Notes : Tout d'abord, merci à 3j4 et à MissXYZ pour leurs reviews !
Me voici de retour avec ce nouveau chapitre, qui se déroule toujours durant l'enfance de Ryoma à l'âge de 5 ans. Nanjirou et Rinko sont beaucoup plus présents, même si leurs réflexions tourneront essentiellement autour des deux terreurs qui leur servent d'enfants.
Bonne lecture à vous !
Chapitre 2 : Être parents
Derrière une grande villa, on pouvait entendre résonner les échos de balles de tennis rebondissant sur le sol. Deux enfants, aux cheveux bruns avec des reflets verdâtres, faisaient des échanges afin de perfectionner leur coup droit, tout ceci sous l'œil attentif d'un homme brun et plutôt bronzé, debout sur le rebord du court, au niveau du filet.
Echizen Nanjirou, surnommé le « Samouraï » par ses pairs du tennis, analysait attentivement les coups échangés par les deux gamins, leur manière de se positionner, la façon dont ils tenaient la raquette à chaque fois qu'ils se préparaient à relancer la balle. Il ne leur laissait pas le droit à l'erreur. Il les faisait jouer fréquemment ensemble et ne les prenait à part que s'il avait quelque chose de spécifique à leur faire travailler.
De plus, il avait bien remarqué le sentiment de rivalité exacerbé chez Ryoma quand il jouait contre son grand frère et les résultats positifs à en tirer. Ses progrès avaient été fulgurants. Il se demanda si Ryoga l'avait lui aussi remarqué. A en juger par les petites piques provocatrices qu'il lui lançait de temps à autre, il était évident que cela l'amusait beaucoup. Etait-il assez perspicace pour se rendre compte de l'effet que cela avait sur Ryoma ?
Il se mit à observer son fils aîné avec attention. Ryoga possédait un grand potentiel lui aussi et il lui tardait de voir son évolution. Ryoma et lui ne joueraient sans doute pas de la même façon et il lui tardait de voir une véritable confrontation entre ses deux fils. Pour le moment, Ryoga avait toujours refusé de jouer un vrai match contre son petit frère, ce qui frustrait toujours le plus jeune. Nanjirou n'avait jamais trop compris si c'était vraiment parce que le plus âgé ne voulait pas perdre son temps avec lui, comme il le prétendait. Peut-être avait-il vraiment saisi que c'était la méthode parfaite pour encourager Ryoma à se dépasser…
En raison d'une relation compliquée avec son ex, Nanjirou n'avait jamais pu connaître Ryoga et ne serait-ce que l'approcher. Si la circonstance par laquelle ils en étaient enfin venus à faire connaissance était particulièrement tragique, il ne pouvait s'empêcher d'être aussi très heureux de l'avoir dans sa vie malgré tout. Nanjirou l'avait imaginé plus sauvage, un peu à l'image de son fils cadet. Au contraire, le jeune garçon avait rapidement pu s'intégrer et sa nature communicative avait largement contribué à briser la glace. Et il avait été particulièrement surpris de constater qu'il jouait lui aussi au tennis. Il pensait que sa mère l'en aurait éloigné, mais ça n'avait pas été le cas, tout aussi mauvaise langue qu'il fût.
Il fut tiré de ses pensées par un bruit lourd. Ryoma venait de tomber par terre après s'être pris les pieds dans ses lacets. Nanjirou ne put s'empêcher de soupirer d'exaspération, trop habitué à ce gag pour en rire encore.
- Ryoma, combien de temps faudra-t-il te le dire ? Apprends à attacher tes lacets comme il faut ! Ton adversaire n'attendra pas que tu perdes ton temps à te relever pour renvoyer la balle !
Le plus jeune eut la décence de rougir. Ce n'était pas la première fois que ça arrivait et il n'avait visiblement toujours pas tiré de leçon de ses multiples chutes. Il s'agenouilla afin de les rattacher. Alors qu'il semblait galérer à les serrer comme il faut, Ryoga soupira à son tour et sauta par-dessus le filet pour aider son frère. Mais Nanjirou ne l'entendit pas de cette oreille :
- Ryoga, retourne à ta place, ton frère se débrouillera très bien tout seul.
