en disant, avec nostalgie, que cela lui rappellera les balades qu'elle faisait avec sa sœur lorsqu'elles étaient plus jeunes.
Manuel l'observe avec une certaine vénération. Il sait d'Ilona, que leur jeunesse n'avait rien de rose, elles sont devenues assez vite orphelines. Il ignore comment la femme d'Olek a perdu sa mère, mais au vu du silence pesant qui règne lorsque le nom de Lívia est prononcé, les circonstances devaient être plutôt brutales. Mais ce dont il est sur, c'est que cela n'a rien d'évident de prouver sa valeur lorsqu'on est un demi-vampire et que sa sœur est une sorte d'hybride à mis chemin entre l'humain, le loup-garou et le vampire. Surtout lorsque cette personne s'appelle Ilona Corvinus.
Le cheval de la jeune femme piaffe lorsque Manuel se change en loup. Helén le calme rapidement, usant de son talent naturel lui permettant de parler à n'importe quel animal. Il faut dire qu'avec presque un mètre cinquante de haut, la forme lupine du fils de William est assez impressionnante. Le poil presque argenté du jeune homme scintille à la lumière de la lune, ses yeux, devenus d'un bleu électrique très impressionnant scrutent l'horizon en attendant que la plus âgée décide de leur destination.
Helén, met doucement son cheval au trot et indique le nord comme étant la direction à prendre, pour d'abord retrouver Ilona. Manuel reconnaît sans peine, au bout de quelques heures, le chemin qui mène à l'ancienne demeure de ses parents, et, avant eux, de la mère d'Alicia.
Le bruit de l'eau qui coule est assez apaisant et Manuel se laisserait bien choir sur le sol pour ne jamais se relever et passer l'éternité dans l'herbe grasse et verte. Mais un petit geste de Helén en direction d'un petit loup élancé le fait revenir sur terre. L'animal au poil noir, plus grand qu'un spécimen standard les observe de ses grands yeux verts, la gueule retroussée, les dents apparentes et menaçantes, en adoptant une posture défensive.
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Liam pousse la porte de la chambre d'Alicia avec précaution, prêt à parer une éventuelle attaque de son occupante. Mais la jeune fille est étendue sur son lit, en position fœtale. Devant ce triste spectacle, la poitrine du fils de Markus se serre douloureusement. Alicia ne bouge pas, elle ne sanglote pas, elle ne parle pas, ne hurle pas, n'adresse pas même un regard aux lycans qu'elle croise. Et ceci depuis la mort de sa sœur. Seules ses protestations lors de ses confrontations avec Lucian brisent le mortel silence dans lequel la jeune fille s'enferme progressivement et irrémédiablement.
Liam s'assoit au bord du lit. Alicia ne bouge pas, son regard culpabilisant est tourné vers la fenêtre dont les rideaux sont ouverts, les derniers rayons du soleil éclairent son visage pâle d'une morbide lueur rougeâtre, rappelant le sang dont elle était couverte quelques jours auparavant. Le jeune homme pose doucement sa main sur l'épaule de sa jeune amie. Son geste n'entraîne aucune réaction de la part de la jeune vampire, dont seule la poitrine, se soulevant régulièrement, indique qu'elle est encore en vie.
Il ne lui parle pas. À quoi bon ? Elle ne répondra pas… depuis un mois, Liam essaye désespérément de sortir Alicia de son mutisme, sans résultat encourageant hormis peut-être un regard reconnaissant, fugace malheureusement. Il lui caresse doucement les cheveux l'air pensif. Lui même n'a aucune nouvelle de Janelle, sa sœur. Et ce qu'il craint le plus, c'est qu'elle revienne au château, ignorante des derniers événements. Au vu de l'état de Lucian, il est certain que leur entrevue ne serait pas aussi courtoise que la dernière qu'ils aient eue.
Liam se relève et contourne le lit, venant se poster en face d'Alicia. Le lycan confronte leurs regards verdoyants, espérant trouver dans les yeux éteints d'Alicia un indice lui confirmant qu'il peut lui faire part de ce que Sabas, Raze et lui ont décidé de faire. Le signe est absent, il ne viendra sans doute jamais. Le fils d'Amélia prend une grande inspiration avant de murmurer à la jeune fille allongée :
« _ Je pense qu'elle mérite des funérailles dans les règles. On ne peut pas la laisser là, seule, accrochée comme un animal dans cette pièce si sombre… Je pense qu'il faut le faire pour toi, pour moi, pour Janelle, pour ta mère et surtout, pour elle, pour Sonja. »
Alicia frémit en entendant ses paroles. Ses yeux, pourtant asséchés la piquent et son estomac se contracte brusquement, comme si elle avait reçu un coup dans le ventre. Le seul prénom de sa sœur entraîne, en elle, un sentiment de nausée. Elle acquiesce néanmoins, et pour la première fois depuis la mort de Sonja elle adresse la parole à Liam :
« _ Merci » Sa voix est faible, tremblante, couverte par la rage, la douleur et le désespoir, mais cependant, elle résonne dans la pièce au haut plafond. Ce n'est qu'un seul mot, un tout petit mot, mais Liam comprend bien plus en entendant ces cinq lettres qu'en une heure de beau discours. Il dépose un baiser sur la tempe d'Alicia et lui souhaite une bonne nuit.
Lorsqu'il referme la porte derrière lui, le fils de Markus se laisse submerger par ses sentiments. Des larmes coulent à nouveau sur ses joues, il laisse ses yeux faire sans honte, il faut bien que quelqu'un dans ce château assume ce qu'il ressent, ne serait-ce que par respect pour Sonja. Les images des derniers jours lui reviennent en mémoire. L'un des désavantages à porter le nom ''Corvinus'' est que malheureusement, les membres de cette famille n'oublient jamais.
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Alicia se tenait droite, couverte de sang, du sang de sa propre espèce. Elle observait Lucian de ses grands yeux verts effrayés, comprenant que le point de non retour était atteint. Elle n'était qu'un petit point rouge sur les murailles sombres, un petit point immobile et fragile.
J'avançais vers elle, presque mécaniquement, en ne pensant qu'au seul fait qu'il fallait que je l'éloigne immédiatement de Lucian. Malheureusement pour elle et pour moi, Lucian fut bien plus rapide. Il envoya deux de ses hommes à notre rencontre au moment même où je l'atteignis. Sabas m'adressa un regard désolé alors que Thrasos m'ignora totalement et me dégagea d'un coup dans les côtes. J'allais lui rendre son geste lorsque Raze me reteint. Je lui adressai un grognement d'avertissement, son regard tout aussi désolé que celui de Sabas, devant mon air abattu, me fis comprendre que je n'aurais pas la force de riposter face à lui.
Je les laissai donc emmener Alicia qui ne se débattait même pas. Lucian passa devant moi et suivant ses hommes. Ce n'est que lorsque je le vis s'enfermer avec la jeune fille de ma meilleure amie que je fus saisi d'une peur panique. Quoique Lucian prévoyait de faire avec Alicia, cela ne me disait rien qui vaille.
J'avais malheureusement raison.
Lucian fit subir un interrogatoire plus ou moins musclé à Alicia, tous les jours de la première semaine qui suivit les événements. Il voulait savoir ce que préparaient les vampires. J'eus plusieurs envie de lui expliquer que ses agissements étaient stupides et cruels, mais les coups dispensés par mes ''frères'' lycans, comme il les nomme si bien, m'ont indiqué que toute forme de dialogue était proscrite.
Il n'a jamais compris que je n'avais jamais été considéré de la même façon en raison de mon ascendance. Pourtant cette si noble ascendance ne m'avait jamais empêchée d'être enfermé et enchaîné comme un vulgaire chien de garde.
Au bout de quelques jours, Alicia finit par dire à Lucian, sur un ton plus que narquois que son père, Viktor était vivant. Je crois bien que c'est la première fois qu'il la frappa réellement. Raze eu d'ailleurs aussi peur que moi, car je le vis se ruer vers la porte et la défoncer. Les ecchymoses qui parsemaient le visage d'Alicia me firent pâlir, Lucian était donc vraiment capable de lui faire du mal. Et je ne pouvais strictement rien faire, n'étant moi même pas libre de mes mouvements.
Raze, que j'avais appris à apprécier, rétorqua à Lucian, face à ses protestations furieuses et hystériques, qu'il était hors de question qu'il se livre à des actes de torture pour faire dévoiler à Alicia toutes les informations qu'elle est susceptible de récupérer grâce à son esprit omniscient. Bien entendu, cela ne l'a pas arrêté.
Lorsque, après cette séance particulièrement éprouvante, je réussis à prendre Alicia dans mes bras. Je me dirigeai silencieusement, avec Raze, jusqu'à sa chambre. Je demandais d'une voix brisée à mon ''frère'' de faire chauffer un peu d'eau afin que je puisse laver la jeune fille, toujours maculée de sang depuis la bataille.
Il accepta et m'aida à m'occuper d'Alicia. Je sentais son regard coupable se poser sur elle. Il souffrait de la voir comme cela, à l'instar de Sabas et moi même, il semblait s'être attaché à Alicia. Après l'avoir nettoyée, pansée et couchée, Alicia s'endormit rapidement, tant la fatigue et la douleur pesaient sur ses frêles épaules.
Lorsque je m'assis sur le lit en passant mécaniquement ma main dans les cheveux encore humides d'Alicia, Raze s'adossa à la fenêtre et me demanda de sa voix rauque et profondément grave, de lui raconter mon histoire. Il voulait connaître l'histoire du jeune garçon mordu par un loup-garou et à jamais séparer de sa jumelle.