Il interrompit sa marche, surpris que son père intervienne. Il finit par revenir de l'autre côté du court, cette fois-ci en contournant le filet, ce qui lui prenait plus de temps. Nanjirou s'amusa de la stratégie de son fils aîné afin de laisser plus de temps à son petit frère pour renouer ses lacets. Une fois ceci fait, les deux se positionnèrent et Ryoga servit.
Alors qu'ils continuèrent à s'échanger des balles, leur père était moins attentif à leurs erreurs. Il réfléchissait à son rôle de père pour ces deux garçons aux personnalités différentes. Toute sa vie, Nanjirou avait vécu par et pour le tennis. Mieux, il respirait le tennis. Pour lui, c'était donc évident que ses deux fils soient élevés à travers ce sport. Après tout, il avait bien abandonné sa carrière pour se consacrer à l'entraînement de Ryoma. C'était un peu sa manière d'éduquer. Il laissait le soin à Rinko de se charger d'inculquer le savoir-vivre et une éducation plus formelle à ces deux têtes de linotte.
Si sa femme ne s'était pas opposée à ce qu'il transforme Ryoma en un joueur de tennis compétitif, elle avait aussi constaté les effets négatifs que cela engendrait et avait occasionnellement exprimé son désaccord. Il avait parfois mal pris certaines de ses critiques, ce qui avait donné lieu à des disputes. En revanche, et il ne l'avouerait jamais, il était reconnaissant envers elle de servir de garde-fou. Si ça ne tenait qu'à lui, ses fils ne vivraient que de tennis et d'eau fraîche.
Il se demanda si ses fils aimaient vraiment le tennis ou s'ils y jouaient pour lui faire plaisir. Ils y mettaient de l'ardeur, certes, mais cela ne voulait rien dire. Des joueurs talentueux mais sans l'amour qu'il devrait normalement vouer à leur sport, il en avait connu durant sa carrière professionnelle… Il n'avait pas incité Ryoma à y jouer pour que ce sport devienne plus une manière de tuer le temps pour lui. Quant à Ryoga, il ne savait même pas quand et pour quelle raison il avait commencé.
- Ryoma, Ryoga.
Les deux garçons s'arrêtèrent, surpris par l'interruption. La balle de tennis rebondit plusieurs fois sans rencontrer de racket pour la relancer. L'air interrogateur, ils attendirent de voir ce que leur père avait à leur dire.
- Est-ce que vous aimez vraiment le tennis ?
Ryoga haussa un sourcil, perplexe quant à cette question incongrue.
- Bien sûr, quelle quest…
Mais il fut coupé par un Ryoma débordant d'enthousiasme, une vraie boule d'énergie qui sautillait sur place.
- Oui, le tennis, c'est génial ! C'est la meilleure chose au monde ! s'enthousiasma-t-il, des étoiles dans les yeux, la voix vibrante de joie.
Nanjirou ne put s'empêcher d'éclater de rire. Cela lui faisait bien évidemment plaisir mais il était aussi rare de voir Ryoma aussi… enflammé. Le plus jeune prit l'hilarité de son père comme une moquerie et insista :
- Mais vraiment, hein ! J'adore le tennis !
- On avait compris, railla son frère avec un sourire taquin.
Ils se chamaillèrent gentiment. Nanjirou fut rassuré. Il se dit après coup que son inquiétude était futile. Au regard du caractère de Ryoma, faire quelque chose dont il n'avait pas envie ne faisait pas partie de ses habitudes, loin de là. Et au vu de la tête qu'avait fait Ryoga à sa question, ce dernier l'avait sûrement trouvé stupide.
Pour ces deux garçons, il était clair que le tennis était leur passion.
- Les garçons !
Ils se retournèrent tous les trois en direction de la voix. Sur la terrasse, Rinko agita la main dans leur direction.
- Le dîner est prêt !
Les enfants accoururent vers elle, ils devaient sûrement avoir faim depuis le temps qu'ils jouaient. Nanjirou les suivit sans se presser. Alors qu'il atteignit la terrasse, il fut subjugué l'espace d'un instant par la beauté qui émanait de sa femme. S'il devait porter un jugement objectif, Rinko n'était sûrement pas la plus belle femme qu'il avait vu dans sa vie – tellement de femmes s'étaient jetées à ses pieds qu'il avait pu voir de tout. Mais sa force de caractère et sa tendresse sublimait le tout. Il y avait aussi d'autres points sur lesquels il l'aimait plus particulièrement... Il toussa légèrement de gêne à ses pensées un peu perverses, s'attirant le regard suspicieux de Rinko.
Cette dernière avait moins de travail en ce moment. Etant avocate, elle était souvent peu présente à la maison, laissant Nanjirou et les deux garçons livrés à eux-mêmes. Si Ryoga était assez responsable et que Ryoma allait être en passe de l'être, leur père était un réfractaire aux tâches ménagères. Quand Rinko était à la maison, il devait pourtant s'y mettre, sous peine de subir le courroux de sa femme, qui appréciait peu son flegme.
Au-delà de ça, il admirait à quel point elle réussissait à concilier son rôle de mère, de femme active et d'amante. Ce n'était pas forcément facile car la société en général mettait une certaine pression sur les femmes et le rôle qui leur était attribué. Mais Rinko n'avait que faire de ces normes et du fameux « instinct maternel » et avait décidé de continuer sa carrière d'avocate, un métier qui restait éprouvant par certains aspects. Ce qui ne l'empêchait pas d'être une bonne mère pour Ryoma, et sûrement pour Ryoga le temps que la distance s'estompe entre les deux. Elle était douce et gentille, mais elle savait être juste quand il le fallait et assez autoritaire pour ne pas laisser les enfants prendre leurs aises et faire n'importe quoi.
Nanjirou laissa un sourire filtrer sur son visage. Il sursauta de surprise quand il vit le regard éloquent que Rinko lui lança.
- Tiens, t'as l'air d'être de bonne humeur alors va aider les enfants à dresser la table.
Nanjirou parut légèrement outré mais s'exécuta en grommelant. Les enfants avaient déjà disposé les assiettes et les verres, il s'occupa des ustensiles. Alors que la table fut prête, Rinko avança vers eux, l'air mécontente.
- J'avais dit de ne pas toucher aux fruits d'ici ce soir, car je ne vais pas faire les courses avant un moment et il manque trois oranges. Qui les a mangées ?
Son mari parut surpris. Il jeta un coup d'œil à ses enfants. Etant donné son addiction aux oranges, il était logique de suspecter Ryoga. Pourtant, celui-ci avait l'air confus, voire agacé de savoir que des oranges avait disparu sans qu'il ne soit l'auteur de ce méfait. Rinko avait visiblement remarqué sa réaction car elle se tourna vers Nanjirou, l'air soupçonneux. Ah non, ce n'était pas lui ! Pour une fois, il n'avait rien fait. Il lui rendit son regard, qu'elle soutint, peu impressionnée. Mais elle détourna la tête pour changer de cible.
- Ryoma.
Le plus jeune se braqua immédiatement. Il ne fallait pas être avocat pour réaliser le mal-être de Ryoma en ce moment-même. Le visage soudainement rouge, il n'osa pas regarder sa mère dans les yeux et préféra fixer ses pieds. On aurait presque pu lire le mot « coupable » marqué en capitales rouges sur son visage.
- Regarde-moi.
Nanjirou se retint de lever les yeux au ciel. Sa femme utilisait de temps à autre ses talents d'avocate pour mettre la pression et il détestait ça – parce que ça fonctionnait. La bouche tremblante, Ryoma obéit.
- Dis-moi que ce n'est pas toi qui as pris les oranges alors que je l'avais interdit.
Son ton n'était pas froid, ni même sec, mais elle arrivait à installer une atmosphère qui ne laissait de place ni à la négociation ni au mensonge. Mais Ryoma tenta quand même de passer outre. L'idiot.
- Non, c'est pas moi… risqua l'enfant en baissant les yeux.
- Répète. Droit dans les yeux.