D'abord surpris, je lui expliquais cependant comment j'en étais arrivé à ce jour que nous vivions. Je lui parlais de mon enfance avec ma sœur, de la transformation de ma mère à la suite de son accouchement et le fait qu'elle ne pu pas vraiment s'occuper de Janelle et moi à cause de son rôle d'aînée et de sa soif, dans un premier temps, incontrôlable. Je lui narrais l'attaque du loup-garou lorsque Janelle et moi avions neuf ans. Il m'écouta dans un silence presque religieux.
Je lui expliquais à quel point Ilona avait tout fait pour me protéger lors de cette période où certains pensaient qu'il valait mieux que je meure, pour le bien de tous. Raze haussa les sourcils, il ignorait qui était Ilona. Lorsque je lui indiquais qu'elle était la mère d'Alicia et Sonja il me demanda surpris où elle était. Je restai silencieux et il comprit le message. Ce que j'apprécie le plus chez Raze, c'est sa capacité à accepter le silence.
Et je lui parlais de Janelle. De la façon dont elle essayait de me faire sortir, des moyens qu'elle mettait en œuvre pour me faire oublier mes entraves, de ses paroles toujours remplies de gentillesse et d'amour, elle ne m'a jamais considéré comme un monstre, j'étais son frère avant tout chose. Si seulement tout le monde pouvait être comme elle.
Je lui expliquais, sans trop de détails cependant, comment ma sœur avait voulu mettre fin à sa vie après la mort de son ami de l'époque : un jeune garçon de notre âge qui avait fini par être transformé en lycan puis tué sur les ordres de Gorjman. La culpabilité qu'avait ressentie ma sœur n'avait d'équivalence nulle part.
Lorsque je lui indiquai que j'avais mordu Janelle, Raze eu l'air de réfléchir. Je lui expliquais ce que cette morsure avait eu comme conséquences et il hocha juste la tête, pensif.
À la fin de mon récit il me remercia et m'indiqua en fixant Alicia, endormie, qu'il m'aiderait à veiller sur elle. Et c'est ce qu'il fit.
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Liam prend la direction de ses quartiers lorsqu'un hurlement le fait sursauter et déclenche en lui une suite de sentiments plus violents les uns que les autres. Le cri horrifié ne peut provenir que d'une seule personne, une personne pour laquelle il donnerait sa vie sans hésiter. Janelle est rentrée au château et Lucian, dans sa grande délicatesse, l'a emmenée directement devant le corps calciné de Sonja.
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Janelle est une drôle de femme. Pense Raze en regardant l'hybride en position fœtale, sur le lit d'Alicia. L'adolescente semble dormir, mais le lycan sait qu'il n'en est rien.
Janelle ne cesse de pleurer depuis d'innombrables heures. Il faut dire que Lucian ne l'a pas épargnée que ce soit en gestes ou en paroles.
La pauvre fille n'a pas pu faire ne serait-ce qu'un geste avant qu'il ne la traîne de force devant le cadavre de son amie. Si je n'étais pas un tant soit peu terrifié par Lucian, je l'aurais probablement giflé. Elle a l'air tellement vulnérable cette semi-humaine. Je vois mal en quoi elle pourrait nous apporter des ennuis.
Comme s'il ne s'acharnait pas déjà suffisamment sur Alicia… je ne comprends pas… cette gosse ne lui a pourtant rien fait, au contraire elle a même tenté de l'aider. Alors même si ses espèces de pouvoirs tout droit sortis d'un conte pour enfants, pourraient nous être utiles, il y a des manières plus délicates de faire coopérer une fillette qui vient de voir sa sœur mourir sous ses yeux.
Cette Janelle aurait certainement pu se défendre, il paraît qu'elle est très douée en matière de combat, mais elle n'en a rien fait… elle ne voulait pas le blesser. Elle ne lui a même pas hurlé dessus ou mis une gifle après qu'il lui ait montré le corps, hier.
Un reniflement sort Raze de ses songes. Son regard pivote vers celui, larmoyant, de Janelle. Il lui tend maladroitement un bout de tissu pour qu'elle puisse essuyer son nez et ses joues. Il y a quelque chose d'étrange avec Janelle. Raze ne peut pas, ne serait-ce que s'imaginer la toucher et lui faire mal. Elle dégage une certaine sensibilité qui ne colle pas avec l'image qu'il se fait d'un vampire, et encore moins d'une guerrière.
L'hybride le remercie en s'emparant fébrilement du morceau de toile sale. Elle le glisse dans sa poche après usage et Raze se dit, après quelques larmes supplémentaires qu'elle en aura sûrement besoin de plus d'un.