Ryoga la regarda mener Ryoma à la baguette, ébahi et visiblement impressionné. Il devait se faire une note mentale pour essayer de ne pas faire de bêtises à l'avenir quand elle serait dans les parages… Il ne fallut pas longtemps à son petit frère pour craquer :
- Je suis désolé !
Et il se précipita en pleurs dans les bras de sa mère. Son père ne put se retenir de lever les yeux au ciel cette fois-ci. Quelle comédie… Sa mère n'était pas du genre à se laisser attendrir et reprit vite les choses en main. Elle s'agenouilla à sa hauteur pour maintenir son regard au sien et le prit par les épaules :
- J'espère que tu ne recommenceras plus. En attendant, tu te contenteras des autres fruits dans la corbeille. Un à la fois, précisa-t-elle. Manger trois oranges, franchement… Tu n'es pas tout seul dans cette maison.
Ryoma ne répondit pas, préférant se faire tout petit. Ils s'installèrent pour manger. Ryoma resta silencieux, encore chamboulé et un peu honteux. Ryoga tenta de divertir les adultes, ce qui ne leur échappa pas. Nanjirou joua le jeu et Rinko ne tarda pas à se détendre.
Le repas terminé, les deux enfants aidèrent à débarrasser la table. Dans la précipitation, Ryoma ne fit pas attention et prit un couteau à pleine main du côté tranchant. Il laissa échapper un petit cri et le couteau tomba dans un bruit qui résonna dans toute la pièce. Les parents n'eurent pas le temps de réagir que Ryoga était déjà à ses côtés, inquiet.
- Chibisuke, ça va ?
Ce dernier ne répondit pas, observant sa blessure, ne sachant pas trop s'il devait pleurer ou… Il ne savait pas vraiment. Cela le picotait légèrement mais loin de la douleur qu'il avait imaginé. Sa mère lui prit la main pour regarder de plus près. Ce n'était qu'une simple coupure, fine et pas profonde.
- Ce n'est rien, juste une coupure, ça cicatrisera vite. On va juste mettre un pansement magique dessus, le rassura-t-elle avec un clin d'oeil.
Elle le prit par l'autre main et le dirigea vers la salle de bains. En attendant, Nanjirou alla éplucher le programme télé pour voir ce qu'il y aurait d'intéressant pendant la soirée pendant que Ryoga finissait de mettre la vaisselle dans l'évier. La mère et le fils revinrent cinq minutes plus tard. Ryoma eut l'air d'aller mieux et son grand frère décida de ne pas lui laisser de répit car il l'entraîna vers leur chambre :
- Allez, viens, on va préparer notre déguisement d'Halloween pour demain !
Leurs parents les virent disparaître rapidement, les échos de leurs rires leur parvenant au loin. Une fois à l'abri des regards des adultes, les deux enfants se sourirent d'un air de connivence. Ils déballèrent leurs déguisements, rangés dans le placard, et les enfilèrent. Une fois prêts, ils se tournèrent l'un vers l'autre. Ryoma était déguisé en sorcier, avec une cape comportant un dessin de citrouille sur le devant et un chapeau pointu en guise de couvre-chef. Ryoga avait revêtu un accoutrement de pirate et avait fière allure avec son épée. Alors qu'ils observaient le déguisement de chacun, Ryoma crut bon de faire remarquer :
- On met pas un déguisement de pirate pour Halloween…
- Je ne vois pas le problème, répondit son grand frère en fronçant les sourcils.
- Ben Halloween, c'est Halloween ! s'exclama Ryoma, comme si son explication coulait de source.
Face à la perplexité de Ryoga, il argumenta :
- Halloween, c'est les sorciers ! Les monstres ! Les vampires ! Les fantômes ! Un pirate, ça a rien à voir ! Faut que ça fasse peur !
- N'importe quoi. On se déguise comme on veut pour Halloween, contrecarra le plus âgé.
- Non, c'est pas vrai !
- Bien sûr que si ! Quand est-ce qu'on peut se déguiser sinon ?
- Pour le carnaval.
- Le carnaval, c'est pour les gamins, souffla Ryoga, légèrement méprisant.