Il grommelle, c'est toujours lui qui est de corvée de gardiennage. Quoiqu'en y réfléchissant bien, il vaut mieux, pour l'intégrité des deux affiliées vampires de la pièce que ce soit lui et pas un autre bougre qui les surveille. Enfin, surveiller est un bien grand mot, aucune des deux femmes ne quitte le lit plus de quelques instant. Le lycan pousse un énième soupir et se décide à parler avec l'hybride, après tout, il faut bien tuer le temps. Et la jeune femme l'intrigue.
« _ Tu sais, on a inhumé ton amie. Elle est en quelque sorte en paix à présent. Bon d'accord, ce n'est peut-être pas terrible comme entrée en matière pour engager la conversation avec une vampire endeuillée de deux cent ans, mais il fallait qu'elle le sache.
_ Merci, merci beaucoup. Murmure Janelle en levant les yeux vers son interlocuteur.
_ Ça me fichait froid dans le dos de la voir pendue de cette façon. Elle avait l'air d'être quelqu'un de bien… Tente Raze avec maladresse.
_ C'était ma seule vraie amie. Répond Janelle en détendant un peu ses jambes et en laissant retomber ses bras le long de son corps. Quant à savoir où se trouvent le bien et le mal à notre époque, tu auras pu constater que la question est assez ardue. Même les enfants deviennent des assassins. Soupire-t-elle en passant sa main sur le front d'Alicia.
_ Ton frère me l'a dit. Il tient beaucoup à toi. C'est un homme de cœur. Ajoute Raze en l'observant.
_ Liam n'a pas du se tarir d'éloges à mon sujet dans ce cas. Dit-elle avec un petit sourire amer et peut-être quelques peu moqueur.
_ Je l'ai trouvé sincère.
_ Il l'était certainement. Mais à mon avis il ne t'a pas tout dit à mon sujet, sinon tu comprendrais que les personnes qui s'approchent de moi finissent souvent par souffrir. Déclare-t-elle avec tristesse.
_ Il m'a dit pour Kornél. Dit Raze plongeant son regard dans celui de Janelle. Cette dernière frémit en pensant au jeune homme qui lui a fait connaître ses premiers et seuls émois.
_ Tu dois me trouver sotte.
_ Pas spécialement. » Je te trouve juste humaine. Répond Raze en haussant les épaules, non conscient qu'il vient de faire le plus beau des compliments à son interlocutrice.
Janelle hoche la tête et décide de se lever du lit, d'un pas hésitant. Raze se précipite vers elle lorsque ses jambes refusent de la porter et la jeune femme affiche un petit sourire gêné lorsque les bras du lycan se referment sur elle. L'hybride frissonne lorsque son gardien l'emmène, selon son souhait, près de la fenêtre close que la lune illumine. Il la relâche et Janelle se presse contre les vitraux froids malgré la chaleur des dernières nuits d'été.
Raze s'assoit sur le rebord de la fenêtre et observe la curieuse fille de Markus, front contre la vitre, elle semble chercher ses mots. Elle a séché ses yeux et le lycan a l'intime conviction que la forteresse est de nouveau reconstruite autour du cœur de la sœur de Liam. Janelle soupire avant de reprendre dans un ultime soubresaut de sa voix :
« _ Tu ne sais pas tout ce que je donnerais pour pouvoir être humaine et mener une vie normale. Avoir une ferme avec de nombreux enfants, et un mari qui m'aime. Je me ficherais de n'avoir que peu de moyens, au moins toutes ses histoires d'immortels seraient loin de moi… Tous ces morts et cette guerre qui se profile me seraient inconnus. Je n'aurais qu'à me soucier du temps qu'il fait et qui passe. Je dois te paraître naïve, mais lorsqu'on a vécu certaines choses, on ferait n'importe quoi pour trouver, ne serait-ce que quelques secondes, le repos paisible.
_ Oh si, je le sais. Murmure Raze. Depuis que mon oncle a assassiné mon père et nous a asservit ma sœur, ma mère et moi, je ne souhaite que cela : fermer les yeux et tout oublier. Seulement nous n'avons pas le choix. Il faut que certains soient forts, il faut que nous soyons forts, pour que les autres puissent s'appuyer sur nous. Il faut quelqu'un pour tenir la barre même dans la pire des tempêtes. Le sort à voulu que ce soit moi, et j'ai tenu se rôle jusqu'à leur dernier souffle, volant, tuant, pillant pour les garder en vie. Nous ne sommes pas à envier, ni même à plaindre, c'est ainsi. »
Janelle hoche la tête, troublée par ce que vient de lui dire Raze et alors qu'ils se tournent tous les deux vers le ciel nocturne, la main de la captive frôle timidement celle du geôlier.
OoooooO
Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter une bonne nuit/matinée/journée en espérant que vous avez aimé le petit passage du point de vue de Liam :)