Ryoma lui répondit avec une moue. Ryoga rajouta :
- Et puis c'est pas avec ton déguisement que tu vas faire peur à qui que ce soit, se moqua-t-il.
- Comment ça ?
- T'as l'air plus mignon qu'effrayant, Chi-bi-su-keee, articula-t-il avec une intonation ridicule.
Vexé, Ryoma se jeta sur lui et l'assaillit de petits coups de poing. Pris par surprise, Ryoga tituba et s'écroula au sol, permettant au plus jeune de prendre l'avantage et de continuer à le taper. Seulement, ses frappes ne semblèrent pas avoir l'effet espéré. Ryoga finit par rire à gorge déployée.
- Arrête, Chibisuke, tu me chatouilles !
Le rouge monta aux joues de son petit frère, qui continua à le frapper. En vain, car le rire de Ryoga redoubla d'intensité. Il n'essaya même pas de l'arrêter, plié de rire par terre et par conséquent, incapable de bouger. Ryoma était visiblement dans une impasse car il sortit l'argument qui acheva son frère :
- Je peux être effrayant si je veux ! J'ai peur de rien, la preuve ! s'exclama-t-il en brandissant la main qui portait le pansement. J'ai même pas pleuré, comme un grand !
Cette fois-ci, Ryoga hurla de rire, n'en pouvant décidément plus. Ce raisonnement était tellement pitoyable qu'il n'arrivait même plus à parler pour le charrier. Soudain, la porte s'ouvrit brusquement, claquant contre le mur. Les deux enfants sursautèrent et arrêtèrent aussitôt leurs gesticulations.
- Non mais c'est pas bientôt fini ? gueula leur père d'une voix tonitruante. On n'entend même plus la télé à cause de vous ! Calmez-vous un peu ! Ryoga, relève-toi.
Le plus âgé s'exécuta, en poussant Ryoma qui était encore positionné sur lui. Seulement, ce dernier ne s'y attendait pas et chuta par terre en faisant une roulade arrière pas bien maîtrisée. Son grand frère, qui avait encore l'hilarité facile, éclata de rire à nouveau. Leur père, excédé, avait lui aussi la menace facile :
- Vous allez arrêter de foutre le bazar et vous calmez tout de suite, sinon il n'y aura pas de bonbons ni de sorties demain soir ! Je ne me répèterai pas !
Cela eut l'effet d'une douche froide sur les deux frères, dont la colère de l'un et l'amusement de l'autre retombèrent comme un soufflé. Ils aimaient bien tenter le diable de temps à autre, mais sacrifier Halloween, hors de question. Ravi de voir que sa menace avait réussi à calmer les ardeurs, Nanjirou s'apprêta à s'en aller jusqu'à ce qu'une idée lui traversa l'esprit. Après tout, il pouvait bien s'amuser lui aussi… Il se retourna vers les deux enfants, qui se demandaient quels reproches ils allaient encore se prendre par la figure. Leur père les examina de la tête aux pieds.
- C'est ça, vos déguisements ? Hé ben, vous n'allez pas avoir beaucoup de succès ! Ryoma, tu crois faire peur à qui comme ça ? Et toi, Ryoga, t'es complètement hors sujet ! Il est où, l'esprit d'Halloween ?
Satisfait de voir les mines déconfites de ses fils, il fit semblant de ne rien avoir remarqué. Il ferma la porte de leur chambre derrière lui et resta derrière en ricanant discrètement. Il tendit l'oreille pour entendre leurs réactions… qui ne tardèrent pas.
- Hmm… Finalement, ton costume n'est pas si mal que ça, Chibisuke…
- … Moui, un pirate, c'est pas si mal aussi !
Une pause.
- On sort quand même comme ça demain ?
- Ouais !
Nanjirou grogna. Sales gosses. Quand il s'agissait de se remotiver l'un l'autre en cas de déception, ils parvenaient à être solidaires, au grand dam de leur père qui adorait les taquiner, pourtant. Il revint à la salle de séjour, pas très content. Au moins, le calme était revenu, c'était déjà ça.
Rinko et Nanjirou purent continuer à regarder leur film dans le calme. Plus aucun bruit ne venait de la chambre des enfants, ce qui était à la fois apaisant… mais pas très rassurant non plus. Si son mari ne semblait pas l'avoir remarqué, Rinko s'en était bel et bien aperçu. Elle avait justement envie d'aller aux toilettes et profita de ce prétexte pour jeter un coup d'œil dans leur chambre. Elle entrouvrit doucement la porte. Aucun son n'en parvint. Etonnée, elle passa la tête pour balayer la pièce du regard. Ce qu'elle vit la fit sourire.
Les deux frères étaient assis sur le lit, dos au mur, avec un livre posé sur les genoux de Ryoga. Celui-ci devait avoir choisi de lire une histoire à Ryoma comme activité un peu plus calme. Toujours vêtus de leurs déguisements, ils s'étaient tout deux endormis. Leurs têtes prenaient chacune appui sur l'autre, les rendant adorables à regarder. Le plus comique était le léger ronflement qui provenait de Ryoma.
Une telle situation ne se représentera pas deux fois. Elle quitta discrètement la chambre et se rendit dans la salle de séjour pour récupérer l'appareil photo. Son mari la scruta d'un air interrogateur et Rinko lui fit signe de la suivre silencieusement. Il se leva du canapé et l'accompagna jusqu'à la chambre des enfants. Elle se dirigea sans hésiter vers le lit muni de son appareil tandis que Nanjirou sourit devant la scène. Sa femme s'accroupit à côté du lit et se prépara à prendre la photo. Un léger « clic » se fit entendre, signe que la photo venait d'être prise. Le son ne réveilla pas les deux endormis, preuve qu'ils étaient exténués.
C'était ce genre de moment qu'en tant que parents, ils aimaient chérir. Ce moment de contemplation de leurs enfants (à l'apogée de leur potentiel de « mignonnitude » selon les termes de Rinko) faisait partie de ces instants rares et éphémères qu'il était bon de garder en souvenir. Ils leurs tardaient Noël, pour voir les étoiles dans les yeux de leurs enfants quand ils verront leurs cadeaux ainsi que la décoration et la nourriture à foison. (et l'effroi de Ryoma quand il comprendra que le père Noël n'existe pas – un grand moment que Nanjirou, ce sadique, attendait avec impatience) Il y aurait sûrement plein d'autres évènements à partager en famille. Rinko sourit en les observant, les larmes aux yeux. Elle ne voulait pas voir ces enfants grandir et perdre toute leur innocence.
Son mari s'approcha d'elle et posa une main sur son épaule, signe qu'il avait compris à quoi Rinko pensait.
- Je ne pensais pas que ce serait si formidable…, murmura-t-elle.
- Quoi donc ?
- D'être parents.
Nanjirou lui sourit, partageant le même sentiment. Effectivement, c'était fabuleux d'être parents.
Alors qu'ils fixaient toujours les deux enfants, Nanjirou soupira.
- Ces deux petits malins n'ont pas enlevé leurs déguisements. Hors de question qu'ils aillent au lit comme ça…
Alors qu'il ouvrit grand la bouche, Rinko eut le réflexe de se boucher les oreilles. Ce n'était pas toujours de tout repos d'être parents – mais aussi d'être les enfants desdits parents !
Voilà, ce chapitre est terminé ! Moins de mots que pour le premier, mais ce n'est peut-être pas plus mal… Vous aurez reconnu les déguisements que portent Ryoma et Ryoga dans le chapitre 113. (ils sont juste trop mignons, il fallait que j'exploite cette scène) Le prochain sera centré sur Nanako et il s'annonce affreusement looong. Je l'ai commencé et je ne sais plus où donner de la tête. Je n'aurais jamais cru dire ça mais j'ai plein d'idées de développement pour valoriser ce personnage un peu sous-estimé.
Je ne pense pas qu'il arrivera avant décembre car je commence à avoir pas mal de boulot à côté, sans compter mon envie d'écrire un one-shot pour un autre fandom. Il faut savoir battre le fer de l'inspiration tant qu'il est encore chaud…
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